Gobert, Napoléon, baron
Biographie
Né le 20 décembre 1807 (mais le 29 décembre 1807 in Archives de Paris VK3 33 jury pour l’examen des demandes de récompenses honorifiques) à Metz (Moselle), fils du général Gobert, Jacques, Nicolas et de Berthois, Olive, Agathe, et filleul de l’empereur Napoléon Ier ; il fut en effet l’un des douze fils de maréchaux ou de généraux qui furent baptisés avec le fils du roi de Hollande et à qui l’empereur servit de parrain. Le dossier de ses droits fut instruit par la Commission des récompenses nationales de la mairie du (ancien) XIIe arrondissement. Le registre des délibérations du jury de la Commission des récompenses nationales, en date du 26 mars 1831, contient les indications suivantes sur sa participation aux combats : « Le 27, a été chercher des journaux du Commerce, les a lus en plusieurs endroits et les a adressés en province : a été au Courrier français. Le 28, a fait dépaver sa rue et a distribué des armes qu’il avait (des armes de chasse), a pris et payé les outils des maçons pour faire des barricades ; pendant la nuit, ils tiraient du quai du pont des Arts contre le Louvre. Le 29, au désarmement de la caserne Tournon ; il fut acheter du plomb. Le 29, il décida le général O’Connor à se mettre en uniforme et à aller à l’Hôtel de ville ; au Louvre près le jardin de l’Infante, est entré au Louvre par la porte Saint-Germain-l’Auxerrois, aux Tuileries, rue Saint-Honoré, il a empêché de fusiller un Suisse ; aux colonnes du Théâtre-Français. Le 30, est allé à Neuilly, croyant voir le duc d’Orléans et l’engager à venir à Paris ; outre le pont il a engagé les militaires à revenir à Paris. » Le jury de la Commission des récompenses nationales, chargé d’examiner les droits de chacun à une récompense, se prononça, dans sa séance du 26 mars 1831, à neuf voix pour la croix, aucune voix pour la médaille et aucune voix pour une mention. Il fut décoré de la Croix de Juillet auprès de la mairie du (ancien) XIIe arrondissement. Le 19 décembre 1830, sur le rapport de la Commission des récompenses nationales, il fut compris dans la liste des cent neuf citoyens nommés au grade de sous-lieutenant (dans la proportion de deux par régiment), pour s’être « particulièrement distingués dans les journées de juillet ». Il fut affecté dans les hussards de Chartres. En 1830, il fut attaché d’ambassade à Londres, quand Talleyrand fut nommé ambassadeur. Le comte d’Haussonville, alors de passage à Londres à la même époque, laisse le témoignage suivant sur Gobert : « Il ne laissa pas toutefois que de me surprendre aussi quelque peu par son aspect étrange. Il s’était bravement battu aux journées de Juillet du côté des barricades. Il professait d’ailleurs le goût presque exclusif de la littérature moderne. Sa mine était grave ; il se piquait d’études approfondies. C’est lui qui, par testament, a généreusement fondé, sans compter d’autres libéralités, deux prix annuels d’une valeur considérable “pour les morceaux les plus éloquents sur l’histoire de France”. J’étais loin de me douter que je serais un jour parmi les dispensateurs de ces prix. En revanche, j’ai peut-être été moins étonné qu’un autre, en apprenant que cet honnête garçon avait fini par aller mourir en Egypte d’un accès de fièvre chaude. » Il mourut le 2 décembre 1833, victime de fièvres au Caire en Egypte. Il est enterré au cimetière du Père-Lachaise, avec son père, à la 37e division. Il avait laissé un testament, particulièrement généreux, et qui commençait ainsi : « J’aurais voulu rendre ma vie utile à mon pays ; j’ai fait des projets, et le courage ne m’aurait pas manqué ; mais la santé n’allume pas le flambeau de mon intelligence, et toutes mes facultés, grandes peut-être, languissent éteintes. L’étude est une lutte qui m’épuise et où je succombe. Que ma mort du moins soit utile à ma patrie, et puissé-je faire avec mes biens ce que je n’ai pu faire avec mon esprit ! » Il laissa la moitié de ses biens à l’Académie des inscriptions et des belles-lettres et l’autre moitié à l’Académie française, deux cent mille francs pour ériger un monument funéraire à la mémoire de son père, et fit don de ses fermes en Bretagne aux fermiers qui les exploitaient. Le 10 avril 1835, son testament fut attaqué par la famille. L’Ami de la religion donna le compte-rendu suivant de l’audience : « Avant de partir pour l’Egypte, il rédigea à Vitré, en avril et mai 1833, un testament fort singulier. Il déshéritait tous ses parents, les uns parce qu’ils lui avaient témoigné de l’indifférence, les autres, parce qu’ils étaient dévots. Il faut voir de quel ton il en parle : “Lucette , l’aînée de de mes cousines, est parvenue à un degré de dévotion si exclusif des sentiments affectueux, ou même bienséants, qu’il il asséché ma propre affection. Adeline, la plus jeune, est presque imbécile et conduite entièrement par elle. Mon bien, par leurs mains, pourrait passer aux prêtres. Augustine Senot a été retirée de cet ignoble état par les sentiments d’épouse et de mère. J’aurais institué son aimable enfant, Charles, mon légataire universel, si je n’avais craint que ses tantes ne parvinssent à corrompre aussi son cœur, en l’amenant au même abrutissement où la dévotion les tient.” Le bon petit cœur de cousin, qui déshérite ses cousines parce qu’elles sont pieuses et même un enfant aimable parce qu’il pourrait bien devenir dévot ! Ce procédé justifie assez bien l’opinion que Napoléon Gobert avait de lui-même quand il disait dans une lettre qui a été lue à l’audience : “J’ai un caractère détestable qui doit me rendre malheureux” ; et dans une autre lettre lue également à l’audience : “Je suis inutile, malheureux, nuisible ; il n’est pas d’être plus méprisable et plus à plaindre.” On voit par d’autres lettres qu’il faisait le désespoir de sa mère et qu’il était insupportable à tout le monde. Enfin, pour compléter son portrait, il demande dans son testament que son décès ne donne lieu à aucune cérémonie d’un culte religieux.. Ce même testament est plein d’expressions de haine et de vengeance. M. Gobert déshérite tous ses parents, et, plutôt que de leur rien laisser, il lègue tous ses biens à ses fermiers, à l’Académie française et à l’Académie des inscriptions. Ce testament a été attaqué par les héritiers naturels comme dicté par la colère et même quelquefois par la folie. M. Delangle, leur avocat, en a fait ressortir les dispositions bizarres. M. Ph. Dupin a plaidé pour les académies. Le tribunal a confirmé le testament et a envoyé les académies et les fermiers en possession des legs. » Il demeurait 25, rue Cassette en 1831. Le Moniteur universel, 20 décembre 1830 (sous le nom de Gobert, Napoléon, Jacques) ; Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la Croix de Juillet, instituée par la loi du 13 décembre 1830 sur les récompenses nationales, Bulletin des lois, 2e partie, ordonnances, n° 104 bis ; Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la Croix de Juillet, instituée par la loi du 13 décembre 1830, sur les récompenses nationales, Le Moniteur universel, 2 mai 1831 ; Archives de Paris VD6 639 n° 5, liste générale alphabétique ; Archives de Paris VK3 17, deux feuillets séparés de décorés de la Croix de Juillet auprès du (ancien) XIIe arrondissement ; Archives de Paris VK3 33 Commission des récompenses nationales, mairie du (ancien) XIIe arrondissement, le 26 mars 1831, jury pour l’examen des demandes de récompenses honorifiques, idem états nominatifs et listes de noms soumis à la Commission des récompenses nationales (1830-1831) (XIIe arrondissement ancien), en date du 26 mars 1831 ; Archives de Paris VK3 34, liste de 829 noms, accompagnés d’observations sur les exploits des impétrants ; Archives nationales F/1dIII/33 état des sous-lieutenants nommés sur la présentation de la Commission des récompenses nationales ; Archives nationales F/1dIII/39 Commission des récompenses nationales, noms des citoyens qui ont mérité la décoration spéciale, (ancien) XIIe arrondissement ; Ma jeunesse, 1814-1830, Souvenirs, comte d’Haussonville, Paris, Calmann-Lévy, Paris, 1885, p. 326 ; Dictionnaire encyclopédique, Le Bas, tome huitième, Firmin-Didot, Paris, 1842, p. 840-841 ; L’Ami de la religion, tome 84e, Paris, Librairie ecclésiastique Le Clère, 1835, n° 2454, jeudi 23 avril 1835.