Delire, François, Félix
Biographie
Né le 22 octobre 1784 à Paris. Limonadier, au 3, cité d’Orléans en 1831, il signa, le 22 décembre 1830, le certificat suivant en faveur de Dugany, Jean-François : « Nous, soussignés, certifions à tous qu’il appartiendra que le sieur Jean-François Dagany (sic), cité d’Orléans n° 3, bd Saint-Denis n° 18, à Paris ; que les 28 et 29 juillet 1830, il s’est offert spontanément pour prendre part à notre glorieuse révolution, se dirigeant avec le peuple pour combattre les ennemis de la patrie, dont l’un des régiments de cuirassiers ne put rien contre leur résistance toute dévouée et vraiment française ; qu’en outre il servit aux soins urgemment nécessaires aux malades et blessés qui formaient l’ambulance de ladite rue et quartier, entre celle de la porte Saint-Denis et celle Saint-Martin ; que depuis ce dernier jour, sa santé a continuellement souffert et que rien ne paraît pouvoir promettre une prompte amélioration ; attestons de plus que ce père de famille nous est parfaitement connu tant par sa probité intacte que par ses mœurs douces et son usage peu commun dans la société, ayant été anciennement militaire et bon soldat de Napoléon. » Il signa, le 27 août 1830, le certificat suivant en faveur de la veuve Trubert et que cette dernière présenta quand il tenta de faire valoir ses droits auprès de la Commission des Réclamants : « Nous, propriétaire de la cité d’Orléans et autres habitants du quartier de la porte Saint-Denis, soussignés, certifions à qui il appartiendra que Mme veuve Trubert, notre voisine, a fait preuve d’un dévouement et d’un courage au-dessus de tout éloge, pour la cause nationale. Qu’immédiatement après le combat qui eut lieu près les deux portes Saint-Martin et Saint-Denis elle s’est occupée la première à faire des quêtes de linge et d’argent au bénéfice des blessés qui ont été apportés dans l’ambulance de ladite cité. Que c’est par les soins et la vigilance de cette dame et de celles qui ont suivi son exemple qu’indépendamment d’une somme de trois mille francs, qui a été versée à la mairie du (ancien) Ve arrondissement pour tous les blessés de juillet dernier plus de deux cents ont reçu des premiers secours et pansements qui leur ont été administrés pendant près de quinze jours par MM. Penasse et Bachot (voir plus haut) et qu’en outre, en attendant l’ouverture des ateliers environ trois mille personnes ont reçu dans ladite ambulance des rations de pain, viande, soupe et vin qui leur ont été distribuées pendant quatre jours le matin et le soir par ladite dame Trubert elle-même, dont rien n’a pu paralyser le courage. Nous ajoutons qu’indépendamment des blessés qui ont été reçus gratuitement de la part de M. Brian dans l’établissement de santé dirigé par Mme Baric, ladite dame veuve Trubert a fait occuper par plusieurs défenseurs de la liberté les lits que la dame Baric a mis à cet effet à sa disposition, faubourg Saint-Denis. » Il déposa un dossier devant la Commission des récompenses nationales instituée après la Révolution de Février, et qui nous donne quelques indications sur sa participation à la révolution de Juillet. Il adressa en effet à la Commission la lettre suivante : « Le soussigné, François, Félix Delire, ancien traiteur, demeurant ci-devant cité d’Orléans à Paris et actuellement rue de Tourtille 27 à Belleville, où il exerce la profession de fruitier, a l’honneur de vous exposer qu’il est né à Paris, le 22 octobre 1784 et qu’il s’y est marié avec Nicole Feuillet, que de son union est issue une fille, décédée, laissant deux enfants dont l’aîné a quatorze ans et qui sont à sa charge ; que pendant les années 1831, 1832 [émeute des 5 et 6 juin, à l’occasion de l’enterrement du général Lamarque, N.D.A.], 1834 [avril, soulèvement républicain à Paris en soutien de celui de Lyon, N.D.A.] et 1839 [mai, coup de force républicain mené par Barbès et Blanqui, N.D.A.], il s’est dévoué pour la cause qui vient de triompher, que ces faits étaient tellement connus que diverses visites de police ont été faites en son domicile ; que ce n’est qu’aux ruses qu’il a employées que les citoyens Kersausie, Raspail, Lacombe, Rey, Saint-Victor, Galan, Meyer, Cavaignac, etc. ont pu échapper à l’arrestation que les agents de l’ancien pouvoir avaient mission de faire ; qu’à la révolution de 1830 il a sacrifié ce qu’il possédait, en convertissant son établissement en ambulance et fabriquant les munitions, qu’il distribuait aux combattants ; qu’enfin à la révolution de 1848, malgré son âge et la distance qui le séparait du foyer des émeutes, il arriva, l’un des premiers, au Palais-Royal et aux Tuileries, qu’il ne quitta qu’après la victoire complète. » Sa lettre était signée par (pour les noms lisibles) : Nativelle ; Lacombe, J. ; Pornin ; Merlet ; Saint-Victor ; Guinard ; Cousin, officier comptable. Il fut proposé par la Commission pour recevoir le signe honorifique qui devait perpétuer la mémoire de la Révolution de Février mais qui ne fut jamais institué. Il était marié et père d’un garçon et d’une fille en 1848. Il demeurait 3, cité d’Orléans en 1831 ; rue de la Tourtille à Belleville en 1848. Archives de la préfecture de police AA 384 ; Archives de la préfecture de police AA 386 in dossier Dugany, Jean-François ; Archives de la préfecture de police AA 415 in dossier Trubert veuve.