Fleury, Jacques

Biographie


Né le 3 janvier 1792 à Coulonces (Calvados), fils de Fleury, Thomas et de Tourjon, Jeanne ou Touzon, Jeanne. Fruitier (mais journalier in Archives nationales F/1dIII/36, Commission des récompenses nationales, (ancien) IXe arrondissement, dossier indemnitaires classés et non classés). Il combattit, dès 6 heures du matin le 28 juillet. En face du Pont au Change, il fut blessé d’un coup de baïonnette en concourant au désarmement d’un groupe de Suisses dont il avait essuyé le feu sur le quai Pelletier. S’étant fait bander la plaie avec un mouchoir, il continua de combattre dans divers endroits de la capitale, dont à la place de la Bastille. A l’entrée de la caserne des Célestins, il reçut un coup de canon de carabine dans les côtes, qui lui fit perdre du sang par la bouche. Le 29, il fit partie des tirailleurs qui sous les ordres de Marchal, Jean-Baptiste, protégeaient l’abattage des arbres près des Bains chinois. Il resta longtemps malade à son domicile puis entra à l’Hôtel-Dieu le 16 octobre 1830 pour y décéder le 21, d’une encéphalite aiguë. Il fut enterré au cimetière du Père-Lachaise. Il avait reçu deux secours de quarante francs en septembre 1830, sur les secours distribués par Le Constitutionnel. Le dossier des droits que son décès entraînait fut instruit par la Commission des récompenses nationales de la mairie du (ancien) IXe arrondissement. Le colonel Marchal évoqua Fleury, en ces termes : « [Le soir du 28, après les combats de la rue Saint-Antoine] Je retins auprès de moi les plus intelligents de mes braves, dont j’avais fait autant de chefs, je crois devoir les nommer ici pour les signaler à la reconnaissance publique, car ils ont puissamment coopéré aux succès extraordinaires que j’ai obtenus dans cette brillante journée. Je dois placer en tête le citoyen Leroux, dont j’ai déjà eu occasion de parler, ensuite les intrépides Hersent, Fleury, Antoine Roux, ces trois derniers sont morts pour la patrie ; Ritoux, je ne dois pas oublier mon fils Marchal, qui m’a parfaitement secondé. Nous passâmes en semble toute la nuit, occupés à parcourir la majeure partie de la capitale, afin de bien reconnaître la position de l’ennemi pour diriger en conséquence mes plans d’attaque du lendemain. » Il est cité par le colonel Marchal comme un de ceux qu’il avait commandés et qu’il tenait à présenter « à l’admiration et à la reconnaissance de leurs concitoyens ». Plusieurs certificats médicaux furent délivrés pour expliquer les causes de sa mort. Le premier certificat médical, ainsi rédigé : « Je, soussigné, docteur de la faculté de médecine, médecin du bureau de bienfaisance du (ancien) IXe arrondissement, chirurgien de la IXe légion de la garde nationale et de l’ambulance établie à mairie dudit ancien) IXe arrondissement, certifie que le nommé Fleury, Jacques, demeurant rue de la Mortellerie n° 72 (sic) est un des blessés de notre ambulance et qu’atteint présentement de méningite il aurait besoin d’être admis pendant quelque temps dans un hôpital pour recevoir les soins qu’exige sa position et qu’il ne peut recevoir dans un autre lieu. » Signé, le 9 octobre 1830 : Dubois, A. (voir Dubois, Alexis, Hippolyte). Le deuxième certificat médical, ainsi rédigé : « Je, soussigné, docteur en médecine, certifie que j’ai donné mes soins au nommé Fleury, Jacques, rue de la Mortellerie n° 70, à l’ambulance du (ancien) IXe arrondissement ; que quelques mois après il fut obligé d’entrer à l’Hôtel-Dieu pour s’y faire soigner d’une péripneumonie occasionnée sans doute par des coups de crosse de fusil qu’il avait reçus à la poitrine dans les journées de Juillet. Il a succombé dans cet hôpital neuf jours après son entrée, le 21 octobre 1830. » Signé : Girot (voir Girot, Joseph, Marie), médecin. Un médecin de l’Hôtel-Dieu délivra, en date du 19 juillet 1831, le certificat suivant : « Je, soussigné, médecin dudit établissement, certifie que le nommé Fleury, Jacques […] est entré dans cet hôpital le 11 octobre 1830, pour y être traité d’une encéphalite aiguë ; qu’il portait diverses cicatrices sur les bras et sur la poitrine ; ces plaies étaient la suite des blessures qu’il avait reçues au mois de juillet 1830, en défendant la cause nationale. Nous ne pouvons affirmer qu’il existe une corrélation nécessaire et intime entre ces plaies et l’encéphalite pour laquelle nous l’avons reçu et à laquelle il succomba le 21 octobre 1830. » Les deux certificats suivants attestaient de sa participation aux combats. Le premier certificat, ainsi rédigé : « Je, soussigné, ancien officier de cavalerie, ayant commandé et dirigé la colonne des braves ouvriers dans les journées des 28 et 29 juillet dernier, certifie que Jacques Fleury, rue de la Mortellerie n° 70, récemment décédé à l’Hôtel-Dieu des suites de sa blessure, a combattu avec moi dès le 28 à 6 heures du matin sur la place du Châtelet en face le pont au Change, qu’il fut blessé d’un coup de baïonnette dans la mêlée sur le quai Pelletier, en désarmant un peloton de Suisses dont nous venions d’essuyer le feu ; que ce brave, après avoir fait panser cette blessure, a continué de combattre tout la journée sous mes yeux ainsi que le lendemain 29, qu’il faisait partie de mes tirailleurs qui protégeaient l’abattis des arbres près les Bains chinois, pour contenir l’artillerie de la garde, en s’exposant aux plus grands périls ; que Jacques Fleury, qui laisse une femme et trois enfants en bas âge, était au nombre des braves qui m’ont le mieux secondé dans ces grandes journée et se trouve indiqué à la suite de la notice que j’ai adressée à la Commission des récompenses. Atteste enfin que la situation de la femme Fleury commande de prompts secours. » Signé, le 26 octobre 1830 : Marchal (voir Marchal, Jean-Baptiste), demeurant 44, passage Choiseul. Le 8 février 1831, devant le juge de paix (ancien) IXe arrondissement, comparurent : Marchal, Jean-Baptiste (voir ce nom), ancien officier de cavalerie, demeurant 44, passage Choiseul ; Dailly, Jean-Baptiste, charcutier, demeurant 32, rue des Barres ; Dupuis, Pierre, François, marchand de vin, demeurant 15, place du Marché-Saint-Jean. Ils déclarèrent savoir « le sieur Marchal, que le 28 juillet dernier il s’est trouvé avec le sieur Jacques Fleury, demeurant alors rue de la Mortellerie n° 70, qu’ils ont combattu ensemble sur divers points de la ville, tels que place de la Bastille, caserne des Célestins et autres endroits ; que ledit Fleury a reçu un coup de canon de carabine sur les côtes à l’entrée de la caserne des Célestins, ce qui lui a fait une forte blessure avec épanchement de sang par la bouche, qu’il a été très malade pendant longtemps dans son domicile jusqu’à son entrée à l’Hôtel-Dieu, où il est décédé. Et par MM. Dailly et Dupuis, qu’ils l’ont vu en armes ledit jour 28 juillet, se porter sur divers points, qu’ils l’ont vu après l’affaire revenir étant blessé, qu’ils l’ont également vu plusieurs fois pendant sa convalescence, toujours souffrant de sa blessure jusqu’au moment où il est entré à l’Hôtel-Dieu, où il est décédé ». Le second certificat, ainsi rédigé : « Je, soussigné, ancien inspecteur des travaux publics du département de la Seine, pour l’arrondissement de Sceaux, domicilié à Paris, rue Coquenard n° 33, certifie que dans les journées 28 et 29 juillet, m’étant placé sous le commandement du colonel Marchal, pour diriger la défense des braves ouvriers que j’avais réunis dans le faubourg Saint-Marceau et ayant joint le commandement sur les 8 heures du matin, au moment où il venait de prendre la caserne de l’Ave-Maria et où il se disposait à repousser et à renfermer dans leur caserne des Célestins les cuirassiers de la garde qui venaient de faire plusieurs charges meurtrières sur le peuple, j’ai distingué parmi les plus courageux de ces braves ouvriers le nommé Jacques Fleury, mort le 21 de ce mois à l’Hôtel-Dieu des suites de la blessure grave qu’il avait reçue en combattant contre les Suisses sur le quai Pelletier, ce qui ne l’empêchait pas de combattre et que ce brave, malgré son état, nous a servi de lieutenant pour diriger les pelotons improvisés sur le champ de bataille ; que sur la place de la Bastille, Jacques Fleury a montré la plus grande intrépidité, ralliant les fuyards et que le lendemain 29 malgré sa blessure, il a persisté à nous accompagner au boulevard de la Madeleine, jusqu’au moment où les barricades formées sous le feu de l’ennemi ont fermé le passage à l’artillerie et qu’il y a lieu d’accorder à la veuve et aux trois enfants de ce brave les récompenses nationales déterminées par la loi. » Signé, le 26 octobre 1830 : Le Roux (voir Le Roux, Jacques, Nicolas). Il laissait une veuve, Houssard, Angélique (bien seulement Houssard, Angélique sur son acte de naissance), le 28 vendémiaire an XI à Teilleul (Manche), qu’il avait épousée le 24 septembre 1822 à Saint-Germain-de-Tallevendes (Calvados) ; sur l’acte de mariage, fils de Fleury, Jacques est indiqué comme fils de feu fils de Fleury, Thomas et comme étant journalier ; Houssard, Florence, Angélique (sic) est indiquée comme née le 3 novembre 1798 à Teilleul, fille de Houssard, Michel (journalier dans l’acte de naissance de Houssard, Angélique), et de Bouchard, Angélique. Sa demande de pension fut rejetée, Fleury n’ayant pas été considéré comme décédé des suites de ses blessures. Elle avait reçu cinq cent quinze francs auprès de la mairie du (ancien) IXe arrondissement. Il lui fut cependant accordé, à titre de cas exceptionnel de veuves, par la Commission de la souscription nationale en faveur des veuves, orphelins et blessés de juillet 1830, une inscription de rentes. Ils avaient trois enfants, tous trois nés à Paris, Etienne, Jacques, né le 11 juillet 1823, Michel, né le 13 juillet 1827, Charles, Jacques, né le 13 mars 1830 (mais le 13 mars 1831 in Archives nationales F/1dIII/36). Le nom de Fleury n’est pas inscrit sur la colonne de Juillet, place de la Bastille. Le 24 juillet 1840, les restes de Fleury furent cependant exhumés du terrain situé au cimetière du Père-Lachaise, où ils avaient été placés, puis renfermés avec ceux de quatre-vingt-sept autres victimes dans quatre sarcophages, afin d’être transférés dans le caveau prévu à cet effet sous la colonne de Juillet, construite place de la Bastille, pour honorer la mémoire de tous ceux qui moururent en combattant pour les libertés publiques. Il demeurait à Vire (Calvados) en 1822 ; 70, rue de la Mortellerie en 1830 ; sa veuve, même adresse en 1831. Histoire populaire de la révolution de juillet, récit des combats qui eurent lieu sous le commandement du colonel Marchal pendant les trois journées, Marchal, Colonel, impr. de Mme de Lacombe (Paris), 1834, p. 60-61, 86-87 ; Deuxième état de distribution des secours patriotiques versés au Constitutionnel ; Troisième et dernier état de distribution des secours patriotiques versés au Constitutionnel ; Compte-rendu des travaux de la Commission de la souscription nationale en faveur des veuves, orphelins et blessés de juillet 1830, liste nominative des cas exceptionnels de veuves auxquelles il a été accordé des inscriptions de rentes du IXe arrondissement lu et approuvé à la séance générale du 11 juillet 1832, Paris, Imprimerie de Crapelet, rue de Vaugirard, n° 9, novembre 1832, p. 107 (sous le nom et prénoms de veuve Fleury, née Houssard, Florence, Angélique) ; Archives nationales F/1dIII/36, Commission des récompenses nationales, état des sommes payées depuis le 10 mars jusques et y compris le 31 mai 1831 aux veuves du (ancien) IXe arrondissement de Paris et état des sommes payées aux orphelins pour le compte de cette commission, du 8 octobre 1830 au 31 août 1831 par la mairie du (ancien) IXe arrondissement et par la caisse municipale pendant le mois de novembre comprenant les arrérages à partir du 1er août 1831, dossier indemnitaires classés et non classés et état des sommes payées en dépenses diverses pour le compte de cette commission, du 8 octobre 1830 au 31 octobre 1831 par la mairie du (ancien) IXe arrondissement (l’apostille suivante est inscrite en face de son nom : Avait été considérée comme veuve mais elle a été ensuite rejetée pour la pension) ; Archives nationales F/1dIII/38 A, Commission des récompenses nationales, état des sommes payées à la mairie du (ancien) IXe arrondissement jusqu’au 15 mars 1831, aux blessés, non blessés, veuves, orphelins, ascendants et sous-lieutenants, par suite des journées des 27, 28 et 29 juillet 1830 (cité deux fois sur les listes), état de cent cinquante demandes formées en vertu des articles 1er, 2e, 3e, 4e et 11e, de la loi du 13 décembre 1830 et reconnues non fondées ; Archives nationales F/1dIII/55 ; Archives nationales F/1dIII/82 Compte rendu des travaux de la Commission de la souscription nationale en faveur des veuves, orphelins et blessés de juillet 1830, lu et approuvé à la séance générale du 11 juillet 1832, liste nominative des veuves, orphelins, ascendants et blessés auxquels il a été accordé des inscriptions de rentes, (ancien) IXe arrondissement, cas exceptionnels de veuves (sous le nom et prénoms de veuve Fleury, née Houssard, Florence, Angélique) ; Archives de la préfecture de police AA 420.

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