Fleury, Jacques
Biographie
Né vers 1792 à Chartres. Ancien militaire, réformé en 1814, devenu employé chez un négociant et concierge de la maison du 47, rue de Grenelle-Saint-Honoré, où fut établie une ambulance. Le docteur Brunet, Léonard (voir ce nom), dans le rapport qu’il fit au commissaire de police du quartier de la Banque de France, sur le fonctionnement de l’ambulance du 47, rue de Grenelle-Saint-Honoré, donnait son nom pour avoir été un de ceux qui avaient permis le bon fonctionnement de l’ambulance. En 1831, il sollicita la réparation d’une négligence faite par le docteur Gendrin (voir Gendrin, Augustin, Nicolas) et Viguier, Auguste (voir ce nom), premier adjoint de la mairie du (ancien) IVe arrondissement, qui lui avaient promis de présenter ses titres devant la Commission des récompenses nationales et qui avaient oublié de le faire, lui faisant perdre ses droits à la décoration. Il récapitulait ainsi ses activités pendant les trois jours : « Les 27 et 28 juillet, j’ai participé dans mon quartier au mouvement des citoyens contre les troupes armées de Charles X. Dès le 28, dans le jour, la nuit et la matinée du 29, j’ai employé toute la force de mes bras aux constructions des barricades. Le 29 à 4 heures du matin M. le docteur Gendrin eut l’idée généreuse d’établir une ambulance dans la maison que j’habite rue de Grenelle-Saint-Honoré, n° 47, et me proposa de l’aider dans ce projet. Ancien militaire, ayant été employé en 1813 et 1814 dans les ambulances de la Grande Armée, j’applaudis avec ardeur à la proposition qui m’était faite, heureux de saisir une occasion de secourir des frères malades et souffrants, de consacrer tous mes soins à soulager leurs maux. Je préparai ma famille entière à participer à ces soins. Des placards imprimés furent affichés dans la rue de Valois, sur la place du Palais-Royal, dans la rue Saint-Honoré et dans les coins des rues adjacentes par mon fils aîné âgé de dix ans, qui, pour remplir les désirs se son père, s’exposa au feu des Suisses et de la garde royale, et brava la mitraille. J’étais allé chez M. le docteur Bouquet qui vint seconder M Gendrin. Dès 9 heures, les blessés arrivaient en foule. C’est moi qui ai fourni tous les premiers objets nécessaires à cet hôpital improvisé : matelas, linge de toute espèce, draps, tout fut prodigué pour les blessés (Dans une note annexe, il est précisé comme ayant remis à l’ambulance trente-trois bouteilles de vin et douze livres de pain, N.D.A.). Nous avons vu arriver successivement deux cents de ces malheureux, qui sont restés trente-six heures à cette ambulance avant d’être envoyés dans les hôpitaux. J’ai fait parcourir le quartier par ma femme et mes enfants et je suis allé moi-même dans les maisons voisines pour obtenir des secours pour ceux que les balles avaient frappés. Plusieurs s’étaient battus depuis deux jours sans avoir pris de nourriture. Ceux qui les portaient, accablés de fatigue, éprouvaient aussi la faiblesse de la faim. C’est moi qui fournit tout ce qui était nécessaire pour réparer leurs forces épuisées. Dans d’autres ambulances il y a eu peut-être quelques personnes qui ont rendu de plus grands services que ceux de ma famille mais dans la proportion des facultés personne n’a fait d’aussi grands sacrifices. C’est ainsi que, pendant huit jours entiers, ma femme, malgré son état de grossesse avancé, et moi n’avons pris aucun repos ni le jour ni la nuit, préparant les linges et la charpie, recevant et portant aux malades les offrandes de la bienfaisance, opérant les pansements les plus faciles, aidant les médecins dans leurs opérations, décuplant nos soins pour mieux remplir la tâche d’infirmiers, tenant une liste des blessés et des renseignements qu’ils nous indiquaient ou que l’on nous demandait sur leur compte, en un mot, soins personnels et sacrifices pécuniaires, nous avons tout prodigué. Les pansements ont duré six semaines, attendu que les blessés qui n’étaient pas entrés dans les hôpitaux s’adressaient à l’ancienne ambulance, trouvant chez moi tous les objets nécessaires et des personnes dévouées à leur soulagement. M. Gendrin a joint la liste des blessés et les renseignements que j’avais pris et dressé un état qu’il a présenté au général Lafayette et à M. le préfet. Après que tous les pansements furent terminés, j’offris à M. le préfet pour la maison de santé de Saint-Cloud le linge qui était resté et que j’avais fait mettre en état (soit 180 kg de linge à pansement et une paire de bretelles à brancard selon le récépissé qui lui fut délivré par l’administration, N.D.A.). Ce linge fut enlevé le 26 octobre par la Commission administrative des hôpitaux. […] J’ai vu avec douleur que mon état de concierge m’empêchait de faire partie de la garde nationale. J’aurais voulu pouvoir donner de nouvelles preuves de mon patriotisme et de mon dévouement à la cause nationale. » Sa réclamation était apostillée par plusieurs médecins. La première, ainsi rédigée par le docteur Gendrin (voir Gendrin, Augustin, Nicolas), médecin du bureau de charité du (ancien) Xe arrondissement et des hôpitaux civils de Paris : « J’ai obtenu des soins et des travaux continus et infatigables de M. Fleury, concierge de la maison que j’habite, les plus grands soins dans le service de l’ambulance que j’ai établie dans le local du Tivoli d’hiver pendant les journées de Juillet. Je crois que parmi les citoyens qui m’ont secondé pour recueillir et panser les blessés et pourvoir à leurs besoins. M. Fleury est un de ceux qui se sont montrés les plus zélés et les plus utiles. Je le recommande donc vivement à la bienveillance de l’autorité administrative et de la Commission des récompenses nationales n’entendant cependant par cette recommandation qui est due à toutes les peines qu’a prise M. Fleury certifier comme vraies plusieurs circonstances relatées dans sa demande mais tout à fait étrangères aux services rendus par ledit sieur Fleury. » La deuxième apostille signée par le docteur Brunet (voir Brunet, Léonard), et ainsi rédigée : « Je, soussigné, docteur en médecine de la faculté de Paris, certifie que M. Fleury, demeurant rue de Grenelle-Saint-Honoré n° 47, n’a cessé de donner, autant qu’il était en son pouvoir, des soins aux blessés qui ont été apportés à l’ambulance que nous avions établie rue de Grenelle. Je pense donc que sa demande est fondée et je l’appuie de tous ses efforts auprès de la Commission des récompenses nationales. » La troisième, ainsi rédigée par le docteur Dubois (voir Dubois, Paul, Louis, Jean-Baptiste) : « Je me réunis avec d’autant plus de plaisir à nos collègues MM. Brunet et Gendrin que la réclamation du nommé Fleury est juste et bien fondée. Personne n’a été plus assidu et plus empressé que lui auprès des blessés qui nous furent apportés à l’ambulance du 45-47, rue de Grenelle-Saint-Honoré et il serait à désirer que l’autorité reconnût d’une manière satisfaisante pour le pétitionnaire les services qu’il a rendus dans cette circonstance. Pour moi, je verrais avec bien de la satisfaction cet acte de justice. » Le docteur Gendrin, dans le rapport qu’il fit au commissaire de police du quartier de la Banque de France, qui le lui avait demandé, donnait le témoignage suivant de la conduite de Fleury : « M. le colonel Zimmer, auprès duquel j’avais envoyé le 29 au soir [un billet] pour qu’il fît établir un poste à l’ambulance, avait bien voulu me donner un ordre à cette fin mais la confusion était si grande qu’il a été impossible de détourner les hommes de garde de devoirs qu’ils avaient à remplir dans les postes plus importants. Force a donc été de se borner à faire garder l’ambulance par ceux qui y avaient fait la police toute la journée. Parmi ces derniers, je dois citer particulièrement M. Fortin, plumassier rue de Grenelle-Saint-Honoré, n° 47, M. Fleury, concierge de la maison, le nommé Goujon, ex-sergent d’artillerie de marine, que j’ai déjà cité. Les autres citoyens ont refusé de donner leurs noms. […] Le citoyen Fleury, concierge de la maison n° 47, est père d’une nombreuse famille, il nous a été du plus grand secours. Cependant il ne voulut accepter aucune indemnité mais il fait partie de la garde nationale, il n’a pas les moyens de s’équiper, il y aurait justice à lui donner un équipement. Je le demande pour prix de ses services auprès des blessés. » Viguier, Auguste (voir ce nom), adjoint au maire du (ancien) IVe arrondissement donnait sur son compte l’appréciation personnelle, le 14 août 1832 : « Je prends la liberté de recommander très particulièrement le sieur Fleury, que j’ai été à même de connaître et de suivre pendant plusieurs années. Sa conduite a toujours été celle d’un honnête homme et tout ce qu’on pourra faire pour lui ne saurait être mieux placé. » Il déposa, en juillet 1831, un dossier à la Commission des Réclamants ([ancien] IVe arrondissement), sise 10, rue Bourg-Labbé puis 6, rue Dalayrac, afin d’obtenir la Croix de Juillet. Il adressa la lettre suivante à la Commission des Réclamants : « Les sieurs Pierre, Mathieu, Henri Guesde, Jean-Jacques Fleury et Augustin, Télémaque Fortin, tous trois locataires au rez-de-chaussée de la maison sise rue de Grenelle-Saint-Honoré n° 47, exposent que ce sont bien eux qui, le 29 juillet dernier dès 4 heures du matin, ont établi dans la cour de leur maison et jusque dans leur domicile une ambulance pour y recevoir les blessés, quels qu’ils fussent, des deux précédentes journées et ceux que les événements de la journée qui commençait sous des auspices si sanglants présageaient devoir amener nécessairement, entreprise dans laquelle ils ont été encouragés par les conseils et les lumières de M. le docteur Gendrin, aussi locataire de la même maison, qui lui-même a été assisté dans ses travaux par MM. Brunet, Dubois et Bernard, tous trois aussi médecins. Le nombre des blessés qui arriva dans cette ambulance devint si considérable que les sieurs Guesde, Fleury et Fortin ne virent d’autre moyen que de se servir de la salle de la Redoute, dit le Tivoli d’hiver, dépendant de la maison du n° 45 dans laquelle ils s’introduisirent en fracturant la porte anciennement condamnée qui communique de leur maison à celle n° 45, dont M. et Mme Michalet, qui ont été décorés, sont principaux locataires. Ne demeurant point dans cette maison ce n’est que vers les 3 à 4 heures de l’après-midi que Mme Michalet arriva. Elle fut d’abord surprise de voir que l’on s’était introduit dans son établissement au moyen d’effraction mais, appréciant le cas d’urgence, elle approuva la conduite des soussignés et elle-même s’adjoignit à leurs soins et à toute leur sollicitude pour les blessés. Ce qui concerne cette dame a été dit dans le rapport qu’a fait M. Setier sur l’ambulance du n° 29 mais comme il n’était point chargé d’en faire un sur celle du n° 47 (la nôtre), où il est entré près de deux cents blessés, la conduite des réclamants est restée inconnue et conséquemment ils n’ont point obtenu la même récompense, c’est-à-dire la décoration qu’ont reçue M. et Mme Michalet et beaucoup de personnes qui ont dirigé et administré l’ambulance du n° 29. Les soussignés ont eu tort sans doute de n’avoir pas réclamé en temps utile mais n’en ont pas moins le même mérite et de plus d’avoir eu la première idée qu’ils ont mise à exécution de former l’ambulance dont est question dès 4 heures du matin, d’y avoir apporté tous les soins dont ils étaient capables et d’avoir mis sans réserve leur maison et leur cave à la disposition des blessés, auxquels ils ont prodigué tous les soins que réclamait leur position. Ils ne se sont pas contentés d’écrire mais ils ont aussi, en toute hâte, fait imprimer des affiches à leurs frais qu’ils ont été eux-mêmes placarder dans tout le quartier et aux approches du Palais-Royal, sous les balles qui sifflaient de toute part, pour faire connaître l’ambulance qu’ils venaient d’établir. Ils ont en outre fait une collecte et une énorme quantité de ligne, sur l’autorisation de M. le préfet de la Seine a été dirigée dans les hôpitaux ; les objets alimentaires distribués aux malades et l’argent versé dans la caisse de la mairie du (ancien) IVe arrondissement, ainsi qu’il appert de l’état ci-joint ; une quantité immense d’offrandes de toute espèce est arrivée les jours suivants mais les commissaires de l’ambulance du n° 29 étant resté en permanence et d’ailleurs croyant qu’il valait mieux centraliser ces dons sur un seul point, les soussignés ont scrupuleusement et soigneusement adressé les donateurs à l’ambulance n° 29. Voilà, messieurs, ce que les réclamants ont cru devoir vous mettre sous les yeux pour vous engager à les comprendre dans la liste supplémentaire des personnes qui ont droit à la décoration de Juillet et qu’ils croient, sous tous les rapports, avoir méritée tant pas leur conduite des trois mémorables journées que par les vœux qu’ils ont manifestés pour la belle cause qui a si glorieusement triomphé. » On trouve dans son dossier la même lettre que celle citée plus haut, adressée à la Commission des récompenses nationales, mais avec des apostilles supplémentaires. La première apostille, ainsi rédigée : « Je, soussigné, en qualité de locataire de la maison rue de Grenelle-Saint-Honoré n° 47, déclare avoir une parfaite connaissance et avoir été témoin de tous les faits relatés dans la présente pétition de M. Fleury, dont j’ai été à même de remarquer et d’admirer le zèle et le dévouement que lui et toute sa famille ont montré pendant les trois journées de Juillet, dévouement lui donne des droits incontestables à l’honorable récompense qu’il a vivement sollicitée. » Signé, le 6 juillet 1831 : Dutour, Hte, surintendant militaire. La seconde, du maire adjoint Viguier (voir plus haut), qui confirmait ses précédentes déclarations : « J’ajoute que les faits mentionnés par le sieur Fleury sont exacts ; que les papiers qui m’ont été confiés par lui ont été adressés et recommandés particulièrement à la Commission des récompenses nationales et que s’il n’a pas été fait droit à la juste demande du sieur Fleury il faut s’en prendre à un oubli de la Commission, à cette résolution prise en principe de ne s’occuper que des combattants et enfin à la trop grande confiance du sieur Fleury qui, après avoir présenté ses titres, ne s’est plus informé de leur sort que lorsqu’il n’était plus temps. » Fleury tenta de faire valoir de nouveau ses droits devant la Commission des récompenses nationales instituée après la révolution de Février. Il expliqua ainsi les raisons qui l’avaient empêché d’être décoré : « […] M. Gendrin, docteur médecin, qui tous deux ensemble avons fondé et organisé l’ambulance le 29 juillet au 47, rue de Grenelle-Saint-Honoré, […] avait promis de nous représenter, d’appuyer notre demande à la Commission mais il a plu à M. Gendrin, je ne sais par quel motif à lui connu, de ne pas recevoir la décoration de Juillet et de demander la croix de la Légion d’honneur. La Commission l’a rejeté. J’ai tout lieu de croire que cet orgueilleuse prétention soit la cause de l’omission faite à mon préjudice. Dans ma reproduction de ma demande faite en 1830 et représentée en 1831, M. Viguier, adjoint du (ancien) IVe arrondissement dit, dans son attestation, avoir déposé mes titres à la Commission en temps et lieu. Je n’ose croire à une mauvaise intention mais à une erreur, qui m’a été bien pénible à supporter. » Son dossier est apostillé par cette nouvelle Commission, comme ne s’étant pas présenté ; une dernière invitation lui avait été adressée le 10 octobre 1848. Il était indiqué sur les fiches de la Commission des Réclamants, en 1831, comme dans une position sociale aisée. Il demeurait 47, rue de Grenelle-Saint-Honoré en 1831 ; 88, rue Saint-Louis-en-l’Ile en 1848. Archives de Paris VD6 277 in dossier Gendrin, Augustin, Nicolas ; Archives nationales F/1dIII/55 (sous le nom de Fleury, J.J. Augustin) ; Archives nationales F/1dIII/56 in dossier Gendrin ; Archives nationales F/1dIII/88 (sous le nom de Fleury, J.J. Augustin) ; Archives de la préfecture de police AA 391.