Journeux, Claude
Biographie
Né le 25 janvier 1799 à Paris. Bijoutier. Il déposa un dossier devant la Commission des récompenses nationales instituée après la Révolution de Février, et qui nous donne quelques indications sur sa participation à la révolution de Juillet. Il était en effet porteur de plusieurs certificats qui attestaient de sa participation aux combats de Juillet. Le premier certificat, ainsi rédigé : « Je, soussigné, certifie que le nommé Journeux, Claude, qui travaillait chez moi à l’époque des ordonnances de Juillet, avec les nommés Lecomte, Billoux et Langrade, au premier signal du combat, a quitté spontanément ses travaux pour courir à la défense de la liberté, qui menaçait d’être engloutie ; que s’étant joint à ses trois camarades d’atelier, il marcha, revêtu de son uniforme national, vers la tour Saint-Jacques dans le but d’y obtenir des munitions qu’on y distribuait à ceux qui étaient armés ; que le 29 juillet au matin lui et ses camarades s’étant joints à une colonne formée sur la place des Victoires, ils se dirigèrent sur le Louvre et que pendant toute l’attaque de cette place et de celle des Tuileries il ne cessa de prendre part au combat. » Signé, le 15 juin 1831 : Faucheur, demeurant 26, rue aux Ours. Le deuxième certificat, ainsi rédigé : « Nous attestons que le sieur Journeux, Claude, bijoutier, a, dans les journées de Juillet, marché à nos côtés tout le temps qu’a duré l’attaque du Louvre et des Tuileries et qu’il y est entré par la porte de la colonnade avec nous et qu’ensuite il a marché sur les Tuileries, dont nous nous emparâmes en peu d’instants ; que de là nous nous dirigeâmes sur la rue de Rohan, qui tenait encore et qui céda à nos efforts auxquels il joignit les siens. » Signé, le 12 juin 1831 : Desale (voir Desalle, Toussaint, Henri, César, Emile), « blessé le 29, décoré de la Croix de Juillet » », commis chez M. Ternaux, demeurant 3, rue des Fossés-Montmartre ; Desjardins, Alexandre (voir ce nom), capitaine au 15e léger, chevalier de la Légion d’honneur et décoré de Juillet, demeurant 46, rue de Cléry ; Lecomte, militaire au 3e léger d’infanterie, 1er bataillon, 4e compagnie à Paris. Le troisième certificat, ainsi rédigé : « Je certifie que mon ami Journeux, Claude, bijoutier, a combattu constamment à mes côtés dans la journée du 29 juillet 1830 au Louvre et qu’il a aidé de toutes ses forces les assaillants à s’en emparer et qu’à la suite de cette prise nous nous dirigeâmes sur les Tuileries, qui ne tardèrent pas à se rendre et qu’ensuite nous enfonçâmes avec lui une porte cochère de la rue de Royan pour monter dans la maison afin de tirailler sur des gardes royaux qui étaient dans la maison en face, jusqu’à leur entière expulsion. Il me rappelle qu’en poursuivant les Suisses qui s’étaient réfugiés dans la longue galerie des tableaux, deux fois il fut obligé de se battre avec des malfaiteurs, afin d’empêcher qu’ils n’abîment des tableaux. » Signé, le 24 mai 1831 à Saulieu : Billoux, ouvrier bijoutier. Le troisième certificat, ainsi rédigé : « Nous certifions que le sieur Journeux, Claude, bijoutier, a revêtu, dans les journées de Juillet, son uniforme de la garde nationale, sur les contrôles de laquelle il était inscrit depuis 1821 et qu’il a monté avec nous la première garde à l’état-major, place du Carrousel, après la prise des Tuileries, à laquelle il a concouru de tous ses moyens. » Signé (sans date) : Guignon illisible, restaurateur, demeurant 4, rue Neuve-des-Petits-Champs ; Langlet, restaurateur, demeurant 15, rue Neuve-des-Petits-Champs. Journeux adressa la demande suivante à la Commission des récompenses nationales instituée après la Révolution de Février : « C’est à titre d’invalide républicain mis hors de combat par quinze ans de fatigues soutenues pour faire prévaloir nos principes que je m’adresse à vous pour échapper aux angoisses de la misère. J’ai l’honneur d’être particulièrement connu des citoyens Grandménil et Martin Bernard, qui savent que j’ai pris part depuis 1830 à toutes les combinaisons ayant pour but le renversement de la monarchie. Les pièces ci-jointes, dont la plus récente date de dix ans, vous prouveront l’authenticité de ces faits. Si je n’étais atteint d’une affections du cerveau depuis cinq ans, qui me prive de l’usage de mes jambes et par conséquent m’empêche de me livrer à aucun travail, je ne demanderais rien aujourd’hui sinon de l’ouvrage, mais, je vous le répète, je suis hors d’état d’accomplir une besogne quelle qu’elle soit. Depuis de longues années, moi et ma mère, qui a soixante-quatorze ans et qui est presque aveugle, nous vivions à grand-peine de travail de ma femme et de mes filles, mais depuis la crise commerciale tous les travaux ont cessé et comme nous n’avons pas d’avances nous en sommes réduits à vendre nos effets pour vivre ; ressource qui sera bientôt tarie car nous n’avons pas de superflu de côté plus que d’autres. Je m’adresse donc à vous, plein de confiance pour venir en aide à un vieil invalide de la république, notoirement connu par plusieurs d’entre vous. » On trouve dans son dossier trois lettres écrites par des militants républicains importants. La première lettre, écrite par Cabet, depuis Londres, le 3 juin 1836 : « Je suis bien coupable envers vous, mon cher Journeux mais je compte sur votre amitié pour être excusé. Ma vie est si monotone et si peu intéressante que je suis devenu d’une paresse extraordinaire pour écrire à mes amis. Je vous remercie des lettres que vous m’avez envoyées. J’ai appris avec satisfaction que toutes les affaires de notre malheureuse association étaient liquidées. On a bien fait de tout vendre et de disposer comme on l’a fait de ce qui restait sur le produit. Ce résultat de tant d’efforts de la part des amis du peuple est bien douloureux mais il faut se résigner sans perdre courage. La cause de la justice et de l’humanité ne peut manquer de triompher un jour. Quand vous pourrez me donner de vos nouvelles vous me ferez toujours grand plaisir. Recevez l’assurance de mon amitié. P. S. Je voulais écrire à M. Cormenin mais je ne le puis aujourd’hui ; faites-lui, je vous prie, mes compliments. Le voyageur est arrivé en bonne santé et me charge aussi de ses compliments pour vous. » La deuxième, écrite depuis la prison du Mont-Saint-Michel, le 12 février 1840, par Charles (à retrouver) et ainsi rédigée : « Mon cher Journeux, je n’en suis pas moins au Mont-Saint-Michel et comme les camarades, seul dans une petite chambre en attendant l’expiation de mes cinq grandes années pour ensuite commencer la courte surveillance que MM. les pairs m’ont appliquée. Depuis mon arrivée, je ne me suis pas encore ennuyé. Les allées et venues que la mer fait à chaque instant, sur cette belle plage qui borde les approches de Grandville, d’Avranches, de Pontorson m’ont distrait jusqu’à présent. Mais c’est pas tout que de flatter la vue, il faut aussi nourrir l’esprit et tâcher de le faire avec fruit. Pour cela il me faut des livres. Je n’en n’ai pas. Ce n’est pas moi qui pourrait en faire. Je ne m’adresserai pas à mes collègues marchands de vins à Paris, qui comme moi autrefois préféraient des tonneaux pleins aux plus beaux ouvrages de littérature. Ainsi, c’est bien arrêté, c’est à vous que je m’adresse […]. Voyez pour moi votre patron et vos voisins. Par vous ils apprendront ce qu’il me faut, du moins je pense qu’ils feront leur possible. Si contre mon attente des circonstances imprévues faisaient que vos démarches fussent infructueuses je vous prierais d’accompagner ma mère afin qu’elle m’en achetât quelques-uns, tels que des traités d’agriculture, par nos meilleurs auteurs, la géographie, les voyages autour du monde, par exemple ceux de M. Arago, enfin pas du roman. Si j’avais dans ma cellule toutes les histoires et les différents traités, je choisirais bien ceux qu’il me faut. Mais jusqu’à présent toutes les futailles amoncelées devant moi m’ont empêché de voir le catalogue. J’aimerais beaucoup des traités de réforme mais je pense qu’ils n’entrent pas en prison. Enfin, faites pour le mieux et que ça me coûte peu. Je suis, en attendant, votre ami. Je n’ai encore pu voir aucune de nos camarades la suite du manuscrit est brûlée. » Signé : Charles jeune illisible ou Charlet jeune. La troisième, écrite par Lamennais et ainsi rédigée, le 10 novembre 1836 : « Mlle Grouvelle m’écrit, monsieur, que M. Garnier-Pagès craint que les prisonniers ne soient blessés de la première phrase de la circulaire rédigée, selon moi, avec une si parfaite mesure par M. Cormenin [dont Journeux était le secrétaire, N.D.A.]. Cependant demander au nom de quelqu’un ne signifie nullement être chargé par quelqu’un de demander. Au reste, si cette expression choquait, on pourrait y en substituer une autre ; on pourrait dire, par exemple : “Profondément émus des souffrances des pauvres détenus politiques, nous venons demander, etc.” Bref, peu importe la tournure, pourvu que personne n’en soit mécontent. Je serais d’avis de changer un mot dans la dernière phrase. Au lieu de Jamais cause ne fut plus digne de nos sympathies, j’aimerais mieux Jamais malheurs ne furent plus dignes de nos sympathies ; Ce qui au fond dit la même chose, d’une manière plus générale. Mais il y a cette différence que si l’on demande au nom d’une cause politique, plusieurs personnes répondront : cette cause n’est pas la mienne, et en conséquence je ne donne pas ; tandis que personne n’oserait refuser de soulager des malheurs qui peuvent tour à tour atteindre des hommes de tous les partis. Ceci, monsieur, n’est qu’une simple observation, qu’au vu du succès de la souscription qu’on se propose d’ouvrir, je soumets aux personnes qui doivent s’en occuper. Recevez, monsieur, l’assurance de mon affectueux dévouement. » Lamennais, F. Il fut recommandé par la Commission pour que sa femme obtînt une direction de postes dans un canton des environs de Paris. Il était marié et père de deux enfants en 1848. Il était franc-maçon. Sa fiche du fichier maçonnique Bossu renseigne à son sujet : « Secrétaire de M. Cormenin, député, et le soir il tient les livres d’une fabrique de bijouterie dans laquelle il est associé pour un tiers. Signe son oblig... comme dép. de a L... Trinité indivisible. O... de Paris le 30/10/1835. A son sujet le f...Tardieu note dans un rapport du 7/12/1835 au G...O... que la loge est composée de jeunes exaltés et le f... Journeux ne se défend pas lui-même d’être un homme du mouvement mais, et c’est pour quoi il a été choisi, il est tout de même le plus sage et le plus modéré d’entre ses membres. » Il demeurait 21, rue Montorgueil en 1836 ; 51, rue des Vieux-Augustins en 1848. Archives de la préfecture de police AA 395.