Fabre, Honoré
Biographie
Né le 12 février 1783 à Brignoles (Var). Il donnait les indications biographiques suivantes le concernant : « Le sieur Fabre, au retour de la campagne de Venise, embarqué sur le vaisseau le Guillaume Tell, partit pour l’Egypte sur le vaisseau Lorient, lequel ayant sauté en l’air au combat d’Aboukir, l’exposant s’est sauvé à la nage. Ayant reçu trois blessures, il est fait prisonnier par les Anglais, des mains desquels il s’est sauvé pendant une nuit et encore à la nage. A la révolte du grand Caire, il doit son salut à sa fuite par une cheminée de la maison qui venait d’être investie, c’est-à-dire prise par les Arabes. De retour en France, après le siège d’Alexandrie, commandé par le général Menou, il s’embarqua pour l’Amérique, comme chef de cuisine au service du général Lauriston. Au retour de l’Amérique, à Cadix, ce général étant appelé auprès de l’Empereur, le confie au général Gravina, commandant en chef la marine espagnole. Ce général, au combat de Trafalgar, reçoit une blessure très grave au coude. Le sieur Fabre défait aussitôt sa cravate et entortille le bras du blessé, à qui il prodigua tous ses soins. Le nonce, frère du général Gravina, l’amène à Madrid. Le sieur Fabre le quitta au moment où le nonce suivit la junte espagnole et entra au service de M. de Bourck, ministre du Danemark près la cour d’Espagne, où lors de la révolte du 2 mai il est sur le point d’être massacré comme tous les Français dans les rues. Il ne fut épargné que parce qu’il sut parler la langue. Encore de retour en France, il repart pour Saint-Pétersbourg, où il va rejoindre le général Lauriston, alors nommé ambassadeur à la cour de Russie. Il revient à Toulon, où il entre au service du prince Masséna. Les affaires du temps les séparent. Il part pour l’Angleterre et va rejoindre M. de Bourck, alors ministre à la cour britannique (le même qu’il avait déjà servi à la cour d’Espagne) et que par esprit de patriotisme il croit devoir quitter pour revenir en France lors du débarquement de Bonaparte. » Il était restaurateur en 1830. Il adressa, le 10 août 1830, la lettre suivante au maire de son arrondissement (sic) : « Je regrette de n’avoir pas été à la maison hier lorsqu’on est venu pour prendre des renseignements sur la conduite des personnes logées chez moi. Je vous donne quelques détails de la mienne. A l’attaque du Louvre, j’étais au coin de la rue Jean-Tison, en tirailleur avec cinq autres personnes, dont un qui est le porte-drapeau et dont je regrette beaucoup de ne pas le connaître, il mérite de la patrie ; par trois fois je l’ai fait mettre à l’abri du coin où j’ai tenu un moment avec lui ledit drapeau, le faisant voir sans être trop exposé momentanément. Dans un instant il y a eu deux hommes tués et un de blessé. J’ai tenu pendant l’affaire la porte du corridor ouverte et fait ouvrir autant qu’il a été possible celle de mes voisins. J’ai reçu chez moi des blessés, que j’ai fait panser, soit devant la porte et dans la boutique. J’ai donné à boire devant la porte à ceux qui en voulaient ; j’ai empêché, autant qu’il m’a été possible, qu’on massacre trois gardes royaux que nous avons pris au Louvre, le troisième surtout, n’ayant pu le faire entrer dans mon corridor vu la quantité de monde qu’il y avait, j’ai frappé à la maison voisine et je l’ai fait entrer, en tirant la porte sur moi et resté en dehors, sans cela c’était fait de lui. C’est précisément à celui-là que je demandai s’il avait des cartouches à me donner. Il me répondit qu’il n’en avait plus. C’est pour cela, je lui répondis, que vous vous êtes rendu. C’est égal, soyez tranquille, on va vous sauver. C’est de là que je le fis entrer dans la maison voisine, n° 36, attenante à la mienne. Dans les appartements du roi aux Tuileries, j’ai empêché, autant qu’il a été en moi, de ne rien casser, briser ni emporter. Il n’y a eu que les orgues de la chapelle de démembrées, quelques fauteuils de renversés, des consoles et quelques glaces de peu de valeur de brisées. J’ai marché volontairement sur Rambouillet. M. Cadet de Gassicourt m’a prêté son fusil, vu qu’il avait la baïonnette et pris des cartouches à la mairie. J’ai les 27 et 28 parcouru les rues de Paris pour encourager les citoyens et j’ai fini mes actions en allant payer les contributions deux mois à l’avance et d’autres jusqu’à la fin de l’année 1830. Je suis revenu boiteux de Rambouillet, d’une chute. Voilà, monsieur, les renseignements véridiques que je puis vous donner. Je vous dirai en outre que deux jeunes gens logés à la maison, le nommé M. Martin (pas retrouvé), et l’autre Marlou (voir Marlhiou, Gabriel), ont continuellement été dehors en se portant sur certains points où il y avait des attaques. M. Marlou a été blessé au genou légèrement. P. S. Ayant toujours voté constitutionnellement, des balles ont cassé des volets et des carreaux de ma boutique. » Dans une autre lettre, il se vantait d’avoir pendant les journées de Juillet empêché « des malfaiteurs qui voulaient mettre le feu aux voitures de Mgr le duc d’Orléans ». Il était porteur de plusieurs certificats. Le premier, signé du maire du (ancien) IVe arrondissement, Cadet de Gassicourt, attestait qu’au premier coup de tambour, il s’était présenté à la mairie pour demander des cartouches et des armes, pour participer à l’expédition de Rambouillet, et que lui-même lui avait prêté son propre fusil. Le deuxième, signé de Ninous illisible, Charles, propriétaire, demeurant 38, rue des Fossés-Saint-Germain-l’Auxerrois, ainsi rédigé, le 3 décembre 1830 : « Je, soussigné, certifie qu’il est à ma parfaite connaissance que le sieur Fabre, propriétaire de la maison sise rue des Fossés-Saint-Germain-l’Auxerrois n° 38, n’a cessé d’agir de sa personne contre les troupes occupant le Louvre, dans la journée du 29 juillet dernier ; que son exemple et l’énergique activité de ce citoyen ont fixé les regards de tous les habitants du quartier et déterminé beaucoup de gens moins dévoués que lui à prendre les armes. Je puis citer un fait qui lui fait le plus grand honneur. Dans la chaleur de l’action, trois Suisses sont tombés en ses mains et se trouvaient dans la position d’être infailliblement massacrés. Tous avaient résolu leurs morts. Le sieur Fabre s’est vivement opposé à cet acte, d’une vengeance peut-être excusable mais à coup sûr inutile. En cela je pense qu’on lui doit d’autant plus d’éloges qu’il était dans cet état de passion qui ne permet pas toujours de résister à un premier mouvement et que, de plus, il y avait un véritable courage à s’opposer seul à la volonté d’un grand nombre d’individus échauffés comme lui dans l’action. » Garnier, demeurant 43, rue des Fossés-Saint-Germain-l’Auxerrois apostillait ainsi ce certificat : « J’atteste avoir vu M. Fabre, le 29 juillet au commencement de l’attaque du Louvre, armé d’un fusil, se comportant avec courage et tirant sur le Louvre. » Simon, demeurant 41, rue des Fossés-Saint-Germain-l’Auxerrois, ajoutait : « Je certifie que M. Fabre s’est conduit en brave à la prise du Louvre. » Un autre certificat était signé de Pourailly, inspecteur des messageries du commerce, 38, rue des Fossés-Saint-Germain-l’Auxerrois : « Je certifie avoir vu M. Fabre combattant généreusement les journées des 28 et 29 juillet, les armes à la main, et avoir porté secours d’une manière honorable aux soldats carlistes qui dans leur défaite furent très heureux de trouver asile chez le pétitionnaire. » « Je certifie avoir vu M. Fabre à son retour de Rambouillet, boitant par suite d’une contusion à la jambe et avoir ouï prononcer sa noble conduite à la prise du Louvre. » Signé, le 4 décembre 1830 : Laplace, commis négociant à la maison Duhamel et Manaut 2, rue de la Feuillade et 38, rue des Fossés-Saint-Germain-l’Auxerrois. Dubois, demeurant 39, rue des Fossés-Saint-Germain-l’Auxerrois, signa le 4 décembre 1830, le certificat suivant : « Je certifie avoir vu M. Fabre avec un fusil au commencement de l’attaque du Louvre le 29 juillet au matin, tirant des coups de fusil sur le Louvre et ayant vu tomber deux hommes à ses côtés et l’avoir entendu crier pour faire ouvrir les portes pour abriter les combattants et avoir amener des blessés chez lui et sauvé des Suisses de la mort dont ils étaient menacés. » Il sollicita un emploi de maître d’hôtel du roi. Le dossier d’examen de ses droits fut instruit par la Commission des récompenses nationales de la mairie du (ancien) IVe arrondissement. On trouve, dans son dossier, la note suivante : « A été vu, armé, faisant le coup de feu, par des voisins à qui je me suis adressé. » Il reçut la médaille de Juillet auprès de la mairie de cet arrondissement. Il demeurait 38, rue des Fossés-Saint-Germain-l’Auxerrois en 1830-1831. Sa médaille et son brevet lui furent délivrés le 17 août 1831. Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la médaille instituée par la loi du 13 décembre 1830 sur les récompenses nationales, Bulletin des lois, 2e partie, ordonnances, n° 104 bis ; Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la médaille instituée par la loi du 13 décembre 1830 sur les récompenses nationales, Le Moniteur universel, 19 juin 1831 ; Archives de Paris Vbis1K4 2, Département de la Seine, IVe arrondissement, contrôle nominatif des citoyens décorés de la médaille de Juillet, 1831 ; Archives de Paris VD6 3, liste des décorés du (ancien) IVe arrondissement ; Archives de Paris VD6 277 ; Archives nationales F/1dIII/39 Commission des récompenses nationales, noms des citoyens proposés pour la médaille (ancien) IVe arrondissement.