Dufour, Louis
Biographie
Né le 19 avril 1803 à Charolles (Saône-et-Loire). Ouvrier confiseur. Il fut blessé à la jambe et au bras. Il fit partie avec Brame Jules, Chapuis Michel Marie, Crampel Louis André, Daniel, Ernest, Duclos-Blerzy Pierre Louis Joseph Etienne, Gillard Louis, Jacob Jean-François, Lepage Nicolas Séverin, Perlé André Théodore, Tassin Jacques Nicolas, Aronsshon Nestor, Verdot Jean Maurice, Massot Théodore, Leymarie Jean Léonard Repaire, des quinze membres composant le jury de la Commission des récompenses nationales pour le (ancien) IVe arrondissement. Le dossier d’examen de ses droits fut instruit par la Commission des récompenses nationales du (ancien) IVe arrondissement. Il reçut, comme blessé, un total de trois cent vingt-cinq francs de secours auprès de la mairie du (ancien) IVe arrondissement. Il fut décoré de la croix de Juillet auprès de la mairie du (ancien) IVe arrondissement. Il prêta son serment de décoré de la croix de Juillet, le 21 mai 1831 à la mairie du IVe arrondissement, reçut sa croix le 21 juin et son brevet le 10 septembre 1831. Le Comité de médecine et de chirurgie près la Commission des récompenses nationales, après l’avoir examiné, donna, le 12 mai 1831, la conclusion suivante : « S’est plaint d’avoir reçu, dans les journées de Juillet, premièrement une blessure très légère à la partie moyenne et antérieure de la jambe gauche, deuxièmement une autre blessure par arme blanche entre le pouce et l’indicateur de la main gauche, troisièmement quelques contusions au sourcil du côté droit, auxquelles il attribue une ophtalmie survenue depuis cinq mois, circonstance qui, en la supposant vraie, lui donne droit à être placé dans la première classe des blessés. En conséquence nous estimons que le susnommé a été atteint d’une blessure qui n’a entraîné d’empêchement que pendant la durée du traitement et qu’il doit être rangé dans la première classe des blessés. » Il fut admis dans la catégorie des blessés de la 1re classe auprès de la mairie du (ancien) IVe arrondissement et reçut, à ce titre, une indemnité définitive de trois cents francs versée sur un an. Il reçut, à titre de blessé de la 1re classe, une indemnité définitive de la part de la Commission de la souscription nationale en faveur des veuves, orphelins et blessés de juillet 1830. On trouve dans la lettre de réclamation que fit Henry, Louis, Marie, Auguste, le 22 mai 1831, de nombreuses indications sur le mauvais fonctionnement de la Commission des récompenses nationales ; cette lettre était ainsi rédigée : « Dans l’intérêt des réclamants, j’ai cru nécessaire, en vous adressant mes pièces, de vous rapporter quelques circonstances qui vous prouveront jusqu’à quel point les commissions ont méconnu le devoir dont elles devaient s’acquitter dans toute son étendue. Quand la révolution de Juillet éclata, comme vous, messieurs, je crus de mon devoir d’y prendre part et la lutte étant terminée, j’allais passer mes vacances en province dans ma famille. Les journaux annoncèrent bientôt que des récompenses nationales avait été votées à ceux qui s’étaient distingués pendant les journées de Juillet et que des commissions avaient été nommées pour reconnaître les titres des ayant-droit. […]. Je fis les démarches nécessaires à cet effet, je recueillis donc les témoignages des personnes qui avaient été témoins de ma conduite dans les trois jours et mes certificats légalisés, j’allai (le 9 de partie du manuscrit brûlée) trouver M. Lannoy (voir Lannoy Raignault de, Camille, François), ancien élève de l’Ecole polytechnique, président du jury de mon arrondissement, pour les lui présenter ; il me dit qu’il était trop tard, qu’il avait reçu ordre de ne plus recevoir de pièces ni de réclamations, ce qui était faux car il devait les recevoir, comme vous le savez, jusqu’au partie du manuscrit brûlée avril. J’observai à M. Lannoy que je n’avais pu me présenter plus tôt, qu’une maladie m’avait retenu dans mon pays jusqu’à cette époque ; je lui présentai un certificat légalisé par le maire et le sous-préfet, qui prouvait que ce que je j’avançais était vrai et qu’il n’y avait aucune négligence de ma part. A cette attestation, M. Lannoy crut répondre victorieusement, en me disant Tant pis, vous ne deviez pas être malade... Un membre du jury (M. Dufour [voir sans doute Dufour, Louis]), que je connaissais, lui ayant observé qu’il avait porté pour la décoration spéciale des individus dont les titres ne valaient pas, à beaucoup près, les miens et qu’il avait tort de ne pas recevoir mes réclamations, fut rayé, dès le lendemain, de la liste des membres qui composaient son jury. Je crus trouver ailleurs plus de bonne volonté et me rendis chez M. Bétou (voir Bétou Edouard François), élève en droit et membre d’une autre commission, avec mes certificats ; il me refusa pareillement d’en prendre connaissance, me disant que les commissions avaient résolu entre elles de ne plus recevoir de réclamations, afin de terminer plus promptement leurs travaux. M. Betou m’avait donné l’adresse d’un membre d’une troisième commission, M. Guyot (voir Guyot Jules), élève en médecine ; j’y fus et il reçut en effet mes certificats mais la commission en devait plus avoir qu’une seule séance et peut-être me dit-il, elle n’aura pas le temps de les voir. Cependant, il me fit interroger par son jury, qui me prévint auparavant que ne devant plus se réunir qu’une fois il était probable que mes pièces ne seraient pas examinées. Je restai un mois dans cette incertitude, faisant à M. Guyot billets sur billets, visites sur visites pour connaître le résultat de ce que j’avais fait jusque-là. Je ne pus en recevoir de réponse. Enfin, craignant de perdre tout à fait un temps que je savais être précieux, je demandai une réponse ou mes pièces et je reçus mes pièces avec cette réponse que M. Guyot allait donner sa démission de membre de la commission et qu’il ne voulait plus s’occuper de rien. A cette époque, j’appris que la commission de Belleville n’avait pas encore terminé son travail. Je m’y présentai, on me répondit qu’on ne pouvait recevoir mes réclamations parce que je ne demeurais pas à Belleville. Je résolus, car c’était ma dernière ressource, de prendre domicile dans ce pays. Je subis, en cette qualité un second interrogatoire à l’Hôtel de ville, interrogatoire qui n’a duré que quelques minutes tant ces messieurs me pressaient, disant qu’ils n’avaient pas le temps de m’entendre pas plus que d’examiner les pièces que je leur remettais et m’engagèrent même à mettre au dos d’un de mes certificats, en quelques mots, ce que j’avais fait pendant les trois jours. Après de telles réceptions de la part des commissions, je n’ai pas été étonné de ne pas voir figurer mon nom dans le Moniteur ; mais ce qui m’a étonné c’est d’y avoir lu les noms d’individus qui se sont présentés après moi et qui, de leur propre aveu, ne s’étaient pas battus, se sont trouvés mériter la décoration mieux que moi mais comme protecteurs je n’avais que des droits très bien partie du manuscrit brûlée et l’événement a prouvé que ce n’était pas assez. Voilà quelles furent mes démarches et leur résultat. Je n’ai rien avancé dans cette lettre que je ne puis prouver au besoin […]. » Au cours du procès contre les accusés de l’émeute des 5 et 6 juin 1832, qui eut lieu devant la cour d’assises de la Seine, en octobre 1832, il fut l’un des témoins à charge contre les accusés, pour tenter de contredire la thèse, avancée par les inculpés et par de nombreux témoins que les dragons avaient chargé sans sommation, et que, sur plusieurs points, l’offensive avait été prise par eux sans aucune provocation de la foule, en grande partie formée de gardes nationaux sans armes. Les vingt-deux étaient convaincus d’avoir résisté à une provocation et d’avoir repoussé la force par la force et non pas d’avoir prémédité une émeute. La déposition de Dufour était ainsi rapportée par les journaux : « A 10 heures la cour entre en séance. M. Dufour, décoré de Juillet, témoin, est appelé. “J’étais au convoi, en uniforme de garde national, je vis un jeune homme couvert de sang, ayant la tête entourée d’un mouchoir blanc, et qu’on présenta à M. Lafayette. Des cris provocateurs étaient proférés de divers endroits du convoi. A ce moment d’effervescence un haquet passa, on le renversa pour faire une barricade ; on criait Vengeance ! vengeance ! Les dragons arrivaient au pas ; un instant après, une personne se disant membre de la Chambre des députés, engagea ces personnes qui fuyaient à se rassembler, en criant Mes amis, brisons le joug de l’esclavage, défendons-nous. La foule le dépassa bientôt, et tira sur les dragons. On disait qu’on agissait au nom du gouvernement provisoire... dont le général... Lafayette... dans une voiture... devait être... à l’Hôtel-de-Ville.” Le témoin fait une longue pause, puis il continue. “J’engageai M. Desolliers à remettre son sabre dans son fourreau, disant... lui disant... que c’était le parti le plus sage ; mais les exigences étaient plus grandes... Un monsieur, un chef d’escadron, monsieur... Non, non, un chef de bataillon, M. Soubeireau, un député et moi, nous nous plaçâmes entre les dragons et le peuple... Je présentai ma poitrine, en disant aux insurgés Voyez ma croix, tirez sur moi... Ils n’eurent aucun égard à mes prières ; on me dit que j’étais un carliste, on me coucha en joue : à ce moment M. Devauchelle vint à mon secours et me sauva la vie ; j’ai été accablé de coups... Cependant on criait partout que les dragons avaient chargé sans provocation aucune ; j’allai même au Constitutionnel pour détruire ces faux bruits.” M. le président. “Lorsque, par votre courageuse intervention, vous vous interposâtes entre les insurgés et les dragons, n’entendîtes-vous pas des détonations dans la rue de Sully ?” Le témoin. “Non.” » A la suite de sa déposition, une lettre parut dans le journal républicain la Tribune, signée de nombreux décorés de Juillet, mais dont tous des noms étaient soit trop communs pour être retrouvés, soit non retrouvés, soit non indentifiables, soit absents des listes… Cette lettre était ainsi rédigée : « En lisant votre estimable journal, défenseur intègre de intérêts populaires, nous avons remarqué dans l’affaire de Saint-Méry (5 et 6 juin) la déposition du sieur Dufour, se disant confiseur. Cette dénomination laisserait supposer qu’il est, comme nous, libre de sa conscience et de tout engagement. Mais comme sa déposition est une des plus importantes, en ce qu’elle est venue à l’appui d’un fait contredit par tant de gens dignes de foi, nous avons cru devoir faire connaître au public que le sieur Dufour a eu tort de se dire d’une profession qu’il n’exerce plus depuis deux ans et demi ; il aurait dû énoncer au tribunal celle qu’il exerce maintenant, s’il n’a pas à en rougir ; appelé à dire la vérité sur autrui, on ne doit pas la déguiser sur soi-même. Avant les trois jours, le sieur Dufour cherchait modestement son existence dans l’innocent commerce de la contrebande, qu’il faisait aux barrières de Paris. La révolution l’a retiré de cet état, et les circonstances l’ont sans doute placé dans un autre, peut-être pas plus honorable, du moins plus productif que celui de contrebandier. Telle est l’opinion la plus accréditée parmi ses anciens camarades. Quoi qu’il en soit, nous attestons qu’il ne fait plus l’état de confiseur. Il figure dans toutes les émeutes. Quel rôle y joue-t-il ? Nous l’ignorons, nous, qui ne les fréquentons pas, mais c’est à la suite de ces orages politiques qu’a succédé la pluie de croix et de récompenses, et, comme tant d’autres, il s’est trouvé sous la gouttière… Il est décoré de la Légion d’honneur (son nom n’est pas dans la base leonore de la Légion d’honneur, N.DA.]. Nous savons que le sieur Dufour ne fait rien ; nous ne demandons pas qui le paie… Mais nous désirons savoir dans quelle maison il exerce la profession de confiseur ? Nous vous prions d’insérer ces renseignements dans votre plus prochain numéro, et d’agréer nos salutations sincères. » Signé : Gilles, décoré de Juillet, aux Deux-Ecus ; Barbier ; Canal, aux Nouveaux-Amis ; Lacroix, à la Pomme d’or ; Berrier ; Collin ; A. Bessin ; Blanc ; Ed. Delalande ; Grandsire ; Gille, à la Pomme d’or ; J. Thiot au Fidèle berger, rue des Lombards ; Aza ; Grieumard, aux Nouveaux-Amis ; Bozon, au Chat noir ; Jacques Debiesse, qui pourrait donner au besoin d’autres renseignements sur la probité du sieur Dufour ; Bizot ; Pagel. » En 1830, il était marié et père de trois enfants. Il demeurait 15, rue des Déchargeurs en 1830-1831. Ordonnance du roi contenant publication des noms des citoyens qui ont obtenu la croix de Juillet, Bulletin des lois, 2e partie, ordonnances, n° 104 bis ; Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la croix de Juillet, instituée par la loi du 13 décembre 1830, sur les récompenses nationales, Le Moniteur universel, 2 mai 1831 ; Compte-rendu des travaux de la Commission de la souscription nationale en faveur des veuves, orphelins et blessés de juillet 1830, liste nominative des blessés de la Ire classe du IVe arrondissement auxquels il a été alloué des indemnités définitives lu et approuvé à la séance générale du 11 juillet 1832, Paris, Imprimerie de Crapelet, rue de Vaugirard, n° 9, novembre 1832, p. 72 ; Archives de Paris Vbis1K4 1 Département de la Seine, IVe arrondissement, contrôle nominatif des citoyens décorés de la croix de Juillet, 1831 ; Archives de Paris VD6 3, liste des décorés de la croix de Juillet du (ancien) IVe arrondissement ; Archives de Paris VD6 288 n° 7, (ancien) IVe arrondissement, Etat général contenant les noms, prénoms, âges, professions, demeures, états civils des victimes de la grande semaine, et les secours qui leur ont été donnés ; Archives nationales F/1dIII/35 A, Commission des récompenses nationales, état des sommes payées aux combattants blessés ou non blessés pour le compte de cette commission, du 8 octobre 1830 au 31 août 1831 par la mairie du (ancien) IVe arrondissement ; Archives nationales F/1dIII/38 A, mairie du (ancien) IVe arrondissement de Paris, état par ordre alphabétique des blessés et autres victimes des événements de Juillet, secourus dans la mairie du (ancien) IVe arrondissement de Paris, du 8 octobre 1830 au 10 mars 1831, et depuis cette dernière époque jusqu’au 6 avril suivant, état des (197) citoyens dont les blessures ont entraîné un empêchement de travail que pendant la durée du traitement ; Archives nationales F/1dIII/39 Commission des récompenses nationales, noms des citoyens qui ont mérité la décoration spéciale, (ancien) IVe arrondissement ; Archives nationales F/1dIII/41 ; Archives nationales F/1dIII/82 Compte rendu des travaux de la Commission de la souscription nationale en faveur des veuves, orphelins et blessés de juillet 1830, lu et approuvé à la séance générale du 11 juillet 1832, liste nominative des blessés des 1re et 2e classes auxquels il a été alloué des indemnités définitives (ancien) IVe arrondissement, blessés de 1re classe ; Archives nationales F/15/2557-2559, état nominatif des membres de la Commission des récompenses nationales et des membres des jurys ; Archives de la préfecture de police AA 392 in dossier Henry, Louis, Marie, Auguste ; Procès des vingt-deux accusés du cloître Saint-Méry événements des 5 et 6 juin 1832 suivi de pièces justificatives, Paris, chez Rouanet libraire, 1832, p. 90-91, 128.