Grosjean, Mathilde madame
Biographie
Elle aida à soigner les blessés. La chronique de l’époque relata à son sujet : « On ne saurait trop donner d’éloges à Mme Victor, Mlles Lepelletier, Balzas, Grosjean, qui, depuis mercredi, n’ont pas cessé de prodiguer les soins les plus touchants à nos blessés. » Delacoux, Alexis, dans l’exposé qu’il fit de sa propre conduite, nous donne les indications suivantes sur la conduite de Grosjean : « A 8 heures du soir ce même jour jeudi 29, le docteur Delacoux se trouva le seul médecin à la Bourse avec trente et quelques blessés. Toute la nuit, il fut occupé à panser nos braves, aidé il est vrai par mesdemoiselles Césarine et Grosjean, qui déployèrent un zèle et un courage tout à fait au-dessus de leur sexe. » Novince, Pierre, François (voir ce nom), préposé au commandement de la Bourse pendant les journées de Juillet, écrivit, le 28 octobre 1830, à la Commission des récompenses nationales la lettre suivante la concernant : « Au moment où vous vous occupez de décerner les récompenses nationales méritées dans les mémorables journées de Juillet, permettez-moi d’appeler votre attention sur madame Grosjean, rue Richelieu n° 32, qui, depuis le 29 juillet au matin jusqu’au dernier jour n’a cessé de donner aux malheureux blessés de l’ambulance de la Bourse les soins les plus constants et de leur prodiguer tous les secours que leur position réclamait. J’aurai l’honneur de vous exprimer en même temps un désir que madame Grosjean n’ose pas vous témoigner elle-même, persuadé que vous daignerez y avoir égard. Des médailles doivent consacrer le souvenir de notre glorieuse révolution et être distribuées aux personnes qui y ont pris la part la plus active. Si le patriotisme se manifeste par le courage il se manifeste aussi par la bienfaisance et madame Grosjean, plus que personne, en a fourni la preuve. Que l’on consulte à cet égard les docteurs Guillon et Delacoux et toutes les personnes attachées à l’ambulance de la Bourse, elles s’empresseraient d’attester combien la conduite de madame Grosjean est méritante et digne d’éloges. Ce serait l’en récompenser selon ses désirs que de la comprendre dans le partage des médailles qui doivent être décernées. » Le dossier d’examen de ses droits fut instruit par la Commission des récompenses nationales du (ancien) IIe arrondissement. Elle reçut la médaille de Juillet. En 1831, à l’occasion des fêtes anniversaires de Juillet, il reçut, auprès de la mairie du (ancien) IIe arrondissement, vingt-cinq francs de gratification, à titre de décoré mais non blessé. Elle signa, le 3 juillet 1832, à l’occasion de l’anniversaire des trois jours de Juillet, la pétition présentée au roi par Gibert-Arnaud, qui renouvelait, au nom d’un comité consultatif, sa demande, signée par plus de quarante décorés (auquel Gibert-Arnaud se flattait de pouvoir y ajouter six cent neuf autres noms), qu’on permît à chaque décoré de la médaille de Juillet de remplacer cette dernière par la croix du même ordre. En date du 20 avril 1833, le Constitutionnel faisait paraître la lettre suivante du docteur Guillon (voir Guillon, François, Gabriel), à l’occasion de l’exposition du nouveau tableau de Gosse sur la visite de la reine à l’ambulance de la Bourse le 25 août 1830. Le docteur Guillon y faisait mention de Grosjean, Mathilde : « A M. le rédacteur du Constitutionnel,
»Monsieur,
»Puisqu’en rendant compte du tableau de M. Gosse, représentant la visite de la Reine et de sa famille à l’ambulance de la Bourse, vous avez rappelé le peu que j’ai fait pour les blessés, permettez-moi, je vous prie, de profiter de cette circonstance pour rectifier, par la voie de votre journal, une erreur grave que renferme le travail de la Commission de la souscription nationale, au sujet des dépenses de cette ambulance, erreur qui pourrait faire naître des soupçons injurieux sur les personnes qui ont donné avec autant de zèle que de désintéressement des soins aux victimes de notre mémorable révolution. L’ambulance de la Bourse n’a pas, comme il est dit, page 13 du compte-rendu que viennent de publier messieurs de la commission, coûté 2.764, 60 francs mais simplement 1.019, 40 francs, ce qui fait une différence en moins de 1.715,20 francs ; et cette différence vient de ce qu’on a fait figurer au nombre des dépenses de cette ambulance des sommes dont l’emploi lui est tout à fait étranger. Ces 1.019, 40 francs ont été employés à payer le pain, la viande de boucherie et les légumes, depuis le 3 août jusqu’au 10 octobre suivant. Permettez-moi encore de réparer l’oubli de MM. les commissaires du (ancien) IIe arrondissement et de signaler à la reconnaissance de nos concitoyens quelques personnes dont les noms devaient être inscrits dans leur rapport. Je citerai d’abord M. Davannne, changeur, passage des Panoramas, qui avec Mme Rivière, M. Legrand (voir ce nom), traiteur, et quelques autres personnes du quartier, ont nourri les blessés depuis le 29 juillet au matin jusqu’au 3 août, et qui, jusqu’à la fin n’ont pas discontinué de leur donner le vin, la volaille et une infinité de choses. Enfin, pendant les deux mois et demi qu’elle a duré, cette ambulance, où plusieurs centaines de blessés ont été soignés, a moins coûté à la mairie qu’à M. Davanne, dont la générosité ne s’est pas ralentie un seul instant. Comme les médicaments ont été fournis gratuitement par MM. Renard (voir ce nom) et Bughon (voir ce nom), pharmaciens, rue Vivienne, c’était peut-être un devoir pour MM. les rapporteurs d’en faire mention, surtout l’un d’eux étant aussi pharmacien. L’ambulance de la Bourse ayant été la plus considérable de toutes celles qui furent établies alors, MM. Delacoux (voir Delacoux, Alexis) et Schrimpton (voir Shrimpton, Charles), qui pansèrent comme moi les blessés, Mlle Le Pelletier (voir Lepelletier, Angélique, Adélaïde, Suzanne), Mme Grosjean (voir Grosjean madame, Mathilde), Mlle Balzac (voir ce nom), qui leur prodiguaient les soins les plus touchants, méritaient également une mention honorable, ainsi que M. Rousseau-Leblanc (voir ce nom), pour les services qu’il avait rendus depuis le 29 juillet dans la soirée (vers 4 heures), où il vint à l’ambulance, jusqu’au 10 octobre, époque à laquelle les deux derniers blessés en sortirent. Je terminerai cette lettre en relevant encore une inexactitude de ce compte-rendu, où je figure comme membre de la commission médicale du (ancien) IIe arrondissement et lorsque je n’ai fait partie d’aucune de ces commissions. Je ne le pouvais, en effet, puisque dès le moment où j’établis l’ambulance au palais de la Bourse, jusqu’à la fin, je ne quittai que le moins possible les blessés auprès desquels je passai même plusieurs nuits. Aussi, à notre satisfaction à tous, n’avons-nous eu à déplorer la perte d’aucun d’eux, quoique nous ayons évité cinq amputations que quelques-uns de nos confrères avaient jugées nécessaires. J’ajouterai aux réflexions très justes que vous avez faites au sujet de M. Vassal (voir Vassal, Jacques, Claude, Roman), que l’asile qu’il avait donné aux blessés, lorsque M. le préfet de police d’alors voulait les évacuer sur les hôpitaux, suffisait pour lui mériter la place qu’il occupait dans le tableau de M. Gosse, où cependant il est remplacé par M. B... de R... [Baudesson de Richebourg, N.D.A] (voir ce nom) J’ai fait tous mes efforts pour déterminer l’artiste à l’y laisser ; mais, à mon grand chagrin, je n’ai pu y parvenir. » En juillet 1836, à l’occasion des fêtes anniversaires de Juillet, elle reçut une gratification de cinq francs, à titre de décoré non pensionné. En mai 1837, elle adressait la lettre suivante à Lafayette (sans doute s’agit-il du fils George) : « Je viens d’apprendre que l’on va donner une somme pour les décorés de Juillet. Je suis bien malheureuse, je n’y vois presque pas pour travailler à la broderie, qui est ma seule ressource. Et c’est pour cela que j’ose prendre la respectueuse liberté de me venir recommander à votre grande bonté. La bonté avec laquelle vous avez daigné m’accueillir la dernière fois que vous m’avez fait l’honneur de m’accorder une audience me fait espérer que vous voudrez bien me recommander à la Commission des récompenses, où je ne connais personne. Veuillez, etc. » Elle signait sa lettre du nom de Ganon, Marthe (ou Gonon ?), épouse Grosjean, Sa lettre était apostillée ainsi par le commissaire de police du quartier des Invalides : « La dame Grosjean, séparée de son mari, décorée de Juillet, ex-infirmière de l’hôpital de la Bourse, a demeuré dans mon quartier pendant un an, au quai d’Orsay n° 25 ; elle en est partie depuis le 8 avril et demeure rue du Bac n° 44. Elle a une jeune fille infirme et elle-même est valétudinaire. Elle s’est bien conduite pendant son séjour en mon quartier et il est constant qu’elle est dans un état de gêne. » Elle demeurait 32, rue de Richelieu en 1830 mais 36, rue Notre-Dame-des-Victoires en 1830 in Esquisse de quelques scènes de l’intérieur de la Bourse ; 7, cour des Fontaines en 1831 (la même adresse que Bourbion, Julie autre médaillée) ; 40, rue de Seine en 1836 ; 25, quai d’Orsay aussi en 1836 ; 44, rue du Bac en 1837. Le National, 4 août 1830 ; Histoire de la révolution de 1830 et des nouvelles barricades, par F. Rossignol et J. Pharaon, Paris, chez Vimont, Levavasseur et Urbain-Canel, 1830, nom des personnes qui se sont particulièrement distinguées p. 274 ; Esquisse de quelques scènes de l’intérieur de la Bourse pendant les journées des 28, 29, 30 et 31 juillet dernier, C.-F. Tricotel, Paris, 1830, p. 8 ; Histoire de la révolution de 1830 et des nouvelles barricades, par F. Rossignol et J. Pharaon, Paris, chez Vimont, Levavasseur et Urbain-Canel, 1830, Nom des personnes qui se sont distinguées dans les mémorables journées p. 273 ; La Liberté reconquise ou histoire complète et détaillée de la révolution de Paris en juillet 1830, J.-B. Ambs, troisième édition revue et corrigée, Paris, Terry jeune, libraire, Palais-Royal, galerie de Valois, n° 185, 1830, Noms des personnes qui se sont dévouées au service des blessés, p. 259 ; Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la médaille instituée par la loi du 13 décembre 1830 sur les récompenses nationales, Bulletin des lois, 2e partie, ordonnances, n° 104 bis ; Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la médaille instituée par la loi du 13 décembre 1830 sur les récompenses nationales, Le Moniteur universel, 19 juin 1831 ; Archives de Paris VD6 172 n° 6, idem in dossier Delacoux, Alexis ; Archives de Paris VD6 524 n° 3, année 1836, état de répartition de la somme de trois cent dix-huit francs entre MM. les décorés de Juillet domiciliés sur le (ancien) Xe arrondissement ; Archives nationales F/1dIII/34, Commission des récompenses nationales, état des sommes payées en dépenses diverses pour le compte de cette commission, du 8 octobre 1830 au 31 octobre 1831 par la mairie du (ancien) IIe arrondissement citée deux fois dont une fois femme Grosjean demeurant à Châtillon-la-Dame sinon c’est qui ?) ; Archives nationales F/1dIII/39 Commission des récompenses nationales, noms des citoyens proposés pour la médaille (ancien) IIe arrondissement ; Archives nationales MI 217 23 ; le Constitutionnel, 20 avril 1833.