Dumoulin, Evariste

Biographie


Né le 25 octobre 1786 à Villegouge (Gironde). Propriétaire et gérant du Constitutionnel. Il fut un des quarante-quatre signataires (voir la liste complète à Dumas, Alexandre), « sans pouvoir répondre de la résolution que prendraient les actionnaires », de la protestation des journalistes, ainsi rédigée : « On a souvent annoncé depuis six mois, que les lois seraient violées, qu’un coup d’Etat serait frappé. Le bon sens public se refusait à le croire. Le ministère repoussait cette supposition comme une calomnie. Cependant le Moniteur a publié enfin ces mémorables ordonnances, qui sont la plus éclatante violation des lois. Le régime légal est donc interrompu ; celui de la force est commencé. Dans la situation où nous sommes placés, l’obéissance cesse d’être un devoir. Les citoyens appelés les premiers à obéir sont les écrivains des journaux, ils doivent donner les premiers l’exemple de la résistance à l’autorité, qui s’est dépouillée du caractère de la loi. Les raisons sur lesquelles ils s’appuient sont telles qu’il suffit de les énoncer. La charte, article 8, dit que les Français, en matière de presse, sont tenus de se conformer aux lois ; elle ne dit pas aux ordonnances. La charte, article 35, dit que l’organisation des collèges électoraux sera réglée par les lois ; elle ne dit pas par les ordonnances. La couronne elle-même avait reconnu jusqu’ici ces articles. Toutes les fois, en effet, que des circonstances prétendues graves lui ont paru exiger une modification, soit au régime de la presse, soit au régime électoral, elle a eu recours aux deux Chambres ; elle ne s’est arrogé, à l’égard des articles 8 et 35, ni une autorité constituante, ni une autorité dictatoriale qui n’existent nulle part. Les tribunaux, qui ont droit d’interprétation, ont solennellement reconnu ces mêmes principes. Leurs décisions établissent qu’en matière de presse et d’organisation électorale, les lois, c’est-à-dire le roi et les Chambres, peuvent seuls statuer. Aujourd’hui donc le gouvernement a violé la légalité. Nous sommes dispensés d’obéir. Nous essayons de publier nos feuilles, sans demander l’autorisation qui nous est imposée. Nous ferons nos efforts pour qu’aujourd’hui au moins elles puissent arriver à toute la France. Voilà ce que notre devoir de citoyens nous impose, et nous le remplissons. Nous n’avons pas à tracer ses devoirs à la Chambre illégalement dissoute ; mais nous pouvons la supplier, au nom de la France, de s’appuyer sur son droit évident, et de résister autant qu’il sera en elle à la violation des lois. Ce droit est aussi certain que celui sur lequel nous nous appuyons. La Charte dit, article 50, que le roi peut dissoudre la Chambre des députés ; mais il faut pour cela qu’elle ait été réunie, constituée en Chambre ; avant la réunion et la constitution de la Chambre, il n’y a que des élections faites. Or, nulle part la Charte ne dit que le roi peut casser les élections. Les ordonnances publiées aujourd’hui ne font que casser des élections, elles sont donc illégales, car elles font une chose que la Charte n’autorise pas. Les députés élus, convoqués pour le 3 août, sont donc bien et dûment élus et convoqués. Leur droit est le même aujourd’hui qu’hier. La France les supplie de ne pas l’oublier. Tout ce qu’ils pourront pour faire prévaloir ce droit, ils le doivent. Le gouvernement a perdu aujourd’hui le caractère de légalité qui commande l’obéissance. Nous lui résistons pour ce qui nous concerne ; c’est à la France à juger jusqu’où doit s’étendre sa propre résistance. » Bonnellier, dans son ouvrage, donnait quelques indications sur Dumoulin et sur Dubourg. Après avoir donné un premier témoignage, où sans doute la malveillance avait sa part : « M. Dubourg dut saisir la première occasion qui s’offrait à lui pour tenter la fortune ; le mécontentement politique était un beau prétexte. Il eut, dès l’apparition des ordonnances, de nombreuses entrevues avec des officiers comme lui réformés, comme lui disgraciés. M. Evariste Dumoulin, l’un des propriétaires du Constitutionnel, homme sans talent mais non sans courage personnel, était aussi un homme d’action ; créancier de M. Dubourg, il put exercer sur lui la double autorité de l’homme qui a le droit de demander et qui promet beaucoup. Il fallait oser ; M. Evariste Dumoulin osa nommer un général ; il fallait, sinon un brevet, du moins un habit. M. Evariste Dumoulin déboursa encore quatre-vingts francs ; c’était le prix de l’habit que fournit un fripier. Il faut aux brusques besoins des révolutions, des habits tout faits. » Il continuait : « Je montai, je me hissai, je vis sortir de l’intérieur du palais de la Bourse, un homme ayant passé quarante ans ; sa taille était moyenne ; son visage portant l’empreinte d’un caractère aventureux, n’était pas sans noblesse ni sans agrément ; ses traits paraissaient altérés. On pouvait aussitôt reconnaître un homme lancé de bas en haut, encore étourdi du jet, et cherchant à prendre équilibre dans une région d’air où les courants sont capricieux et terribles. Du reste, aucun insigne ne révélait un chef militaire ; M. Dubourg était vêtu d’une grande redingote bleue. M. Evariste Dumoulin, l’un des rédacteurs-gérants du Constitutionnel vint auprès de moi, en costume de capitaine de la garde nationale ; il me dit à la hâte : – Le général Dubourg se met à la tête du peuple ; nous allons marcher sur l’Hôtel-de-Ville... c’est là qu’est le trône !... venez avec nous. Je suivis, la foule s’ébranla, lançant au ciel d’une voix formidable, ce cri : Vive le général Dubourg !... à lHôtel-de-Ville ! Quelques pas faits, la tête de la colonne s’arrêta dans la petite et infecte rue Jocquelet ; je cherchai près de moi M. Dumoulin, le général ; ni l’un ni l’autre. La bizarrerie de cette disparition subite, le lieu où elle se faisait, donnèrent lieu aux propos les plus grotesques ou les plus inconvenants [disparition due au temps nécessaire pour se procurer un uniforme militaire chez un fripier, N.D.A]. Après vingt minutes d’attente, un hourra retentit ; c’était M. Dubourg, sous l’uniforme improvisé de général de brigade. Nous nous remîmes en marche... Il était une heure, environ, lorsque nous arrivâmes sur la place de l’Hôtel-de-Ville. L’accès en était libre ; car, bien qu’on nous eût dit : “Les Suisses occupent les quais”, nous ne rencontrâmes ni Suisses ni troupes royales. Les portes de l’Arche communale étaient ouvertes, offrant le passage au premier pouvoir qui voudrait franchir leur seuil ensanglanté. Aussitôt que la foule eut débordé par les petites rues et se fut répandue sur cette place, […] l’armée populaire, venue de la Bourse, […] une fusillade joyeuse, mais chargée à balles, fit claquer les vitres et sillonna les murailles. Les vieux soldats saluent le boulet ; je saluai les balles avec autant de respect que mon général, car nous nous trouvâmes exactement à quatre pattes sur les marches du grand hôtel, et un sifflet mortel bruissait à nos oreilles. La sensation de ce moment m’est encore présente ; j’entends encore le général me criant : “Vous allez voir que leur joie va nous tuer.” Le feu cessé, nous montâmes rapidement le grand escalier : personne devant nous, le fait est remarquable ; l’hôtel était complètement vide ! Tournant à droite, dans la grande salle de Henri IV, M. Dubourg marcha vers le cabinet de M. de Chabrol, qui était la dernière pièce de l’aile nord. Cartons, papiers, paperasses, plumes et poudre, c’était un fouillis à ne pas s’y reconnaître ; la bataille avait passé par-là. La porte de ce cabinet fut aussitôt fermée ; je me trouvai la plume à la main près d’un jeune homme (dont j’ignore le nom, que je n’ai jamais revu), en face du général Dubourg, qui, monté une fois sur le pavois populaire, montra dans cette première partie de la journée, je le déclare avec l’autorité du témoin et de l’historien, une présence d’esprit, une dignité, un aplomb tout à fait à la hauteur du rôle qu’une intrigue conçue, à bonne intention, le portait à jouer, du consentement du peuple. Le premier ordre, donné par le général, fut relatif à la protection des monuments français ; le second concerna les mairies, le troisième les blessés. J’écrivis ces différents ordres sous la dictée de M. Dubourg, puis ils furent placardés dans Paris. » Alexandre Dumas fut un des tout premiers combattants de la révolution de Juillet. Il en laissa un récit impartial et bien renseigné. Nous empruntons à ses Mémoires, son témoignage concernant Dumoulin : « [Le 29 juillet] Vers sept heures du matin, on s’était aperçu que l’hôtel avait été évacué par la troupe.

La nouvelle en avait été immédiatement portée au National.

Il fallait en prendre possession : Baude et Etienne Arago partirent.

A neuf heures, ils étaient installés.

A partir de ce moment, et, tout imaginaire qu’il était, le gouvernement provisoire fonctionna.
C’est qu’un homme s’était trouvé qui ne reculait pas devant cette responsabilité terrible qui faisait reculer tant de monde.

Cet homme, c’était Baude.

Il se fit secrétaire d’un gouvernement qui n’existait pas.

Il multiplia les ordres, les proclamations, les décrets. Ordres, proclamations et décrets étaient signés Baude, secrétaire du gouvernement provisoire.

Nous avons dit qu’il était entré à l’hôtel de ville à neuf heures.

A onze heures, la caisse municipale était vérifiée ; elle contenait cinq millions.

A onze heures les syndics de la boulangerie étaient convoqués, et déclaraient, sous leur responsabilité, que Paris était approvisionné pour un mois.

Enfin, à onze heures, une commission chargée de correspondre avec l’hôtel de ville était établie dans chacun des douze arrondissements de Paris.

Cinq ou six patriotes dévoués entouraient Baude, et suffisaient à tout.

Etienne Arago était de ceux-là.

Aussitôt rendus, ordres, décrets, proclamations, étaient placés entre la baguette et le canon de son fusil, et portés par lui au National. La route qu’il suivait était la rue de la Vannerie, le marché des Innocents, la rue Montmartre.

A partir de dix heures du matin, pas un obstacle n’entrava sa route.

– D’après l’ordre du maréchal Marmont, toutes les troupes se concentraient autour des Tuileries.

Au moment où Etienne portait la proclamation annonçant la déchéance des Bourbons, toujours signée : Baude, secrétaire du gouvernement provisoire, il rencontra au marché des Innocents un ancien acteur nommé Charlet, lequel précédait une foule immense encombrant toute la place.

Les deux principaux personnages de cette foule, ceux qui paraissaient la conduire ou être conduits par elle, étaient un homme en habit de capitaine et un homme en habit de général.

L’homme en habit de capitaine, c’était Evariste Dumoulin, le rédacteur du Constitutionnel, dont j’ai parlé à propos de madame Valmonzey et de Christine.

L’homme en habit de général, c’était le général Dubourg (voir Dubourg, Frédéric).

Qu’était-ce que le général Dubourg ? Nul ne le savait. D’où sortait le général Dubourg ? De chez un fripier qui lui avait prêté, loué ou vendu son habit de général.

Les épaulettes manquaient ; c’était un accessoire assez important pour ne pas être négligé.

Charlet, l’acteur, alla prendre une paire d’épaulettes au magasin de costumes de l’Opéra-Comique, et les apporta au général.

Celui-ci était au complet : il se mit en route.

– Qu’est-ce que c’est que tout ce monde ? demanda Etienne à Charlet.

– C’est le cortège du général Dubourg, qui se rend à l’hôtel de ville.

– Mais qu’est-ce que le général Dubourg ?

– Le général Dubourg ? dit Charlet. C’est le général Dubourg, quoi !

En effet, l’explication était suffisante.

La veille, à la mairie des Petits-Pères, le général Dubourg s’était présenté devant Higonnet et Degousée.

– Messieurs, avait-il demandé, avez-vous besoin d’un général ?

– D’un général ? avait répondu Degousée. Dans les moments de révolution, il suffit d’un tailleur pour en faire un ; tant qu’il y aura des tailleurs, on ne manquera pas de généraux !

Le général avait retenu le mot. Seulement, au lieu d’un tailleur, il avait pris un fripier. C’était à la fois plus économique et plus expéditif.

Et puis, à un général de fortune, il fallait bien un habit de hasard !

On a vu que le général et l’habit s’en allaient l’un portant l’autre à l’hôtel de ville.

C’est le propre des cortèges de marcher lentement ; celui-ci ne dérogeait point aux habitudes. Etienne eut le temps d’aller remettre sa dépêche au National, et, en se pressant un peu, d’être de retour à l’hôtel de ville avant que le général Dubourg y eût fait son entrée.

– Baude, dit-il, savez-vous ce qui nous arrive ?

– Non.

– Un général !

– Quel général ?

– Le général Dubourg... Connaissez-vous cela ?

– Ni d’Eve ni d’Adam !... Est-il en uniforme ?

– Oui.

– Un uniforme fera très bien ! Va pour le général Dubourg ! Nous le mettrons dans un arrière-cabinet, et nous le montrerons suivant les besoins.

Le général Dubourg entra aux cris de “Vive le général Dubourg !”

On le conduisit dans l’arrière-cabinet désigné par Baude.

Quand il fut là :

– Que désirez-vous, général ? lui demanda-t-on.

– Un morceau de pain et un pot de chambre, répondit le général. Je meurs de faim et d’envie de pisser !

On lui donna ce qu’il réclamait.

Tandis qu’il dévorait son morceau de pain, Baude lui apporta deux proclamations à signer.

Il signa l’une sans difficulté, mais refusa de signer l’autre. Baude la prit et signa, en haussant les épaules : Baude, secrétaire du gouvernement provisoire.

Pauvre gouvernement provisoire ! il eût été curieux de voir comment il s’en fût tiré si Charles X était rentré dans Paris.

Arago était en route pour porter ces deux proclamations, lorsqu’il rencontra, vers la pointe Saint-Eustache, une nouvelle troupe qui allait attaquer le Louvre.

Il n’y put pas tenir.

– Bah ! dit-il, les proclamations attendront. Allons au plus pressé.

Et il alla au Louvre.

Le Louvre pris, il porta ses proclamations au National, et y annonça la victoire du peuple.
C’était là que le général La Fayette l’avait vu avec une cocarde tricolore, et s’était inquiété de son audace.

Lorsque Etienne sut que le général se rendait à l’hôtel de ville, il fit pour lui ce qu’il avait fait pour le général Dubourg ; c’est-à-dire que, de même qu’il avait couru à l’hôtel de ville annoncer à Baude l’arrivée du général Dubourg, il courut à l’hôtel de ville annoncer au général Dubourg l’arrivée de La Fayette.

Il faut rendre cette justice au général Dubourg, qu’il n’essaya pas même de disputer la place au nouvel arrivant, quoique celui-ci arrivât le dernier.

Il vint le recevoir sur le perron en s’inclinant avec respect et en disant :

– A tout seigneur, tout honneur !

Pendant cinq heures, il avait été maître de Paris. Pendant deux heures, son nom avait été dans toutes les bouches.

Il devait reparaître une seconde fois pour être chassé de l’hôtel de ville, une troisième fois pour manquer d’y être assassiné.

En arrivant, il avait fait amener le pavillon tricolore, et envoyé chercher un tapissier.

Le tapissier venu :

– Monsieur, lui dit le général, il me faut un drapeau.

– De quelle couleur ? demanda le tapissier.

– Noir ! répondit le général ; le noir sera la couleur de la France, jusqu’au moment où elle aura reconquis sa liberté !

Et, dix minutes après, le drapeau noir flottait sur l’hôtel de ville. »

« Mille bruits divers couraient à Paris ; de toutes parts on demandait un chef ; le peuple qui a tout fait, il faut le proclamer hautement, se battait sur tous les points ; il était devenu assaillant, et, malgré le nombre des braves qui tombaient à chaque instant dans ses rangs, il sentait redoubler son ardeur et son courage ; mais il lui fallait une direction, un général à sa tête. On en parle à M. Evariste Dumoulin, et on lui dit : Le brave général Dubourg est là, chez lui, rue de Monsigny, qui brûle du désir de verser encore son sang pour la patrie ; on lui demande d’accepter un commandement ; un grand nombre de citoyens, la plupart en costume de gardes nationaux, et tous armés, le pressent vainement ; également modeste et dévoué, il craint de prendre le commandement qui lui est offert. M. Evariste Dumoulin court chez le général Dubourg, et le détermine à recevoir l’honneur qu’on veut lui faire. J’arrive à l’instant de la campagne, dit le général, et je n’ai pas ici mon uniforme. – Dans un moment vous allez en avoir un ; au bout d’un quart d’heure il l’avait. Marchons, ajoute-t-il, et allons attendre un chef digne de la nation. Le cortège, grossissant à chaque pas, se rend sur la place de la Bourse ; là, le général Dubourg prononce une courte harangue, et on part pour l’Hôtel de ville. De minute en minute s’accroît la foule qui le suivait ; nombre d’officiers s’y réunissent. Arrivé sur la place de Grève, où une détonation de joie se fait entendre, on trouve le palais fermé ; on n’a pas de peine à en faire ouvrir les portes. Le général Dubourg en prend possession, et M. Evariste Dumoulin se rend immédiatement dans la rue d’Artois pour informer de cet événement MM. les députés réunis chez M. Laffitte. On lui annonce que l’honorable général Lafayette vient d’être proclamé à l’unanimité commandant général des forces nationales. Le général Lafayette part à l’instant, au milieu des plus nombreuses et des plus vives acclamations, la garde nationale et une foule immense l’accompagne ; il se rend à l’Hôtel de ville où il est installé. En quelles mains plus dignes auraient pu être confiées les destinées de la patrie. » In Le Constitutionnel, 30 juillet 1830 ; La France nouvelle, nouveau journal de Paris, 3 août 1830. « On a vu dans les deux journées précédentes le peuple combattre sans chef, sans direction, et cependant avec un ordre admirable. Cependant, le 29 au matin, quelques bons citoyens sentirent la nécessité de lui donner quelques chefs habiles. Le rédacteur gérant du Constitutionnel, M. Evariste Dumoulin, se rend chez le brave général Dubourg et lui expose la nécessité de se mettre à la tête du peuple. Quoique mutilé par les campagnes, le général Dubourg accepte ; il publie une proclamation ; et, se mettant à la tête de nombreuses colonnes, s’empare de la place de la Bourse. Un général plus illustre encore se décide à seconder les efforts de la Nation ; le général Gérard prend le commandement des nombreux détachements qui se dirigent vers le Louvre et les Tuileries. » In de Evénements de Paris des 26, 27, 28 et 29 juillet 1830, par plusieurs témoins oculaires, Paris, imprimerie et fonderie de Fain, 1830. Boulée, dans son Histoire de France pendant la dernière année de la Restauration, donne les informations suivantes : « S’il faut en croire les Mémoires de la duchesse d’Abrantes, un journaliste, M. Evariste Dumoulin, fit enlever de l’hôtel du maréchal Maison, et conduire sur la place de Grève, deux canons venant de Morée, dont Charles X avait fait présent au maréchal. » Il fut décoré de la croix de Juillet auprès de la mairie du (ancien) IIe arrondissement. Il signa, le 13 octobre 1830, le certificat suivant en faveur de Goldstein, Albert : « Je, soussigné, l’un des commissaires chargés de la distribution aux blessés des secours patriotiques déposés au Constitutionnel, certifie que le sieur Goldstein a été employé près de la commission depuis son entrée en exercice jusqu’à ce jour au service d’ordre qu’exigeait l’affluence des réclamants, qu’il a montré beaucoup de zèle et s’est conduit de manière à mériter l’entière approbation de la commission dans ce service parfois très pénible. » En mars 1831, capitaine au 2e bataillon de la IIe légion de la garde nationale de banlieue, il écrivit une lettre à Perier, président du Conseil, afin d’appuyer la demande de décoration de la Légion d’honneur pour Truelle, Alphonse (voir ce nom), lieutenant-colonel de la IIe légion du même corps. On trouve dans le récit que fit devant la Commission des récompenses nationales instituée après la Révolution de Février Rognon, Constantin de sa propre participation à la révolution de Juillet quelques indications concernant Dumoulin. Les passages le concernant étaient ainsi rédigés : « En 1830, le 29 juillet, j’ai, pour hâter la solution de la révolution, fait de que tout bon citoyen aurait dû faire. Après bien des recherches, nous avons découvert le citoyen Dubourg, nous lui avons offert les insignes du grade de général pour faire sortir la masse de son engourdissement et arriver promptement à une solution. Ces insignes achetés de mes propres deniers, l’équiper, sortir, aller à la Bourse, à l’Hôtel de ville ne fut l’affaire que d’un instant, en grossissant notre petite troupe. Nous occupions l’Hôtel de ville quand Lafayette enfin se décida à venir à l’Hôtel, plus de deux heures après en avoir pris position, mouvement qui a puissamment contribué au dénouement de cette belle journée. Le général Dubourg fut confirmé dans son grade, mis en disponibilité quelques jours après, suite des 5 et 7 août à l’Hôtel de ville lors du fameux programme. Alors nous étions trois pour improviser un général : M. Evariste Dumoulin, décoré pour ce fait de la Légion d’honneur (il n’est pas dans la base leonore de la Légion d’honneur), M. Hippolyte Anres illisible, mon beau-père non récompensé, et moi sans avoir même reçu une mention honorable. Nous fûmes consolés d’avoir fait une bonne action et cette fois [en février 1848, N.D.A.] j’eus pris certes une bonne part si je m’étais trouvé à Paris. J’ai pour tout certificat de 1830, l’assignation que me fit donner M. Dubourg, quand Dequebourg illisible le fit traduire en police correctionnelle comme ayant volé les habits qu’il portait le 29. Tous trois nous sommes allés en cour déclarer que nous les lui avons offerts après les avoir achetés et payés en face la Banque de France […]. Si vous désirez, messieurs, avoir le seul certificat que je possède, c’est-à-dire cette assignation dont il est question plus haut, je pourrai vous la faire remettre par mon fils, elle est chez moi à Paris rue de Montmorency n° 14, et si le général Dubourg existe encore il pourra certifier ce que j’avance. Quant à M. Dumoulin et M. Anres, ils sont morts. Le fait que j’avance a été connu de tout Paris et de vous-mêmes, messieurs […]. » Il fut nommé, dès les premiers jours qui suivirent la révolution, chef de bataillon de la IIe légion de la garde nationale. Il signa, le 24 janvier 1831, le certificat suivant en faveur de Bonnellier, Hippolyte : « Je déclare que, lorsque je suis parti avec le général Dubourg pour me rendre de la Bourse à l’Hôtel de ville, le 29 juillet, M. Hippolyte Bonnellier nous a accompagnés et qu’il est entré avec nous au susdit Hôtel de ville. » Il demeurait 3, rue de Ménars en 1830 ; (14, rue des Meneurs en 1831 sur les listes – peu fiables – de la mairie in Archives de Paris VD6 3 et surtout in Archives nationales F/1dIII/39). La France nouvelle, nouveau journal de Paris, 3 août 1830 ; Mémorial de lHôtel-de-Ville, 1830, Bonnellier, Paris, chez Houdaille, 1835, pp. 20-24 ; Bibliothèque historique de la Ville de Paris, manuscrits, 8-ms-1025, ouvrage de Victor Crochon, f° 30-31 ; Mes Mémoires, Alexandre Dumas, tome VI, cinquième série, nouvelle édition, Paris, Lévy frères, 1867 ; Histoire de France pendant la dernière année de la Restauration, par un ancien magistrat (Boulée, Auguste, Aimé), Paris, Desenne, 1839, tome premier, p. 309. Cité in 1830, Mémoires de la duchesse dAbrantes, publiés avec une introduction par Louis Loviot, Paris, Fayard, p. 118 ; Ordonnance du roi contenant publication des noms des citoyens qui ont obtenu la croix de Juillet, Bulletin des lois, 2e partie, ordonnances, n° 104 bis ; Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la croix de Juillet, instituée par la loi du 13 décembre 1830, sur les récompenses nationales, Le Moniteur universel, 2 mai 1831 ; Archives de Paris VD6 3, liste des décorés de la croix de Juillet du (ancien) IIe arrondissement (sous le nom de Dumoulin, Evariste, Latour, Jean-Pierre) ; Archives nationales F/1dIII/39 Commission des récompenses nationales, noms des citoyens qui ont mérité la décoration spéciale, (ancien) IIe arrondissement (sous le nom de Dumoulin, Evariste, Latour, Jean-Pierre) ; Archives nationales F/1dIII/81 Commission des récompenses nationales pour le département de Seine-et-Oise, in dossier Bonnellier, Hippolyte ; Archives nationales F/1dIV/B 6 in dossier Truelle, Alphonse ; Archives de la préfecture de police AA 390 in dossier Goldstein, Albert ; Archives de la préfecture de police AA 411 in dossier R Rognon, Constantin.

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