Guizot, François, Pierre, Guillaume
Biographie
Né le 4 octobre 1787 à Nîmes (Gard). Il n’était encore âgé que de sept ans, quand son père, avocat libéral et girondin, fut guillotiné sous la terreur le 8 avril 1794. Le jeune enfant dut en garder pour toujours une aversion des troubles révolutionnaires. A la mort de Robespierre, sa mère s’était mise à genoux avec ses enfants « pour remercier Dieu de la délivrance de la France ». Professeur d’histoire moderne à la Sorbonne sous l’Empire, appartenant à l’opposition libérale, il fut nommé secrétaire général du ministre de l’Intérieur sous la première Restauration. On peut lire dans les Mémoires de Mazas les ressentiments que lui inspira la prestation obligatoire de serment à la nouvelle monarchie de Louis-Philippe, prestation obligatoire et dont Guizot fut un des artisans. Mazas et Guizot avaient tous deux accompagné le roi Louis XVIII pendant les Cent-Jours et s’étaient réfugiés avec lui à Gand. A l’avènement de Louis-Philippe, Mazas, qui occupait une place somme toute assez médiocre à la bibliothèque de l’Arsenal, fut contraint de prêter serment. Il refusa. Sa destitution fut signée par Guizot : « Ce n’est pas le spectacle le moins curieux de notre siècle que de voir des hommes qui se firent gloire de ne tenir aucun serment, contraindre les autres à en prêter un nouveau. Ce fut une perfidie, un guet-apens dressé contre tous les honnêtes gens. […] Douze heures après mon refus, je fus destitué ; mais, comme dans les moindres choses humaines il entre toujours un grain de bizarrerie, il fallut que ma destitution fût signée par M. Guizot, mon ancien camarade de Gand. M. Guizot me brisait pour n’avoir pas voulu faire à l’égard de Louis-Philippe ce qu’il avait fait de si bon cœur deux fois pour Louis XVIII et sa famille. Que j’eusse été destitué par M. Odilon Barrot, ou par M. Mauguin, ou par M. Eusèbe Salverte, c’était régulier ; j’aurais murmuré contre la fortune sans me plaindre de l’auteur de ma disgrâce ; mais recevoir ce coup terrible d’un ancien camarade d’émigration, j’avoue que j’en ressentais un vif déplaisir. En 1815, Monsieur, comte d’Artois, logeait à Gand dans un hôtel situé sur la principale place de cette ville : des allées d’arbres magnifiques en faisaient une charmante promenade, qui devint le lieu du rendez-vous de tous les émigrants. Je vis promener bien souvent sur cette place M. Bertin de Vaux avec M. de Chateaubriand ; M. Guizot venait également chaque jour, et, quoique je n’eusse pas l’honneur d’être connu de lui, je l’abordai comme une vieille connaissance. Cependant nous n’étions pas du même état, il portait le frac et moi l’uniforme d’officier de chasseurs. Les Français sont communicatifs dans la mauvaise comme dans la bonne fortune, de sorte que tous les matins nous nous retrouvions avec plaisir sur cette place de Gand, comme de vieux rentiers vont au-devant les uns des autres, au Luxembourg ou à la Petite-Provence. M. Guizot parlait fort bien, je l’écoutais comme un oracle. J’étais alors un pauvre malheureux, qui, la tête tournée par l’étude de l’histoire de France, avait imaginé́ d’imiter les preux de Charles VII, qui préféraient suivre le roi de Bourges dans quelque bourgade du Languedoc, que de courir à Paris recevoir les faveurs de Henri VI, roi de France et d’Angleterre. Nous nous promenions sentimentalement, M. Guizot et moi, sur cette belle place de Gand. Quelquefois M. Guizot s’arrêtait et me disait, en me montrant l’hôtel où logeait Monsieur : “Je viens uniquement dans l’espérance d’apercevoir un instant ce bon prince, ce vrai chevalier, ce modèle de l’honneur. Ah ! les Français ne mériteront jamais le bonheur d’avoir un roi comme lui. (Je ne sais pas trop si M. Guizot ne pleurait pas en prononçant ces mots, tant il me paraissait ému.) Oui, ajoutait-il, les Français sont de grands coupables ; il faut les rendre heureux malgré́ eux, et, pour cela, il est nécessaire de les museler, et l’on n’y parviendra qu’au moyen des cours prévôtales.” Je n’avais jamais entendu parler de cours prévôtales dans mon régiment ; je priai instamment M. Guizot de m’éclairer à cet égard, et M. Guizot eut l’amabilité de m’apprendre fort en détail comment il entendait les cours prévôtales, dont il me démontra l’excellence. Comme j’étais militaire, je trouvai, ma foi, ce moyen de gouverner tout aussi bon qu’un autre. Qui m’aurait dit que quinze ans après, moi, devenu homme de bibliothèque, d’officier de chasseurs, je serais destitué par M. Guizot, devenu ministre de l’Intérieur de Louis-Philippe d’Orléans, et que je fusse destitué par lui pour avoir voulu rester fidèle à ce comte d’Artois, devant lequel j’avais vu M. Guizot en adoration contemplative ? » En 1815, il était secrétaire général du ministre de la Justice. Mazas témoigna, dans une polémique après la révolution de Juillet, de la part que prit Guizot dans la création des cours prévôtales en 1815. Son article était ainsi rédigé, dans une Réponse à M. Guizot : « Les feuilles ministérielles ont annoncé qu’il n’y avait rien de vrai dans la conversation qui eut lieu à Gand, en 1815, entre M. Guizot et moi, au sujet des cours prévôtales dont mon compagnon d’exil se montrait l’admirateur passionné ; j’ai répondu que si M. Guizot voulait signer sa dénégation, je répliquerais à mon tour ; les feuilles ministérielles se sont bien gardées de mentionner ma réclamation, et le nouveau ministre de l’Instruction publique a jugé convenable de garder le silence devant un tel défi. Est-ce dédain, est-ce prudence ? je l’ignore. Quel que soit le motif de cette réserve, je passe outre et je vais répondre comme si M. Guizot avait signé sa dénégation ; je ferai observer préalablement que mes Mémoires ont paru trois jours avant la formation du ministère dont M. Guizot fait aujourd’hui partie ; le trait rapporté par moi n’a donc pas été cité avec l’intention d’attaquer l’homme du pouvoir, en un mot, pour faire du scandale : je crois que cette circonstance est de nature à donner plus de crédit à mon assertion. Voici ma réplique. Il se faisait à Gand un Moniteur dirigé avec beaucoup de talent par M. Bertin, frère aîné́ de M. Bertin de Vaux. Ce Moniteur ne rapportait pas les conversations tenues sur la place publique ; mais il en existe un autre fait à Paris, commencé en 1789, et qui, depuis quarante-quatre ans, enregistre dans ses redoutables colonnes les moindres actions des hommes politiques et n’oublie aucune de leurs contradictions ; c’est dans ce Moniteur que je puiserai des preuves irrécusables du propos que j’ai, dit-on, faussement attribué à M. Guizot ; mais avant de les exposer je cède au désir qui me presse de rapporter une petite particularité que j’aurais dû produire en premier lieu comme l’accessoire obligé de mon récit, et dont j’ai conservé le souvenir, quoique le fait soit peu important, mais, dans la part de facultés intellectuelles dont chaque mortel se trouve plus ou moins partagé, il m’est échu une mémoire locale souvent désespérante ; je n’oublierai donc jamais que M. Guizot, quoique vêtu d’un frac noir, portait à Gand, sur le sommet de son chapeau, une cocarde semblable, sauf la couleur, à celle qu’il arbora le 31 juillet 1830, lorsqu’il fut bien certain que la victoire restait invariablement aux hommes du parti Lafayette. Je me promenais un soir sur cette place de Gand, où se réunissaient ordinairement tous les Français ; je tenais par le bras un officier de hussards, M. de Lamothe-Rouge, qui vit aujourd’hui retiré auprès de Lamballe ; M. Guizot nous accosta ; après les préliminaires d’usage, la conversation devint politique, chose naturelle, attendu les circonstances dans lesquelles nous nous trouvions ; M. Guizot, toujours courroucé contre les Français, en revint à la manière dont il fallait les mener au moyen des cours prévôtales. Lorsque M. Guizot nous eut quittés, M. de Lamothe-Rouge, franc et loyal comme un Breton qu’il est , me dit : “Savez- vous que ce monsieur noir n’y va pas de main morte !” J’allais visiter quelquefois M. le maréchal Viomenil (alors lieutenant-général). Un jour que M. Guizot m’avait rompu la tête avec ces cours prévôtales, je priai le vieux guerrier de m’expliquer ce que l’on entendait par les cours prévôtales, et je rapportai à ce sujet les belles phrases débitées par le professeur d’histoire : M. de Viomenil me répondit : “Ces hommes de plume sont terribles ; les cours prévôtales ne réussiront jamais en France, elles seraient impraticables.” Ces paroles m’étonnèrent d’autant plus que je connaissais fort bien la roideur du caractère de M. de Viomenil. Maintenant j’arrive au Moniteur. A mon retour de Gand, je fus mis tout simplement à demi-solde comme la plupart des officiers qui avaient suivi le Roi ; M. Guizot, mon camarade d’émigration, fut plus heureux ; on le créa maître de requêtes, puis secrétaire général du ministère de la Justice, sous M. Pasquier 1 ; il demeura même à ce poste lorsque M. Barbé Marbois prit les Sceaux le 26 septembre 1815. M. de Marbois resta à la Justice jusqu’au 10 mai 1816, qu’il fit au Roi la remise des sceaux, assisté, dit le Moniteur, du sieur Guizot, secrétaire général de la Justice 2. Or, dans l’intervalle de ces huit mois il se fit bien des choses au ministère de la Justice ; le projet de loi sur les cours prévôtales fut présente le 17 novembre 3 ; la loi fut adoptée, le 4 décembre 18154, par la Chambre des députés, et le 15 du même mois par la Chambre des pairs 5 ; personne n’ignore qu’un secrétaire général est toujours appelé́ par le ministre à coopérer à ses actes les plus importants, les projets de loi. Quoique je m’occupasse fort peu de politique, cependant je prêtai l’oreille lorsque j’entendis qu’il était question de cours prévôtales ; je ne pus m’empêcher de pousser une vive exclamation dans la maison où j’appris que la création de ces tribunaux extraordinaires venait d’être sanctionnée par une loi. Voilà donc décrété, m’écriai-je, l’établissement de ces fameuses cours prévôtales dont M. Guizot m’a tant parlé à Gand ; il en est venu à ses fins. “C’est naturel, me répondit-on, M. Guizot est secrétaire général du ministère de la Justice, il en aura sans doute fourni la première pensée, puisque, d’après ce que vous nous dites, c’était chez lui une idée fixe.” Cette particularité́ vint rappeler à mon souvenir toutes les conversations sentimentales que j’avais eues à Gand avec M. Guizot, elle les y fixa pour toujours ; c’est ce qui explique comment après dix-sept ans je me rappelle si bien un propos dont j’aurais sans doute perdu la mémoire sans cette coïncidence remarquable. Je dois ajouter que le projet de loi sur ces tribunaux exceptionnels ne fut pas élaboré uniquement au ministère de la Justice ; les ministres de la Guerre et de la Justice le préparèrent concurremment. La nature de la loi l’exigeait ainsi. M. Guizot fut nommé conseiller d’Etat après la promulgation de la loi qui instituait les cours prévôtales, et moi je restai en demi-solde. » Dans une Réponse de la Commission des condamnés pour délits politiques au discours que fit Guizot à la Chambre, le 16 novembre 1831, les auteurs rappelaient aussi dans ces termes cruels les antécédents de Guizot : « M. Guizot a dit à la tribune nationale […] : “Sans doute des conspirations ont eu lieu contre lui (Charles X) comme contre son frère ; la France ne s’y est pas associée. La France a laissé passer les conspirations et les insurrections ; elle a voulu voir et attendre jusqu’au bout ; elle a voulu savoir si ceux qui lui avaient donné la Charte, l’avaient acceptée pour leur propre compte. Ce sont les ordonnances de juillet qui lui ont appris qu’ils ne l’avaient pas acceptée. ”Alors la France s’est levée ; la France qui n’avait point pris part aux conspirations et aux insurrections ; la France qui s’était séparée des ennemis de la branche aînée des Bourbons, la France s’est déclarée alors, et la branche aînée des Bourbons est tombée dans la première bataille que la France a livrée contre elle.” Dire que la France a voulu voir et attendre jusqu’au bout… dire que la France s’était séparée des ennemis de la branche aînée des Bourbons, c’est insinuer trop clairement en vérité que la France fut aveugle et insensible jusqu’en 1830, et qu’elle improuva ceux de ses enfants qui entreprirent de la délivrer avant les ordonnances de juillet. Cette assertion, plus que hardie, est injurieuse à la France, qui n’a pas besoin de seize années d’épreuve pour juger ses rois, et aux nombreux citoyens qui croyaient bien mériter de la patrie en se dévouant pour l’affranchir d’un joug universellement détesté. La Commission des condamnés politiques doit répondre à cela. […] M. Guizot est un émigré de Gand ; M. Guizot était le secrétaire général du ministère de la Justice, alors que le ministère de la Justice laissait impunément égorger dans le Midi les protestants, coreligionnaires de M. Guizot qui ne risqua pas un seul mot, que nous sachions, pour la défense de ces malheureux ; M. Guizot fut l’un des principaux employés de la police de M. de Cazes, qui expédiait par le télégraphe l’ordre d’exécuter à mort un enfant de seize ans ; M. Guizot fut l’un des séides de la Première et de la Seconde Restauration. M. Guizot se sépara de la branche aînée des Bourbons, dès qu’il plut à la branche aînée des Bourbons de répudier ses services, et, comme ce Serforius du canapé s’imagine que la France est toute où il est, il proclame ingénument que la France se sépara des ennemis de la branche aînée des Bourbons, lorsque lui-même servit ces princes, et que la France se tourna contre eux, lorsque, repoussé par eux, il prit parti contre eux. […] » Guizot fut ensuite nommé maître des requêtes puis conseiller d’Etat, puis directeur général de l’administration au ministère de l’Intérieur. A la suite de l’assassinat du duc de Berry, il fut destitué de ses fonctions et retrouva son poste d’histoire à la Sorbonne, avant d’être destitué le 12 octobre 1822. Il retrouva son poste de conseiller d’Etat en 1828. Il fut élu député de Lisieux (Calvados) en janvier 1830. Il signa l’adresse des 221 et rédigea la protestation des députés, sitôt après la promulgation les ordonnances. On a souvent dit que Guizot fut « converti aux idées conservatrices par le spectacle de la révolution de 1830 ». Nous empruntons au Nouveau Dictionnaire des girouettes la notice biographique qui lui est consacrée et ainsi rédigée : « Secrétaire intime de l'abbé Montesquiou, agent secret de Louis XVIII sous l'Empire ; puis, à la Restauration, secrétaire-général de cet abbé, devenu ministre de l'Intérieur ; rédacteur de divers projets ministériels sur la liberté de la presse, la censure, l'imprimerie et la librairie.
»Les fameuses ordonnances de Charles X, du 25 juillet 1830, portent : “ART. 1er La liberté de la presse périodique est suspendue.
”ART. 2. Les dispositions des art. 1, 2 et 9 du titre 1er de la loi du 21 octobre 1814 sont remises en vigueur.”
»Or les art. 1, 2 et 9 de cette loi du 21 octobre 1814, invoquée par Charles X parjure, sont ainsi conçus : “ART. 1er. Tout écrit de plus de vingt feuilles d'impression pourra être publié librement et sans examen ni censure préalable.
”ART. 2. Il en sera de même quel que soit le nombre de feuilles, 1° des écrits en langues mortes ou étrangères ; 2° des mandements, lettres pastorales, catéchismes et livres de prière ; 3° des mémoires d’avocats ou d’avoués.
”ART. 9. Les journaux et écrits périodiques ne pourront paraître qu'avec l'autorisation du roi.”
»Cette loi est suivie d'une ordonnance du roi du 24 octobre, qui doit en assurer l'exécution. (Moniteur n° 298, année 1814.) Cette ordonnance nomme CENSEUR ROYAL M. Guizot, secrétaire-général du ministère de l'Intérieur.
»Ainsi M. Guizot a été, dès 1814, l'exécuteur d'une ordonnance qui mettait à exécution une loi contre la liberté de la presse, loi sur laquelle Charles X s'est appuyé pour foudroyer la presse en 1830, et M. Guizot a été ministre de la révolution qui a renversé Charles X !!! mais n'anticipons pas.
»Quand Napoléon revint, M. Guizot, resté à Paris, fut employé comme chef de division au ministère de l'Intérieur, sous Carnot. Le 14 mai 1815, on lisait dans le Moniteur : “Le ministre de l'Intérieur vient de faire quelques changements dans ses bureaux ; mais il est si faux que le refus de voter pour l'acte additionnel ait influé en rien sur cette mesure, que des employés qui ont signé oui, notamment M. Guizot, n'en ont pas moins reçu leur démission, tandis que d'autres employés, à qui leur conscience n'a point dicté un vote aussi empressé que celui de M. Guizot, n'en sont pas moins conservés. On connaît l'esprit de tolérance qui a toujours dirigé M. Carnot.”
»M. Guizot avait été compris dans cette épuration comme partisan secret des Bourbons. Ce fut alors qu'il regretta amèrement d'avoir signé l'acte additionnel. Voulant effacer ce témoignage de servilité, il se fit présenter le registre qui avait reçu les adhésions et versa une écritoire sur sa signature. Nous défions M. Guizot de nous donner un démenti. (Notes de la société Aide-toi.)
»Quoi qu'il en soit, M. Guizot, jugeant dès le 20 mai, comme il l'avoue lui-même, que la fortune était contre Napoléon, courut à Gand stipuler, dit-il, au nom de ses amis, Royer-Collard et autres, en faveur des libertés de la France, ou plutôt porter aux Bourbons exilés des dépêches qu'on ne pouvait confier à la poste.
»Revenu en France dans les bagages de l'ennemi, il obtint le secrétariat-général du ministère de la Justice, devint maître des requêtes en service extraordinaire, et passa ensuite au comité du contentieux en service ordinaire. Les protestants du Midi ne trouvèrent alors dans le secrétaire-général de la Justice ni l'attachement d'un compatriote ni les sentiments d'un coreligionnaire.
»Lancé, en 1817, dans la coterie des doctrinaires, il devint l'âme du ministère Decazes, et dut à l'amitié de ce favori le titre de conseiller d'Etat, des lettres de noblesse, la croix d'honneur et les fonctions de directeur-général de l'administration municipale et départementale.
»Le duc de Berry ayant été assassiné par Louvel, M. Decazes tomba, et M. Guizot fut entraîné dans sa chute. Rendu à la profession des lettres, il adressa des leçons sévères au pouvoir qui lui avait retiré ses faveurs. Nommé professeur au Collège de France, son libéralisme fit suspendre ses cours. C'est ce qu'il voulait. Il reprit avec éclat possession de sa chaire en 1828, et ses leçons attirèrent une foule considérable.
»On avait oublié l'homme de Gand, on ne voyait que l'historien persécuté, l'écrivain politique, le membre de la Société Aide-toi, le ciel t'aidera. Les électeurs de Lisieux l'appelèrent à la Chambre, et il vota l'adresse des 221.
»Dans les trois jours qu'a-t-il fait ? le 28 une protestation lâche, où il parlait de son dévouement à Charles X et à son auguste dynastie; le 30, une proclamation pour la lieutenance, que ses collègues adoptèrent, après avoir rejeté celles de MM. Bérard et Benjamin Constant, parce que la rédaction de M. Guizot était plus faible, plus décolorée.
»Devenu ministre par la victoire du peuple, M Guizot l'a été trois mois pour l'éternelle honte et le malheur de la France. (Ibidem.) Employez donc des doctrinaires ! »
Guizot participa à toutes les réunions de députés qui se tinrent chez Perier, Laffitte, Bérard et Audry de Puyraveau. Il laisse le témoignage suivant sur l’activité des réunions des députés : « Quand les regards se portaient hors de nos réunions et sur ce qui se passait dans les rues, l’urgence d’une solution apparaissait bien plus pressante encore. Le droit du pays violé et son honneur offensé, les sentiments justes et généreux avaient d’abord soulevé le public et déterminé les premières résistances. Mais les ennemis de l’ordre établi, les conspirateurs d’habitude, les sociétés secrètes, les révolutionnaires à toute fin, les rêveurs de toute espèce d’avenir s’étaient aussitôt jetés dans le mouvement et y devenaient d’heure en heure plus puissants et plus exigeants. Tantôt ils clamaient bruyamment leurs desseins, ne tenant pas plus compte de nous, députés, que si nous n’existions pas ; tantôt ils accouraient autour de nous, nous assiégeaient de leurs messages ou de leurs clameurs, et nous sommaient d’exécuter sans délai leurs volontés. Le 28 juillet au soir, pendant que nous étions réunis en très petit nombre chez M. Audry de Puyraveau, dans un salon du rez-de-chaussée dont les fenêtres étaient ouvertes, des ouvriers, des jeunes gens, des enfants, des combattants de toutes sortes entouraient la maison, remplissaient la cour, obstruaient les portes, nous parlaient par les fenêtres, prêts à nous détendre si, comme le bruit en courait, des agents de police ou des soldats venaient nous arrêter, mais réclamant notre prompte adhésion à leurs instances de révolution, et discutant tout haut ce qu’ils feraient si nous ne faisions pas sur-le-champ ce qu’ils voulaient de nous. Et ce n’était pas seulement dans les rues que l’esprit révolutionnaire se déployait ainsi en tous sens et à tout hasard ; il prenait pied le 29 juillet dans le sur pouvoir actif du moment, dans la Commission municipale établie à l’Hôtel de ville pour veiller, disait-on, aux intérêts de la cité : deux membres sur six se faisaient là ses interprètes, M. Audry de Puyraveau et M. Mauguin, beau parleur audacieux, prétentieux, vaniteux, sans jugement comme sans scrupule, très propre, dans ces jours de perturbation générale, à échauffer les fous, à intimider les faiblesses et à entraîner les badauds. Quelques esprits sensés et fermes, entre autres M. Casimir Perier et le général Sébastiani, essayaient de résister et se montraient résolus à ne pas devenir des révolutionnaires, même en faisant une révolution. Mais sans point d’appui fixe toute résistance est vaine, et ils n’en avaient aucun. Avec une rapidité incessamment croissante, le flot de l’anarchie montait dans les régions hautes et se répandait à grand bruit dans les régions basses de la société. » Guizot est l’auteur, entre autres, des Essais sur l’Histoire de France, Histoire de la Révolution d’Angleterre, Histoire de la civilisation en Europe et en France. Mémoires pour servir à l’histoire de mon temps, François Guizot, Les Grands Moments de l’Histoire, Robert Laffont, le Club français du livre, 1971. Mémoires pour servir à l’histoire de la révolution de 1830, Mazas, seconde édition augmentée, chez Urbain-Canel et Adolphe Guyoy, Paris, 1833, pp. 335-341 et 349-355 ; Réponse de la Commission des condamnés pour délits politiques au discours de M. Guizot du 16 novembre 1831, Corréard, imprimerie de Mie, 1831. Nouveau Dictionnaire des girouettes, Nos grands hommes peints par eux-mêmes, pairs, hommes d’Etat, hommes de lettres, généraux, évêques, chansonniers, préfets, journalistes, statuaires, ministres, députés, ambassadeurs, vaudevillistes, etc., par une girouette inamovible, à Paris, Lerosey, libraire, Palais-Royal, 1831, p. 389-393 ; La République clandestine, 1818-1848, Gilmore, Jeanne, Aubier, Paris, 1997.
Moniteur du 16 juillet 1815, n° 197, p. 808.
Moniteur du 11 mai 1816, n° 132.
Moniteur, 18 novembre 1815.
Moniteur, 8 décembre 1815, n° 342.
Moniteur, 19 décembre 1815, n° 353.