Grand, Pierre

Biographie


Avocat, ayant prêté serment le 10 novembre 1824. « Parmi les combattants, de toutes les conditions se trouvait une foule d’avocats, les uns armés de fusils, les autres de sabres ou de pistolets, et leur présence attestait assez qu’en France, tout citoyen est soldat, quand il s’agit de défendre les libertés publiques. Je voudrais pourvoir nommer ici tous ceux qu’on a rencontrés dans les rassemblements, et qui, par leur courage, par leur activité, par l’énergie de leurs exhortations ont puissamment concouru, soit à remporter la victoire, soit à empêcher qu’elle fût souillée d’aucun excès. Ma mémoire ne saurait y suffire ; mais dès présent je puis citer les noms de […] M. Pierre Grand. » En 1830, il était membre de la Commission des condamnés pour délits politiques, et cette Commission le recommanda auprès du ministre de la Justice, comme « capable, sous tous les rapports, de faire partie de l’administration ». La recommandation ajoutait une indication biographique importante : elle présentait Barras et Laignelot comme étant chacun son ami. Après avoir appartenu à la Société des amis du peuple, après s’être plaint, dans une lettre publiée, de la façon dont étaient traités les détenus à La Force, il fut nommé, en 1835, substitut du procureur à Rocroy puis à Rouen, puis conseiller à la cour royale de Metz. Nous empruntons à la Biographie des hommes du jour, de Sarrut et Saint-Edme, la notice biographique qu’ils lui ont consacrée et ainsi rédigée : « M. Pierre Grand, substitut du procureur du roi à Charleville (Ardennes), ne mériterait pas, vu l’oubli dans lequel il est tombé, que nous vinssions troubler son repos si ne nous étions imposé l’obligation de mettre en lumière les grands et petits palinodistes. Nous allons dire ce que fut pendant quinze ans M. Pierre Grand, et l’on jugera avec nous si c’était la peine de faire tant de bruit pour finir par enfouir sa personne sous la toge de dernier fonctionnaire du parquet de Charleville. M. Barthe avait justement apprécié son bruyant confrère. M. Pierre Grand, fils de l’un des aides-de camp du directeur Barras, est né à Paris, le 22 novembre 1802 ; à peine âgé de dix-huit ans, en 1820, il fut reçu membre d’une loge de carbonari, dont il ne tarda pas à être le membre le plus actif. Poursuivi, l’année suivante, pour un ouvrage politique (Le Cri de la France), il se réfugia en Belgique et fut condamné par contumace à deux ans d’emprisonnement et deux mille francs d’amende. Il rentra en France peu de jours après sa condamnation et comparut, le 15 novembre, à la barre de la cour d’assises, où il fut acquitté ; malgré cet acquittement, la Faculté de droit prononça contre lui l’exclusion pour deux ans des Facultés et de l’Académie de Paris ; M. Pierre Grand en appela au conseil de l’instruction publique, qui confirma la sentence du conseil disciplinaire de la Faculté de droit, sentence qui ne fut même pas rapportée après la séance de la chambre des députés du 2 juin 1822, où MM. B. Constant, Girardin et Chauvelin, prirent chaleureusement la défense de l’étudiant persécuté. M. Pierre Grand alla finir son cours de droit à Rennes, et ne revint à Paris qu’en 1824, époque à laquelle il se fit recevoir avocat au barreau de cette ville. Il publia un ouvrage sur l’Organisation politique en France (1825), qui lui mérita les éloges des journaux de l’opposition ; à la suite de cette publication, il prit une part active à la collaboration de lAnnée française, mémorial politique, scientifique et littéraire, et fit paraître (1828) une brochure qui fixa l’attention publique (en note : Cette brochure donna lieu, dans la séance de la Chambre des députés du 17 mai 1828, à une discussion très vive entre les députés ministériels de la Basse-Bretagne et MM. Keratry, B. Constant et Charles Dupin)) sur la Nécessité de civiliser la Basse-Bretagne et dabolir la marque. La mort de Barras (29 janvier 1829) fut pour M. Pierre Grand une nouvelle occasion de lutter contre le pouvoir ; il prononça sur la tombe de l’ex-directeur une oraison funèbre dans laquelle respiraient les principes du plus chaleureux patriotisme ; après avoir rempli ce devoir, il s’éleva avec force contre l’apposition des scellés sur les papiers de Barras, exécutée en vertu d’un ancien ordre de M. Peyronnet, et plaida, dans les audiences du 27 février et du 1er mai 1829, en première instance et en cour royale, cette affaire solennelle, qui souleva les plus vastes questions de droit privé. Le 24 juillet suivant, M. Pierre Grand prononça aux funérailles de l’ex-conventionnel Laignelot un discours qui provoqua contre son auteur un appel du conseil de discipline de l’ordre des avocats et une suspension d’un an. Il fit appel de cette sentence devant la cour royale de Paris, toutes les sections réunies, et la sentence fut confirmée : M. Berville fut le défenseur de M. Pierre Grand, et MM. Barthe et Dupin jeune ses conseils. L’illégalité des ordonnances de juillet fut pour M. Pierre Grand le signal d’une opposition énergique : le 26, il se trouva à une réunion d’écrivains, qui dès le lendemain, appuyèrent leurs protestations par les armes ; le jeune avocat se montra parmi les plus chaleureux, et se plaça dans les rangs des courageux patriotes qui voulaient le renversement non seulement du trône de Charles X, mais de tout trône. Au milieu de cette élite de républicains, M. Pierre Grand se faisait distinguer par son infatigable activité. Le colonel Zimmer et Lafayette n’eurent pas d’aide-de-camp plus zélé, de secrétaire plus empressé…. et puis, lorsque l’opposition républicaine eut à recommencer sa lutte, l’on put admirer dans les bureaux des journaux de cette opinion le dévouement désintéressé, nous devons le dire, mais parfois trop bruyant de M. Pierre Grand ; il fut aussi l’un des orateurs les plus exaltés des sociétés populaires, où ses motions faisaient quelquefois faire de pénibles réflexions aux patriotes sages et réfléchis. M. Pierre Grand enfin fut l’un des avocats qui prêtèrent l’appui de leur parole aux prévenus de la conspiration républicaine dite du Pont-des-Arts. Tout à coup ce zèle patriotique se ralentit : M. Barthe avait calmé la fougue de son ex-confrère en carbonarisme, il l’enterra au parquet de Charleville !... Dieu fasse paix à M. Pierre Grand. » Il demeurait 26, rue des Grands-Augustins en 1829. La Gazette des tribunaux, 26, 27, 28, 29, 30, 31 juillet et 1er août 1830 ; Tableau dramatique de la justice au XIXe siècle, tome Ier, chez Surcy et Camus, Paris, 1847, p. 236 ; Archives de Paris, 6AZ 32 (dossier 1838) ; Tableau des avocats à la cour royale de Paris, chez Mme Ve Delaguette, imprimeur de l’ordre des avocats, 22, rue Saint-Merry, Paris, 1829, p. 51 ; Petit dictionnaire de nos grandes girouettes daprès elles-mêmes, Paris, chez les éditeurs de l’Histoire de France, 1842, p. 140-141 ; Biographie des hommes du jour, de Sarrut et Saint-Edme, Paris, chez Krabe, tome II, IIe partie p. 10-12 ; Biographie des hommes du jour, de Sarrut et Saint-Edme, Paris, chez Krabe, tome IV, 1re partie, p. 401-412.

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