Delacoux, Alexis
Biographie
Né le 17 octobre 1793 à Brigniel-le-Chantre (Vienne) (mais en 1798 à Montrouge in Archives de la préfecture de police AA 383). Médecin, ex-chirurgien de la marine. En 1824, il sollicita la décoration de la Légion d’honneur, en présentant comme titres à cette décoration sa qualité de volontaire royal, les services qu’il avait rendus, comme médecin, à l’humanité et les soins qu’il avait prodigués à Barcelone pendant l’épidémie, expliquant : « En 1815, lorsque la monarchie fut menacée, je quittai l’hôpital de Rochefort, où j’étais employé en qualité de chirurgien de la Marine, pour m’engager un des premiers comme volontaire royal et me dévouer à la défense du trône. Quoique ce dévouement ait été inutile il n’en n’a pas moins été dans la suite un motif de vexations sourdes ou déclarées. Beaucoup de ceux qui n’ont fait que suivre mon exemple alors ont obtenu quelques faveurs, sans cependant avoir sacrifié comme moi ni place ni toute leur fortune […]. » Il joignait à sa demande un certificat, en date du 22 avril 1824, et signé par d’Aband, Jacques, l’ancien préfet de Charente-Maritime de l’époque et désormais préfet de la Côte-d’Or, qui attestait sa loyale conduite « à la fin du mois de mars 1815, lorsque la monarchie légitime fut menacée par la trahison et l’usurpation », en quittant sur-le-champ l’hôpital militaire de Rochefort pour s’inscrire sur les registres de la préfecture comme garde volontaire royal. En juin 1825, sans doute à l’occasion du sacre de Charles X, il renouvelait sa demande, assurant que « nul de vos sujets dans cette circonstance mémorable ne se sent pénétré de plus vifs sentiments d’amour pour votre auguste personne ». Le National du 10 août 1830 relatait à son sujet : « Le docteur Delacoux nous prie de réparer une omission faite involontairement dans le National. Nous avons négligé, en parlant de l’ambulance de la Bourse, et en faisant l’éloge des citoyens qui ont contribué à son établissement, de nommer M. Delacoux parmi ceux à qui l’on en est redevable. M. Delacoux invoque plusieurs honorables témoignages pour prouver qu’il est le véritable fondateur du matériel et du personnel de cette ambulance. Nous insérons avec le plus grand plaisir sa réclamation. » Au procès des ministres de Charles X, en décembre, il fit la déposition suivante : « Le mardi 27 juillet, je sortis sur les trois heures pour aller voir un malade, rue de Chartres ; en revenant, je trouvai la place du Palais-Royal entièrement évacuée et bordée d’une haie de troupes ; ayant néanmoins pénétré dans l’enceinte, je fus violemment menacé par un gendarme qui me força de me retirer, et je fus témoin des voies de fait graves exercées par la gendarmerie contre d’autres personnes qui furent également obligées de se retirer. Vers six ou sept heures du soir, le général de Wall, avec son état-major, vint se placer au coin de la rue Neuve-des-Petits-Champs et de la rue Neuve-Saint-Roch, dans laquelle il y avait beaucoup de mouvement ; et plusieurs charges furent faites par ses ordres contre le peuple qui, de son côté, lançait des pierres aux troupes. Le soir, et vers dix heures, je passais dans la rue de Rohan, lorsqu’un détachement de cuirassiers y arriva en criant Vive le roi et A bas la Charte ! Il fut à l’instant même assailli d’une grêle de pots de fleurs et de pierres jetées des croisées, et il se mit à charger les habitants qui se trouvaient dans la rue, en renouvelant ses cris. Le mercredi, après plusieurs courses faites dans Paris, je me trouvais sur la place des Victoires, où s’était réunie une foule nombreuse, et où l’on délibérait sur les moyens à prendre pour résister aux troupes ; on venait même de décider que l’on ne s’en prendrait pas à l’infanterie, qui montrait d’assez bonnes dispositions, lorsqu’un régiment de ligne, précédé d’un escadron de cavalerie, déboucha sur la place venant de la place Vendôme. Le colonel, en arrivant, abattit avec son sabre un drapeau tricolore porté par un citoyen, en lui disant : Tu mériterais que je te passe mon sabre au travers du corps. Cependant, comme la troupe paraissait disposée à fraterniser avec les habitants, on ne s’opposa pas à son passage, comme on aurait pu le faire. Arrivé sur la place, le régiment fit une décharge en l’air en signe de réconciliation ; mais un instant après les armes furent rechargées et une décharge faite sur la foule qui ne s’attendait plus à rien. Cette décharge tua deux personnes et en blessa trois autres. On se mit à crier à la trahison et l’on se dispersa lentement. Le peuple se dirigea ensuite vers la place de Grève, où la lutte était plus vivement engagée. Vers les six heures, me trouvant sur la place du Louvre, je vis un fort détachement de la garde royale se former en bataillon carré sur la place, et tirer un grand nombre de coups de fusil aux croisées, sans en avoir été aucunement provoqué. Les décharges se faisant même dans toutes les directions, je fus obligé, pour les éviter, de me mettre à l’abri du tonneau à eau qui sert à la place des fiacres, et d’y rester près d’une demi-heure. Ce feu ayant enfin cessé, je me rendis, en suivant une partie des quais, à la rue du Mouton, où je fus témoin des combats qui se livrèrent sur la place de l’Hôtel-de-Ville. Avant d’y arriver, j’avais rencontré, sur le pont au Change, un détachement de cuirassiers qui venait d’essuyer, sur la place du Châtelet, une décharge de la part des habitants, qui leur avait tué plusieurs hommes. Le jeudi, vers midi et demi, je me trouvais dans la rue Saint-Honoré : après plusieurs engagements assez vifs, des signaux avaient été faits, et le feu avait cessé de part et d’autre, lorsque plusieurs décharges partirent des croisées où la garde royale était placée ; elles étaient dirigées sur les habitants qui ne s’y attendaient plus. Le feu recommença alors très vivement, et, peu de temps après, la retraite des troupes ayant été opérée, le combat cessa entièrement. » Il adressa, le 5 janvier 1831, la lettre suivante au roi : « Alexis Delacoux, docteur en médecine, licencié brusquement en 1815, après six années de service dans sa profession, inquiété ensuite pour ses opinions et ses principes, mis en état de suspicion politique sans raison aucune, forcé enfin pendant plusieurs années d’errer à l’aventure pour échapper aux menées sourdes ou déclarées des réacteurs fanatiques de cette époque. La révolution de Juillet a éclaté : pendant les trois grandes journées, on a vu l’exposant partout où le danger était imminent, acquitter ses devoirs de citoyen. Il fut le premier, Sire, et même le seul, à recueillir sur le champ du carnage rue Saint-Honoré, les braves qui avaient payé leur dette à la cause nationale et à les conduire au palais de la Bourse, où il coopéra (et c’est trop peu dire) à fonder une ambulance à laquelle ensuite il donna tous ses soins et son temps. » Il joignait à sa demande une Notice historique sur l’ambulance de la Bourse, touchant le docteur Delacoux, ainsi rédigée : « 29 juillet. Après avoir pris une part active aux événements de Juillet comme citoyen, après l’affaire du 29 rue Saint-Honoré, le docteur Delacoux recueillit plusieurs blessés, qu’il fit diriger sur la Bourse, où lui-même arriva avec deux gardes royaux gravement blessés, qu’il avait escortés et protégés contre l’animosité populaire. Avant le docteur Delacoux, il n’y avait à la Bourse ni ambulance ni blessés. Là, cependant, se trouvait le docteur Guillon, en uniforme d’ex-aide-major des cuirassiers de la garde royale. Le docteur Delacoux, d’accord avec son collègue, improvisèrent une ambulance dans le parquet des agents de change, quoiqu’alors ils n’eussent à leur disposition que du linge à pansement, de la charpie et de la paille. A 8 heures du soir ce même jour jeudi 29, le docteur Delacoux se trouva le seul médecin à la Bourse avec trente et quelques blessés. Toute la nuit, il fut occupé à panser nos braves, aidé il est vrai par mesdemoiselles Césarine (voir sans doute Gaudin, Césarine, Joséphine, femme Ouvrard) et Grosjean (voir Grosjean, Mathilde madame), qui déployèrent un zèle et un courage tout à fait au-dessus de leur sexe. 30 juillet. Le vendredi 30 à 8 heures du matin, le docteur Guillon se rendit à l’ambulance pour aider son collègue ; ce jour, il ne quitta ce poste que pour aller prendre du repos. Dans l’après-midi, d’accord avec son confère, le docteur Delacoux procéda pour mettre les blessés mieux à l’aise à la construction des lits, tels qu’ils ont été vus ; et à cet effet, il requérait les bons et généreux services de MM. Chaussegros, boulanger, et Tinel, layetier, rue des Colonnes-Feydeau. Ce jour, avant la nuit, l’ambulance fut transférée et mise en ordre dans la grande galerie au premier étage. Dans la soirée de ce jour, ayant [eu connaissance] que cinq cadavres de nos braves gisaient depuis plusieurs jours dans les caveaux de la Bourse, les docteurs, après en avoir recueilli le signalement, jugèrent qu’il y avait urgence à les faire inhumer. Le docteur Delacoux se chargea de cette tâche et, vu les circonstances et les difficultés de transporter ces morts, il conçut l’idée de les faire enterrer entre deux tilleuls de l’allée nord du Palais de la Bourse. Le docteur Guillon blâma vertement le projet et proposa et même insista pour que les cadavres fussent jetés à la Seine. M. Rousseau (voir Rousseau, Jean, Joseph ?), dont le zèle est au-dessus de tout éloge, parvint à faire transporter les restes de nos braves au cimetière Montmartre. Toute la journée du vendredi, jusqu’à minuit, le docteur Delacoux resta à l’ambulance, où le docteur Guillon passa la nuit. 31 juillet. Le samedi à 6 heures du matin, le docteur Delacoux se rendit à l’ambulance pour y passer la journée. Dans la matinée, le docteur Gendrin, assisté d’un envoyé de la police, se présenta à la Bourse et exhiba l’ordre de faire évacuer tous les blessés sur les hôpitaux. Le docteur Guillon obtint des principaux employés de la Bourse que cet ordre ne serait point encore mis à exécution. Les blessés restant provisoirement à l’ambulance, dès lors l’appartement dit des faillites leur fut affecté. De tout le jour et toute la nuit, le docteur Delacoux ne quitta point le poste de la Bourse, confié alors au commandement du colonel Parchappe. Dans l’après-midi du samedi, sur l’ordre exprès de la commission au département de la Guerre (car il n’y avait pas encore de ministre), tous les militaires blessés (au nombre de six) furent évacués par les soins du docteur Delacoux sur l’hôpital du Gros-Caillou. L’ordre d’évacuation et le récépissé sont encore entre les mains de ce médecin. 1er août. Le dimanche, il fut convenu entre les docteurs Guillon et Delacoux qu’alternativement ils feraient le service de l’ambulance, ce qui en effet eut lieu jusqu’au 10 août mardi. 2 août. Quoique le lundi, jour d’ouverture de la Bourse, le service revint au docteur Delacoux, et quoiqu’il n’ait point quitté son poste tant pour le bien des blessés que pour recevoir les réclamations des parents infortunés qui étaient encore à la recherche des leurs, son collègue Guillon y fut aussi en permanence, revêtu de son uniforme. Il est vrai de dire que dès lors le docteur Guillon a déployé tout le zèle et l’activité dont il est capable. 11 août. Dès le 11 août, c’est-à-dire après l’article du Constitutionnel et du Journal des débats, article rédigé avec la plus insigne partialité, le docteur Delacoux n’a pris aucune part au service médical de l’ambulance de la Bourse (en note : Si le docteur Delacoux eût mis tout le zèle que la plupart des blessés exigeaient de lui et qu’il eût voulu satisfaire leur insatiable cupidité, il est très probable que leur reconnaissance n’eût point pris le change et qu’il n’eût point été exposé à l’humiliant avertissement qu’aucun d’eux ne voulait plus se laisser panser par lui. Cette détermination a été provoquée par un forçat échappé ou libéré. Ce blessé, pour tout dire, avait eu mission aussi de demander à la reine, lors de sa visite à la Bourse, la décoration de la Légion d’honneur pour l’homme de leur choix. Il est bon de taire plusieurs autres circonstances ni plus ni moins dégoûtantes à faire connaître.). A l’ambulance de la Bourse, le docteur Delacoux ne se considéra jamais, pas plus qu’il en fut considéré, l’auxiliaire du docteur Guillon, de même aussi qu’il ne prétendit jamais, quoique dans le principe il ait pris le plus souvent l’initiative de rester seul chargé du service de l’ambulance de la Bourse (sic). Le titre de chirurgien-major de l’ambulance de la Bourse, si tant est que quelqu’un se le soit attribué, n’est donc qu’une forfanterie ridicule, titre que tout homme de sens et franchement philanthrope ne pourrait même accepter dans de telles circonstances. Après tout, le docteur Delacoux, dans les moments de danger, n’a pas plus reculé à la Bourse qu’ailleurs. Il croit même avoir puissamment contribué dans la soirée du 30 juillet à rétablir l’ordre, gravement compromis par la présence de quelques individus, dont l’expulsion demandée et ordonnée par lui a aussitôt été suivie du calme le plus parfait. Tous ces faits peuvent être attestés par les personnes déjà dénommées, en outre par M. Novince au bureau du Temps, Gadon, avocat à Guéret (voir Gadon de Guerret ?), les colonels Pailhès et Dulac, Saint-Sauveur, rue du Port-Mahon, n° 7, Hydre de Neuville (neveu), les docteurs Boucher, Tanchou rue Saint-Marc, et Verdier, rue des Victoires, n° 40, Renard, pharmacien rue Vivienne, Tricotel, auteur d’une esquisse sur l’intérieur de la Bourse ; enfin tous les habitants de la Bourse même et des environs. Là, doit se borner ce récit, que le docteur Delacoux adresse comme simples renseignements. » Le 14 janvier 1831, il adressa la lettre suivante au préfet : « Jusqu’à ce jour, j’ai cru que tous ceux qui avaient pris une part active aux événements de Juillet fixeraient l’attention du gouvernement et qu’à leur égard on agirait largement. Ma profession me mettant en dehors de ceux qui ont réclamé près de la Commission des récompenses nationales, je n’ai donc adressé aucune demande à cette Commission, quoiqu’elle m’ait fait appeler à cet effet. Je sais, monsieur le préfet, que la Commission des récompenses a assimilé mes services à ceux de quelques médecins qui ne sont point sortis du domaine de leur art ; de plus, que quelques individus qui ont été appelés à éclairer la religion sur ma conduite et mes services ont été signalés par moi comme perturbateurs et éconduits du palais de la Bourse dans les journées du 29 et 30 juillet. En vous adressant, monsieur le préfet, copie de la note qui a été déposée chez l’avocat Plougoulm, c’est vous constituer juge de mes services et vous prier de leur assigner la récompense à laquelle ils peuvent me donner droit. S’il m’est permis de vous exprimer mes désirs à ce sujet, c’est d’obtenir la décoration de la Légion d’honneur. Je me réclame près de vous, monsieur le préfet, de la recommandation de MM. Desgenettes, maire du (ancien) Xe arrondissement, Girod de l’Ain et le comte Treilhard, qui j’en suis sût ne me refuseront jamais leur témoignage d’estime. » Il joignait à sa demande la copie de la note déposée chez M. Plougoulm, chargé d’un rapport sur les événements de Juillet et ainsi rédigée : « Au nombre de ceux qui ont bien mérité de la patrie, nous devons citer M. le docteur Delacoux, qui, dans les journées des 27, 28 et 29, s’est montré partout où le danger était imminent. C’est à sa fermeté que le 29 sur la place Vendôme, on a dû le désarmement d’un grand nombre de soldats et à son investigation qu’on a dû plusieurs centaines de cartouches qu’ils voulaient soustraire ; c’est au milieu du feu de la rue Saint-Honoré, ce même jour, qu’il a été recueillir un vieillard qui venait d’être atteint par le plomb meurtrier. Lorsque la victoire fut à nous, et qu’une trop juste vengeance demandait la vie de deux gardes royaux gravement blessés, ce généreux citoyen les prit sous sa sauvegarde et s’empressa de les conduire à la Bourse, où il leur prodigua tous les soins que réclamait leur position, avec le même zèle que ceux qu’il donne encore à nos braves et malheureux concitoyens. » Signé, le 6 août 1830 : Alard, Verdier et Dubarÿ. Les soussignés certifient que le docteur Delacoux est depuis le 29 juillet en permanence à l’ambulance de la Bourse, à laquelle il donne tous ses soins et qu’il est un des premiers qui y ait conduit des blessés. » Signé, le 16 août 1830 : Novince ; Gardon, avocat. Le dossier d’examen de ses droits fut instruit par la Commission des récompenses nationales du (ancien) IIe arrondissement. Il reçut la médaille de Juillet (sous le nom de Delacoux de Roseau, Alexis) auprès de la mairie du (ancien) IIe arrondissement. On lira le dossier de Guillon, François, Gabriel, autre médecin de l’ambulance de la Bourse, et qui donne de nombreuses indications sur Delacoux. Il signa, le 15 septembre 1830, un certificat médical constatant les blessures de Chevrier, Claude, François (voir ce nom). En date du 20 avril 1833, le Constitutionnel faisait paraître la lettre suivante du docteur Guillon (voir Guillon, François, Gabriel), à l’occasion de l’exposition du nouveau tableau de Gosse sur la visite de la reine à l’ambulance de la Bourse le 23 août 1830. Le docteur Guillon y faisait mention de Delacoux : « A M. le rédacteur du Constitutionnel,
»Monsieur,
»Puisqu’en rendant compte du tableau de M. Gosse, représentant la visite de la Reine et de sa famille à l’ambulance de la Bourse, vous avez rappelé le peu que j’ai fait pour les blessés, permettez-moi, je vous prie, de profiter de cette circonstance pour rectifier, par la voie de votre journal, une erreur grave que renferme le travail de la Commission de la souscription nationale, au sujet des dépenses de cette ambulance, erreur qui pourrait faire naître des soupçons injurieux sur les personnes qui ont donné avec autant de zèle que de désintéressement des soins aux victimes de notre mémorable révolution. L’ambulance de la Bourse n’a pas, comme il est dit, page 13 du compte-rendu que viennent de publier messieurs de la commission, coûté 2.764, 60 francs mais simplement 1.019, 40 francs, ce qui fait une différence en moins de 1.715,20 francs ; et cette différence vient de ce qu’on a fait figurer au nombre des dépenses de cette ambulance des sommes dont l’emploi lui est tout à fait étranger. Ces 1.019, 40 francs ont été employés à payer le pain, la viande de boucherie et les légumes, depuis le 3 août jusqu’au 10 octobre suivant. Permettez-moi encore de réparer l’oubli de MM. les commissaires du (ancien) IIe arrondissement et de signaler à la reconnaissance de nos concitoyens quelques personnes dont les noms devaient être inscrits dans leur rapport. Je citerai d’abord M. Davannne, changeur, passage des Panoramas, qui avec Mme Rivière, M. Legrand (voir ce nom), traiteur, et quelques autres personnes du quartier, ont nourri les blessés depuis le 29 juillet au matin jusqu’au 3 août, et qui, jusqu’à la fin n’ont pas discontinué de leur donner le vin, la volaille et une infinité de choses. Enfin, pendant les deux mois et demi qu’elle a duré, cette ambulance, où plusieurs centaines de blessés ont été soignés, a moins coûté à la mairie qu’à M. Davanne, dont la générosité ne s’est pas ralentie un seul instant. Comme les médicaments ont été fournis gratuitement par MM. Renard (voir ce nom) et Bughon (voir ce nom), pharmaciens, rue Vivienne, c’était peut-être un devoir pour MM. les rapporteurs d’en faire mention, surtout l’un d’eux étant aussi pharmacien. L’ambulance de la Bourse ayant été la plus considérable de toutes celles qui furent établies alors, MM. Delacoux (voir Delacoux, Alexis) et Schrimpton (voir Shrimpton, Charles), qui pansèrent comme moi les blessés, Mlle Le Pelletier (voir Lepelletier, Angélique, Adélaïde, Suzanne), Mme Grosjean (voir Grosjean madame, Mathilde), Mlle Balzac (voir ce nom), qui leur prodiguaient les soins les plus touchants, méritaient également une mention honorable, ainsi que M. Rousseau-Leblanc (voir ce nom), pour les services qu’il avait rendus depuis le 29 juillet dans la soirée (vers 4 heures), où il vint à l’ambulance, jusqu’au 10 octobre, époque à laquelle les deux derniers blessés en sortirent. Je terminerai cette lettre en relevant encore une inexactitude de ce compte-rendu, où je figure comme membre de la commission médicale du (ancien) IIe arrondissement et lorsque je n’ai fait partie d’aucune de ces commissions. Je ne le pouvais, en effet, puisque dès le moment où j’établis l’ambulance au palais de la Bourse, jusqu’à la fin, je ne quittai que le moins possible les blessés auprès desquels je passai même plusieurs nuits. Aussi, à notre satisfaction à tous, n’avons-nous eu à déplorer la perte d’aucun d’eux, quoique nous ayons évité cinq amputations que quelques-uns de nos confrères avaient jugées nécessaires. J’ajouterai aux réflexions très justes que vous avez faites au sujet de M. Vassal (voir Vassal, Jacques, Claude, Roman), que l’asile qu’il avait donné aux blessés, lorsque M. le préfet de police d’alors voulait les évacuer sur les hôpitaux, suffisait pour lui mériter la place qu’il occupait dans le tableau de M. Gosse, où cependant il est remplacé par M. B... de R... [Baudesson de Richebourg, N.D.A] (voir ce nom) J’ai fait tous mes efforts pour déterminer l’artiste à l’y laisser ; mais, à mon grand chagrin, je n’ai pu y parvenir. » Il déposa un dossier devant la Commission des récompenses nationales instituée après la Révolution de Février, adressant, le 14 mars 1848, la lettre suivante à la Commission : « En appelant l’attention de la Commission sur quelques services rendus à la nation ce n’est point pour lui demander une rémunération mais pour lui faire connaître que j’ai acquis mon brevet de civisme et que je mérite d’être cru quand j’invoque sa justice au profit de tous. Homme de Juillet, homme des trois journées, je terminais ma tâche en fondant l’ambulance de la Bourse, en donnant mes soins à ceux qui avaient exposé leur vie, prodigué leur sang pour ériger le même culte qui nous réunit tous aujourd’hui, le culte de nos pères. En juin 1832, ma popularité appela dans ma maison, rue Sainte-Croix-de-la-Bretonnerie, une foule d’inculpés pour échapper aux perquisitions de la police. En 1834, ma maison, rue des Fossés-Saint-Germain-l’Auxerrois, servit aussi de refuge à l’un des plus illustres martyrs de la liberté, à Cavaignac. Cette circonstance devant appeler sur moi toutes les vengeances de l’absolutisme m’obligea de m’expatrier et de m’embarquer ex abrupto pour New York, dans le dénuement le plus absolu. Ce n’est qu’au bout de douze ans d’expatriation, de misères, de persécutions, d’infortunes inouïes, que j’ai pu revenir sur le sol natal, pour y trouver de nouvelles infortunes et de nouvelles humiliations, sous le poids des injustices. Pendant les journées qui préparaient l’ère républicaine, si je n’ai pas matériellement combattu, je n’ai cessé de faire de la propagande dans les rangs, au pied ou au faîte des barricades, en présence quelquefois de ceux mêmes qui déjà nous auraient évoqué à leur barre, en présence de ceux qui déjà auraient formulé de sanguinaires réquisitoires, qui auraient demandé nos têtes si la fortune et la victoire eussent trahi notre courage. Pour moi, citoyens, je ne demande rien mais je vous conjure de demander pour des frères, toujours au profit de la nation, ce que vous êtes en droit d’obtenir. Quoi ! votre commission s’occuperait seulement de décerner des hochets, des mentions honorables, des primes pécuniaires et elle n’aurait pas le droit de gratifier la nation en venant en même temps au secours du malheur ? Quelle plus noble mission pourrait-elle avoir que celle de réparer des injustices ? Depuis vingt ans, des hommes, pour leurs principes et pour leurs actes, ont été soumis à toutes les épreuves du sort, ont été en proie à toutes les horreurs de la misère ; pour beaucoup il n’y a plus de bonheur ni d’avenir ; à tort ou à raison, ces mêmes hommes ont tout sacrifié pour la cause sainte qui a triomphé et cependant ils craignent encore de voir s’appesantir sur eux toutes les rigueurs de la fatalité. Serait-ce en dehors de votre mission citoyens ! de désigner ces hommes qui ont moins besoin de récompenses honorifiques que de pain ? Ces martyrs du patriotisme, qui souffrent et gémissent secrètement, souvent en proie aux angoisses des besoins les plus pressants, vivant sous l’influence des idées les plus irritantes, exaltés par des paroxysmes de désespoir, en vue des actes d’injustice choquants, qui se consomment au mépris du plus saint des devoirs, de l’humanité. Plus malheureuse mille fois que ceux qui se recommandent à la charité publique, plus malheureux que ceux qui peuvent s’enrôler dans les corporations manouvrières, ils n’ont rien pour tempérer leurs maux que la résignation et leur éducation, ils n’ont d’autre consolation que l’idée de l’éternité. Ces mêmes hommes enfin, ces martyrs de la liberté, qui ont bravé toutes les rigueurs d’un pouvoir vindicatif auraient-ils travaillé et bravé tant de dangers pour servir encore une fois de marchepied à l’ambition parjure, à l’apostasie éhontée, au népotisme impertinent, à la camaraderie insolente ? Ces palais immenses serviront encore à abriter la corruption ? Ces antres immondes n’ont point encore été purifiés, ces foyers impurs renferment encore les mêmes ferments délétères. Cet ordre de choses, citoyens, ne peut être définitif. C’est donc pour quoi, je vous conjure encore une fois de donner à vos droits autant d’intention qu’il en est besoin, pour atteindre et frapper au cœur cette démoralisation inquiétante pour les honnêtes gens de quelque communion qu’ils soient. A chacun donc selon ses œuvres et ses capacités. Je suis, etc. » Il fut proposé par la Commission pour recevoir le signe honorifique qui devait perpétuer la mémoire de la Révolution de Février mais qui ne fut jamais institué ; et aussi, Delacoux étant parti pour le Mexique, un secours de trois cents francs à verser pour sa femme, tout en la recommandant au général Cavaignac. Il était marié et père de deux enfants en 1848. Il est l’auteur d’une Biographie des sages-femmes célèbres, anciennes, modernes et contemporaines, avec vingt portraits, Paris, chez Trinquart et chez l’auteur, 1834. Il demeurait à Rochefort en 1815 ; 25, rue Coquenard en 1824 ; 5, rue Joubert en 1825 ; 45, rue Neuve-Saint-Roch (par erreur 47, rue Neuve-Saint-Roch in Procès des ministres de Charles X, nouvelle édition, Paris, chez Lequien fils) en 1830-1831 ; rue Sainte-Croix-de-la-Bretonnerie en 1832 ; rue des Fossés-Saint-Germain-l’Auxerrois en 1834 ; au Petit-Montrouge en 1848. Archives nationales F 1dIV d 6 ; Le National, 10 août 1830 ; Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la médaille instituée par la loi du 13 décembre 1830 sur les récompenses nationales, Bulletin des lois, 2e partie, ordonnances, n° 104 bis ; Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la médaille instituée par la loi du 13 décembre 1830 sur les récompenses nationales, Le Moniteur universel, 19 juin 1831 ; Archives de Paris VD6 172 n° 6, idem in dossier Guillon, François, Gabriel ; Archives de Paris VK3 42 (couverture du dossier Clément, Nicolas) ; Archives nationales F/1dIII/33 dossier indemnités et récompenses, envoi du 10 septembre 1830, envoi du 13 novembre 1830 du ministre de l’Intérieur à la Commission des récompenses nationales ; Archives nationales F/1dIII/39 Commission des récompenses nationales, noms des citoyens proposés pour la médaille (ancien) IIe arrondissement ; Archives nationales F/1dIV/D/6 ; Archives de la préfecture de police AA 378 in dossier Chevrier, Claude, François ; Archives de la préfecture de police AA 383 ; Procès des ministres de Charles X, nouvelle édition, Paris, chez Lequien fils, 1831, p. 163 ; Le Constitutionnel, 20 avril 1833.