Journeaux, Jacques
Biographie
Né le 24 avril 1803 à Etoges (Marne). Il participa à la révolution de Juillet puis, sitôt après, partit combattre en Belgique pour aider la révolution belge à s’imposer. Il ne put, en conséquence, faire valoir ses droits auprès de la Commission des récompenses nationales. Il fut nommé capitaine, le 17 décembre 1830. Il était porteur du certificat suivant, à en-tête de la 1re brigade de l’Armée de la Meuse : « Moi, général commandant ladite brigade, certifie à tout ce qu’il appartiendra que le sieur Journeaux, Jacques, capitaine, s’est trouvé près de Waelhem, Contich, Vieudieu, Berghem, Anvers, Eitschen et sous les murs de Maestrich, que dans toutes les circonstances et combats, il s’est comporté d’une manière à mériter l’estime de ses chefs supérieurs, comme soldat et officier distingué. En foi de quoi, je lui ai délivré le présent, ne relatant que la vérité et des faits dont j’ai été témoin, pour lui servir et valoir au besoin. » Signé, le 25 mai 1831 : Mellinet, général commandant l’artillerie bruxelloise et la 1re brigade, chef de l’état-major général. Boucher, colonel commandant la place de Namur, ajoutait certifier que Journeaux avait « toujours servi avec honneur pendant son séjour à Namur ». Le 25 novembre 1831, lors d’un retour de Belgique, il faisait parvenir la lettre suivante à la Commission des récompenses nationales du (ancien) IIIe arrondissement : « Le sieur Journeaux, Jacques, aujourd’hui capitaine en Belgique, ci-devant et jusqu’en juillet 1830, demeurant à Paris, rue du Sentier n° 18, a l’honneur de vous exposer que lui aussi fut un de ceux qui combattirent pour le triomphe de nos libertés. Dès le 26 juillet, aussitôt qu’il eut connaissance des fatales ordonnances, il s’aboucha avec ses amis afin d’aviser aux moyens d’opposer une résistance assurée aux actes du despote. Il se porta au Palais-Royal avec M. Baron, cité Bergère n° 5, où il faillit être arrêté près du bureau du Régénérateur. Le 27, il se porta au ministère des Affaires étrangères et fut avec plusieurs citoyens, entre autres le nommé Charles Gaillot de Gonesse, prendre des ordres chez M. Casimir Perier. Là, on nous répondit que ces messieurs étaient réunis et délibéraient pour se rendre à Saint-Cloud. Il a subi une charge de gendarmes, dont il faillit être la victime, ayant voulu débarrasser son ami M. Gaillot, qui venait d’être arrêté par eux. Il se porta de là au Palais-Royal, en faisant entendre le cri de résistance, qui l’animait et en y invitant tous les citoyens. Le 28, armé d’un fusil de munition dès le matin, il fut sur le boulevard Poissonnière, où il trouva un de ses amis, M. Rey et chargèrent ensemble conte les Suisses du poste des Menus-Plaisirs, qui furent faits prisonniers. De là, il se joignit à plusieurs autres citoyens à la mairie des Petits-Pères et il se porta à la place de la Bourse. De retour à la place Victoire, il fut du nombre de ceux qui désarmèrent le poste de la Banque. Etat renté au poste des Petits-Pères, il fit partie d’un nouveau détachement, dont faisaient également partie les sieurs Blanchard (voir sans doute Blanchard, Jean-François, qui demeure dans la même maison que lui ?), Duval (lequel ? Duval, Edmond né en Belgique ?), Bastide (lequel ?) etc., qui fut envoyé à la rue des Prouvaires, où ils eurent à soutenir un feu très vif contre le 15e léger, qui les dispersa. Il revint par la rue Montmartre, dans les constructions du passage du Saumon, d’où il tira sur les Suisses qui arrivèrent jusqu’à la rue Mandar. Il fut ensuite rue de Cléry derrière la diligence qui servait de barricade et d’où il tira sur la ligne qui descendait la rue Montmartre pour faire jonction avec la troupe de la place des Victoires. De retour au poste des Petits-Pères, il continua le service de la manière la plus active, tant dans les patrouilles de nuit que pour la confection des barricades. L’exposant fit également partie, le 29, du détachement qui alla combattre au Palais-Royal et qui y fit des prisonniers qui furent ramenés à la Banque et envoyés de là aux Petits-Pères. Il était également au poste lorsque M. le général Laborde vint pour exiger la soumission des gardes royaux enfermés dans l’intérieur de la Banque ; la foule qui suivait le général était immense et aurait pénétré dans l’intérieur de la Banque si l’exposant ne l’eût contenue avec son arme, aidé d’un homme armé d’une lance. Depuis ce moment jusqu’au 15 août il a fait partie de l’état-major de la IIIe légion et a souvent été de garde en qualité d’officier. Aussitôt qu’a éclaté la révolution belge, il a volé à la défense de la liberté et il est parvenu au grade de capitaine. D’après tous ces faits, messieurs, l’exposant croit avoir des droits à la décoration accordée par la loi du 13 décembre 1830 comme récompense nationale. M. Odieuvre (voir Odieuvre, Louis, Jean) avait pendant son absence fait pour lui près la Commission, qui n’en n’a pas tenu compte, une réclamation qui a été signée de plusieurs décorés de Juillet. » Il lui fut répondu que sa demande était posée trop tardivement et que le travail de la Commission était terminée. Odieuvre avait, en effet, protesté, dès la parution de la liste des décorés, en ces termes auprès de la Commission : « Quelques omissions, sans doute involontaires, ont été faites dans le travail de la Commission. Plusieurs braves de Juillet ne figurent point sur la liste qu’elle a présentée pour la croix spéciale. Permettez-moi, messieurs, au nom d’une justice que vous aimez comme nous, je l’espère, de vous soumettre une réclamation qui aussi sincère que désintéressée. Je n’ai point trouvé, en parcourant cette liste, le nom de M. Journeaux, rue du Sentier n° 18. Il est maintenant officier en Belgique. Devons-nous oublier, parce qu’il est absent un citoyen qui défend encore aujourd’hui la cause que nous avons fait triompher, qu’il a défendue avec nous avant d’aller exposer sa vie à l’étranger ? Vos cœur, messieurs, ressentiraient trop l’injustice d’un pareil oubli. » Signé le 9 mai 1831 : Odieuvre (voir plus haut), décoré de Juillet. Suivait le certificat suivant : « Nous, soussignés, citoyens portés pour la décoration de Juillet, nous nous joignons avec plaisir à M. Odieuvre, notre lieutenant dans les mémorables journées de Juillet, en faveur des honorables citoyens qui y sont désignés et plus particulièrement pour le sieur Journeaux, dont la belle conduite nous est parfaitement connue. » Signé : Renée, A. (voir Renée, Amédée, Lambert ?) ; Blanchard ; Duval (lequel ?) ; Moutardier (lequel ?) . Journeaux continua sans doute de servir dans l’armée belge puisque le 16 octobre 1835, sa démission du 3e régiment d’infanterie de ligne fut acceptée par le ministère belge de la Guerre. Par arrêté royal en date du 2 avril 1835, il fut décoré de l’ordre belge de la Croix de fer. Il participa à la Révolution de Février et déposa un dossier devant la Commission des récompenses nationales instituée après la Révolution de Février, le 16 mars 1848, donnant les explications suivantes : « […] Si mes pièces ne vous suffisent pas, vous pouvez invoquer le témoignage des citoyens Rey, actuellement à l’Hôtel de ville, Gobin, capitaine au 74e régiment d’infanterie de ligne (voir Gobin, Ferdinand, Jean-Baptiste ? si oui reporter), Blanchard, rue de la Victoire 36, Laugier, Mercier, Mlle Boucaut à Boulogne près Paris, tous décorés de Juillet et avec qui j’ai combattu. Et s’il vous fallait d’autres témoins je suis à même de vous en donner, du reste mon patriotisme est connu et ne date pas seulement de 1830. Je ne vous parlerai pas de ce que j’ai souffert pour mon opinion républicaine ni de ce que j’ai fait les 22, 23, 24 février, je n’ai pu me servir d’armes, ayant eu le malheur de me casser l’épaule le 21 novembre dernier, mais je n’ai pas quitté les barricades et ma voix s’est fait entendre. J’attends tout de votre justice, citoyens, pour redresser l’injustice commise à mon égard en 1830, en m’admettant au nombre des camarades près desquels j’ai combattu. Ma position me met dans la nécessité de solliciter par votre entremise près du gouvernement un emploi de comptable à la Poste, aux ministères ou dans une mairie, pour tenir un des bureaux gratuits de renseignements qui s’organisent (travail que je connais) ou tout autre emploi qui lui conviendra en rapport à mes capacités. » Il joignait à sa demande le certificat suivant : « Nous, soussignés, certifions que pendant les journées des 22, 23 et 24 février, nous avons vu le citoyen Journeaux au ministère des Affaires étrangères, où il faillit être victime de son zèle patriotique dans une charge qui fut faite par la garde municipale à cheval. Près de lui un homme fut blessé. De plus, nous l’avons également vu parcourir les barricades des rues Saint-Merri, Sainte-Avoye, Rambuteau et Beaubourg ; à cette dernière barricade, il faillit être tué par les chasseurs d’Afrique, qui le mirent en joue lorsqu’il les haranguait. Ce citoyen est justement recommandable sous tous les rapports et surtout pour la part active qu’il a prise pour la conquête de la république. » Signé, le 13 juin 1848 : Dambreville, médecin, demeurant 17, rue Vieille-du-Temple. Suivaient plusieurs apostilles. La première : « Je certifie avoir vu le citoyen Journeau aux barricades de la rue Sainte-Avoye, les 23 et 24 février, de même j’ai eu connaissance de sa conduite en 1830. » Signé, le 14 juin 1848 : Lievermans, demeurant 24, rue Sainte-Avoye. La deuxième : « J’atteste qu’une partie des faits relatés ci-contre sont à ma connaissance et que le citoyen Journeaux, depuis que je le connais, a toujours manifesté une opinion républicaine. » Signé, le 14 juin 1848 : Gay, François (ou peut-être Rey, François ?), 7, rue Michel-le-Comte. La troisième : « J’atteste avoir vu le citoyen Journeaux aux barricades de la rue Rambuteau et depuis 1830 j’ai connaissance de son dévouement pour la cause démocratique. » Bidault, Léon (voir Bidault, Léon, Alexandre), décoré de Juillet et blessé de Février, et Fontaine, demeurant 9, rue du Grenier-Saint-Lazare et Séguin, J., blessé et amputé apposaient aussi leur signature. Il fut recommandé par la Commission pour un emploi de régisseur dans une propriété nationale. Il agrémentait sa signature des trois points maçonniques. En 1848 Thomas, Romain, François, Nicolas, autre combattant de Juillet puis de Belgique, donnait son adresse à la Commission des récompenses nationales pour lui envoyer le courrier le concernant. Il était célibataire en 1848. Il demeurait 18, rue du Sentier en 1830 ; 100, rue Montmartre en 1831 ; 7, rue Saint-Martin en 1848. Pasinomie ou collection complète des lois, décrets, arrêtés et règlements généraux qui peuvent être invoqués en Belgique, 3e série, Liste nominative de 1031 citoyens proposés pour la croix de fer par la Commission des récompenses honorifiques (sous le numéro 504), Bruxelles, 1835 ; Archives de la préfecture de police AA 395 ; Archives de la préfecture de police AA 415 in dossier Thomas, Romain, François, Nicolas.