Desfrenne, Henri, Désiré ou Desfresne, Henri, Désiré
Biographie
Né vers 1792. Ancien sous-officier de cavalerie. Le 12 août 1830, il adressa la lettre suivante au maire du (ancien) Xe arrondissement : « Un ancien soldat, père de famille, qui depuis huit ans qu’il a quitté le service, vit avec honneur et probité du produit d’une place modique dans le commerce, prend la confiance de se rappeler à votre souvenir, non pour réclamer de vous des secours pécuniaires mais seulement pour obtenir de votre bonté, s’il est possible, l’indemnité de ce qu’il a perdu dans les mémorables journées des 27, 28 et 29 expirant. Le 28 juillet, ayant eu l’honneur d’être remarqué de vous, Monsieur, lorsque sortant de marcher sur les Tuileries avec la colonne de front, nous reçûmes l’ordre de nous porter à votre mairie avec un détachement de quarante-cinq hommes commandé par un ancien capitaine de chasseurs, qui me nomma son sergent-major dans la cour même de votre hôtel, où nous nous reposâmes un instant de nos fatigues. J’espère que malgré les grands embarras qui vous occupaient alors, vous daignerez vous souvenir de moi, d’autant plus que lorsque vous me dites, voyant un homme qui voulait se mutiner : “Parlez à ces gens, mon ami, vous avez du pouvoir sur eux, ils vous écouteront.” Je le fis avec énergie et l’homme ne sortit point ; cependant il vous menaçait, en disant qu’il avait encore dix-huit cartouches dans sa giberne. Dans ce moment, nos factionnaires étaient placés et les noms de tous les hommes composant le détachement avaient été pris par moi. Pendant toute la journée du 28, les bras nus, couverts de sang, ma chemise déchirée et le sabre à la main, j’ai conduit les masses plébéiennes avec ordre et sang-froid et je puis vous assurer, Monsieur, que sous mes yeux aucun excès n’a été commis. Lorsque je vous priai de me faire donner un vêtement parce que lors du combat devant des magistrats l’amour-propre souffre, vous me dites que vous penseriez à moi ; un capitaine de la garde nationale, qui présidait à la distribution des vivres dans votre cour, me promit son adresse, mais il n’eut pas le temps de me la donner car, le tambour venant à battre, nous nous séparâmes. Voici ce que j’ai perdu : une redingote bleue, qui a servi de couverture à un camarade que le froid de la mort glaçait ; une paire de bottes enlevées d’un coup de sabre et une chemise en lambeaux. Voilà tout. C’est peu de choses sans doute mais pour celui qui est obligé de suffire à l’existence de trois enfants et de leur donner un peu d’éducation avec une place de mille francs, c’est beaucoup à remplacer. Je ne rappellerai pas ce que j’ai fait pendant les trois jours qui viennent de se passer, particulièrement à la Grève, la patrie nous appelait c’était un devoir. Comme c’est à Paris que j’ai combattu, je pense, Monsieur le maire, que c’est à Paris où sans indélicatesse je puis adresser ma demande. Certain de votre bonté, je le fais avec confiance et etc. » Il était porteur de deux certificats. Le premier, ainsi rédigé : « Nous soussignés, négociants commissionnaires à la Rapée, déclarons qu’il est à notre connaissance que le sieur Desfresne, Henri, Désiré, s’est bien montré dans les trois journées de Juillet ainsi qu’à Rambouillet. Nous attestons en outre que plusieurs de nous l’avons remarqué et pour l’en récompenser nous l’avons jugé digne d’être appelé à la candidature de porte-drapeau dans notre commune. » Signé à Bercy le 10 août 1830 : les signatures manquent sur le duplicata. Le second : « Je dois ajouter, pour rendre hommage à la vérité qu’il est de notoriété publique que M. Desfresne est resté pendant les trois journées de Juillet à Paris, qu’il s’est montré partout où il y avait du danger, enfin qu’il a payé de sa personne pour le triomphe de la liberté, qu’on la crut mort et qu’il est rentré à Bercy [dépouillé] de ses vêtements : Lureau aîné, négociant ; Cribier, Hippolyte ; Desaunette, C. Desfrenne était père de trois enfants en 1830. Il demeurait 28, rue de Bercy à Bercy en 1830. Archives de Paris VK3 43.