Floriot, Pierre, Nicolas, Marie

Biographie


Avocat reçu le 19 août 1822. La Gazette des tribunaux, des 26, 27, 28, 29, 30, 31 juillet et 1er août 1830 rapportait les faits suivants sur sa participation aux combats : « Parmi les combattants, de toutes les conditions se trouvait une foule d’avocats, les uns armés de fusils, les autres de sabres ou de pistolets, et leur présence attestait assez qu’en France, tout citoyen est soldat, quand il s’agit de défendre les libertés publiques. Je voudrais pourvoir nommer ici tous ceux qu’on a rencontrés dans les rassemblements, et qui, par leur courage, par leur activité, par l’énergie de leurs exhortations ont puissamment concouru, soit à remporter la victoire, soit à empêcher qu’elle fût souillée d’aucun excès. Ma mémoire ne saurait y suffire ; mais dès présent je puis citer les noms de […] M. Floriot. » Le 30 août 1831, il adressa la lettre suivante à la Commission des Réclamants ([ancien] IXe arrondissement), sise 10, rue Bourg-Labbé puis 6, rue Dalayrac : « Au mois de février 1814, a été chargé spécialement de la levée en masse d’une partie du département des Vosges et de la Haute-Marne d’après les ordres du général Allix. Pendant quarante-cinq jours, toute communication a été interceptée entre les Alliés stationnés sur le Rhin et leur armée de Champagne. Le 3 mars, à la tête de ses partisans, il a enlevé près de Bourmont, le comte Toltsoi, ministre de la Guerre de Russie et plusieurs autres personnages importants et les a fait transférer au quartier général de l’Empereur à Saint-Dizier, avec tous leurs papiers, parmi lesquels se trouvait une copie du traité de l’honneur, copie bien précieuse à cette époque. Ces faits sont à la connaissance de tous les habitants des Vosges. Le 27 mars, à la tête d’une poignée de braves, il a attaqué la garnison bavaroise de Neufchâteau, composée d’environ deux mille hommes et, après un combat sanglant, la repoussa jusqu’à Epinal. Le 28, il a fait enlever le magasin de Bonnot, Sancourt, et a poussé des reconnaissances jusqu’à Chaumont. Le même jour, près du bois d’Illoud, tombé sous une embuscade russe, il a, avec un seul homme, attaqué ce poste, composé de douze hommes, en a mis sept en fuite et pris cinq prisonniers. Le 17 mars 1815, le premier, dans la ville de Mirecourt (Vosges), il a arboré la cocarde tricolore et arraché le drapeau blanc arboré sur la tour de l’église. Arrêté par la gendarmerie après un complot et avec l’officier qui le commandait, il s’est échappé et a organisé un bataillon qui devait se porter au-devant de Napoléon. Chargé par le préfet provisoire des Vosges d’organiser la garde nationale, il a, avec le sous-préfet provisoire de Mirecourt, organisé trois bataillons, dans l’espace de quatre jours, qui ont été dirigés sur l’armée de la Moselle. Il est parti comme capitaine de grenadiers dans un de ces bataillons. Chargé en second du commandement de Fort Moselle, il s’est refusé, malgré les ordres supérieurs, d’arborer le drapeau blanc, qui ne l’a été que le 29 juillet. Après le licenciement du 4e bataillon, il a traversé avec ses hommes l’armée russe, portant à son shako, ainsi que ses grenadiers, la cocarde tricolore. Il leur a fait rendre les honneurs militaires aux couleurs nationales et au drapeau par la garnison russe de Pont-à-Mousson et Dieulouard. Le drapeau a été conservé ensuite par lui et M. Pierson, maire de Mirecourt, jusqu’à aujourd’hui. Le général Miollis, gouverneur de Metz en 1815, avait demandé pour lui la croix d’honneur ; cette demande est restée sans effet. Le 28 mars 1814, à Eclaron près de Wassy, le prince Berthier l’avait également annoté de sa main pour la décoration. Il fournira la preuve de tous ces faits si on l’exige. Journées de juillet 1830. Le 27 juillet à 10 heures du matin, il s’est concerté avec M. Sollègue, imprimeur, pour organiser les ouvriers imprimeurs. A 11 heures, le même jour, il a rencontré le docteur Coudret. Il l’a engagé à l’imiter, en soulevant les masses du quartier de la Cité. A 6 heures, le même jour, il s’est précipité au-devant du colonel du 50e de ligne, qui sortait de la caserne du faubourg Poissonnière avec son régiment et l’a conjuré de ne point tirer sur le peuple et de faire cause commune avec lui. Ce brave militaire lui a serré la main en signe d’adhésion. Il l’a accompagné jusqu’au boulevard Bonne-Nouvelle, où le corps s’est mis en bataille. Le 28 à 9 heures du matin, accompagné seulement de trois hommes, il a fait feu sur une patrouille de gendarmerie qui traversait le pont au Change ; un homme de part et d’autre ont été blessés. A 11 heures sur le quai aux Fleurs, il a essuyé le feu d’une compagnie de Suisses. Un jeune homme, monté sur une borne à côté de lui, a été tué. Traversant à la hâte le pont d’Arcole, il a été prévenir les citoyens qui se trouvaient à l’Hôtel de ville de se mettre en défense et a fait le coup de feu au coin de la rue du Mouton, jusqu’à 1 heure. Repassant par la rue de la Mortellerie et le pont de la Tournelle, il arrivé sur le quai de la Cité sur les 2 heures. Apercevant le 3e bataillon du 15e léger qui venait de se mettre en bataille sur le quai aux Fleurs, il courut au commandant et l’engagea à rester neutre, ce qui eut lieu. Depuis cette heure jusqu'au soir, il a constamment été au feu sur la rive gauche de la Seine. Une fonderie de balles a été établie par ses soins dans une des petites rues de la Cité. Pour l’alimenter, on a enlevé le plomb qui couvrait les baraques des receveurs du pont d’Arcole. A 4 heures, sur la place du Châtelet, il a fait prisonnier deux cuirassiers qui ont été conduits au palais de justice. A 1 heure du matin, le 29 il a fait élever les grandes barricades de la Cité, des quais de la Cité et des Fleurs. Ces ouvrages (il peut le dire sans vanité) pourraient servir de modèles aux ouvrages de défense du même genre. A 3 heures, il a fait enlever les blessés et les morts qui se trouvaient sous le pont d’Arcole, les quais et la place de Grève. Les cadavres ont été mis par ses soins sous une arche du pont Notre-Dame. Entré à l’Hôtel de ville à 6 heures. A 9 heures, il a organisé une colonne d’attaque, qu’il a dirigée sur le Louvre. Il s’est établi en tirailleur près du bateau de la Syrenne et est entré au Louvre, qu’il a quitté pour revenir à l’Hôtel de ville, où son service l’appelait. Chargé par le colonel Zimmer de l’organisation des colonnes mobiles du commandement supérieur de l’île de la Cité, de la défense des barricades Charenton, Bercy et Vincennes, il a rempli beaucoup de missions importantes. Le soussigné ne demande aucune récompense que la croix des braves. Il croit l’avoir méritée. Ce ne serait, au surplus, qu’une confirmation des promesses qui lui ont été faites en 1814 et en 1815. » Il joignait à sa demande un extrait, qu’il avait recopié, d’un ouvrage intitulé Les Braves recommandés à la postérité, publié dans les premiers jours d’août 1830 (pas trouvé sur internet) : « Toutes les classes de citoyens se sont distinguées dans les trois immortelles journées de Juillet. Le barreau, peu familiarisé avec l’art de la guerre, a fourni ses héros. Parmi les avocats qui se sont distingués, la notoriété publique signale MM. Guinard et Boinvilliers à l’attaque du Louvre, Joffrès à la caserne de Babylone, Petitjean, qui, le premier, a arboré le drapeau tricolore sur les tours Notre-Dame, Floriot au pont d’Arcole et à la Grève, Delair à la place de la Bourse et plusieurs autres dont les noms nous échappent et qui feront l’objet de notices supplémentaires. » Il joignait de même une copie de la lettre qu’avait envoyée à son sujet, Lafayette, le 12 août 1830 au ministre de la Guerre : « Parmi les braves qui se sont signalés le plus particulièrement pendant les grandes journées, je dois vous recommander d’une manière toute particulière M. Floriot, capitaine, aide de camp attaché à mon état-major. Distingué à toutes les époques de sa vie par son ardent patriotisme, cet estimable citoyen est digne d’une récompense. Je demande pour lui la décoration de la Légion d’honneur, qu’on lui avait déjà promise. Elle ne peut être mieux placée que sur sa poitrine. » Il joignait enfin plusieurs certificats. Le premier, signé de Zimmer, chef de l’état-major de la garde nationale de Paris, en date du 30 juillet 1830 : « Il est ordonné à M. Floriot, officier de la garde nationale, de se rendre avec cinquante hommes à la grande Force pour y maintenir l’ordre. » Le deuxième, signé du même en date du 31 juillet 1830 : « M. Floriot est attaché à l’état-major de la garde nationale et chargé spécialement de l’organisation de l’île de la Cité et des moyens de défense de cette partie de la capitale. » Le troisième, signé du même en date du 31 juillet 1830 : « M. Floriot officier de la garde nationale est chargé de se rendre sur-le-champ aux barrières de Bercy, Reuilly et Charenton pour examiner les travaux de défense et faire tout ce qu’il jugera convenable pour la sûreté de ces postes. » Le quatrième, signé du même en date du 5 août 1830 : « Je, soussigné, chef de l’état-major de la garde nationale parisienne, certifie que M. Floriot a été attaché à l’état-major de la garde nationale de Paris depuis le 29 juillet dernier, en qualité de secrétaire général, qu’il y a rendu les plus grands services et s’est acquitté avec beaucoup de zèle des diverses missions qui lui ont été confiées, qu’il a fait en outre tout ce qui dépendait de lui pour concourir au rétablissement de l’ordre, que, par son patriotisme, son courage et son exemple, il a concouru fortement, dans les journées des 27, 28 et 29 juillet au renversement du despotisme royal et s’est rendu digne de toute la bienveillance du gouvernement et de l’estime de ses chefs. » Le cinquième, signé du lieutenant-colonel et baron Feisthamel, en date du 6 août 1830 : « Depuis le 30 juillet, où j’ai été employé à l’état-major du général en chef, j’ai été à même d’apprécier le dévouement à la cause nationale de M. Floriot et le zèle qu’il a montré pendant les événements, le rendant digne d’une récompense. » Il fut un de ceux qui signèrent, le 15 mars 1831, le certificat suivant en faveur de Larivé, Claude, Alexandre, Vincent : « Nous, soussignés, certifions à tous qu’il appartiendra que M. Claude, Alexandre, Vincent Larivé, ancien officier ministériel, voltigeur au 3e bataillon de la IXe légion de la garde nationale est un père de famille de bonnes vie et mœurs, qu’il a toujours joui de l’estime de ses concitoyens, qu’il s’est montré constamment par ses opinions libérales l’ennemi de l’arbitraire et du despotisme et que dans les journées de Juillet il a contribué par tous les moyens qui étaient en lui tant au maintien de l’ordre qu’au triomphe de la liberté, qu’enfin il est digne, sous tous les rapports, de la bienveillance du gouvernement. » Il participa à une assemblée générale des décorés de Juillet, au Wauxhall, le 12 juillet 1831, dont le but était de préparer une pétition adressée aux membres de la Chambre des députés, pour faire cesser la distinction faite entre ceux qui avaient été décorés de la Croix de Juillet et ceux qui n’avaient reçu que la médaille de Juillet. Le procès-verbal de cette réunion était ainsi rédigée : « La première partie de la séance est consacrée au rapport des travaux de la commission des réclamants de Juillet. A cette occasion, Me Floriot prononce un discours dicté par les sentiments du plus pur patriotisme, et plein d’une sage modération. Son intention était d’obtenir l’adhésion des décorés de la croix spéciale à d’équitables représentations. M. Capot de Feuillade parle dans le même sens. M. Thourel, prenant aussi la parole, invite tous les hommes de Juillet à établir entre eux des rapports plus intimes, et à ne former qu’une même famille, comme aux jours du danger. Il propose de signer une pétition qui sera présentée à la Chambre des députés. Toute distinction, dit-il, doit cesser entre ceux dont le péril fut le même. Ses intentions pures et patriotiques, bien comprises de l’assemblée, produisent la plus profonde sensation, et excitent les plus vives sympathies. Il se livre ensuite à quelques observations pleines d’intérêt sur le programme public des fêtes des 27, 28 et 29 juillet et sur l’avis affiché par la commission des blessés de Juillet.

»M. Bonnellier prend ensuite la parole pour le même objet. Pendant son improvisation, M. Thourel a rédigé la pétition dont il avait précédemment parlé. Cette pétition, lue dans le plus grand calme, est accueillie par d’unanimes applaudissements ; on la dépose sur le bureau du président, où elle est à l’instant couverte de nombreuses signatures.

»Me Floriot fait la proposition d’offrir une épée d’honneur aux généraux Dubourg et Dufour. L’assemblée vote par acclamation, et l’on arrête qu’à dater de ce jour des listes de souscription sont ouvertes dans les bureaux de la commission des réclamants de Juillet et dans ceux des journaux La Tribune et La Révolution.

»Avant de se séparer, un membre de l’assemblée donne communication du programme des fêtes qu’on se proposait de célébrer le 14 juillet pour l’anniversaire de la prise de la Bastille. Après lecture faite de ce programme, on se sépare dans le plus grand ordre, et en entonnant l’hymne patriotique la Marseillaise. » Le texte de la pétition que la réunion voulait adresser à la Chambre était ainsi conçu : « Lorsque la France s’est levée comme un seul homme pour élever l’étendard de la liberté sur les débris d’un trône, les citoyens n’ont établi entre eux aucune distinction ; tous, ils ont couru aux armes, le même héroïsme les animait, et la même tombe recouvre quatre mille d’entre eux ; et cependant au jour des récompenses, des catégories sont établies, les titres sont égaux, et nous, que l’on voudrait placer sur la première ligne de ceux avec lesquels nous étions confondus dans le danger, nous venons hautement protester contre une telle distinction, et réclamer les honneurs militaires et l’étoile le Juillet pour nos frères jugés dignes de la médaille, et ceux dont les droits auraient été méconnus. Une commission a été établie dans le sein de l’assemblée de ces braves ; nous venons appuyer auprès de la Chambre une réclamation aussi juste, de toute l’autorité des droits qu’on nous a déjà reconnus. Suivent les signatures des décorés de Juillet. » Le 14 décembre 1832, il était mort puisque la bibliothèque de feu Me Floriot, demeurant 27, quai de la Cité était mise en vente par enchères, selon la revue Bibliographie de la France ou Journal général de l’imprimerie et de la librairie, en date du 8 décembre 1832, n° 49, p. 702. Il avait signé, le 19 septembre 1830, un premier certificat en faveur de Baudry, Auguste, Pierre (voir ce nom), et ainsi rédigé : « Je certifie et atteste que M. Baudry est une des premières personnes qui soient entrées à l’Hôtel de ville, le 29 juillet, et, chargé comme secrétaire général de la direction de l’état-major général, M. Baudry s’est montré le plus zélé, le plus courageux et a rendu tous les services qui dépendaient de lui. Cet officier mérite tout ce qu’un homme d’honneur peut mériter. La croix des braves ne saurait être mieux placée que sur sa poitrine, il l’a méritée. » Par la suite, il avait ajouté une apostille à une protestation en faveur de Baudry, Auguste, Pierre, quand celui-ci vit qu’il n’était pas compris dans les listes de décoré de Juillet ; cette apostille était ainsi rédigée : « M. Baudry est un des membres de l’état-major qui ont rendu les plus grands services depuis le 28 juillet. Il y aurait plus que de l’injustice de le priver d’une décoration qu’il a si bien méritée. » Il demeurait 27, quai de la Cité en 1829-1831. La Gazette des tribunaux, 26, 27, 28, 29, 30, 31 juillet et 1er août 1830 ; Tableau dramatique de la justice au XIXe siècle, tome Ier, chez Surcy et Camus, Paris, 1847, p. 236 ; Archives nationales F/1dIII/61 in dossier Larivé, Claude, Alexandre, Vincent ; Archives nationales F/1dIII/69 in dossier Œuf La Loubière ; Archives nationales F/1dIII/88 ; Tableau des avocats à la cour royale de Paris, Paris, chez Mme Veuve Delaguette, imprimeur de l’Ordre des avocats, 22, rue Saint-Merri, 1828, p. 36, 77, 104 ; Indicateur de la cour de France et des départements, Paris, 1829, veuve Demoraine et Boucquin, libraires rue du Petit-Pont, p. 297 ; Almanach royal pour l’an 1830 présenté à Sa Majesté, Paris, chez Guyot et Scribe, 37, rue Neuve-des-Petits-Champs, 1830, p. 387 ; Almanach royal et national pour l’an 1832 présenté à Sa Majesté et aux princes et princesses de la famille royale, Paris, chez Guyot et Scribe, 37, rue Neuve-des-Petits-Champs, 1831, p. 300. Archives de la préfecture de police AA 371 in dossier Baudry, Auguste, Pierre ; Archives de la préfecture de police AA 395 in dossier Joubert, Jean, Robert (dans laquelle ce dernier lui adressait une lettre en tant que président de la Commission des Réclamants) ; Album des décorés de Juillet, contenant les noms des décorés de Juillet, Paris, chez Mie, Prevot et Levavasseur, 1831.

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