Douillet femme Cohade, Marie, Marguerite, Flavie

Biographie


Née le 21 août 1787 à Mouflers (Somme). Epouse de Cohade, Henry, Gabriel, né le 10 juin 1790 à Versailles (Yvelines), ancien brigadier au 1er régiment de hussards, chevalier de la Légion d’honneur et ayant reçu onze blessures, dont les services militaires étaient ainsi officiellement établis, en 1814, au moment de faire valoir ses droits à la décoration de la Légion d’honneur : « Le 18 février 1814, il faisait partie d’un détachement de vingt-cinq hommes, commandé par M. le lieutenant Loaesel, qui chargea et chassa les ennemis de Maiximeux et fit six cent prisonniers. Le 7 mars, même année, il faisait partie d’un détachement de cent hommes du régiment commandé par M. le capitaine Biard et, sous les ordres de M. le chef d’escadron Jourdan, qui pénétra au galop dans la ville de Bourg occupée par mille cinq cent hommes de cavalerie et deux cent hommes d’infanterie. Ce détachement sabra et culbuta les ennemis avec une audace incroyable et cinq hommes du régiment dont faisait partie le sieur Cohade firent quarante prisonniers et prirent deux pièces de canon. Dans ces deux actions, le sieur Cohade a montré infiniment de bravoure et a électrisé ses camarades. A l’affaire du 20 mars devant Lyon, il fut blessé d’un coup de sabre à la partie externe du bras droit, qui lui a fait perdre totalement l’usage de ce membre, au point qu’il a été admis à l’Hôtel des Invalides, faveur de laquelle il n’a pu jouir à cause de la réduction du nombre fixe de 4.200. Certifions en outre la bonne conduite et la moralité du sieur Cohade, qui a des droits à la confirmation de la nomination de chevalier de la Légion d’honneur, provisoirement faite sur le champ de bataille par Mgr le maréchal Augereau. » Les époux Cohade tenaient un établissement de marchand de vins, traiteur, 31, rue de la Ferronnerie près du marché des Innocents en juillet 1830. Pendant la révolution, son mari était absent et elle transforma l’établissement en ambulance, mettant à la disposition des combattants et des blessés, linge, vêtements, nourriture et boisson. Le certificat suivant attestait sa conduite : « Nous nous faisons un plaisir d’attester que pendant les jours et les nuits des 27, 28, 29 et 30 juillet 1830, la dame Cohade, marchande de vins, traiteur, rue de la Ferronnerie n° 31 à Paris, pendant que son mari, chevalier de la Légion d’honneur, était allé combattre pour la liberté de la patrie, a eu le courage de conserver toujours sa boutique ouverte, alors que toutes les autres étaient fermées. Restée constamment seule avec sa domestique et pendant la durée des combats de la rue Saint-Denis, de la Halle et du marché des Innocents, elle n’avait d’autre but que d’administrer des secours aux blessés et à ceux qui enlevaient les morts, et tous trouvaient dans sa maison quelque adoucissement à leurs travaux et à leurs douleurs. Le pain, le vin étaient distribués par elle gratuitement à tous et son unique salaire était la satisfaction d’être utile à ses généreux concitoyens. Il fallait du courage pour rester ainsi en butte aux coups de l’ennemi et cela dans une rue qui formait alors le passage naturel de toutes les communications militaires et pouvait à chaque instant devenir le champ de bataille. » Signé le 9 août 1830 : Bergin, J., M., sous-chef du poste de la grille du pavillon Marsan au château des Tuileries, demeurant 44, rue Poissonnière ; Royer, maître serrurier, demeurant 20, rue de la Limace ; Farigoul, Ambroise, chef de pièce, garde national à la Xe légion, demeurant 3, avenue de Saxe ; Marcq, Jean-Louis (voir ce nom), demeurant 16, rue Jean-de-Beauvais ; Compère, Louis, Quentin (voir ce nom), demeurant 43, rue des Vieux-Augustins ; Wisner (voir ce nom ?), demeurant 24, cour Saint-Martin, qui ajoutait : « Je certifie, moi sergent de grenadiers de la VIe légion, commandant un détachement d’hommes non habillés et passant devant la boutique de la dame Cohade, je me suis aperçu qu’elle donnait des soins aux malheureux blessés et autres défenseurs de la patrie. » Couturier, ex-adjudant au 13e de ligne, comandant un peloton, demeurant à Montmartre ; Textor, Joseph, Marie (voir ce nom), chevalier de la Légion d’honneur, demeurant 75, rue du Faubourg-Saint-Martin, qui ajoutait : « Le nommé Textor, Joseph, Marie, se plaît à rendre compte de la conduite de la dame Cohade. Les hommes que ledit (sic) commandait ont trouvé chez cette marchande de vin pain et secours gratuits ; mes tirailleurs étant au marché des Innocents combattant pour nos libertés. Le courage de cette dame est digne d’éloges. » Garçeau, maître tailleur, demeurant 6, rue du Jour ; Radu (voir un des deux Radu ?), joaillier, demeurant 6, rue du Montparnasse ; Vanelle illisible, garde d’honneur chez le roi ; Boucher, maître boulanger, demeurant 33, rue de la Ferronnerie, qui certifia avoir fourni tout le pain dont la dame Cohade avait eu besoin pendant les journées de Juillet ; Auzou, marchand de volailles à la halle, demeurant 12, marché des Prouvaires, qui avait combattu en tirailleur au marché des Innocents ; Claine, Antoine, garçon maçon, demeurant 63, passage des Chartreux, qui ajoutait : « Je certifie, étant en tirailleur moi et mes camarades, nous nous sommes présentés chez la dame Cohade. Là, nous avons trouvé tous les secours nécessaires de vivres qui nous a été distribué par cette dite dame, le tout était gratuit et avec toute l’amabilité qui appartient à une bonne Française. Et il est à ma connaissance que les tirailleurs ennemis ont couché plusieurs fois la dame Cohade en joue pour lui faire fermer sa boutique. Elle n’a jamais renoncé à administrer des soins à nos braves camarades avec un courage héroïque. » Dumas, Mathieu (voir ce nom) ; général Lafayette ; Soliniac illisible, demeurant 25, rue Quincampoix, qui ajoutait : « Je certifie qu’étant en tirailleur avec mes camarades, quatre d’entre nous se sont détachés pour aller chercher des vivres. Ce n’est que chez Mme Cohade qu’ils ont pu en trouver, comme étant seule ouverte ; cette distribution fut gratuite. » Colle, Laurent, demeurant 32, rue Saint-Laurent, qui ajoutait (sic) : « Je certifie, moi Colle, ex-sergent-major de la marine, chevalier de la Légion d’honneur, atteste avoir passé le 28 juillet dans la nuit, je me suis présenté avec plusieurs camarades comme moi défenseurs de la liberté, certifie avoir reçu des secours gratuits. » Le dossier d’examen de ses droits fut instruit par la Commission des récompenses nationales de la mairie du (ancien) IVe arrondissement. Elle sollicita un bureau de timbre pour Paris pour elle-même, et un grade d’officier dans la garde municipale pour son mari. Son dossier est apostillé de l’observation suivante : « Mérite une simple indemnité. Lui donner la médaille. Le mari n’a droit à rien. » Elle reçut la médaille de Juillet auprès de la mairie du (ancien) IVe arrondissement. Son mari signa un certificat en faveur de Mortreuil, Charles, Toussaint, Constant, pour attester que ce dernier n’avait « cessé d’être sous les armes pendant les journées des 28 et 29 juillet dernier, qu’il s’est battu à la porte Saint-Martin et qu’il faisait partie de ceux qui entrèrent dans le Louvre le 29 ». Sa médaille lui fut délivrée le 1er juillet, et son brevet le 2 septembre 1831. Elle toucha un seul secours, de vingt-cinq francs versé par la mairie du IVe arrondissement. A titre de récompense nationale, le jeune Cohade reçut une demi-bourse dans un collège « son père a combattu et secouru les citoyens blessés dans les journées de Juillet », précisait le ministère de l’Instruction publique. En 1831, à l’occasion des fêtes anniversaires de Juillet, elle reçut, auprès de la mairie du (ancien) IVe arrondissement, vingt-cinq francs de gratification, à titre de décorée mais non blessée. Le 2 juin 1832, elle sollicitait un secours, en attendant la fixation de la somme qu’on voudrait bien lui attribuer en réparation de la perte qu’elle estimait à deux mille cinq cents francs qu’elle avait faite pendant la révolution de Juillet : « […] La dame Cohade, victime des dégâts causés dans les journées de juillet 1830 et ayant perdu entièrement son établissement de marchand de vin-traiteur, rue de la Ferronnerie, n° 31, par suite de la foule du peuple qui se précipitait chez elle pour lui soustraire ce qu’elle avait, elle se rendit cependant utile à la populace, elle fit de sa maison une infirmerie, elle employa son linge pour soulager quatorze blessés, elle donna le pain et le vin gratis à tous ceux qui en avaient besoin et qui s’étaient rendus utiles à la patrie. Malgré tous les soins qu’elle donna aux blessés, elle est restée sans récompense. Pour vous certifier la pure vérité de ce fait, madame Cohade peut vous présenter des certificats signés […] principalement de M. de Gassicourt, maire du (ancien) IVe arrondissement, qui a eu pleine connaissance des services qu’elle a rendus, sans avoir reçu aucune récompense. Veuillez, M. le ministre, venir à son secours comme mère de famille, en lui fixant une somme pour l’aider à se rétablir. […] » Elle retira, le 20 juin 1833, les pièces jointes à la présente demande. Le 8 février 1845, un certificat de bonnes vie et mœurs lui fut délivré par le maire du (ancien) IVe arrondissement et sur les témoignages de Goutte, Joseph, fabricant de chocolat, demeurant 79, rue Saint-Denis, de Verdrau, Pierre, traiteur, demeurant 9, rue Saint-Denis, et de Nové, Guillaume, marchand de vins, demeurant 39, rue de la Ferronnerie ; Cohade était alors électeur de cet arrondissement et sergent de grenadiers au 3e bataillon de la IVe légion de la garde nationale. L’époux Cohade déposa, le 22 mars 1848, un dossier devant la Commission des récompenses nationales instituée après la Révolution de Février. Il adressa la lettre suivante à la Commission : « […] A l’honneur de vous exposer que, dans la journée du 24 février dernier, sa conduite a été celle d’un citoyen généreux et humai, ainsi qu’il peut en justifier par des témoins oculaires. Ayant appris que le poste de la place du Châtelet, défendu par vingt-cinq gardes municipaux, un sergent et deux caporaux, était menacé du carnage, non seulement il arrêta la populace qui se dirigeait sur ce poste pour désarmer les hommes et les massacrer ensuite mais encore il s’adressa au commandant du 7e léger et l’implora, au nom de l’humanité, d’haranguer le peuple pour sauver ces malheureux gardes municipaux qui attendaient la mort avec résignation. “Commandant, lui dit-il, vous êtes comme moi un vieux soldat, qui aimait se battre sur les champs de bataille contre les ennemis de la France, mais, aujourd’hui, il s’agit de nos compatriotes. Vous êtes là pour soutenir le poste mais si vous persistez dans ce dessein, il va couler du sang, dont vous serez responsable.” A ces paroles de l’exposant, prononcées avec fermeté, ce brave commandant a fait abandonner les armes aux gardes municipaux et les a fait escorter à la préfecture de police par ses soldats. Grâce au dévouement de l’exposant, il n’y a pas eu de sang de versé, tandis que sans son intervention une effusion sanguinaire était inévitable. Du reste, messieurs, la conduite de l’exposant n’a jamais dévié. Etant militaire, il a fait le devoir d’un vaillant serviteur, qui, par de nombreuses actions d’éclat, a été décoré de la Légion d’honneur. Dans le civil, ses traits de bravoure et d’humanité sont incontestables. Pendant qu’il combattait en 1830, sa femme, Marie, Marguerite, Flavie Douillet, native de Mouffler (Somme), avait converti l’établissement de marchand de vins-traiteur, qu’il exploitait alors, rue de la Ferronnerie n° 31, en ambulance, pour y panser les blessés, au nombre de soixante, et pour récompense de cette noble action il lui a été décerné par M. le maire du (ancien) IVe arrondissement de Paris la médaille de Juillet. En considération de tous ces faits, l’exposant ose s’adresser à vous, messieurs, et solliciter la faveur justement méritée, d’être compris dans les récompenses nationales et emplois honorables (huissier à la Chambre ou surveillant […]. » Sa lettre était apostillée comme contenant la vérité par Simon, ancien maréchal des logis de la garde, chef de poste au Châtelet du 23 au 24 février 1848, demeurant 23, rue des Canettes, et par Lalmand, A, alors commissaire de police et chargé du maintien de l’ordre sur la place du Châtelet le 24 février. Il fut proposé par la Commission pour une place de garçon de bureau dans une administration de la république et pour le signe honorifique qui devait commémorer la Révolution de Février mais qui ne fut jamais institué. En 1857, elle sollicita un secours. La police notait à son sujet : « […] Jouit d’un revenu de mille cinq cents francs. N’ayant point de charge de famille, elle est donc dans une position relativement aisée. » Son mari avait été condamné, le 31 janvier 1846 à cinq années de réclusion pour faux, mais acquitté en appel. Il était aussi médaillé de Sainte-Hélène. Les époux Cohade étaient parents de deux enfants en 1848. Elle demeurait 31, rue de la Ferronnerie en 1830-1831 ; 10, rue du Chevalier-du-Guet (ou 10, place du Chevalier-du-Guet dans sa lettre in Archives nationales F/15/3836-3838) en 1831-1833 ; 43, rue Saint-Denis en 1844-1845 ; 21, rue Saint-Jacques-la-Boucherie ou 25, rue Saint-Jacques-la-Boucherie en 1848 ; 29, quai Napoléon en 1857. Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la médaille instituée par la loi du 13 décembre 1830 sur les récompenses nationales, Bulletin des lois, 2e partie, ordonnances, n° 104 bis ; Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la médaille instituée par la loi du 13 décembre 1830 sur les récompenses nationales, Le Moniteur universel, 19 juin 1831 ; Archives de Paris Vbis1K4 2, Département de la Seine, IVe arrondissement, contrôle nominatif des citoyens décorés de la médaille de Juillet, 1831 ; Archives de Paris VD6 3, liste des décorés du (ancien) IVe arrondissement ; Archives de Paris VD6 277 ; Archives de Paris VD6 278 in dossier Mortreuil, Charles, Toussaint, Constant ; Archives nationales F/1dIII/33 état des places et faveurs accordées par le gouvernement, à la suite de la révolution de Juillet et des événements qui s’y rattachent et en considération de la part qu’y ont prise les impétrants ou leurs familles ; Archives nationales F/1dIII/35 A, Commission des récompenses nationales, état des sommes payées en dépenses diverses pour le compte de cette commission, du 8 octobre 1830 au 31 octobre 1831 par la mairie du (ancien) IVe arrondissement ; Archives nationales F/1dIII/39 Commission des récompenses nationales, noms des citoyens proposés pour la médaille (ancien) IVe arrondissement ; Archives nationales F/1dIII/53 ; Archives nationales F 9 1158, dommages de Juillet, Seine (1831-1849) ; Archives nationales F/15/3836-3838 secours à divers titres ; Archives de la préfecture de police AA 379.

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