Elouin, Jean-Pierre

Biographie


Né le 31 décembre 1799 à Rennes (Ille-et-Vilaine). Ouvrier forgeron dans les ateliers des Messageries de la rue Notre-Dame-des-Victoires. Il adressa, le 1er septembre 1830, la lettre suivante à la Commission des récompenses nationales : « […] Pendant nos glorieuses journées, je me suis battu autant que j’ai pu pour nos libertés. Dans les halles, au Louvre et aux Tuileries, je crois m’être conduit en vieux militaire : j’ai servi huit ans dans l’artillerie. Je fais partie des ateliers des Messageries de la rue Notre-Dame-des-Victoires : on connaît ce que nous avons fait. Je ne demande rien pour moi, parce que je n’ai rempli que le devoir d’un bon Français mais vous conviendrez qu’on doit au moins ne pas me faire de mal. J’ai un frère aîné, dont les opinions sont conformes aux miennes. C’est lui qui nourrit la vieille mère de quinze enfants ; c’est lui qui nourrit et entretient tous les pauvres de la famille ; c’est chez lui que je me retire et que je reçois des soins lorsque je suis malade, ce qui arrive assez souvent dans ma pénible profession. Eh bien ! Messieurs, on vient de le destituer des fonctions de commissaire de police du quartier Montorgueuil de la Ville de Paris. Je n’accuse que la précipitation, qui a fait commettre l’erreur dont mon frère, moi et toute la famille sommes victimes. Sa destitution est injuste car ses opinions politiques sont toutes favorables au nouveau gouvernement, il n’a pris aucune part aux excès commis envers le peuple. A quatorze ans (en 1811), il était sous-officier d’artillerie et à quinze ans il prit un drapeau aux Anglais à Bergen op Zoom (Hollande). Il a été depuis 1816 et pendant douze années secrétaire de M. le comte d’Allonville, préfet, qui a l’honneur d’être connu personnellement du roi et qui est encore conseiller d’Etat en service extraordinaire. Il était commissaire de police à Paris depuis trois ans. Plusieurs pétitions des notables habitants de son quartier ont été adressées à M. le préfet de police pour demander sa conservation : elles prouvent qu’il a su mériter l’estime et l’affection de ses administrés et il en reçoit les marques les plus touchantes. Il a des témoignages écrits de la satisfaction de M. de Belleyme. Est-il juste, messieurs, que pour ma récompense on destitue mon frère, mon meilleur ami souvent même mon soutien ? Qu’on lui enlève le fruit de dix-neuf années de services militaires et administratifs, et tout cela sans l’avoir entendu ? Je ne suis point un ouvrier turbulent ni réfractaire, bien que je ne manque pas d’énergie. Après le combat, j’ai repris mes travaux, mais je ne dois pas avoir à gémir sur le sort de ma famille. Faites, je vous en prie messieurs, que mon frère soit promptement réintégré dans ses fonctions, faites cesser ma douleur ; vous conserverez à l’administration un magistrat conciliant et dévoué, vous m’accorderez la seule récompense que j’ambitionne, je vous le demande respectueusement, au nom de la justice et en faveur de mes efforts. Si le roi le savait, je n’attendrais pas longtemps !!! Je le répète, en finissant : en me battant, je savais que mon frère pensait comme moi. […] Note : On peut aussi consulter sur son compte 1° M. Rouillé de Fontaines, député de la Somme (un des 221), demeurant rue d’Anjou-Saint-Honoré n° 24 ; 2° M. Lemaire, doyen de la faculté des lettres de Paris ; 3° M. le baron Favard de Langlade, président de la Cour de cassation, rue des Petits-Augustins n° 4. 4° M. le comte de Montlosier, rue de Varennes n° 7 ou 37. Mon frère demeure rue Grange-aux-Belles n° 24. Aussitôt qu’il a connu sa destitution, il s’est fait inscrire dans la garde nationale. Après les événements, on l’avait chargé de deux quartiers au lieu d’un seul, ce qui prouve son aptitude. » Elouin était porteur d’un certificat ainsi rédigé : « Nous, soussignés habitants de la rue de la Cordonnerie et du quartier des halles, certifions avoir vu M. Elouin jeune, natif de Rennes en Bretagne, se battre vers les piliers des halles contre la garde royale et tuer plusieurs militaires. Nous devons rendre témoignage de son courage. Nous savons aussi de la manière la plus certaine qu’il était à la prise du Louvre et des Tuileries, où il a rendu les plus grands services. » Signé, le 6 août 1830 : Moreau ; Lemoux ; Franjou ; Champdavoine ; Riché ; Trabraize ; Hebert. On trouve dans le dossier une note concernant Elouin, commissaire de police, ainsi rédigée : « Enrôlé volontairement en 1811 à l’âge de quatorze ans en qualité de fourrier dans le 6e régiment d’artillerie à pied. Trois campagnes : en 1814, dans l’affaire du 8 au 9 mars à Bergen op Zoom, il prit un drapeau aux Anglais. En 1815, il était sergent-major de la compagnie d’artillerie de la garde nationale de Rennes. A dix-huit ans et ensuite pendant douze années il fut secrétaire de M. le comte d’Allonville, successivement préfet d’Ille-et-Vilaine, de la Somme, du Puy-de-Dôme et de la Meurthe. Ce magistrat, connu par son attachement aux institutions constitutionnelles, vient de recevoir les éloges les plus flatteurs du successeur qui a été installé à Nancy, après que les couleurs nationales eurent été arborées, l’ordre maintenu et l’effusion de sang évitée (en note : proclamation de M. de Merville, préfet à Nancy, en date du 2 août 1830 : “Mon premier besoin comme mon premier devoir est de continuer à veiller au maintien de l’ordre public, ainsi que l’a fait avec tant de zèle et de succès M. le comte d’Allonville, qui, en cessant ses fonctions, de sa propre volonté, emporte l’estime et la reconnaissance de tous les habitants du département et en a reçu les plus touchants témoignages au moment où il a annoncé sa détermination.” A l’époque honteuse de la censure, M. d’Allonville conserva ce dégoûtant travail à son cabinet, pour ne pas le livrer à des mains brutales. Sa modération se fit remarquer alors, comme dans tous ses actes. A Rennes, le général Travers lui doit la vie. M. Elouin fut appelé en 1827 au commissariat central de la ville de Lille et, trois mois après, au commissariat de police de Paris, où il était depuis trois ans. Il a des témoignages écrits de la satisfaction de M. de Belleyme. Il n’a pris aucune part aux excès commis envers le peuple. […] M. Elouin est marié et père de famille. Indépendamment de sa vieille mère, il a à sa charge un frère, une belle-sœur, un neveu de sept ans et une nièce de six ans. » Le dossier d’examen de ses droits fut instruit par la Commission des récompenses nationales de la mairie du (ancien) IVe arrondissement. Il reçut la médaille de Juillet auprès de la mairie de cet arrondissement. Sa médaille lui fut délivrée le 27 juin, et son brevet le 2 septembre 1831. Maréchal des logis à la 2e batterie d’artillerie de la garde nationale, sitôt après la révolution, il donna sa démission. En 1831, à l’occasion des fêtes anniversaires de Juillet, il reçut, auprès de la mairie du (ancien) IVe arrondissement, vingt-cinq francs de gratification, à titre de décoré mais non blessé. Il demeurait 26, rue de la Cordonnerie en 1830-1831. Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la médaille instituée par la loi du 13 décembre 1830 sur les récompenses nationales, Bulletin des lois, 2e partie, ordonnances, n° 104 bis ; Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la médaille instituée par la loi du 13 décembre 1830 sur les récompenses nationales, Le Moniteur universel, 19 juin 1831 ; Archives de Paris Vbis1K4 2, Département de la Seine, IVe arrondissement, contrôle nominatif des citoyens décorés de la médaille de Juillet, 1831 ; Archives de Paris VD6 3, liste des décorés du (ancien) IVe arrondissement ; Archives de Paris VD6 277 ; Archives nationales F/1dIII/35 A, Commission des récompenses nationales, état des sommes payées en dépenses diverses pour le compte de cette commission, du 8 octobre 1830 au 31 octobre 1831 par la mairie du (ancien) IVe arrondissement ; Archives nationales F/1dIII/39 Commission des récompenses nationales, noms des citoyens proposés pour la médaille (ancien) IVe arrondissement.

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