Goujon, Jean

Biographie


Né vers 1787 à Metz (Moselle). Cordonnier. Combattant de Juillet. Il fut l’un des accusés présentés en octobre 1832, devant la cour d’assises de la Seine pour sa participation à l’émeute des 5 et 6 juin 1832. L’émeute s’était déclenchée à l’occasion des obsèques du général Lamarque, soldat de la Révolution et de l’Empire, figure du mouvement libéral, et qui venait de mourir de l’épidémie de choléra qui ravageait la France. Pendant la cérémonie des obsèques, un escadron de dragons, censés veillés à leur bon déroulement, avait chargé subitement la foule, constituée de très nombreux militaires, de gardes nationaux, d’anciens combattants de Juillet, d’étudiants, de républicains organisés. Les premiers moments de stupeur passés, l’indignation avait gagné les rangs des manifestants ; des regroupements se firent, des barricades s’élevèrent, les premiers coups de feu se firent entendre. Rien n’avait été organisé à l’avance ou prévu dans les rangs des républicains ou des napoléonistes. Mais l’émeute s’ensuivit. Elle toucha d’abord les abords immédiats où s’était produit la charge puis s’organisa plus spécialement dans la rue Saint-Martin, jusqu’à mourir dans la rue du Cloître-Saint-Merri. Il y eut des morts, de nombreux blessés, des arrestations. Le procès du mois d’octobre 1832, devant la cour d’assises de la Seine, concernait plus spécialement les révoltés de la rue Saint-Martin, au nombre de vingt-deux. L’acte d’accusation reprenait ainsi les charges qui pesaient sur les accusés : « Le 5 juin dernier, entre 6 et 7 heures du soir, une barricade fut construite dans la rue Saint-Martin, au coin de la rue Aubry-le-Boucher, à l’aide du renversement d’une voiture destinée au transport des farines, et de l’enlèvement des échafaudages et de la clôture en planches d’une maison en construction. Les nommés Jeanne et Rossignol furent remarqués comme les premiers et les plus actifs constructeurs de cette barricade, qui fit de ce point le théâtre le plus meurtrier de la révolte. Vers 8 heures, elle arrêta une patrouille de garde nationale, au-devant de laquelle se présenta le nommé Rossignol. L’officier qui la commandait ne répondit qu’en tirant son épée aux propositions que celui-ci osait lui faire de passer dans les rangs des insurgés, aussitôt des coups de feu furent tirés de la barricade sur cette patrouille, trop faible pour soutenir un engagement. Les rebelles, sentant la nécessité de se procurer des armes, forcèrent l’entrée de la maison située rue Saint-Martin, n° 50, et habitée par le sieur Blanc, chef de bataillon de la garde nationale, dans l’appartement de qui étaient déposés des fusils, des pistolets et des sabres. Toutes les armes qu’on n’avait pas eu le temps de cacher furent pillées par les insurgés ; les appartements placés au-dessus de celui du sieur Blanc, et donnant sur la rue, furent envahis, remplis de pavés ; les effets précieux des locataires furent enlevés, et des fenêtres de ces appartements où un continuel fut dirigé sur les troupes qui se présentaient devant la barricade pendant que dans la cour on faisait des balles avec le plomb des gouttières. Les nommés Jeanne, Leclerc, Jouanne, Rossignol, Goujon et Rojon, furent signalés comme ayant été vus tirant des coups de fusil sur les troupes. Les mandats décernés contre les trois premiers ne purent être mis à exécution. Rossignol est propriétaire, conjointement avec un nommé Fournier, d’un café établi rue Saint-Martin, n° 65. C’est du 2 juin que date l’ouverture de ce café, dans lequel la fille Alexandre était dame de comptoir. Les intelligences des propriétaires et employés de cet établissement avec les insurgés, dans la journée du 6 juin, ont été remarquées par tous les habitants de ce quartier. On a vu Fournier et la fille Alexandre faire des signaux du balcon de leur café aux insurgés placés derrière la barricade ou dans les allées des maisons voisines, pour leur indiquer l’arrivée ou le départ des troupes, et le moment favorable pour tirer. La porte de la maison où est le café resta ouverte, sur l’injonction de Fournier ; des provisions de bouche, des munitions furent portées de cet établissement aux révoltés ; et lors de la perquisition qui y fut faite, on saisit une casserole ayant servi à fondre du plomb pour former des balles. La chute de chaque soldat était suivie d’atroces applaudissements partant du café. Lorsque les troupes eurent forcé la barricade et l’église Saint-Méry, les maisons environnantes furent fouillées, et l’on arrêta dans la rue Saint-Méry, au n° 48, les nommés Métiger, Fradelle, Coiffu, Bouley, Renouf, Conilleau, Dumineray, Falcy, ce dernier encore porteur d’un fusil qu’il fallut lui arracher ; Dumineray avait les mains et la bouche noircies de poudre, et Fradelle avoua avoir tiré un coup de fusil. Il fut constaté qu’à l’aide d’un trou fait à la toiture, on était sorti de la maison rue Saint-Martin, n° 50. Les habitants reconnurent tous les individus saisis rue Saint-Méry n° 48, pour faire partie de ceux qui s’étaient emparés de vive force des lieux où l’on avait fait feu sur les troupes, et signalèrent le nommé Dumineray comme celui qui paraissait commander. Ils reconnurent également le nommé Maris, arrêté dans une dépendance de la maison ; le nommé Vigouroux, saisi sous un lit dans cette même maison, avec un fusil, et à qui l’on avait entendu dire pendant le combat : Si nous avons le dessous, je suis perdu ; enfin le nommé Mulette, arrêté dans la maison du passage Jabach, les mains, la figure noircies de poudre, avec de la poudre dans sa poche et qui avoua avoir fait des cartouches. Dans la maison du passage, et chez un locataire, était réfugié un individu qui y avait laissé son fusil, marqué sur la banderole du nom de Parmentier. L’instruction a révélé que ce fugitif était le nommé Fourcade, et que le fusil lui avait été livré par son propriétaire lorsque, faisant partie d’une bande d’insurgés, Fourcade l’avait personnellement et avec violence sommé de donner ses armes. Divers habitants, notamment le nommé Polite, avait cédé à des sommations accompagnées des mêmes circonstances ; Polite reconnut le nommé Grimbert comme celui à qui il avait été forcé de livrer son fusil. Le sieur Morel de Rubempré a été signalé par un témoin comme ayant paru seulement au moment du rassemblement tumultueux qui a précédé l’érection de la barricade. Il disait dans un café voisin qu’on était à l’aurore d’un beau jour, promenait dans la rue un drapeau tricolore garni de crêpe, et criait Vive la république ! Tous les accusés nient les faits à eux imputés, et prétendent, ou avoir été contraints par des rassemblements, ou s’être trouvés comme curieux dans les endroits où ils ont été arrêtés ou signalés. » Goujon se défendit devant la cour d’avoir participé à l’émeute : « M. le président. Goujon, vous êtes-vous réuni aux révoltés ? R. Non, M. le président ; le 5 juin, j’ai été au cortège par la place Vendôme ; j’étais seul, j’ai accompagné le convoi jusqu’au boulevard du Pont-aux-Choux ; on criait à bas Philippe ! à bas mille choses. En voyant qu’il y aurait du bruit, je me suis retiré en homme sage ; chemin faisant (je demeure rue Saint-Méry), j’eus occasion de sauver deux gardes nationaux. Arrivé près de la rue, on me prit par le bras, et on me dit : Tu es un brave de Juillet ? C’est vrai, je me suis battu comme un autre. Alors on me dit : Tu es des nôtres ; il y avait des gardes nationaux, ça me tranquillisait ; on m’embusqua dans la maison n° 50 ; on me prit pour un sergent de ville, c’était pas agréable ; je dis à un officier : Monsieur, évitez-moi le désagrément dêtre fusillé par ces messieurs les insurgés ; voyez mes mains, elles sont dun ouvrier ; ça prit et je ne fus pas tué. Après, on me donna une boîte en fer blanc pour la porter ; bonne commission, que je dis ; enfin il fallait bien filer : chemin faisant j’entrai chez un marchand de vin, je demandai un verre de vin, j’en bus même plusieurs, je lui donnai la boîte de poudre ; de là, je voulais voir comme ça se passait ; j’allai avec le fusil qu’on m’avait donné, je retrouvai encore des insurgés qui me firent charger mon fusil ; un voisin voulait me faire rentrer. Oh ! non, que je dis ; jai un coup de chargé, et je vais le tirer sur les républicains, et je l’ai réellement tiré. — D. N’avez-vous pas été blessé ? R Oui, j’ai reçu plusieurs coups de feu. — D. L’accusation prétend que le 5 et le 6 vous avez fait feu. R. Non.— D. Vous étiez occupé à distribuer de la poudre ? R. Je n’en ai donné qu’à une personne. — D. Et vous avez tiré sur les républicains ? R. Je ne leur ai pas demandé s’ils étaient républicains, j’ai tiré sur les insurgés, républicains ou non. » Coupable d’avoir attaqué avec violence et voies de fait et en réunion armée de plus de vingt personnes la force publique agissant pour l’exécution des lois, mais avec circonstances atténuantes, il fut condamné à six années de réclusion. Il demeurait 48, rue Saint-Méry en 1832. Procès des vingt-deux accusés du cloître Saint-Méry événements des 5 et 6 juin 1832 suivi de pièces justificatives, Paris, chez Rouanet libraire, 1832, p. 19, 20.

Soumettre une suggestion sur la notice

Votre adresse email
Numéro de téléphone


Tous droits réservés - © 2026 Laurent Louessard / Camille Maillet (Torii Kōdo) - Mentions légales - Politique de confidentialité - Contact
An unhandled error has occurred. Reload 🗙

Rejoining the server...

Rejoin failed... trying again in seconds.

Failed to rejoin.
Please retry or reload the page.

The session has been paused by the server.

Failed to resume the session.
Please reload the page.