Guillain, Charles, Elzéard

Biographie


Né le 15 février 1809 à Dampierre-sur-Blévy (Eure-et-Loir). Etudiant en droit. Il fut blessé, le 29 juillet sur la place du Palais-Royal, d’une balle qui lui traversa le mollet gauche. Il était porteur des deux certificats médicaux suivants. Le premier certificat médical, ainsi rédigé : « Je, soussigné, docteur en médecine de la faculté de Paris, certifie que M. Charles, Elzéard Guillain, élève en droit, natif de Longuy (Eure-et-Loir), a été blessé, le 29 juillet dernier, en se battant contre l’ex-garde royale : la balle qui l’a frappé a traversé le mollet gauche de dedans en dehors et un peu obliquement et a intéressé les muscles jumeaux ou bifuméro-calcaniens et légèrement effleuré quelques fibres de la couche profonde de la région postérieure de la jambe mais seulement du côté interne, endroit par où a pénétré le projectile. Comme les parties lésées étaient entièrement charnues et que M. Guillain a tout fait pour éviter des complications, les soins de propreté et des pansements méthodiques ont suffi pour amener la plaie à parfaite cicatrisation. J’ignore si M. Guillain est affranchi des diverses incommodités qui accompagnent assez ordinairement les plaies d’armes à feu, telles qu’engourdissements, douleurs sourdes ou vives lors des changements de température, paralysies partielles, etc., ne l’ayant pas vu depuis son départ de Paris, imparfaitement guéri. » Signé, le 6 novembre 1830 : Bazignan. Le second certificat médical, ainsi rédigé : « Je, soussigné, docteur en médecine de la faculté de Paris, médecin attaché au (ancien) IVe arrondissement, certifie avoir donné mes soins depuis le 30 de juillet jusqu’au 28 du mois d’août 1830 au sieur Guillain, Charles, Elzéard, âgé de vingt et un ans, élève en droit, né à Dampierre département d’Eure-et-Loir), blessé dans la journée du 29 juillet sur la place du Palais-Royal. J’atteste que la blessure fut produite par une balle qui avait traversé la jambe gauche dans sa partie la plus charnue. La plaie, sans avoir rien d’extraordinaire dès les premiers jours, offrit cependant les jours suivants quelques symptômes nerveux qui firent craindre une complication nerveuse. Un traitement approprié fit tout disparaître et dès le 29 août le blessé put retourner dans sa famille. Depuis le retour du blessé dans Paris j’ai su de lui qu’il était exposé par moments à des douleurs dans la jambe ; ce symptôme est assez ordinaire à la suite des blessures et tout porte à croire qu’avec le temps et des ménagements le blessé ne se ressentira plus de son accident. » Signé, le 22 novembre 1830 : Vaudin. Il reçut la médaille de Juillet auprès de la mairie du (ancien) IIIe arrondissement (sous le seul nom de Guillain). Il déposa un dossier à la Commission des Réclamants ([ancien] IIIe arrondissement), sise 10, rue Bourg-Labbé puis 6, rue Dalayrac. Il fit parvenir à cette Commission la copie de la lettre qu’il avait d’abord remise à la Commission des récompenses nationales et ainsi rédigée : « […] A l’honneur de vous exposer quelle a été sa conduite pendant les journées de Juillet. Le 28, après s’être procuré assez difficilement un fusil de chasse, ignorant le lieu du combat, il s’est dirigé d’après l’avis de plusieurs individus sur les Champs-Elysées, où il croyait qu’une action était engagée entre les citoyens et les troupes de Charles X. Trompé par ces fausses indications, il n’a pas été assez heureux, ce jour-là, pour assister aux combats de l’Hôtel de ville, qui se trouve fort éloigné de sa demeure. Le 29, il s’est empressé de se joindre aux patriotes rassemblés sur la place des Victoires et c’est avec eux qu’il a marché sur le Louvre, par les rues Jean-Jacques-Rousseau, des Prouvaires et jusqu’à la place dite des Trois-Maries, située rue de l’Arbre-Sec. C’est là qu’il est monté dans une maison qui est en face le Louvre et qu’il a, avec quelques patriotes (dont les noms lui sont inconnus) riposté à la fusillade des Suisses. Il a bientôt quitté cette maison pour aller combattre de plus près, dans la rue Saint-Germain-l’Auxerrois, les Suisses retranchés derrière les colonnes du Louvre. C’est ledit sieur Guillain qui est entré un des premiers au Louvre. Tous ces faits peuvent être attestés par les sieurs Lafite, demeurant rue Notre-Dame-des-Victoires n° 36 (quel rapport avec Lafitte, Léon, Adolphe, commis et demeurant 36, rue Notre-Dame-des-Victoires ? le seul élève au nom approchant est Laffitte, Jean-François, Armand), et Desery (voir plus bas le certificat signé par Defery), élève de l’Ecole polytechnique, qui en ont été témoins oculaires. Après la prise du Louvre, il s’est offert, ainsi que quelques patriotes, à marcher sur la place du Palais-Royal pour s’assurer si ladite place était occupée par les troupes royales. A peine arrivé à la rue Fromenteau, ils ont essuyé une décharge terrible de l’ex-garde royale, à laquelle ils ont riposté par des coups de fusil, lorsqu’une balle que le dit sieur Guillain a reçue dans la jambe est venu arrêter les faibles efforts qu’il faisait pour la liberté. Il a été transporté rue du Coq-Saint-Honoré, chez le sieur Brun, bottier, où il a reçu les soins les plus généreux de sa part et des sieurs Beliore et Prévost et du sieur Bazignan, médecin. Sa lettre était accompagnée de plusieurs apostilles. La première apostille, ainsi rédigée : « J’atteste que j’ai vu M. Guillain avec un fusil de chasse dans la rue Saint-Germain-l’Auxerrois près le Louvre, le 29 juillet 1830. » Signé : Deferry, J., élève de l’Ecole polytechnique (pas délève à ce nom). La deuxième apostille, ainsi rédigée : « Les soussignés déclarent que les faits énoncés dans la pétition de M. Guillain sont de la plus exacte vérité et qu’ils sont à notre parfaite connaissance et que le sieur Guillain a été transporté blessé à notre domicile, rue du Coq-Saint-Honoré n° 4. » Signé : Bellior, demeurant 4, rue du Coq-Saint-Honoré ; Provot, demeurant 4, rue du Coq-Saint-Honoré ; Chopard, Adèle, demeurant 4, rue du Coq-Saint-Honoré. La troisième apostille, ainsi rédigée : « Je, soussigné, certifie avoir reçu dans la maison que j’habite rue du Coq, n° 4, la personne désignée dans le présent certificat, au moment où il venait d’être blessé à l’attaque du Palais-Royal. » Signé : Bruyère, concierge, 4, rue du Coq-Saint-Honoré ; Gautier, J., conducteur des travaux de la Chambre des députés ; Brallun, horloger, demeurant 4, rue du Coq-Saint-Honoré. La quatrième apostille, ainsi rédigée : « Je certifie que ledit sieur Guillain, ainsi qu’il est dit d’autre part, a été transporté chez moi à l’entresol, rue du Coq-Saint-Honoré n° 4. » Signé : Brun, Gérôme, demeurant 3-5, rue du Coq-Saint-Honoré. La sixième apostille, ainsi rédigée : « Je, soussigné, déclare avoir rencontré au Louvre le sieur Guillain, armé d’un fusil de chasse. » Signé : Lafitte, commis banquier, demeurant 10, rue Bergère. En 1831, à l’occasion des fêtes anniversaires de Juillet, il reçut (sous le nom de Gullain, Charles), auprès de la mairie du (ancien) IIIe arrondissement, vingt-cinq francs de gratification, à titre de décoré mais non blessé. Il fut nommé chevalier de la Légion d’honneur, le 5 juin 1861 ; il était alors adjoint au maire de Rouen. Il mourut le 6 mars 1880. Il demeurait 36, rue Notre-Dame-des-Victoires en 1830 ; aux forges de Longny (Orne) en novembre 1830, pendant sa convalescence ; 19, rue des Jeûneurs (mais 5, rue Neuve-Saint-Eustache in Archives de la préfecture de police AA 391) en 1831 ; 26, rue Beffroi à Rouen vers 1870. Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la médaille instituée par la loi du 13 décembre 1830 sur les récompenses nationales, Bulletin des lois, 2e partie, ordonnances, n° 104 bis (sous le seul nom de Guillain) ; Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la médaille instituée par la loi du 13 décembre 1830 sur les récompenses nationales, Le Moniteur universel, 19 juin 1831 (sous le seul nom de Guillain) ; Archives de Paris VD6 3, liste des décorés de la médaille de Juillet du (ancien) IIIe arrondissement (sous le seul nom de Guillain) ; Archives nationales F/1dIII/34, Commission des récompenses nationales, état des sommes payées en dépenses diverses pour le compte de cette commission, du 8 octobre 1830 au 31 octobre 1831 par la mairie du (ancien) IIIe arrondissement (sous le nom de Gullain, Charles) ; Archives nationales F/1dIII/39 Commission des récompenses nationales, noms des citoyens proposés pour la médaille (ancien) IIIe arrondissement (sous le seul nom de Guillain) ; Archives de la préfecture de police AA 391 (sous le nom de Gullain, Charles, Elzéard) ; base leonore de la Légion d’honneur, dossier LH/1233/3.

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