Douin, Joseph

Biographie


Né le 28 avril 1799 (mais le 28 avril 1800 in Archives nationales F/1dIII/39, le 8 avril 1800 in Archives de Paris VD6 277) à Dôle (Jura). Ancien comptable dans les intendances militaires et dans les administrations de l’armée. Marié à la fille du chevalier Cugnet de Montarlot, qui fut proscrit « avec tant d’éclat en 1820 », il fut exposé « à toute la haine que l’ancien gouvernement portait à cet ami ardent du bonheur de la patrie ». Il était porteur du certificat suivant, établi à Versailles, le 12 août 1830 : « Nous, soussignés, certifions que Jean, Henry Lanternier, âgé de cinquante-trois ans, concierge passage du Renard, ci-devant maréchal des logis de dragons ; Antoine, Marie, Théodore Béguin, fils de Pierre Beguin ancien capitaine d’état-major, demeurant aussi passage du Renard ; et Joseph Douin, de Dole (Jura), né le 8 avril 1800, ancien aide-comptable aux armées et intendances militaires, demeurant aussi passage du Renard, rue Saint-Denis n° 257. Sont trois des sept premiers braves Parisiens qui se sont présentés dans notre ville, aux cris de Vive la Charte, la nation et le duc dOrléans, que malgré que la garde royale évacuait encore la ville, ils n’ont rien craint pour prouver leur dévouement et leur esprit national aux Versaillais, qui jusqu’alors n’avaient pu seconder le courage des braves Parisiens qu’en arrêtant vingt-cinq mille rations destinées à la garde royale ; désarmant bon nombre de gendarmes et de soldats et forçant cette même armée à bivouaquer hors leurs barrières, sans vivres ni fourrage. Cependant la présence de ces braves, les couleurs nationales dont ils étaient décorés augmentèrent l’enthousiasme et la joie dans le cœur des Versaillais et bientôt la cocarde tricolore, qui n’avait été prise que par nous, ainsi que l’étendard tricolore furent arborés aux cris de Vive la France ! Vive la liberté ! Honneur aux Parisiens ! Nous ajoutons avec plaisir que dans leur marche vers les barrières ces braves se contentaient de désarmer les soldats, même alors qu’ils voulaient résister, entre autres un homme attaché aux gardes du corps dont ils prirent l’épée, qui fut déposée au poste que nous commandions. Nous les avons vus, après avoir arrêté un soldat royal qui voulait se soustraire à notre vigilance, chercher dans son sac et s’emparer des cartouches qui s’y trouvaient, avec une sorte d’avidité et lui rendre avec dédain un rouleau de cent francs qu’il semblait craindre de perdre. Tiens, lui dirent-ils, cet argent te fut donné pour tuer tes frères. Va-ten avec, nous le méprisons comme toi. Ainsi ces dignes citoyens, ces bons Français méritent selon nous d’être placés au rang des braves et considérés comme tels. » Signé : Larpenteur, artiste dramatique, peintre et sergent de la garde nationale ; Fisanne, sous-lieutenant de la garde nationale ; Orange, capitaine d’état-major du général Lafayette. L’apostille suivante est inscrite sur le certificat : « Est porté sur l’état présenté par M. Jacquin, commandant de corps francs dans les journées des 28 et 29 juillet. L’état est à la Commission pour le (ancien) Xe arrondissement. » Il sollicita un grade de sous-officier dans la Garde municipale, ou à défaut d’adjudant dans le 11e léger, en garnison à Calais, ou dans le 13e de ligne en garnison à Besançon, ou une sous-lieutenance ou un emploi dans le civil, ou de commis dans un des ministère, de la Guerre ou autre. Il avait joint dans une de ses demandes « des certificats qui attestent que j’ai fait le sacrifice de toute ce que je possédais pour subvenir aux besoins de mes compagnons d’armes, et la déclaration de MM. Mongenot, capitaine des grenadiers, et Bonjour, lieutenant-colonel de la VIe légion de la garde nationale de Paris, qui attestent que l’espace de deux mois consécutifs j’ai instruit sans rétribution un de leur détachement et même ils ajoutent que les hommes qui ont été confiés à mes soins ont considérablement profité de mes leçons ». Le dossier d’examen de ses droits fut instruit par la Commission des récompenses nationales de la mairie du (ancien) IVe arrondissement. Son dossier est annoté des observations suivantes : « Ce brave citoyen, après avoir combattu de la manière la plus distinguée à la porte Saint-Denis et à la Grève le 28 ainsi qu’à la prise des Tuileries le 29, s’est porté avec Beguin et Lanternier, demeurant dans le même passage, à la poursuite des gardes royaux à Versailles, où il est entré un des premiers et presque en même temps que les soldats fugitifs, ils en ont désarmés et faits prisonniers plusieurs. Tous les habitants de Versailles témoins de leur pure intrépidité leur ont témoigné leur hommage par un certificat qu’ils leur ont envoyé sans qu’ils l’eussent demandé. Le sieur Douin avait même vendu des meubles et des effets pour soutenir et secourir ses compagnons d’armes. » Il reçut la médaille de Juillet auprès de la mairie du (ancien) IVe arrondissement (sous le nom de Drouin, Joseph sur les listes du Moniteur universel). Il estimait que la Commission des récompenses nationales avait fait une erreur à son égard puisqu’elle avait porté un de ses camarades pour la croix, alors qu’il avait les mêmes titres que lui et pour les mêmes faits et que d’autre part elle lui avait promis la croix. Il réclama, avant son départ pour la province de pouvoir porter la croix. Il lui fut répondu sauf indication ultérieure par la négative. Il fit parvenir, le 6 décembre 1831, au ministre de l’Intérieur, la lettre suivante, cosignée par Bouvier François Joseph, Tournecuillert, et un nom illisible peut-être Ratery ??? demeurant 46, quai de la Loire, pour pouvoir porter la croix de Juillet : « Monsieur le ministre. Nous avons appris avec plaisir que la Chambre des députés avait soumis à Votre Excellence, il y a environ six semaines, le travail que l’ancienne commission instituée rue Neuve-Bourg-Labbé lui a présenté à l’effet d’obtenir le succès de la protestation qui a été faite par les combattants de Juillet contre les médailles, et que l’erreur qui a été commise par le jury des récompenses nationales soit rectifiée et que les croix qui nous sont légitimement dues nous soient décernées. Comme ce travail a été soumis à votre justice, nos frères se joignent à la présente supplication pour prier Votre Excellence de vouloir bien accélérer notre nomination au titre de chevalier, en faisant sortir une ordonnance qui nous permette de nous décorer de la croix de Juillet que nous avons si bien méritée. Espérant, etc. » Il signa le certificat suivant en faveur de Dugied, Antoine : « Je, soussigné, Joseph Douin (voir Douin, Joseph), comte de Montarlot, ancien aide-comptable aux armées, porteur d’un certificat signé de MM. Demou…eaux, L’Arpenteur (voir sans doute Larpenteur, artiste dramatique, peintre et sergent de la garde nationale, qui signe un certificat pour Douin Joseph), et M. Orange capitaine de l’état-major général de M. le général Lafayette, affirme et atteste que le sus qualifié est un combattant des mémorables journées de Juillet et qu’il était un des sept premiers braves Parisiens qui ont posé le drapeau tricolore à Versailles et qui ont contribué à l’arrestation d’un convoi de 25.000 rations de vivres et fourrage qui était destinées pour alimenter la garde royale. Lequel titre a été présenté à M. Marion, maire de Genlis, qui a vu par lui-même l’original, revêtu de la signature des ci-dessus dénommés et de M. Clausse, maire de la ville de Versailles. Sur la demande qui m’est faite par M. Antoine Dugied, ancien officier demeurant à Genlis, de déclarer par le présent l’opinion nationale qu’il a prouvée aux braves de Juillet lors des événements de Paris, je déclare que ce bon citoyen n’a rien craint pendant tout le cours de notre révolution pour prouver son esprit national, que dans la nuit du 28 juillet il s’est occupé à faire trente-six petits drapeaux tricolores et cocardes dont moi-même je l’ai aidé à confectionner cet ouvrage, et ce brave malgré le danger qui existait dans la capitale le 29 juillet, est allé au milieu du Pont-Neuf distribuer au public cet honorable signe de ralliement, que sortant de l’hôtel où il logeait il chantait sans crainte La Marseillaise et excitait de tous ses efforts le peuple à l’imiter. Ce brave a même contribué, comme combattant, à la délivrance de son pays opprimé et s’est offert à montrer l’exercice et manœuvre à un détachement de la garde nationale qui se réunissait tous les jours dans le jardin du Louvre et quoique les gardes offraient à ce brave instructeur des dons pour prouver leur reconnaissance, il s’est refusé à leur désir, en leur objectant qu’il ne leur avait prodigué des soins que pour témoigner le plaisir qu’il avait de pouvoir se rendre utile à son pays et aux vrais amis de la nation et aux soutiens de la charte. C’est à l’effet de prouver la vérité et rendre justice à un brave que je fais avec plaisir la susdite déclaration, dans mon passage à Genlis, le 13 décembre 1830. » Sa médaille lui fut délivrée le 27 juin, et son brevet le 20 août 1831. En 1831, à l’occasion des fêtes anniversaires de Juillet, il reçut, auprès de la mairie du (ancien) IVe arrondissement, vingt-cinq francs de gratification, à titre de décoré mais non blessé. Il retira, le 22 novembre 1832, six pièces d’une date antérieure aux événements de juillet 1830 et qu’il avait déposées auprès de la Commission des récompenses nationales. Il demeurait passage du Renard, 257, rue Saint-Denis en 1830 ; 29, rue des Fossés-Saint-Germain-l’Auxerrois, chez Marc, chef de bataillon comme adresse où envoyer son courrier en août 1830 ; 20, rue Saint-Dominique au Gros-Caillou en 1830 (par exemple in Archives nationales F/1dIII/35 A…) ; 55, rue des Grands-Augustins sans doute en 1831 sur les listes – peu fiables – de la mairie in Archives de Paris VD6 3 et surtout in Archives nationales F/1dIII/39, chez son père, propriétaire à Dôle en décembre 1830 ; 47, rue de Lille en 1831-1832 ; 29, rue de Babylone en 1832. Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la médaille instituée par la loi du 13 décembre 1830 sur les récompenses nationales, Bulletin des lois, 2e partie, ordonnances, n° 104 bis ; Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la médaille instituée par la loi du 13 décembre 1830 sur les récompenses nationales, Le Moniteur universel, 19 juin 1831 ; Archives de Paris Vbis1K4 2, Département de la Seine, IVe arrondissement, contrôle nominatif des citoyens décorés de la médaille de Juillet, 1831 ; Archives de Paris VD6 3, liste des décorés du (ancien) IVe arrondissement ; Archives de Paris VD6 277 ; Archives nationales F/1dIII/35 A, Commission des récompenses nationales, état des sommes payées en dépenses diverses pour le compte de cette commission, du 8 octobre 1830 au 31 octobre 1831 par la mairie du (ancien) IVe arrondissement ; Archives nationales F/1dIII/39 Commission des récompenses nationales, noms des citoyens proposés pour la médaille (ancien) IVe arrondissement et lettre en date du 6 décembre 1831 ; Archives nationales F/1dIII/53 ; Archives nationales F/1dIII/79, dossier Côte-d’Or.

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