Gazon, Henri

Biographie


Le Constitutionnel, en date du 12 août 1830, relatait ainsi sa participation aux événements de juillet 1830 : « M. Henri Gazon, aide courrier de cabinet aux Affaires étrangères, s’est battu courageusement le 28 et le 29. Il a été blessé à la cuisse. » Peut-être en apprend-on un peu plus avec la biographie de son père, né vers 1777, et ancien courrier de cabinet sous l’Empire et la Restauration, pensionné du gouvernement sous la monarchie de Juillet. Il fut dénoncé, en octobre 1835 et à la suite de l’attentat de Fieschi, par son ancien domestique, Blanche Nicolas, comme un agent légitimiste, en correspondance avec Polignac, cachant des papiers importants dans les tiroirs secrets de ses meubles, et détenteur d’armes. Malgré, selon le juge d’instruction, le peu de confiance que paraissait mériter Blanche, incarcéré à La Force pour vol au préjudice de son ancien patron, et qui ne cherchait peut-être qu’à profiter de ses interrogatoires pour tenter une évasion, une enquête fut diligentée. Blanche, Nicolas disait avoir quitté son service « sans avoir reçu de lui aucun paiement de mes gages et […] m’étant sauvé de chez lui en toute hâte dans la crainte de me trouver compromis tant dans les propos injurieux envers la famille royale qu’avec sa correspondance carliste ». Un rapport de police sur Gazon établit les faits suivants : « La conduite privée de cet homme paraît être fort immorale. Il attire, dit-on, chez lui des jeunes filles de quatorze à dix-huit ans, qu’il berce de belles espérances en leur montrant des billets de banque ; il les tient renfermées, les empêche de communiquer avec qui que ce soit et les maltraite au point que l’on assure que la dernière jeune fille par lui séduite, le demoiselle Denepveu, a tenté de se suicider pour échapper à ses mauvais traitements. Elle est présentement à Saint-Lazare, ayant été condamnée pour avoir volé le sieur Gazon. Toute la conduite du sieur Gazon semble établir qu’il s’occupe d’intrigues politiques en faveur de la famille déchue, dont il annonce la prochaine rentrée au pouvoir. Il reçoit chez lui beaucoup de personnes qui, chaque fois qu’elles viennent le voir, changent de nom. Lui-même change assez souvent le sien, se faisant appeler Gramine, Cœur d’acier, Mouton. Il est très réservé et très mystérieux. Sa fortune est en portefeuille il n’a aucune propriété ; il dit qu’il vaut mieux avoir de l’argent qu’une maison, que c’est plus facile à emporter, dans le cas où il lui arriverait quelque affaire qui nécessiterait une prompte fuite. Il voyage presque continuellement, sans qu’on puisse connaître le but de ses voyages. Peu de temps avant l’attentat du 28 juillet, il est allé au Havre, disant à son domestique, le nommé Blanche, Nicolas, qu’il ne voulait pas se trouver à Paris pendant les fêtes de Juillet, parce qu’il arriverait des événements dont il ne voulait pas être témoin et que Louis-Philippe pourrait bien être tué. Il est revenu à Paris le 30 juillet et il a dit à son domestique, Blanche, que la vie sauve du roi lui faisait perdre cent mille francs. […] Le sieur Blanche désigne une fille Anastasie Mongin, demeurant rue des Martyrs, n° 46, comme ayant connaissance d’une soustraction de poignards et autres armes. J’ai vu cette femme qui fait des ménages ; elle m’a dit qu’en effet le jour de l’arrestation de la demoiselle Denepveu, le sieur Gazon a remis à un individu, qu’elle ne connaît pas, deux poignards et d’autres objets formant un volume très petit puisqu’elle n’a pu les voir quoique placés très près d’eux ; elle était loin de penser que ce fussent des armes. » Gazon fut perquisitionné une première fois le 13 septembre 1835 et une deuxième fois le 15 mais cette fois avec l’assistance d’un ébéniste « à l’effet de […] procurer l’ouverture des parties secrètes des meubles qui se trouveraient chez l’inculpé : « Nous avons fait sonder les murs et séparations et visité la structure des meubles […] y compris deux compartiments secrets qui ont été indiqués volontairement et spontanément par le sieur Gazon. Le résultat de nos recherches a été négatif. » Un autre rapport de police établissait : « Il est évident que cet homme […] a des passions vicieuses et impures qui l’ont porté à contracter des arrangements infâmes avec la famille Courtois et la famille Denepveu pour obtenir des jeunes filles, dont l’une la fille Courtois avait moins de seize ans lorsqu’elle lui a été livrée par ses parents, moyennant promesse d’une pension annuelle de quatre cents francs, dont le sieur Gazon a eu l’adresse de faire disparaître le titre après avoir possédé la jeune fille pendant plusieurs mois. Gazon ne sachant écrire avait pris pour confident de ses dégoûtantes intrigues un nommé Chardin, écrivain public près la porte Saint-Denis. Aujourd’hui, Blanche m’ayant assuré qu’il me conduirait dans une maison (dont il ignorait le nom de la rue et le numéro) où Gazon se rendait fréquemment avec mystère pour y traiter d’affaires politiques, j’ai fait extraire ce prévenu, qui m’a fait parcourir pendant une heure et demie les différentes rues qui environnent les boulevards du Temple et Saint-Martin, sans pouvoir obtenir de lui l’indication de la maison dont il m’avait parlée. Enfin, ayant aperçu que ce vieillard astucieux cherchait à s’évader ou seulement à se faire promener en me racontant une foule de détails sur M. Gazon, tous ridicules et étrangers à l’intérêt qui nous occupe, je l’ai fait réintégrer à La Force. […] Malgré le peu de confiance qu’inspire Blanche, j’ai fait mon possible pour trouver l’adresse de la fille Courtois, ancienne maîtresse de Gazon, et je suis parvenu à trouver cette jeune et très jolie fille, rue Saint-Lazare, n° 15. Elle m’a confirmé les penchants vicieux de Gazon et, sans pouvoir spécifier les faits ni indiquer les personnes qui le faisaient agir, elle m’a assuré que son ancien amant était réellement un agent actif de la famille déchue, qui l’avait enrichi, qu’il faisait des courses et des voyages fréquents, surtout aux époques où il y avait des troubles à Paris. Elle m’a surtout indiqué une comtesse de Lavillette, qui habite dans le faubourg Saint-Germain chez laquelle Gazon allait fréquemment pour prendre des ordres. Enfin la jeune Courtois m’a dit, ainsi que son père, que Gazon promettait des places à tous ses amis sitôt qu’on serait parvenu à rétablir le trône de ses anciens maîtres, qu’il continuait à servir disait-il, malgré l’uniforme de garde national à cheval, qu’il avait endossé seulement pour espionner sans danger et afin de conserver une pension de six cents francs que le roi Louis-Philippe lui avait accordée. Il résulte de mon investigation que Gazon possède une fortune d’environ cinquante mille francs, est adonné aux vices les plus honteux et est devenu audacieux par les fréquentations des anciens courtisans de Charles X. » Les déclarations de Blanche contenaient, entre autres les faits suivants : « [Gazon] me fit l’aveu qu’il avait eu un fils qui avait pris part aux barricades de juillet 1830 et que, son fils étant contraire à son opinion, il l’avait attendu un soir fort avant dans la nuit et qu’alors il avait profité du moment où tout le monde dormait pour le terrasser parterre et qu’après lui avoir porté plusieurs coups mortels il l’avait fait conduire dans un hospice où il était décédé. […] La demoiselle Dunepveu avait été trouvée par lui évanouie sur le plancher de sa chambre et que cette demoiselle avait essayé de se détruire avec un pistolet, qui n’avait pas pris feu. Cette demoiselle me disait, quelques jours auparavant, qu’elle se jetterait à l’eau plutôt que de vivre avec un tel monstre qui à tout moment menaçait de la tuer et de se tuer ensuite. Cette demoiselle ne cessait de verser des larmes de repentir et ne cessait de dire “Ma pauvre mère mourra de chagrin ou deviendra folle vu sa maladie.” Ce monstre a séduit la mère et la fille par la promesse d’un mariage qui devait, disait-il, se conclure de suite et la promesse d’un bien considérable qui devait être passé sur la tête de la demoiselle Dunepveu. Il se disait riche de deux à trois cent mille francs. Avec ses mensonges, il a troublé la paix et le bonheur dont jouissait cette respectable famille, qui vivait honnêtement de son revenu et de la considération de tous les honnêtes gens. » Gazon demeurait 42, rue de Bondy ; 46, rue des Martyrs au 3e étage au fond de la cour en 1835, ensuite 14 à 15 rue des Petits-Hôtels. Le Constitutionnel, 12 août 1830 ; Archives nationales CC 684 d141, 149 ; Archives nationales CC 692 3e liasse p. 39.

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