Heymès
Biographie
« [Le duc d’Orléans] vint de Neuilly à pied, accompagné de Berthois, l’un de ses aides-de-camp, et du colonel Heymès. Heymès était depuis quelque temps surnuméraire dans la conservation de la forêt de Villers-Cotterêts. Les événements l’avaient ramené à Paris. […] Heymès n’a pas médiocrement influé sur la détermination qu’a prise le duc d’Orléans de se rendre sans retard à Paris. C’est un homme de cœur et de résolution, et de tels hommes exercent toujours une grande influence dans les moments décisifs. » Odilon Barrot laisse le témoignage suivant sur la conduite de Heymès : « C’est à ce titre que j’assistai à la dernière péripétie de ce drame de trois jours. Un des régiments de ligne, qui avaient gardé dans les deux jours précédents une sorte de neutralité, était posté sur le boulevard des Capucines. Un ancien officier, le colonel Aymès, qui avait, je crois, occupé dans ce régiment un grade élevé et qui en connaissait personnellement les officiers et les soldats, s’avança vers eux seul et désarmé et, par quelques paroles empreintes d’une franchise et d’une énergie toute militaire, les décida à se prononcer en faveur de la Charte. Ce fut une grande joie dans notre réunion lorsqu’on vint nous annoncer que ce régiment était arrivé dans la cour et que ses officiers demandaient à nous être présentés et à s’expliquer devant nous. Ces braves gens étaient combattus par deux sentiments contraires qu’ils exprimaient non sans quelque embarras. Ils ne voulaient pas, disaient-ils, combattre plus longtemps contre leurs concitoyens et pour une cause qui n’était pas celle de la loi. C’était là le motif d’une démarche qui leur coûtait comme soldats; ils regardaient, d’un autre côté, comme un devoir de ne pas se battre contre les camarades qui étaient restés sous le drapeau de la cour et nous suppliaient de ne pas exiger d’eux un acte qui blesserait leur honneur militaire. A quoi M. Lafitte, dont la fortune financière et politique a beaucoup tenu à la grâce personnelle dont il était doué, leur répondit que l’honneur de l’armée était le trésor le plus précieux de la France et que pas une voix ne s’élèverait parmi les amis de la liberté pour leur demander rien qui pût porter la plus légère atteinte à cet honneur. Ces officiers parurent satisfaits et se retirèrent. Des vivres et du vin furent distribués à leurs hommes qui en avaient grand besoin. Pendant les trois jours, il paraît que les troupes manquèrent de rations et que ce fut là une des causes de leur démoralisation. » Souvenirs historiques sur la révolution de 1830, Bérard, Paris, Perrotin, 1834, p. 127-128 ; Mémoires posthumes de Odilon Barrot, tome premier, deuxième édition, Paris, chez Charpentier, 1875, tome 1, p. 107.