Gérard, Maurice, Etienne, comte de
Biographie
Né le 4 avril 1773 à Damvillers (Meuse). Il s’engage en 1792 dans un bataillon de volontaires de son département, et est fait officier à la bataille de Fleurus. Il passe ensuite dans la 36e demi-brigade de ligne, devient aide de camp du général Bernadotte, puis chef de son état-major. Fait général de brigade en 1806, à l’issue de la campagne de Prusse, il se distingue au cours de la campagne de 1809, puis en Espagne et au Portugal en 1810 et 1811. Dans la campagne de Russie de 1812, il commande une brigade de la division Gudin, puis remplace ce général à sa mort, et est fait général de division. Il se distingue encore aux batailles de Valoutina, de la Moskowa, de Bautzen et de Leipzig, et dans tout le cours de la campagne de France de 1814. En 1815, il est fait chef de l’armée de la Moselle, qui devient 4e corps de l’armée du Nord, et est à ce titre détaché, avec le 3e corps de Vandamme, à la poursuite de l’armée prussienne sous les ordres du maréchal Grouchy. L’altercation qui l’opposa à ce dernier, à qui il conseilla d’une façon vive de marcher au canon, est un des épisodes célèbres de la campagne de 1815. Proscrit après la bataille de Waterloo, il se retire en Belgique et ne rentre en France qu’en 1817. Député en 1822. Dans ses Mémoires, le baron de Vitrolles fait allusion à une entrevue qu’il eut, le 26 juillet, avec le docteur Thiébaut, envoyé auprès de lui par le général, pour tenter d’obtenir un apaisement des esprits, quand tout semblait faire craindre des troubles qu’on ne pourrait plus contrôler. Il relate ainsi l’entrevue : « Quoi qu’il en soit, me dit-il, je viens vous voir de la part de M. le général Gérard ; il est bien décidé à ne prendre aucune part au mouvement, à moins que ce ne soit pour maintenir l’ordre et la discipline dans les troupes qui tourneraient à la cause du peuple ; le général et les représentants de la presse ne voudraient pas pousser les choses à l’extrême. Ils désireraient que le Roi leur donnât l’occasion d’arrêter l’insurrection qui menace et dont on ne saurait calculer les résultats, si on n’y apporte pas remède. Qu’on obtienne du Roi quelque satisfaction à cette opinion soulevée, on est disposé à faire toutes les soumissions qui justifieraient ces concessions royales. Mais, pour y parvenir, on ne veut point s’adresser aux ministres en butte à l’irritation des esprits, et le général Gérard a pensé que vous étiez placé mieux que tout autre dans la confiance du Roi pour obtenir des déterminations qui suffiraient à ramener le calme. » Sur le refus de Vitrolles d’intercéder, ne croyant pas la monarchie encore réduite « à traiter avec une populace ameutée, dont le droit et la force auraient raison », « le docteur Thiébaut insista au nom de l’intérêt public ; il se portait garant des bonnes et loyales intentions du général Gérard ; il disait qu’on pourrait tout pacifier en s’entendant avec lui, et que, sans cela, on ne saurait prévoir où les choses pourraient aller ». « On a vu dans les deux journées précédentes le peuple combattre sans chef, sans direction, et cependant avec un ordre admirable. Cependant, le 29 au matin, quelques bons citoyens sentirent la nécessité de lui donner quelques chefs habiles. Le rédacteur gérant du Constitutionnel, M. Evariste Dumoulin, se rend chez le brave général Dubourg et lui expose la nécessité de se mettre à la tête du peuple. Quoique mutilé par les campagnes, le général Dubourg accepte ; il publie une proclamation ; et, se mettant à la tête de nombreuses colonnes, s’empare de la place de la Bourse. Un général plus illustre encore se décide à seconder les efforts de la Nation ; le général Gérard prend le commandement des nombreux détachements qui se dirigent vers le Louvre et les Tuileries. » Coyère, Alphonse, Guillaume (voir ce nom), dans l’exposé qu’il faisait de sa propre participation aux combats de Juillet nous laisse l’indication suivante sur le moment d’apparition de Gérard aux combats : « [Le 29] A 10 heures du matin, lorsque M. le général Gérard, aujourd’hui maréchal de France, et du renfort nous arrivèrent de toutes parts et notamment par le pont des Arts, c’étaient des élèves de l’Ecole polytechnique, qui avaient à leur tête le brave Joubert portant le drapeau tricolore qu’il alla planter sur la colonnade du Louvre. » Il fut fait maréchal de France. Buchoz-Hilton (par ailleurs très peu recommandable, voir sa bio !) eut ce commentaire cruel sur sa conduite en 1830 : « Chacun sait que ce grand homme fut comme une éclipse de lune par un temps de brouillard, invisible à Paris pendant les deux premières, les plus sanglantes journées, et nécessairement les plus hasardeuses, et que ce ne fut qu’au jour du triomphe populaire qu’il donna signe de vie et fit acte d’approbation. Quelques jours après, il profita de sa position de commissaire provisoire du ministère de la Guerre, pour s’adjuger modestement le bâton de maréchal. Napoléon, il est vrai, l’avait destiné à cette haute distinction militaire, mais on trouva, avec raison, de fort mauvais goût, que ce fût lui, Gérard, et non le peuple, qui se rendit l’exécuteur des volontés du grand homme, envers la mémoire duquel il s’est montré presque aussi ingrat que le vieil apostat Jean de Dieu Soult. » Dans le certificat délivré en faveur de Cambournac, Jean, il est dit sur lui, après les combats du 28 juillet sur la place de la Bourse : « C’est sur cette dernière place que le maréchal Gérard, témoin de la belle conduite des citoyens, se fit connaître et promit de se mettre à leur tête. » Alexandre Dumas fut un des tout premiers combattants de la révolution de Juillet. Il en laissa un récit impartial et bien renseigné. Nous empruntons à ses Mémoires, son témoignage concernant Gérard : « Les cinq députés s’étaient rendus à l’état-major de la place, où se tenait le maréchal : C’étaient MM. Laffitte, Casimir Perier, Mauguin, Lobau et Gérard. Ils avaient été introduits chez Marmont, y avaient trouvé François Arago, qui les y avait précédés dans le même but ; mais ils n’avaient rien obtenu, ni les uns ni les autres. Pendant qu’ils étaient chez le maréchal, on avait apporté, dans le salon voisin de celui où se tenait la conférence, un lancier dont la poitrine était horriblement déchirée d’un coup de feu. On ignorait d’abord avec quel projectile la blessure avait pu être faite ; le chirurgien croyait que c’était avec du plomb à lièvre. C’était avec des caractères d’imprimerie ! Les hommes dont on brisait les presses se vengeaient. C’est là un détail ; mais ce détail indique comment chacun, à défaut des armes ordinaires, se faisait une arme de ce qu’il trouvait sous sa main. Les nouvelles, comme on le voit, n’étaient pas mauvaises, mais n’offraient encore rien de décisif. Oui, le peuple, la bourgeoisie, la jeunesse s’étaient jetés ardemment dans l’insurrection ; mais la finance, mais les hauts grades de l’armée, mais l’aristocratie restaient en arrière. On avait bien vu M. Dumoulin (voir ce nom), avec son grand sabre et son chapeau à plumes, haranguant dans la rue Montmartre, on avait bien vu le colonel Dufays (voir Dufaÿ, Guillaume, Michel), habillé en homme du peuple, un mouchoir autour de la tête, poussant à l’insurrection ; – mais M. de Rémusat avait toujours la fièvre dans les bureaux du Globe ; mais M. Thiers et M. Mignet étaient à Montmorency, chez madame de Courchamp ; mais M. Cousin parlait du drapeau blanc comme du seul drapeau qui pût sauver la France ; mais M. Charles Dupin, rencontrant Etienne Arago sous un des pavillons de l’Institut, s’était écrié les larmes aux yeux, en le voyant un fusil à la main : “Oh ! monsieur, est-ce donc là votre place ?” ; mais M. Dubois, rédacteur en chef du Globe, avait abandonné sa rédaction ; mais M. Sebastiani s’écriait qu’il fallait rester dans l’ordre légal ; mais M. Alexandre de Girardin proclamait que ce qui convenait le mieux à la France, c’étaient les Bourbons sans les ultras ; mais Carrel condamnait tout haut la folie de ces bourgeois qui s’attaquaient à des militaires ; mais, enfin, quand le peuple, quand la bourgeoisie, quand la jeunesse des écoles versait son sang à flots, et sans le mesurer, M. Laffitte, M. Mauguin, M. Casimir Perier, M. Lobau et M. Gérard se contentaient de faire, près de l’homme qui mitraillait Paris, une démarche de conciliation ! […Le 29 juillet après la victoire] Cette députation avait pris au sérieux les placards et la proclamation de Taschereau ; elle venait prier les généraux La Fayette et Gérard d’entrer en fonctions. Le général Gérard, qui ne faisait que d’arriver, éluda la proposition. Gérard rêvait d’être, avec M. de Mortemart, ministre de Charles X, et non d’être membre d’un gouvernement provisoire révolutionnaire. […] A peine La Fayette avait-il quitté le salon pour prendre la dictature de Paris, que l’on s’était épouvanté de laisser vingt-quatre heures à la tête des affaires le héros du champ de la fédération, et que l’on s’occupait de trouver un moyen efficace pour contrebalancer sa puissance. On nomma le général Gérard directeur des opérations actives ; – c’était une fonction inconnue et inventée pour la circonstance ; il devait être appuyé d’une commission municipale composée de MM. Casimir Perier, Laffitte, Ogier, Lobau, Audry de Puyraveau et Mauguin. […Le 29, longtemps après la prise du Louvre] A cinq heures, le général Gérard daigna se montrer à la foule. Il avait encore la cocarde blanche à son chapeau. Cette cocarde excita des murmures, et force fut au général de l’ôter ; mais aucune instance ne put le déterminer à mettre la cocarde tricolore. » Il fut décoré de la Croix de Juillet auprès de la mairie du (ancien) IIIe arrondissement. Il prêta pourtant son serment de décoré de Juillet, à la mairie du (ancien) Ier arrondissement. Ce serment était ainsi libellé : « Je jure fidélité au roi des Français, obéissance à la charte constitutionnelle et aux lois du royaume. » Il est à la tête de l’armée française qui intervient en Belgique en 1831. Fait pair de France et sénateur en 1852, il meurt la même année. Nous empruntons au Nouveau Dictionnaire des girouettes la notice biographique qui lui est consacrée et ainsi rédigée : « Il gagné tous ses grades sur les champs de bataille, excepté le dernier. Parti comme volontaire, en 1791 ; combattant à Fleurus ; capitaine au passage de la Roèr ; protégeant le drapeau tricolore qui flotte sur l'hôtel de l'ambassadeur Bernadotte, à Vienne ; colonel ; commandant de la Légion d'honneur, à Austerlitz ; général de brigade, chef d'état-major de Bernadotte ; général de division, faisant des prodiges dans la campagne de Russie ; nommé par Napoléon baron, comte, grand-officier de la Légion d’honneur, et, par Louis XVIII, grand cordon de la même Légion (le 29 juillet 1814) chevalier de l'ordre royal et militaire de Saint-Louis, et inspecteur-général d'infanterie.
»Il remplissait cette dernière mission, quand Napoléon revint de l'île d'Elbe. Il fut créé pair de France, le 4 juin 1815 et se couvrit de gloire à Waterloo. Quoique grièvement blessé, il voulut partager le sort de l'armée, et se fit transporter au-delà de la Loire. Ce fut lui qui, avec les généraux Haxo et Valmy, porta aux Bourbons la soumission entière et absolue de cette armée. (Moniteur du 14 juillet.) Les ministres de la Guerre et de la Police le prièrent de voyager quelque temps hors du royaume. Il obéit. Rentré en France dès l'année 1817, il se retira dans sa terre de Villers-Creil, département de l'Oise.
»Nommé membre de la Chambre des Députés, en 1822, 1823, 1827 et 1830, il s'était d'abord rangé parmi les défenseurs de nos libertés nationales ; mais, depuis juillet, le juste milieu l'a pris à sa remorque, et il paraît avoir renoncé pour toujours à cette spontanéité, à cette indépendance de caractère qui lui ont si bien réussi à la guerre.
»Il n'est pas une seule des mille victimes de la légitimité pour qui la révolution de Juillet ait eu des réparations aussi promptes. Sur le rocher de Sainte-Hélène Napoléon l'avait désigné comme un de ses futurs maréchaux. La quasi-légitimité s'est hâté d'accomplir le vœu testamentaire du grand homme.
»Qu'avait-il donc fait dans les trois journées ? Comme MM. Mouton et Sébastiani, il fut durement taxé d'inaction, le 28, par les patriotes, et il ne consentit à prendre le commandement de la garnison, le 29, que quand le peuple eut triomphé et que des régiments se furent rendus.
»Du 1er août au mois d'octobre, il a été ministre de la Guerre. Sa main a paru faible. II s'appuyait sur M. Gentil-Saint-Alphonse, qui ne voyait pas comme lui. A l'exemple de Dupont de l'Eure il faut dire, cependant qu'il n'accepta point les 25 mille francs de premier établissement, et qu'il ne voulut pas cumuler les traitements de maréchal et de ministre.
»Pair de Napoléon, M. Gérard aspire à la pairie de Louis-Philippe ; il est si bien avec le roi !... et lui, si ferme contre la mitraille et les boulets, se montre si sensible à une poignée de main, à un coup-d’œil, à un mot ! Va donc pour la pairie ! ! ! »
Il demeurait 12, rue Neuve-de-Berry en 1831. Mémoires du citoyen Buchoz-Hilton pour servir à l’édification et à l’instruction des niais qui ont la manie de sacrifier leur fortune, leur santé, leur repos, en pure perte, sur l’autel de la Patrie, parus vers 1849, à Paris, chez l’auteur 3, rue de Richelieu ; Evénements de Paris des 26, 27, 28 et 29 juillet 1830, par plusieurs témoins oculaires, Paris, imprimerie et fonderie de Fain, 1830 ; Mes Mémoires, Alexandre Dumas, tome VI, cinquième série, nouvelle édition, Paris, Lévy frères, 1867 ; Mémoires et Relations politiques du baron de Vitrolles, baron de Vitrolles, Paris, Charpentier, 1884, tome II, p. 271 ; Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la Croix de Juillet, instituée par la loi du 13 décembre 1830 sur les récompenses nationales, Bulletin des lois, 2e partie, ordonnances, n° 104 bis ; Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la Croix de Juillet, instituée par la loi du 13 décembre 1830, sur les récompenses nationales, Le Moniteur universel, 2 mai 1831 ; Archives de Paris VD6 277 in dossier Cambournac, Jean ; Archives de Paris VK3 27 Mairie du (ancien) Ier arrondissement, décorations de Juillet, registre et certificat de prestation de serment ; Archives de Paris VK3 42 in dossier Coyère, Alphonse, Guillaume ; Archives nationales F/1dIII/39 Commission des récompenses nationales, noms des citoyens qui ont mérité la décoration spéciale, (ancien) IIIe arrondissement ; Nouveau Dictionnaire des girouettes, Nos grands hommes peints par eux-mêmes, pairs, hommes d’Etat, hommes de lettres, généraux, évêques, chansonniers, préfets, journalistes, statuaires, ministres, députés, ambassadeurs, vaudevillistes, etc., par une girouette inamovible, à Paris, Lerosey, libraire, Palais-Royal, 1831, p. 384-386 ; Source internet www.1789-1815.com.