Kersausie (Guillard de), Joachim, René, Théophile

Biographie


(1798-1874). Petit-fils de La Tour d’Auvergne. Membre de l’Association de janvier 1830 et combattant de Juillet, selon Morhéry. Morrhéry devait écrire au sujet de l’Association de janvier 1830 dans Réponse aux outrages et aux calomnies dirigées contre moi : « Au commencement de janvier 1830, prévoyant le coup d’Etat dont la liberté était menacée, et voulant organiser des moyens de défense contre les mesures sanglantes que préparait le pouvoir, quelques patriotes, parmi lesquels je citerai MM. Danton) (voir Danton, Jean-François), Sempoil (voir ce nom), Divel (voir Divel, Amand, Adolphe), Guérin (voir ce nom), tous combattants de juillet, arrêtèrent en commun avec moi le projet de former une association ayant pour but de faire tourner au profit du peuple les tentatives qu’on pourrait oser contre lui. Nous fîmes à ce sujet des ouvertures à plusieurs généraux qui nous donnèrent de belles promesses, mais ne voulurent jamais rien entreprendre. Enfin M. Danton (voir Danton, Jean-François) nous proposa d’en parler à l’auteur de la Guerre nationale, qu’il connaissait particulièrement, M. Auguste Fabre, et il avait un titre bien glorieux encore, celui de frère du grand écrivain, de l’illustre patriote dont la France déplorera longtemps la perte, de Victorin Fabre. Nous acceptâmes. M. Danton lui fit part de nos desseins. On convint qu’il commanderait en second l’association, et qu’il nous mettrait en rapport avec le général Lafayette que nous choisîmes pour commandant en chef. MM. Danton, Sempoil et moi, promoteurs de cette société patriotique, en formions le comité supérieur. Seuls nous avions des rapports directs avec les deux commandants. En très peu de temps nos ventes se répandirent parmi les citoyens de toutes les classes, députés, militaires, ouvriers et étudiants. Je pourrais donner les noms d’un grand nombre de pompiers qui livrèrent leurs armes à leurs coassociés au moment du combat de juillet ; mais je crains d’être taxé d’indiscrétion ; et pour le même motif je passe sous silence le nom de plusieurs députés et d’un grand nombre de militaires. Qu’il me suffise pour le moment d’appeler en témoignage quelques-uns de mes compatriotes qui tous, moins les absents, ont pris une part active à notre révolution. Tels sont MM. Emile Lebreton (voir ce nom), Guilhem (voir ce nom), fils du député, et le brave Kersausie qui, à la première nouvelle des ordonnances, insurgea le 4e régiment de hussards dans lequel il était capitaine. Faut-il ajouter à ces patriotes MM. Le Calvé (voir ce nom), de Saint-Brieuc, qui s’est si bien montré en juillet ; Martin (voir ce nom), Genest (voir ce nom), Boullé (voir Boulay, Séverin, Constant) de Saint-Malo ; Richard (voir ce nom), Bertrand (voir Bertrand, François), décoré de juillet ; Jules Bernard (voir ce nom), fils du député ; son père (voir Bernard de Rennes, Louis, Désiré), maintenant conseiller en Cassation ; son oncle (voir ce nom), ex-préfet des Hautes-Alpes, et le malheureux Papu (voir Papu, Nicolas, François), de Rennes qui remplaça dans ma vente mon compatriote Sébilot (voir Sébillot, Pierre), maintenant médecin à Matignon ; enfin Mestivier (voir ce nom), Chauveau (voir ce nom), Henri, de Lavalle (voir ce nom) ; Potier (voir ce nom), de la Mayenne ; Barnio (voir ce nom, fiche à faire), de Pongibaud (voir Barnicaud, Jourdain, Antoine) ; Vimal (voir ce nom), de Clermont, tous les deux décorés de juillet ; Roger (voir ce nom), de la Vendée ; Bouvier (voir ce nom), du Jura et tant d’autres enfin qu’il serait trop long de nommer et qui se sont consacrés au triomphe de notre révolution. » Le capitaine Kersausie se trouvait en garnison à Pontivy (Morbihan) en juillet 1830. A la première nouvelle de l’insurrection il organisa la révolte dans son régiment. Le lieutenant-colonel et les officiers restés dévoués à Charles X se retirèrent et Kersausie prit le commandement du corps et le dirigea sur Paris. Sur la route, les Parisiens devenus vainqueurs, son régiment reçut l’ordre de se détourner pour se rendre à Vannes, y arborer le drapeau tricolore. Il réussit à gagner à la cause de la révolution le 12e régiment, stationné près de Vannes et son colonel fut démis. Volontaire français dans l’armée polonaise, détenu à Brest de 1834 à 1837, il participa à la révolution de 1848 et s’exila après le 15 juin 1849. Ami de Raspail, celui-ci, le 1er janvier 1839, dans De la Pologne, lui rendit hommage. Il signa sa lettre : « Ton coaccusé en 1833, ton collaborateur en 1834, ton compagnon d’armes depuis 1829. » Il dit aussi : « A Kersausie, volontaire polonais. La loi française qui t’a dépouillé de tous tes titres n’était pas compétente pour t’arracher celui-là. Tu fus riche en naissant, capitaine des hussards à vingt ans, décoré sur le champ de bataille à vingt-cinq ans, soldat de l’insurrection populaire en 1830, pacificateur de la Bretagne après la victoire de Paris ; aujourd’hui, tu n’as plus droit de cité en France [amnistié en 1837, il était parti à l’étranger] ; tu ne vis que fictivement devant la loi ; tu es mort civilement ; tu es mort pour tout, si ce n’est pour la haute surveillance de la police. » Kersausie fournit des fonds (100 000 francs) à Raspail pour lancer le journal le Réformateur. Voir aussi Gautié dans dictionnaire biographique. Raspail, Du bon usage de la prison, Martineau, Paris, 1968. (Dont la page 235 où Raspail raconte comment Kersausie a donné les 100 000 francs.). Une jolie litho de lui in Archives nationales CC 684 dossier 153 ; W//571, d36, dossier 22 ; Réponse aux outrages et aux calomnies dirigés contre moi par M. Bigrel et consorts, chez Auffray, 1832 ; Le Plutarque de 1847, Biographie des hommes du jour, Sarrut et Saint-Edme, Paris, 1847, p. 173 et suivantes.

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