Dumont, Jean, Désiré, Antoine
Biographie
Né vers 1799 à Paris. Tourneur en cuivre en 1831, tourneur-lampiste en 1848. Il comparut, le 21 juillet 1831, devant le juge de paix du (ancien) VIIe arrondissement, pour attester avoir parfaitement connu Laveneu, Isaac, Jean et « savoir que le 29 juillet dernier, entre 11 heures et midi, après avoir pris part à plusieurs combats contre les troupes royales et suisses, il cherchait à placer le drapeau national à la grille du Palais-Royal lorsqu’il fut atteint d’une balle à la jambe droite, par suite de laquelle blessure il fut transporté à l’hôpital Saint-Louis, où il est mort après avoir été amputé ». Il déposa un dossier devant la Commission des récompenses nationales instituée après la Révolution de Février, et qui nous donne quelques indications sur sa participation à la révolution de Juillet. Il adressa, en effet, la lettre suivante à la Commission : « […] Enfant de Paris, où j’habitais en 1830, rue Brise-Miche, au coin de la rue Taillepin illisible, 5, j’ai toujours ressenti en moi un cœur de patriote ardent et un élan invincible vers la liberté. Les journées de Juillet furent pour moi la réalité du rêve de ma vie. Pendant trois jours, je défendis vaillamment contre la garde royale la barricade Saint-Mery, qui grâce à l’énergie de ses défenseurs devint inexpugnable. Voulant accomplir jusqu’au bout mes devoirs de citoyen et lorsque la branche aîné des Bourbons fut déclarée déchue du trône, je fis partie des groupes qui se transportèrent à Rambouillet et à Versailles, pour le maintien de l’ordre et la conservation de nos garanties de libertés. Rentré dans mes foyers, je repris ma profession de maître tourneur, n’ambitionnant aucune récompense pour ma conduite ; mais j’avais été remarqué et la décoration de Juillet fut placée sur la poitrine d’ouvrier (pas retrouvé dans les listes... c’est qui ?). Les journées de 5 et 6 juin devaient demander compte à la nouvelle monarchie des droits du peuple, qu’elle avait méconnus. Je pris part à cette nouvelle lutte, et toujours ardent dans la défense des droits imprescriptibles de la classe ouvrière, j’élevai l’un des premiers une seconde barricade à Saint-Mery et la défendis jusqu’à la fin. Dans ce combat, je fus au moment d’être fait prisonnier lorsque l’instinct de ma conservation me suggéra le stratagème qui conserva ma liberté : l’adjudant-major de la IVe légion de la garde nationale, qui débouchait de la rue Aubry-le-Boucher, venait d’être tué. J’enlevai le corps au milieu d’une grêle de balles et l’emportai dans l’ancien tribunal de commerce, après avoir vainement défendu contre la rapacité de quelques malintentionnés les épaulettes de ce capitaine. Je déposai mon fardeau et continuai une lutte désespérée contre les mêmes pillards, qui voulaient entièrement dépouiller le cadavre. Grâce à mon énergie, un crime de moins vint souiller ces journées glorieuses. L’exercice de ma profession de lampiste m’emmena à Lyon. J’habitais au coin de la rue Ecorche-Bœuf. L’insurrection de 1834 vint me fournir une nouvelle occasion de défendre la cause de la liberté. Je la saisis avec empressement. Renfermé dans l’église des Cordeliers, dans laquelle nous étions assiégés, je faisais fabriquer de la poudre et remplissais les fonctions de caissier. Lagrange, Reverchon, Caussidière, Pakau et le perruquier Tourès, qui fut blessé dans les mêmes journées, étaient mes camarades de combat. Lagrange reçut de moi cinquante francs pour payer ses hommes et dans ce moment un obus tombant entre nous deux, ce ne fut qu’à un prodige que nous fûmes redevables de notre conservation. Au moment d’être fait prisonniers chez le citoyen Martin, aubergiste, dans l’établissement duquel j’étais allé prendre un peu de repos, je dus me sauver par les toits et je débouchai dans la rue faisant face à l’église et alors, pressé par un nouveau combat, je fus me réfugier en Suisse. Je me trouvais à Genève avec Pakau, Vincent et autres proscrits. Vivant ensemble du produit de notre travail, et, après avoir rendu les derniers devoirs au citoyen Leconte (voir Leconte, Henri, Yves), mort à l’hôpital des suites de ses blessures, nous attendîmes des jours plus heureux pour revoir notre patrie. Tous ces faits que je viens de rapporter auraient pu être prouvés par des écrits. Mais craignant que les papiers qui les attestaient eussent compromis à Lyon un assez grand nombre de mes camarades, je les brisai et anéantis avec mon brevet de décoré de Juillet les certificats qui m’avaient été délivrés. » En 1848, il était marié, ayant peu d’ouvrage et gêné dans ses affaires. Il demeurait rue Brise-Miche, au coin de la rue Taillepin illisible, 5 en 1830 ; 35, rue Saint-Merri en 1831 ; à Lyon en 1834 ; 11, rue de Rohan à Bordeaux (Gironde) en 1848. Archives nationales F/1dIII/61 in dossier Laveneu, Isaac, Jean ; Archives de la préfecture de police AA 387