Delaunay, Casimir, Henry
Biographie
Né le 18 septembre 1811 à Paris. Compositeur et correcteur d’imprimerie. Il fut légèrement blessé à un doigt de la main droite, au Louvre le 29 juillet, et resta trente jours sans pouvoir sans servir. Il était porteur du certificat du pharmacien, suivant : « Je, soussigné, pharmacien, demeurant à Paris, rue Dauphine n° 38, certifie que le nommé Casimir Delaunay s’est présenté chez moi, le 29 juillet dernier, accompagné de deux personnes qui comme lui m’ont assuré que la blessure qu’il avait au doigt du milieu de la main droite provenait d’une balle que le susnommé avait reçue à la prise du Louvre. J’ai délivré au jeune Casimir Delaunay ce certificat par la certitude que j’ai qu’il mérite les égards d’un homme plein de patriotisme et qui a été victime de son courage. » Signé, le 15 décembre 1830 : Gautier, pharmacien. Il reçut (sous le nom de Delaunay, Henry, Casimir) un secours de vingt-cinq francs en août 1830, sur les secours distribués par Le Constitutionnel. Le dossier d’examen de ses droits fut instruit par la Commission des récompenses nationales du (ancien) XIe arrondissement. Il reçut un secours de quatre-vingt-dix francs, le 17 décembre 1830, auprès de la mairie du (ancien) XIe arrondissement. Le Comité de médecine et de chirurgie près la Commission des récompenses nationales, après l’avoir examiné, donna, le 21 décembre 1831, la conclusion suivante : « A été atteint, dans les journées de Juillet, d’une blessure sur la face dorsale du médius de la main droite, blessure attribuée par Delaunay à un coup de feu et actuellement cicatrisée, sans infirmité, atteint de plus d’une hernie inguinale du côté gauche dont la cause ne saurait être déterminée. En conséquence nous estimons que le susnommé a été atteint d’une blessure qui n’a entraîné d’empêchement que pendant la durée du traitement et qu’il doit être rangé dans la première classe des blessés. » Il fut admis dans la 1re classe des blessés avec une indemnité définitive auprès de la mairie du (ancien) XIe arrondissement et reçut une indemnité définitive de cent vingt francs. Il reçut (sous le nom de Delaunay, Edouard), à titre de blessé de la 1re classe, une indemnité définitive de cent vingt francs de la part de la Commission de la souscription nationale en faveur des veuves, orphelins et blessés de juillet 1830. Il fut nommé sous-officier, sur proposition de la Commission des récompenses nationales et affecté dans la cavalerie au 11e chasseurs à cheval. Se trouvant en garnison au Mans en novembre 1831, il donna procuration à son frère, Pierre, Emile, pour toucher cette dernière somme. Le 1er décembre 1831, il reçut de la Commission de souscription nationale, en tant que blessé et décoré, une indemnité de cinquante francs. Il déposa un dossier devant la Commission des récompenses nationales instituée après la Révolution de Février, et qui nous donne quelques indications supplémentaires sur sa participation à la révolution de Juillet. Il était alors libraire et adressa la lettre suivante à la Commission : « Je viens d’apprendre que vous aviez pour mission de récompenser les hommes qui, depuis juillet 1830, avaient payé de leur personne ou de leur sang les libertés que nous venons de reconquérir aujourd’hui, et cette fois pour n’en être plus spoliés, le faisceau populaire étant indivisible ; permettez-moi donc de vous dire un peu longuement ce que je fus, ce que je suis : le style c’est l’homme : nous me jugerez mieux. Compositeur et correcteur d’imprimerie, comme un de vos courageux membres, la révolution de 1830 me vit, au milieu de cette studieuse et énergique corporation, de la presse, défendre notre pain et notre liberté. Blessé au Louvre d’un coup de feu à la main droite, et dont le certificat de M. Gauthier (sic), alors pharmacien rue Dauphine, vous attestera le fait, je partis quelque temps après pour la Belgique avec M. Pontécoulant ; j’assistai à la reddition de la citadelle de Gand et courus à Anvers pour y voir brûler l’entrepôt ; les ingrats Brabançonnais nous licencièrent et je revins à Paris, besogneux. Mon absence me fut fatale, proposé comme officier et comme légionnaire de Juillet, je n’obtins, à mon retour, par la Commission des récompenses, que le grade de sous-officier dans un régiment de chasseurs, en date du 21 mars 1831 ; là, devaient nous attendre sept années de dégoûts te d’humiliations, les officiers de l’ancienne garde royale ne pouvant pardonner à nos camarades (nous étions six officiers ou sous-officiers de nomination révolutionnaire) la victoire populaire de Paris, dont un fourbe profita en l’étouffant sous ses écus ; bref, le martyrologue moral serait trop long à vous narrer, vous savez mieux que moi ce que les zéros de Juillet dans l’armée (c’est ainsi qu’on nous appelait) eurent à souffrir pendant leur engagement. Voulant éviter de continuelles injustices et croyant obtenir l’épaulette en Afrique, j’y fis quatre campagnes et assistai avec le maréchal Clauzel à l’expédition de Constantine ; mais, là, j’eus encore le malheur d’appartenir à une compagnie du 63e de ligne, commandée par un officier nommé Ducasse, dont la cupidité n’avait pas de bornes : riz, bois, argent, prestations précieuses pour de pauvres soldats ayant trop pour mourir et pas assez pour vivre, étaient effrontément enlevés chaque jour par les soins du sergent-major Péris, son digne acolyte, et partagés pour défrayer leur orgies ; je réclamai donc au fameux colonel Hecquet (depuis longtemps général à Courbevoie, grand soutien de l’ex-système et qui vient, il y a quelques jours, de nous offrir sa ridicule et républicaine épée, en vous demandant sans doute Où sont mes places ?) ; mais est-il besoin de vous dire, citoyens, qu’après avoir formulé en plainte en forme claire, précise, l’affaire tourna au bout de deux mois à ma plus grande confusion, et, mis à la prison du corps, je fus suspendu pendant deux mois de mon grade et fus à l’ordre de l’armée, proclamé par écrit comme calomniateur, tous les livres du 63e sont faciles à consulter ; j’en démontrerai la preuve quand on voudra. M. le général Hecquet, du reste, aura encore assez de loyauté pour reconnaître aujourd’hui, comme il me l’a dit il y a deux ans, que la punition qui avait brisé ma carrière était injuste, l’officier Ducasse, pour de nouvelles dilapidations, ayant été chassé dernièrement du corps ; d’ailleurs, rappelez-vous, les malversations du Gros-Caillou et de la manutention du quai de Billy : un malheureux employé de la Guerre n’a-t-il pas été renvoyé pour avoir porté la lumière dans les écuries ministérielles ? Honni, banni, conspué, emprisonné, mon congé me trouvant à Alger, après avoir parcouru en tous sens nos belles possessions d’Afrique, je m’empressai de quitter l’armée et de reprendre la typographie, où la communion républicaine organisait depuis longtemps son levier. La révolution politique et sociale de Février m’a trouvé ce que j’étais en juillet 1830 ; je n’ai pas renié mon passé ; je n’ai pas oublié l’art de faire des barricades, d’animer du geste et de la voix les timides, aussi que de respecter un ennemi désarmé ; j’étais aux Tuileries. Aujourd’hui, citoyens, j’ai femme et enfant, ma vieille mère à Anvers, vivant d’une petite pension que nous, trois frères, lui faisons mensuellement, une sœur, presque folle, dont la monomanie depuis quinze ans consiste à se croire poursuivie par la police et les prêtres ; une place pour elle dans une maison de refuge, voilà ce que demande pour elle, la situation de mes affaires ne me permettant guère de payer maintenant termes, nourriture et entretien comme je le fais depuis dix ans et dont vous trouverez un petit mémoire explicatif et fourni par le hasard. Quant à moi, j’ai fait quelques études, j’ai beaucoup voyagé, si vous me croyez utile à quelque chose, citoyens, mon peu d’intelligence dans les circonstances difficiles où nous nous trouvons sera centuplé par mon patriotisme et ma bonne volonté à servir une si belle cause. Il y a cinq mois avant que je ne fusse établi, je ne vous aurais rien demandé ; dans ma chambre j’étais heureux, mais les charges excessives du cabinet de lecture que je viens de prendre m’ont obéré et puisque votre Commission se propose d’indemniser les citoyens méritants, voyez si un emploi sortable (sic) de comptable en finances ou administration ne serait pas au-dessus de mes moyens, ayant déjà travaillé pendant quelque temps aux tenues de livres. Excusez ma prolixité, je l’ai cru nécessaire ; vous verrez si je me suis trompé. Je suis en instance auprès de la Commission des indemnités ; soixante et un volumes ont été brûlés lors de l’incendie de la caserne des gardes municipaux du faubourg Saint-Martin. » Il fut proposé par la Commission pour recevoir le signe honorifique qui devait perpétuer la mémoire de la Révolution de Février mais qui ne fut jamais institué et pour le grade de sous-lieutenant dans un régiment du train des équipages. Il était célibataire en 1830, marié et père d’un enfant en 1848. Il avait une sœur, Aspasie qui vivait à Paris, et une autre sœur Clémence qui vivait en Belgique. Il demeurait 18, rue des Francs-Bourgeois en août 1830 (1, rue du Paon chez Mme Philippe sur les listes de la mairie et deux fois in Archives nationales F/1dIII/37) ; cul-de-sac du Paon, chez Mme Philippe en 1830-1831 ; 26, rue Beauregard en 1845 ; 51, rue du Faubourg-Saint-Martin en 1848 ; sa mère 792, rue Everdy à Anvers en 1845. Premier état, arrêté le 19 août 1830, des secours distribués par Le Constitutionnel ; Liste des morts, des blessés, des veuves et des orphelins, 2e édition, Paris, chez A. Barbier, imprimeur, rue des Marais S.-C., 17, 1830, p. 21 ; Journées des 27, 28 et 29 juillet, liste des morts, des blessés, des veuves, des orphelins, Paris, A. Boulland, 1830, p. 23 (sous le nom de Delaunay, Henri, Casimir) ; Compte-rendu des travaux de la Commission de la souscription nationale en faveur des veuves, orphelins et blessés de juillet 1830, liste nominative des blessés de la Ire classe du XIe arrondissement auxquels il a été alloué des indemnités définitives lu et approuvé à la séance générale du 11 juillet 1832, Paris, Imprimerie de Crapelet, rue de Vaugirard, n° 9, novembre 1832, p. 85 (sous le nom de Delaunay, Edouard) ; Archives de Paris VD6 360 n° 5, II, état nominatif des blessés du (ancien) XIe arrondissement dans les journées des 27, 28 et 29 juillet 1830 ; Archives de Paris VD6 545 n° 3 ; Archives de Paris, VD6 631 n° 1 et idem même référence mairie du (ancien) XIe arrondissement, un gros cahier vert de récompenses nationales, secours aux blessés de Juillet domiciliés dans ledit arrondissement ; Archives de Paris VD6 639 n° 5, mairie du (ancien) XIe arrondissement, Commission de la souscription nationale, titres provisoires des parties prenantes, reçus en échange des titres définitifs délivrés par la mairie, blessés, secours définitifs, idem cahier Indemnité des cinquante francs, 1831 ; Archives de Paris VK3 19, Etat des blessés décorés de Juillet auxquels il a été payé par la mairie du (ancien) XIe arrondissement, par décision de la Commission de la souscription nationale la gratification de cinquante francs et l’habillement évalué à soixante francs ; Archives de Paris VK3 30, état des habitants du (ancien) XIe arrondissement de Paris qui ont été blessés dans les journées des 27, 28 et 29 juillet 1830 ; Archives de Paris VK3 43 ; Archives nationales F/1dIII/33, Commission des récompenses nationales, liste générale de présentation et de nomination de sous-officiers ; Archives nationales F/1dIII/37, Commission des récompenses nationales, dossier indemnitaires 1re classe à 120 francs, (ancien) XIe arrondissement et état des sommes payées aux combattants pour le compte de cette Commission, du 8 octobre 1830 au 31 août 1831 par la mairie du (ancien) XIe arrondissement ; Archives nationales F/1dIII/38 A, Commission des récompenses nationales, état des (197) citoyens dont les blessures ont entraîné un empêchement de travail que pendant la durée du traitement ; Archives nationales F/1dIII/41 ; Archives nationales F/1dIII/82 Compte rendu des travaux de la Commission de la souscription nationale en faveur des veuves, orphelins et blessés de juillet 1830, lu et approuvé à la séance générale du 11 juillet 1832, liste nominative des blessés des 1re et 2e classes auxquels il a été alloué des indemnités définitives (ancien) XIe arrondissement, blessés de 1re classe ; Archives de la préfecture de police AA 383.