Favre

Biographie


Savetier. « Voici encore un trait qui doit être conservé. Il s’est passé sous les yeux de M, Gibelin mon ami, et à côté de son habitation.

Un citoyen, posté seul dans la rue Basse-du-Rempart, presque en face du ministère des Relations extérieures, je n’ose pas dire, ministère-Polignac, avait déjà couché parterre une vingtaine de soldats, chargés de la garde de l’hôtel et de ses avenues.

M. Gibelin, plein d’admiration pour ce brave, se rend auprès de lui, et le supplie de lui permettre d’être son aide de camp. Le général accepte, et ordonne la barricade de la rue Basse, du côté de la rue Caumartin.

M. Gibelin, aidé de ses gens et de ses voisins, exécute les ordres qui lui sont donnés. Ensuite, et pour tromper l’ennemi, le nouveau Latour-d’Auvergne fait placer sa casquette et des chapeaux sur les points les plus saillants de la barricade et du talus du boulevard : il recommence alors son feu… et, secondé par M. Gibelin, il tire des divers points du camp.

Après avoir ainsi montré l’apparence d’un nombre de combattants, le citoyen-soldat s’avance jusqu’au milieu du boulevard ; et apostrophant la sentinelle : Tue-moi, ou je te tue ! s’écrie-t-il, en se portant toujours en avant... Si vous n’êtes pas des lâches, tuez-moi, dit-il aux soldats ; et, se retournant vers la rue Basse : Garde à vous, camarades ! s’écrie-t-il ; je vais tomber. Préparez-vous à me venger… Une telle assurance, une telle audace produit un effet magique.

Les soldats craignent d’être assaillis par un peloton caché dans la rue Basse ; ils reculent. En cet instant, notre brave leur ordonne de crier vive la Charte ! de déposer les armes, et de se constituer prisonniers dans l’hôtel. Les soldats obéissent, et les portes se ferment.

Ce brave général se nomme Favre ; il est savetier hors de la barrière des Martyrs.

Il a tout refusé, jusqu’au vin que lui offrait M. Gibelin.

Il n’a pris qu’un peu de pain et de l’eau rougie. « Nous ne buvons pas de vin, a-t-il dit, tant qu’il y a des ennemis sur pied ; nous nous le sommes tous juré. Il faut du sang-froid. Donnez-moi de l’eau. » In Esquisse du mouvement héroïque du peuple de Paris, dans les journées immortelles des 26, 27, 28 et 29 juillet 1830 ; ou Lettre adressée au lieutenant-colonel Boyer, l’un des soldats de la Grande Armée, par son ami, Fabré-Palaprat, médecin à Paris, Paris, 1830, chez A. Guyot, éditeur, rue Neuve-des-Petits-Champs, n° 37 et Amyot, libraire, rue de la Paix, n° 6, p. 38-41.

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