Herbart, Joseph
Biographie
Né vers 1810. En février 1833, une lettre d’un nommé Metres rapportait au roi les faits suivants, qui durent sans doute se passer dans la ville de Dunkerque : « Sire, J’ai recours à Votre Majesté, ayant déjà écrit plusieurs fois à monsieur le ministre et mes placets étant restés sans réponse. Depuis plusieurs jours seulement, Sire, je suis de retour de mes voyages sur mer et, après des informations prises sur le compte du jeune homme qui m’intéresse, j’ai su que, depuis deux ans et demi, il était toujours resté sans récompense. Il m’intéresse d’autant plus que j’étais l’ami de son père, qui était attaché au service de France et mort à la fleur de son âge après avoir fait douze ans dans les prisons de l’Angleterre. Il n’avait pas assez de service pour que sa pauvre veuve puisse avoir une récompense de l’Etat afin d’élever ses cinq enfants presque tous en bas âge. Les services du père sont restés anéantis. Mais j’espère que la clémence royale jettera les yeux sur le jeune fils. Ce jeune homme, Sire, auquel je m’intéresse, et qui vous intéressera j’en suis persuadé, se nomme Joseph Herbart. Jamais, Sire, il n’a osé réclamer, comme les autres l’ont fait dans toutes les villes, pour la belle conduite qu’il a tenue pendant les jours de juillet 1830 et j’ai la certitude qu’elle ne restera pas sans récompense. Oui, Sire, car vous avez l’âme trop belle et le cœur trop bon et trop loyal pour les sujets qui vous sont dévoués. Combien n’y en a-t-il pas eu, Sire, pendant les jours à jamais mémorables pour la France, qui se sont battus seulement pour se faire voir et sans courage. Au lieu que le jeune Herbart, Sire, âgé de vingt ans à cette époque, armé d’un seul pistolet, osa percer une multitude amassée de peut-être plus de dix mille homme et menaça de casser la tête à quiconque oserait toucher la noble bannière de la liberté. Tout le monde voulut s’opposer au placement du drapeau tricolore, qu’il avait pris je ne sais où. Qu’il vienne celui qui veut m’en empêcher, s’écria ce noble jeune homme, et, d’un élan, sans chapeau et couvert de sueur, il franchit l’espace, en repoussant et se battant contre ceux qui s’opposait à son passage. Il franchit, au péril de perdre vingt fois sa vie, les degrés de la tour de la mairie qui était gardée par tous les magistrats ; il se fait faire place par sa témérité et son courage et après des efforts inouïs parvient malgré toutes les oppositions à faire flotter dans les airs le noble étendard de la liberté. Aussitôt, Sire, il s’écrit, en saluant le peuple consterné de tant de courage, Français, voilà votre vrai drapeau ! Vive la liberté ! Vive la France ! Il descend, harangue le peuple qui, ému jusqu’aux larmes, le caressa beaucoup ; il parvint à les faire crier Vive la liberté ! Les mêmes paroles ne sont pas encore oubliées ici, Sire. Si ma lettre a enfin le bonheur de parvenir à Votre Majesté, j’espère que bientôt la noble étoile de la liberté brillera sur sa poitrine et que mon roi n’oubliera pas mon protégé et qu’il est honnête homme mais pauvre et le soutien de sa famille. Une petite pension à lui accordée ne ruinerait pas le gouvernement ; il y a tant d’hommes qui en ont et n’ont pas eu tant de mal pour la gagner. En septembre 1832, ce bon jeune homme a sauté dans le port de Dunkerque et il a eu le bonheur de sauver un enfant qui y était tombé par malheur. Pour récompense, il a été un mois dans son lit. Il dit qu’être utile à son pays et aux malheureux fait tout son bonheur. Il en trouve, dit-il, la récompense dans le fond de son cœur. Si votre intention, Sire, est de faire prendre des renseignements sur ces braves gens, tout le monde ici vous en donnera qui vous feront voir que ce jeune homme mérite vos bontés, par les actions qu’il a faites. » Archives nationales F/1dIII/58.