Genotte, Adolphe
Biographie
Elève du graveur Tardieu, Pierre, Antoine. Dans le récit que fit Tardieu, Pierre, Antoine de sa propre participation aux combats, on trouve les indications suivantes concernant Genotte : « […] Le jeudi 29, je sortis à 7 heures du matin pour faire quelques provisions de vivres, craignant que l’on en manquât si la guerre civile se prolongeait. Je rentrais à 9 heures, lorsque je vis la place de l’Estrapade couverte d’ouvriers, qui sommaient les gardes royaux de rendre leurs armes. Sur mille personnes, il y en avait tout au plus deux cents d’armées, commandées par un élève de l’Ecole polytechnique. Après divers pourparlers les soldats passèrent leurs armes aux assaillants par les croisées et enfin ouvrirent la porte. Cette caserne était le dépôt du 1er régiment de la garde, le peuple prit les fusils, sabres et gibernes et respecta tous les effets d’habillement. Libre de l’inquiétude que m’avait donné ce voisinage, je revêtis mon habit de garde national, pris mon fusil et ma giberne, pleine de cartouches, et sortis avec un de mes élèves, le jeune Adolphe Genotte, armé d’un fusil qu’il avait pris dans la caserne. Nous passâmes sur le Pont-Neuf, les balles des Suisses du Louvre sifflaient sur le pont. Des bourgeois, embusqués derrière le château d’eau du quai, ripostaient. Je voulus me joindre à eux mais beaucoup de personnes me dirent de me rendre à la place de la Bourse, où l’on voulait rassembler une grande force. J’y fus. Il était, je crois, 11 heures. On se forma en une grande colonne, qui, par la rue du Mail, arriva à la place des Victoires. Ce fut là que je vis le général Dubourg, à cheval, coiffé d’un petit chapeau à la Napoléon. Un élève de l’Ecole polytechnique lui servait d’aide de camp. Un étudiant lut une proclamation, à la fin de laquelle on disait que Raguse avait été tué. On resta assez longtemps sur la place des Victoires. Enfin, la colonne se mit en marche par les rues Croix-des-Petits-Champs, Coquillière et des Prouvaires. Le général Dubourg était entouré d’une douzaine de gardes nationaux en uniforme. Plusieurs fois, je pris son cheval par la bride, pour le faire passer par-dessus les pavés des barricades. Je sus alors que l’on allait à l’Hôtel de ville installer un gouvernement provisoire. Comme nous passions vers la rue des Fossés-Saint-Germain-l’Auxerrois, ayant entendu crier On entre dans le Louvre ! nous quittâmes plusieurs et prîmes cette rue au bout de laquelle était une forte barricade. La grande porte du Louvre venait d’être ouverte et nous entrâmes aux cris de Vive la république ! répétés par tous ceux qui étaient là et guidés par un homme qui portait l’habit rouge d’un Suisse au bout d’une baïonnette, en guise d’étendard. On tirait dans les appartements. Je demandai à ceux qui parurent aux fenêtres s’il fallait monter, ils répondirent que non, que cela était fini, qu’il fallait courir aux Tuileries. J’entrai alors sous le vestibule du côté du Muséum. Il y avait là trois cadavres étendus, que des hommes enlevèrent presque aussitôt sur une grande brouette de maçon. L’un de ces martyrs était revêtu d’une redingote bleue fort propre et assis, le corps appuyé sur une colonne, la figure couverte de son mouchoir ensanglanté. J’estime qu’il était entre midi et 1 heure car on ne pensait pas à regarder sa montre. Il y avait environ cent personnes sous le vestibule et une quarantaine d’autres étaient déjà sorties, se glissant le long des planches de la rue du Carrousel. Les Suisses, qui venaient d’évacuer le Louvre, étaient au bout de la rue, tirant sur nous. A l’instant où nous sortions, mon élève et moi, j’aperçus mon frère, Ambroise Tardieu, qui sortait aussi. Nous nous dîmes quelques mots, ce qui fit que mon jeune homme prît l’avance sur nous. Mon frère se mit à courir du côté des Tuileries, je le suivais et nous avions à peine fait trente pas au milieu de la rue, lorsque je me retournai pour voir si nous étions nombreux. Comme nous n’étions qu’une douzaine ensemble, j’élevai mon chapeau à trois cornes dans ma main, en criant à ceux qui étaient restés dans le vestibule En avant, sortez donc, en avant ! Presque aussitôt, je me sentis blessé au pubis et vis le sang couler sur mon pantalon. Mon frère étant à quelques pas devant moi, ne s’aperçut pas que j’étais blessé […]. » Archives de Paris VK3 53 in dossier Tardieu, Pierre, Antoine.