Gérard, Théodore, Jean-Baptiste
Biographie
Né le 4 septembre 1809 à Clermont (Meuse). Confiseur. Il déposa un dossier devant la Commission des récompenses nationales instituée après la Révolution de Février, et qui nous donne quelques indications sur sa participation à la révolution de Juillet. Il était en effet porteur de plusieurs certificats. Le premier certificat, ainsi rédigé : « Je, soussigné, docteur en médecine de la faculté de Paris, membre titulaire de la Société de médecine pratique et du Cercle médical de Paris, certifie avoir donné des soins au sieur Gérard, Jean-Baptiste, Théodore, âgé de vingt ans, blessé à la main droite, vis-à-vis l’articulation méta-carpa-phalangienne du doigt annulaire, le 29 juillet 1830, en prenant part à la prise de la caserne Babylone. » Signé : Berthelot (voir Berthelot, Jacques, Martin). Le deuxième, une lettre du général et comte Danthouard adressée au général Fabvier, président de la Commission des récompenses nationales, et ainsi rédigée : « Je vous adresse un jeune Lorrain, Gérard, qui a figuré dans les journées de Juillet. Il était à la prise de la caserne Babylone et à la porte Saint-Martin. Il a fourni les certificats nécessaires pour la récompense nationale (décoration). Il se trouve un Gérard sur la liste, mais la moitié des prénoms n’est pas conforme. Mon réclamant s’intitule Théodore, Jean-Baptiste ; la liste porte Théodore, François. Y a-t-il un autre Gérard ou erreur dans les prénoms ? Je viens d’amitié réclamer votre obligeance pour faire vérifier les titres et je profite de cette circonstance pour vous renouveler mes sentiments de pays et de camarade. » Signé Danthouard. Il expliquait sur ses différents certificats et titres : « C’est le comte Danthouard qui avait eu l’obligeance de me mettre l’apostille à mes titres et réclamations de Juillet. J’en avais de plus beaux que ceux-ci des élèves de l’Ecole polytechnique avec lesquels j’étais à la caserne Babylone ; je suis contrarié de ne pouvoir les reproduire, ils ont été égarés au comité, ainsi que mon brevet de décoré, de sorte que j’ai été mis sur la liste et je n’ai pas le droit de porter la décoration. J’ai réclamé mais mes démarches ont toujours été infructueuses. On a promis de s’occuper de moi, c’est tout. » Les autres certificats établissaient sa participation aux combats de Février. Le premier certificat, ainsi rédigé : « Je, soussigné, certifie que le citoyen Gérard, Théodore, Jean-Baptiste, chasseur dans la VIe légion de la garde nationale de Paris, a, lors des déplorables événements de la soirée du 23 février dernier, fait preuve de courage et d’humanité, en se présentant le premier sous le vestibule de la maison, rue Bourg-Labbé 22, pour secourir les gardes municipaux qui s’y trouvaient à la garde de dépôt d’armes de Lepage. Que, d’un autre côté, il a puissamment contribué, au mépris de nouveaux dangers, à conduire le lieutenant Dupouy jusqu’à une voiture qui devait le mener en lieu de sûreté. » Signé : Bourelly, négociant, rue Bourg-Labbé n° 22, chez qui les soixante municipaux ont déposé les armes ; Dupouy, J. Le deuxième certificat, ainsi rédigé : « Je, soussigné, lieutenant en disponibilité, sortant de l’ex-garde municipale, commandant le détachement de ce corps, préposé à la défense des magasins de Lepage (rue Bourg-Labbé 22), certifie que le citoyen Gérard, Théodore, Jean-Baptiste, chasseur dans la VIe légion, a, le 23 février dernier au soir, par son courage et sa fermeté, contribué grandement à éviter un conflit de ce détachement avec le peuple, à sauvegarder bien des hommes de ce même détachement et à préserver le quartier de graves dommages qui étaient inévitables si le feu avait été mis aux magasins pleins d’armes et d’une certaine quantité de poudre. Pour ma part, je dois de très grandes obligations au citoyen Gérard, qui ne m’a quitté qu’au moment de monter en voiture avec le lieutenant-colonel Corbeau. » Signé : Dupouy, J. Le troisième certificat, ainsi rédigé : « Je certifie que le citoyen Gérard, de la VIe légion, était mon voisin à la prise de la barricade de la Bastille [pendant les événements de juin 1848], au moment où j’ai été blessé, blessure qui m’a fait porter à l’ordre, et qu’il m’a secouru en venant me relever, sous une grêle de balles, qu’il a ensuite offert ses services pour me transporter chez mon oncle, rue Aubry-le-Boucher, et que, pendant le trajet, il n’a pas craint d’ensanglanter sa tunique pour porter mon bras fracassé. Ce n’est pas là un soldat de parade, je ne l’oublierai jamais. » Signé, le 26 juillet 1848 : Martin ; Séjourné ; Doucet ; Laranne sapeurs présents et Gauthier, colonel. Le quatrième certificat, ainsi rédigé : « Je, soussigné, certifie que je me suis transporté sur la barricade du faubourg Saint-Antoine au moment où j’ai appris le déplorable événement qui venait d’arriver à notre digne archevêque, auquel je venais faire un éternel adieu. Là, j’ai trouvé le citoyen Gérard, qui m’a offert bras et protection dans le moment d’un grand danger. Mais, hélas ! je suis rentré chez moi le cœur bien gonflé et je ne puis jamais oublier le service que m’a rendu le citoyen Gérard dans cette douloureuse circonstance. » Signé : abbé Bertin, demeurant 159, rue Saint-Antoine. Le cinquième certificat, ainsi rédigé : « Les soussignés, maire, adjoint et membres du conseil municipal de la ville de Clermont, certifions que le citoyen Théodore, Jean-Baptiste, Gérard, né en cette ville le 4 septembre 1809 et résidant actuellement à Paris, passage Bourg-Labbé 23, est de bonnes vie et mœurs, qu’il appartient à une famille honorable, qui a toujours joui dans le pays d’une grande considération, que son père, percepteur sous l’Empire, a été destitué sous la Restauration, à cause de ses opinions libérales et républicaines, ce qui l’a forcé à faire le sacrifice de sa petite fortune pour élever sa famille. » Signé, à Clermont, le 4 juillet 1848 : Mouet, maire ; Hallez, adjoint ; les membres du conseil municipal : Faillette ; Fiaux ; Godfrin ; Caillet ; Bancelin ; Mathieu ; Gauvain ; Maugérard. Gérard demandait une place d’officier de paix, ou d’employé dans une administration, ou enfin une place quelle qu’elle soit. Il fut recommandé par la Commission pour un emploi d’expéditionnaire au ministère de l’Intérieur ou tout autre. Il était marié et père d’un enfant en 1848. Il demeurait 23, passage Bourg-Labbé en 1848. Archives de la préfecture de police AA 366, Condamnés politiques sous la Restauration qui résident à Paris, état des secours accordés pour le mois de septembre 1848 ; Archives de la préfecture de police AA 389.