Labarchède, Dalila, Gabrielle

Biographie


Née vers 1794. Artiste peintre en miniatures, venant d’être « honorée récemment de travaux commandés par la maison d’Orléans ». Elle fut gravement blessée d’un coup de fusil tiré par un Suisse et qui l’atteignit à la mâchoire, pendant l’attaque du Louvre le 29 juillet vers 9 heures du matin, alors qu’elle était à la fenêtre de son logement, situé au quatrième étage du 12, place du Louvre ; elle devait mourir des suites de cette blessure, le 4 août suivant. Le dossier des droits que son décès entraînait fut instruit par la Commission des récompenses nationales de la mairie du (ancien) IVe arrondissement. La famille reçut (sous le nom de Delabarchede) un secours de deux cents francs, le 4 août 1830 à la mairie du (ancien) IIIe arrondissement. Lacharbède laissait un enfant, Gabrielle, Philippe qui passait pour avoir été abandonné et recueilli par elle, mais que plus sûrement elle l’avait élevé « avec toute la tendresse d’une mère » parcequ'il était en fait son fils, enfant naturel, né le 24 juillet 1819 (par erreur le 26 juillet 1819 in Archives nationales F/1dIII/35 A et in Archives nationales F/1dIII/38 B) à Paris et que « des raisons de famille ont empêché cette demoiselle de faire mettre son nom de famille sur l’acte de naissance de son fils » et dont le père restait inconnu. Le 29 mars 1831, devant le juge de paix du (ancien) IVe arrondissement, comparurent : Voïart, Jacques, Philippe, ancien administrateur général des subsistances militaires, propriétaire, demeurant à Choisy-le-Roi ; Crosnier, Louis, Augustin, capitaine de sapeurs-pompiers en demi-solde, demeurant 9, rue Sainte-Croix-d’Antin ; Babinet, Jacques, professeur au collège royal Saint-Louis, demeurant 6, bd d’Enfer. Ils attestèrent avoir parfaitement connu Labarchède, Dalila, Gabrielle et savoir « que le 29 juillet dernier, étant à la fenêtre de sa chambre, sise au quatrième étage de la maison susdite place du Louvre n° 12, elle a été atteinte à la tête d’une balle tirée par les Suisses qui étaient dans la galerie formée par la colonnade du Louvre, laquelle balle lui a fracassé la mâchoire inférieure, et qu’elle est décédée dans sa dite chambre des suites de cette grave blessure le 4 août suivant ; qu’ils connaissent parfaitement le jeune Philippe, Gabrielle, âgé d’environ douze ans, et qu’ils savent que ce jeune homme a été élevé par ladite défunte demoiselle Labarchède depuis le jour de sa naissance, qu’elle a d’abord payé les mois de sa nourrice et plus tard sa pension dans un collège et qu’enfin elle a eu pour lui tous les soins d’une mère. Ils affirment même que dans leur conscience ils pensent que ledit Philippe, Gabrielle est le fils de ladite demoiselle Labarchède, quoique son acte de naissance n’en fasse aucunement mention et ne porte l’indication ni du père ni de la mère ». Plusieurs certificats attestaient les circonstances au cours desquelles elle avait trouvé la mort et la filiation de son fils. Le premier certificat était ainsi rédigé : « Madame Madeleine, Adélaïde Fournier, femme Breton, sage-femme, demeurant rue du Faubourg-Montmartre n° 24, soussignée, certifie avoir accouché Mlle Gabrielle Labarchède, artiste peintre, le 24 juillet 1819 à son susdit domicile, d’un enfant du sexe masculin, enregistré le 26 du même mois à la mairie du (ancien) IIe arrondissement, sous le nom de Philippe ; qu’à cette époque des raisons de famille ont empêché cette demoiselle de faire mettre son nom de famille sur l’acte de naissance de son fils, qui se trouve maintenant privé de sa mère, morte par suite de blessure reçue le 29 juillet. » Signé, le 24 septembre 1830 : Fournier, Madeleine, Adélaïde, femme Breton, sage-femme, demeurant 24, rue du Faubourg-Montmartre. Un autre certificat, reprenant les mêmes termes, sera signé par la même en date du 10 novembre 1830. Le deuxième certificat était ainsi rédigé : « Je, soussigné, médecin du bureau de charité du (ancien) IVe arrondissement, certifie que Mlle Labarchède, place du Louvre n° 12, dont j’étais le médecin depuis bien des années et qui a succombé malheureusement par suite d’un coup de feu qui lui avait emporté l’os de la mâchoire inférieure, m’avait confié que Gabrielle Philippe, âgé de onze ans, était son fils. Cette demoiselle avait pour lui le cœur d’une mère, elle pourvoyait depuis sa naissance à tous ses besoins et à ceux de son éducation. La perte de cette excellente demoiselle a laissé cet intéressant orphelin sans parent, sans soutien et sans aucun moyen d’existence si ce n’est ceux que le gouvernement et les amis de Mlle Labarchède voudront bien lui accorder. » Signé, le 1er avril 1831 : Nauche, médecin, demeurant 8, rue du Bouloi. Le troisième certificat était ainsi rédigé : « Je, soussigné, docteur en médecine de la faculté de Paris, certifie que Mlle Labarchède, demeurant place du Louvre n° 12, a reçu, le 29 juillet 1830, à 9 heures du matin, un coup de feu à la partie inférieure de la face, auquel elle a succombé le 4 août à 4 heures de l’après-midi. Je déclare en outre avoir appris que la demoiselle Labarchède était mère d’un enfant nommé Philippe, Gabriel, actuellement âgé de onze ans et demi. » Signé, le 31 mars 1831 : illisible. On trouve dans son dossier un récapitulatif des personnes susceptibles d’attester la filiation de l’enfant, et qui contenait les noms suivants : Perdrix, médecin, demeurant 12, place du Louvre ; Ducluzeau, artiste peintre et marraine de Gabrielle, Philippe, demeurant 18, rue Saint-Benoit ; Crosnier, capitaine de sapeurs-pompiers en demi-solde, demeurant à la caserne de la rue du Vieux-Colombier, et dont la femme était une amie de Labarchède ; M. et Mme Soiron, artiste peintre demeurant 12, place du Louvre ; Babinet, professeur au collège royal Saint-Louis, demeurant 6, bd d’Enfer ; Voïart, Elise, femme de lettres et amie de Labarchède, demeurant à Choisy-le-Roi ; Lefevre, Achille, élève de l’Ecole polytechnique, demeurant 1, rue Mandar. Gabrielle, Philippe fut recueilli par sa marraine, Ducluzeau, Adélaïde, femme Durand, « artiste sans fortune », demeurant 18, rue Saint-Benoît puis 16, rue Jacob. Elle reçut, comme blessée, cent vingt-cinq francs de secours auprès de la mairie du (ancien) IVe arrondissement. Le conseil de famille des orphelins était composé du tuteur Crosnier, Louis, Augustin, capitaine en disponibilité, demeurant 9, rue Sainte-Croix-d’Antin, et de Voïœrt, Jacques, Philippe, ancien administrateur des vivres, subrogé-tuteur, demeurant à Choisy en 1831. L’enfant fut pensionné (sous le nom de Gabrielle, Philippe sur les listes) et reçut une inscription de rentes de la Commission de la souscription nationale. Il fit de brillantes études d’abord au collège de Clermont puis fut à celui de Strasbourg où il fut 1er prix d’excellence en 1833 ; il reçut trois cents francs de frais de trousseau et une demi-bourse à Strasbourg en 1832. Le 8 janvier 1833, le proviseur du collège de Strasbourg avait donné sur son compte l’appréciation suivante : « Le jeune Gabriel travaille assez bien et il obtient des succès satisfaisants comme on le voit ci-dessus de ses places en composition. Cependant la légèreté de son caractère nuit sensiblement à ses progrès, en s’opposant à ce qu’il s’applique avec réflexion et constance à ses devoirs. Sans cette légèreté, il serait certainement le premier de sa classe. Si on peut parvenir à le modérer, il fera dès lors de brillants progrès parce qu’il est doué de très heureuse composition. Au reste la conduite du jeune Gabriel est satisfaisante et on n’a qu’à se louer de son caractère. Je lui donne huit centimes par semaine pour ses menus plaisirs mais il a en outre quelques petites autres dépenses, comme dernièrement une paire de bretelles. Les dix-huit francs que j’ai reçus pour faire face à ces petites dépenses sont épuisés. J’en avais reçus neuf le 12 février, et neuf le 20 juin. Il serait bon de renouveler son petit fonds entre mes mains parce qu’on fait un moyen d’émulation et d’encouragement de ces petites distributions d’argent. Un objet essentiel dont je dois parler à madame Ducluzeau dans l’intérêt du jeune Gabriel c’est que cet enfant a besoin d’une nouvelle faveur du gouvernement. Il n’a qu’une demi-bourse. L’autre demi-bourse est donc à la charge de sa famille. Il avait été dégrevé de cette demi-bourse à sa charge pour le dernier trimestre 1831 et toute l’année 1832. Il faut donc que madame Ducluzeau tâche d’obtenir la prolongation de ce dégrèvement et cela au plus tôt, il n’y a pas un instant à perdre. Le collège devrait même réclamer le paiement du premier trimestre 1833, qui doit être payé dès le commencement du premier trimestre. » En 1836, il était toujours élève au collège royal de Strasbourg. Labarchède, Dalila, Gabrielle demeurait 12, place du Louvre ; son fils, Gabrielle, Philippe 18, rue Saint-Benoît puis 16, rue Jacob en 1831 ; chez son tuteur M. Crosnier, 9, rue Sainte-Croix-d’Antin en 1832. Liste n° 5, des orphelins de Juillet, ou considérés comme tels, pensionnés de deux cent cinquante francs jusqu’à l’âge de sept ans puis élevés aux frais de l’Etat jusqu’à dix-huit ans, Bulletin des lois, 2e partie, ordonnances, n° 104 bis ; Orphelins de Juillet, ou considérés comme tels, pensionnés de deux cent cinquante francs jusqu’à l’âge de sept ans puis élevés aux frais de l’Etat jusqu’à dix-huit ans, Le Moniteur universel 5 septembre 1831 ; Compte-rendu des travaux de la Commission de la souscription nationale en faveur des veuves, orphelins et blessés de juillet 1830, liste nominative des orphelins auxquels il a été accordé des inscriptions de rentes du IVe arrondissement lu et approuvé à la séance générale du 11 juillet 1832, Paris, Imprimerie de Crapelet, rue de Vaugirard, n° 9, novembre 1832, p. 97 ; Tableau général et alphabétique des pensions inscrites depuis le 1er janvier jusqu’au 31 décembre 1831, Imprimerie royale, Paris, 1832, p. 59 ; Archives de Paris VD3 1-2, état des sommes payées par MM. les commissaires ci-après désignés aux combattants et blessés de juillet 1830 du (ancien) IIIe arrondissement (sous le nom de Delabarchede) ; Archives de Paris VD 4 13 pièce 3671, Etat, par arrondissement et par âge, des orphelins et orphelines de Juillet ; Archives de Paris VD6 288 n° 7, (ancien) IVe arrondissement, Etat des morts et des blessés par suite des événements de juillet 1830, Liste des morts, pensions, Etat général contenant les noms, prénoms, âges, professions, demeures, états civils des victimes de la grande semaine, et les secours qui leur ont été donnés ; Ministère du Commerce et des Travaux publics, Rapport au roi sur l’exécution de la loi du 13 décembre 1830, relative aux récompenses nationales, et de l’ordonnance du roi du 25 août 1831, concernant les orphelins et orphelines de Juillet à la charge de l’Etat, (qu’on peut trouver par exemple dans Archives de Paris VD6 92), p. 32-33 ; Archives nationales F/1dIII/35 A, Commission des récompenses nationales, état des sommes payées aux orphelins pour le compte de cette commission, du 8 octobre 1830 au 31 octobre 1831 par la mairie du (ancien) IVe arrondissement et par la caisse municipale pendant le mois de novembre comprenant les arrérages à partir du 1er août 1831 ; Archives nationales F/1dIII/38 A, mairie du (ancien) IVe arrondissement de Paris, état par ordre alphabétique des blessés et autres victimes des événements de Juillet, secourus dans la mairie du (ancien) IVe arrondissement de Paris, du 8 octobre 1830 au 10 mars 1831, et depuis cette dernière époque jusqu’au 6 avril suivant ; Archives nationales F/1dIII/38 B, orphelins du (ancien) IVe arrondissement et état des orphelins de victimes de Juillet dont les noms et dates de naissance n’ont pas été inscrits conformément à leurs actes de naissance ; Archives nationales F/1dIII/40 (Etat des orphelins de Juillet qui ont atteint leur septième année, dont le placement dans des établissements publics ou privés a été décidé par la Commission municipale du IVe arrondissement de Paris, et qui ont droit, en conséquence, pour l’acquisition d’un trousseau à l’allocation de trois cents francs fixée par l’article 9 de l’ordonnance du 25 août 1830 ; année 1833, IVe arrondissement, orphelins et orphelines de Juillet, tableau n° 1 indiquant leur âge, la profession à laquelle ils se destinent, l’établissement public ou privé dans lequel ils sont placés ; année 1839 IVe arrondissement) ; Archives nationales F/1dIII/43 in dossier Beguin ; Archives nationales F/1dIII/56 ; Archives nationales F/1dIII/60 ; Archives nationales F/1dIII/71 in dossier Philippe Gabriel ; Archives nationales F/1dIII/82, Comité des pensions, liste de présence, liste des orphelins et aussi Compte rendu des travaux de la Commission de la souscription nationale en faveur des veuves, orphelins et blessés de juillet 1830, lu et approuvé à la séance générale du 11 juillet 1832, liste nominative des veuves, orphelins, ascendants et blessés auxquels il a été accordé des inscriptions de rentes, (ancien) IVe arrondissement, orphelins et aussi Commission des récompenses nationales, état des orphelins de victimes de Juillet, dont il paraît que les noms et dates de naissance n’ont pas été inscrits conformément à leurs actes de naissance ; Archives nationales F/15/2553 orphelins de Juillet, (ancien) IVe arrondissement ; Archives nationales F/15/2557-2559, état officiel des orphelins (ancien IVe arrondissement) et aussi même référence, un cahier intitulé Noms des tuteurs et subrogés-tuteurs des orphelins pensionnés.

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