Hutteau d’Origny
Biographie
« Un détachement de la garde nationale, ayant à sa tête M. Hutteau d’Origny, maire du (ancien) VIe arrondissement, s’est emparé du poste de l’Abbaye. » Dans sa déposition devant la Cour pairs chargée de juger les anciens ministres de Charles X, le préfet de la Seine, Chabrol, déclara que le 28 juillet, il avait reçu la visite de Hutteau et de Marchand, tous deux maires d’un arrondissement de Paris, qui lui demandèrent de réorganiser la garde nationale. On peut lire dans le manuscrit de Victor Crochon le récit suivant de sa participation aux combats de Juillet : « Nous lisons ce qui suit dans le rapport de M. le comte Bastard à la Cour des pairs : “Des offres avaient été faites au duc de Raguse de réunir la garde nationale au chef-lieu de chaque mairie et de lui confier la surveillance de chaque arrondissement. Ce fait important est confirmé par les dépositions de MM. Petit, maire du (ancien) IIe arrondissement, et Wurtz, libraire. Le mercredi, dit le premier, plusieurs gardes nationaux me demandèrent s’ils devaient s’armer. J’étais fort en peine à cet égard. Je ne pouvais leur donner aucun ordre. Je me rendis aux Tuileries auprès de M. de Polignac, je lui fis connaître l’objet qui m’amenait. Il me dit : “Allez tout de suite trouver M. le maréchal.” Je le trouvais sur la place du Carrousel. Je lui fis part du désir des gardes nationaux de mon arrondissement. M. le maréchal me répondit que déjà plusieurs personnes l’avaient consulté sur ce point mais qu’il ne pouvait donner aucune instruction, et il ajouta qu’il pourrait y avoir du danger pour ces gardes nationaux. MM. Wurtz, Dequevauvilliers, avocat et Hutteau d’Origny, maire du (ancien) Xe arrondissement s’étant également rendus auprès du maréchal, lui demandèrent avec insistance l’armement de la garde nationale. “Je ne puis accéder à votre demande, répondit-il. Qu’avant tout, le peuple rentre dans l’ordre. Et d’ailleurs si l’on abusait du rétablissement de la garde nationale, en y introduisant de mauvais sujets, ne pourrait-on pas compromettre la sûreté de l’Etat ? Ce que vous avez à faire de mieux est de dire aux habitants de se retirer chez eux. Vous serez à peine hors du château que déjà vous entendrez sonner le canon.” » Le maréchal Marmont donna connaissance de l’avis suivant, suite à ces propositions : « Le maréchal duc de Raguse, gouverneur de la 1re division militaire, major général de la garde royale, commandant de Paris en état de siège. Divers rapports annoncent que des personnes bien intentionnées de l’ancienne garde nationale ont cru pouvoir se réunir pour concourir au rétablissement de la tranquillité dans Paris. L’autorité militaire ne peut accepter leur concours car aucune organisation de la garde nationale n’a été ordonnée par le roi, et la présence de gardes nationaux dans les groupes serait plus nuisible qu’utile. La seule chose que doivent faire dans ces circonstances les bons citoyens est de se tenir renfermés chez eux et de contribuer par leur absence à la diminution des groupes qui troublent la tranquillité de la capitale. Au quartier-général, Paris, le 28 juillet 1830. Le maréchal, duc de Raguse. » Dans ses Mémoires, Marmont écrit qu’il avait convoqué, le 29 juillet au matin, tous les maires et adjoints de Paris, « pour les envoyer parcourir les environs des Tuileries et parler au peuple. Mais il est pénible de n’avoir à citer que MM. Hutteaux d’Origny, maire du Xe arrondissement, Olivier, adjoint au Xe, Petit, maire du IIe, Delagarde, adjoint au XIe : ce furent les seuls qui se rendirent à ma convocation. » On trouve dans les mêmes Mémoires de Marmont, le passage suivant sur Hutteaux d’Origny le 29 juillet vers 13 heures quelques minutes avant la prise du Louvre et alors que Marmont était en face de la rue de Richelieu et pas dans le Louvre, où les troupes étaient retranchées : « Un groupe nombreux s’avançait dans la rue de Richelieu, faisant un feu assez vif, et déjà était arrivé à la hauteur du passage Saint-Guillaume. Le capitaine d’artillerie, commandant la pièce de canon placée dans cette direction, me fit demander l’autorisation de tirer sur le rassemblement. Je me rendis moi-même près de la pièce et j’examinai avec attention ce rassemblement, dont le feu redoubla à ma vue. Ayant remarqué des femmes dans le groupe, je défendis de tirer. Voulant cependant arrêter les hostilités sur ce point, je donnai l’ordre au chef de bataillon de la Rue, mon aide de camp, d’aller parlementer et d’annoncer à ces individus qu’on était en négociation, mais que s’ils avançaient davantage on tirerait sur eux. Cet officier parvint à faire cesser le feu. Les Parisiens crièrent : Vive le roi ! vive la Charte ! et firent le même accueil à M. Hutteaux d’Origny, l’un des maires, qui, l’ayant suivi revêtu de son écharpe, bravait avec un grand sang-froid les balles qui sifflaient et ricochaient le long des maisons. » Histoire de la révolution des 27, 28 et 29 juillet 1830, Fayot, tome premier, Paris, Hocquart jeune éditeur, 1830, p. 69 ; Bibliothèque historique de la Ville de Paris, manuscrits, 8-ms-1025, ouvrage de Victor Crochon, f° 247, 249 ; Procès des derniers ministres de Charles X, tome Ier, Paris, chez Audot, 1830, déposition de Chabrol, préfet de la Seine, p. 445-446 ; Mémoires du maréchal Marmont, duc de Raguse, de 1782 à 1841, tome VIII, Paris, Perrotin, 1857, p. 258, 261.