Durand

Biographie


Epicier. Edmond Marc, officier de la chambre du roi, laissa le témoignage suivant sur la prise de la Manutention, rue du Cherche-Midi, le 28 juillet : « Ma mère habitait rue du Cherche-Midi une maison contiguë à cet établissement. Le rez-de-chaussée de cette maison était occupé par une belle boutique d’épicerie tenue par un jeune homme, veuf, fort tranquille et sa sœur. Je ne sais pour quelle raison le général Boinot, qui commandait les vivres, lui avait depuis quelque temps ôté sa pratique. L’épicier lui en conservait rancune. La révolution lui mit en tête l’idée de s’en venger ; et, saisissant l’occasion d’un petit rassemblement inoffensif qui s’était formé devant le bâtiment des vivres, il s’arma d’une hache et alla enfoncer la porte, aux applaudissements de quelques misérables réunis là, mais aux cris de réprobation de tous les voisins, qui estimaient le général et connaissaient d’ailleurs le fond de l’héroïsme de l’assaillant. Cependant les quelques pauvres vétérans qui formaient la garde ordinaire des vivres ne songeaient même pas à résister à l’envahissement et à l’occupation de l’établissement. La porte, une fois tombée sous les coups de hache de l’épicier, celui-ci avait atteint son but, en faisant passer la femme et la fille du vieux commandant par quelques moments de la plus cruelle anxiété. Revenu chez lui, M. Durand (l’épicier) ne savait plus à qui entendre ni à qui répondre. Sa sœur et quelques braves femmes bien alanguées du quartier, s’étant établies en l’attendant, dans la cour et sous la porte, dès qu’il posa le pied, elles firent fondre sur lui un tel déluge de reproche, qu’après avoir essayé de continuer quelques moments avec elle sur le ton de bravache qu’il avait pris dans la rue, l’héroïque champion de la liberté alla se cacher tout confus dans son arrière-boutique. Le bruit de son exploit ayant bientôt couru les environs, une partie de ses pratiques le quitta et celles qui savaient, comme nous, que ce n’était de sa part qu’un méchant coup de tête, dont il ne tarda pas à éprouver le plus grand regret, se contentèrent de le tancer. Jusqu’ici, il n’a encore ni la croix de Juillet ni même la croix d’honneur. Mais, patience ! » Il demeurait rue du Cherche-Midi en 1830. Mes journées de juillet 1830, Edmond Marc, officier de la chambre du roi Charles X, Paris, Editions de la vraie France, 1930, p. 87-89.

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