Lafayette, Marie, Paul, Joseph, Roch, Yves, Gilbert Dumottier
Biographie
Né le 6 septembre 1757 à Chavaniac (Haute-Loire). Député. Les opinions défavorables sur un personnage qu’on s’accordait à trouver plus vaniteux que sincère, me manquèrent pas, tout au long de sa vie. « Lafayette est un niais », dit Napoléon, selon des propos rapportés par Marchand, son exécuteur testamentaire. A quoi s’ajoutent le mot cruel que Fouché prononça sur Lafayette à Molé, au moment des manœuvres, royalistes, libérales ou républicaines, qui préparaient l’abdication de Napoléon, en 1815, et alors que Fouché venait de se jouer des prétentions républicaines : « Que dites-vous de ce vieil imbécile ? me demanda-t-il En connaissez-vous un de plus niais ? » Toujours du peu recommandable Fouché, ce jugement sur Lafayette, qu’il considérait comme « un vieil imbécile dont on peut se servir à la manière d’un marchepied, d’une courte échelle, et qu’on secoue après s’en être servi ». La duchesse d’Abrantès, qu’il faut relire : « M. de Lafayette a été funeste à la France sous tous les régimes. Je crois qu'il voulait lui donner le sien. » Montbel, le dernier ministre des Finances de Charles X : « Cet homme néfaste dont la vanité se mêle depuis un demi-siècle à toutes les intrigues, à toutes les conspirations, à toutes les émeutes contre la famille royale et la monarchie. » Chateaubriand dans ses Mémoires : « La république, étourdie des coups qui lui étaient portés, cherchait à se défendre ; mais son véritable chef, le général La Fayette, l’avait presque abandonnée. Il se plaisait dans ce concert d’adorations qui lui arrivaient de tous côtés ; il humait le parfum des révolutions ; il s’enchantait de l’idée qu’il était l’arbitre de la France, qu’il pouvait à son gré, en frappant du pied, faire sortir de terre une république ou une monarchie ; il aimait à se bercer dans cette incertitude où se plaisent les esprits qui craignent les conclusions, parce qu’un instinct les avertit qu’ils ne sont plus rien quand les faits sont accomplis. » Le baron de Frénilly dans ses Souvenirs. Lafayette commanda l’Association de janvier 1830, société républicaine créée au début de l’année 1830, par Fabre, Auguste (voir ce nom), Danton, Jean-François (voir ce nom), qui fit partie du comité supérieur, Divel, Amand, Adolphe (voir ce nom), Morhéry (voir Morhery, Adolphe, Robin), Sempoil (voir ce nom), qui fit partie du comité supérieur ; le commandement en second fut confié à à Fabre, Auguste (voir ce nom). Elle fut créée pour répondre à un coup d’Etat dont on prévoyait que les libertés étaient menacées et pour préparer les mesures de défense qu’on déploierait contre ce même coup d’Etat quand il éclaterait. Selon Watripon, dans son Histoire politique des écoles et des étudiants depuis le Moyen Age jusqu’à 1850, le 27 juillet, les élèves de l’Ecole polytechnique Lothon, Berthelin, Pinsonnière, Tourneux et Charras se rendirent chez Lafayette pour déclarer, au nom de l’Ecole, que tous ils étaient prêts à appuyer les mouvements. Le général leur fit comme réponse : Conseillez à vos camarades de se tenir tranquilles. Dans le récit que fit Godron, Auguste de sa propre participation aux combats de Juillet, il laissait les indications suivantes sur l’activité de Lafayette : « [… Le 28] De là, nous nous rendîmes chez le général Lafayette, à qui je rendis compte de tout ce dont j’avais été témoin. Je lui dis que ce qu’il fallait au peuple c’était un homme connu et populaire. Je ne me serais pas permis de dire à Lafayette C’est vous, car au cri de liberté il fut toujours le premier éveillé. Il nous conseilla de nous rendre de suite dans nos quartiers, d’y faire dépaver, d’élever des barricades, de jeter des chausse-trappes et de faire tout notre possible pour faire comprendre que ce n’était pas dans les rues larges et sur quais que nous devions nous tenir mais bien dans des rues étroites, où nous pouvions être à l’abri du canon et des charges de cavalerie. Il nous autorisa à assurer que lui était le général qui se chargeait de tout diriger et de le regarder dès lors comme le chef, le directeur de l’insurrection […]. » Dans ses Souvenirs, le banquier Laffitte écrivit sur l’attitude de Lafayette, au soir du 28 juillet, ce commentaire : « Lafayette fut le seul qui ne s’offrit pas pour conduire le peuple. C’est que l’âge avait affaibli sa tête, naturellement faible, et avait refroidi son cœur, naturellement glacé. » On trouve dans le récit que fit Leonel de Laubespin, élève de l’Ecole polytechnique et neveu de Lafayette, Georges, de sa propre participation à la révolution de Juillet, les faits suivants qui donnent des informations sur Lafayette : « […] Le 27 au soir, je pris part à l’enthousiasme de mes camarades qui voulaient sortir dans Paris. Nous envoyâmes quatre d’entre nous aux nouvelles. Ils ne rentrèrent pas. Notre anxiété était grande. Mes camarades, pour en sortir, envoyèrent quatre autres élèves aux nouvelles. Je fus un des quatre députés. A 3 heures du matin, j’allais avec Fabre chez Odillon-Barrot, chez M. Labbey de Pompières et chez le général Lafayette. Nous leur offrîmes les services de l’Ecole. Après avoir reçu leurs conseils et le peu de renseignements qu’ils possédaient alors, je rentrai à 6 heures du matin. D’après l’avis de ces messieurs, nous restâmes à l’Ecole mais les événements marchaient plus vite qu’ils ne pouvaient l’imaginer. On vint nous chercher vers les 10 heures. Je gagnai, par le pont d’Austerlitz et tous les boulevards, où l’on disait se battre alors, la maison de mes parents, qui se trouve dans la même rue que celle du général Lafayette. Je m’y trouvai armé et ce ne fut que le jeudi matin que je sortis. Je me dirigeai du côté où l’on prétendait que les troupes résistaient encore. Je les vis successivement se retirer de la rue Caumartin et du boulevard de la Madeleine et je n’arrivai au Louvre qu’au moment où on y entrait. Je demandai à quelques-uns de mes camarades, entre autres Pouzols (voir Pouzolz, Antoine, Prosper), ce que j’avais à faire ; il me dit qu’avant tout il fallait prendre mon uniforme. Je l’endossai puis, ne sachant où diriger mes pas, j’allai à l’Hôtel de ville. Le général Lafayette venait d’y arriver, il me prit pour aide de camp (s’adresser pour renseignements au général Carbonnel) et j’en remplis les fonctions tant en signant qu’en allant porter ses ordres. Le lendemain 30, le général m’ordonna d’armer et de conduire aux Tuileries l’Ecole centrale et l’Ecole de commerce ; il n’y avait plus besoin de combattants. Le 31, j’allai à Vincennes (s’adresser pour renseignements à l’adjudant de place de Vincennes et au colonel du 1er chasseurs) avec plusieurs de mes camarades ; nous étions munis de signatures de Gerard, Lafayette et du lieutenant-général du royaume. On reçut notre parlementaire mais nous ne donnions pas assez de garanties pour que l’on traitât avec nous de la reddition du château. Le 1er août, le général Lafayette m’envoya à Charenton […]. » On trouve dans les Mémoires de la duchesse d’Abrantès la relation de cette circonstance étonnante le concernant, alors qu’elle voulait signaler la fidélité à l’Empereur de Dumoulin, Jean-Baptiste (voir ce nom) : « Nul officier de Napoléon (autre que Dumoulin, N. D. A.) ne lui fut plus dévoué. Lorsqu'en 1818 Dumoulin gagna à la Bourse plusieurs millions, il ouvrit une négociation avec lord Bathurst, secrétaire d'État de la Marine, pour être autorisé à envoyer 100.000 francs par an à l'Empereur, à Sainte-Hélène. Sous la Restauration, Dumoulin fut arrêté huit cents fois pour des tentatives en faveur de Napoléon... Le 29 juillet 1830, revêtu de son uniforme d'officier d'ordonnance de l'Empereur, il fut le premier à entrer à l'Hôtel-de-Ville... Le gouvernement provisoire, pour récompense, le nomma commandant de l'Hôtel-de-Ville. Alors, se rappelant son serment fait à l'Empereur, à l'île d'Elbe, de mourir pour sa cause, il court chez David, imprimeur, faubourg Poissonnière, dans la nuit du 28 au 29 ; il fait faire plusieurs milliers de proclamations qui rappelaient Napoléon II au trône de France, d'après le décret des Chambres du 21 juillet 1815 et le 30 juillet, à 9 heures du matin, du consentement de trois membres de la commission municipale, dont je sais les noms, aidé d'un petit nombre d'amis qui étaient dans son secret, il proclame Napoléon II, lorsque M. le colonel Carbonnel, associé de l'agent de change Lombard et secrétaire de M. de Lafayette, dit à M. Dumoulin que son général voulait lui parler, et l'attira dans une pièce reculée, où il ne trouva que deux factionnaires qui le retinrent dans cette chambre depuis 9 heures du matin jusqu'à 7 heures du soir. Cette circonstance est la seconde où M. de Lafayette fut fatal à la dynastie impériale. Je parlerai de la première dans mon Histoire de la Restauration, à la fin des cent-jours. J'ai placé celle-là maintenant, parce que, n'allant pas jusqu'à cette époque, je puis anticiper sans crainte. M. de Lafayette a été funeste à la France sous tous les régimes. Je crois qu'il voulait lui donner le sien. » Il prononça ces mots, en embrassant le duc d’Orléans : « Voilà la république qu’il nous faut ! » Dans ses Souvenirs historiques sur la révolution de 1830, Bérard note aussi le rôle déterminant de Lafayette pour contrer la république en juillet 1830 : « Il en est quatre [avec Laffitte, Bérard et Odilon-Barrot, N. D. A.] qui, plus que tous les autres, peuvent être regardés comme les créateurs de la royauté du 9 août. En tête de ces quatre hommes, je place le général Lafayette, parce qu’il n’avait qu’un mot à dire, ou plutôt parce qu’il n’avait qu’à laisser faire pour que la république fût proclamée le 31 juillet. Or, si cela fût arrivé, quelles qu’en eussent été les conséquences ultérieures, il est évident que le duc d’Orléans ne fût pas monté sur le trône. Je n’ai pas besoin de rappeler l’immense influence que le général Lafayette exerça sur la portion républicaine de la population de Paris, en se ralliant avec un empressement sincère à la nouvelle royauté. Par sa conduite il ôta aux mécontents jusqu’à un prétexte de trouble, et il réduisit au silence les amis immodérés de la liberté. » Et aussi : « Il avait été d’abord convenu, dans les assemblées populaires, qu’on proclamerait la république sur la place de Grève, le samedi à midi ; mais cette mesure avait été retardée par la nécessité d’organiser le gouvernement républicain, avant de le faire connaître à la nation. D’un moment à l’autre, cette proclamation pouvait avoir lieu. Odilon-Barrot arriva à six heures chez Laffitte. Il venait faire connaître ce qui s’était passé à l’Hôtel de ville. Plusieurs milliers de jeunes gens s’y étaient rendus dans la soirée du vendredi pour supplier le général Lafayette d’accepter la présidence du gouvernement républicain provisoire. L’exaspération de ces jeunes gens était portée au plus haut degré ; ils éprouvaient une sorte de délire qui, chez beaucoup d’entre eux, ressemblait à de la fureur. Le général Lafayette, vivement ému par ce spectacle, sollicité d’ailleurs par ses propres sentiments politiques, hésitait sur ce qu’il devait faire, trouvait la tentation bien forte, et touchait peut-être au moment d’y accéder, lorsque Odilon-Barrot obtint de lui de ne prendre une détermination que le lendemain matin. Il y eut de la part du général Lafayette un véritable héroïsme à adopter ce parti, car il pouvait, en cet instant, réaliser la combinaison politique qui, dans l’intérêt du pays, avait été le rêve de sa vie entière. Odilon-Barrot s’empara du général, au moment de son réveil, et, lui faisant entendre le langage d’une raison sévère, il lui montra dans quel abîme son acceptation pouvait nous plonger. Le général Lafayette promit, non sans quelque regret peut-être, de refuser, et cependant il a rigoureusement tenu sa parole. Je tremblais toutefois qu’on ne lui fît violence, et qu’on ne l’obligeât de consentir, à une ovation qu’il n’était pas impossible qu’il regardât comme utile au pays, et à laquelle par conséquent il crût pouvoir se prêter. Honneur au général Lafayette, qui dans cette circonstance a fait le sacrifice de ses vœux les plus chers ! Honneur à Odilon-Barrot, qui a obtenu de lui un pareil sacrifice ! Je venais d’être rassuré sur les dispositions du général Lafayette, mais j’étais bien loin de l’être sur ce que les clubs partiels pourraient produire. Il suffisait du succès momentané d’une ambition subalterne pour nous plonger dans un torrent sans bords et sans fond. » Le dossier d’examen de ses droits fut instruit par la Commission des récompenses nationales du (ancien) IIIe arrondissement. Il fut décoré de la Croix de Juillet auprès de la mairie du (ancien) IIIe arrondissement. Il signa, le 6 août 1830, le certificat suivant en faveur de Petit, Jean-Baptiste : « Ancien sous-officier au 12e léger, entré au service en 1813, congédié après Waterloo, a subi en 1816 et 1817 toutes les horreurs d’une captivité de dix mois, a couru tous les dangers d’un procès criminel intéressant la sûreté du gouvernement déchu, a essuyé toutes les vexations d’un jugement de cour d’assises qui a duré trois journées consécutives. Je me fais un devoir et un plaisir de rendre justice à la conduite de M. Petit et d’exprimer mon intérêt pour lui. » Le 12 août 1830, Lafayette lui-même justifiait ainsi son attitude de ralliement à une monarchie orléaniste : « Les républicains, dont je suis, comme vous savez très bien, ont eu leur mérite ; ils ont sacrifié leurs inclinations à l’union, à la sécurité, aux considérations étrangères. Nous avons demandé une république royale ; nous l’aurons, j’espère ; les améliorations seront successives. Le choix du roi est bon ; je le pensais, je le pense encore plus depuis que je le connais, lui et sa famille. Tout n’ira pas le mieux possible, mais la liberté aura fait de grands progrès, et en fera encore. Au reste, j’ai fait ce que ma conscience me dictait, et si je me suis trompé, c’était de bonne foi. » Sur le rôle que Lafayette reconnaissait avoir pris dans l’accession au trône du duc d’Orléans et sur l’évolution, par la suite, de sa propre attitude, plusieurs lettres soit qui lui furent adressées soit auxquelles il répondit et conservées dans le fonds Lafayette, nous éclairent. Parmi elles, celle de Camille Teisseire, adressée après l’émeute des 5 et 6 juin 1832, à l’occasion des funérailles du général Lamarque, et auxquelles Lafayette avait paru, avant de quitter les manifestants au moment où allait commencer l’émeute. Cette lettre est ainsi rédigée :
« Grenoble, 19 juin 1832.
»Mon cher général,
»Ma vénération, ma tendre amitié pour vous m’ont depuis plus d’un an pressé de vous écrire, et toujours je me suis senti empêché de le faire. Après des afflictions privées et des infortunes publiques si grandes que celles que nous avons éprouvées […], ayez pitié de la patrie, du roi que vos embrassements ont, les premiers, dévoué à la France, de cette France pour la liberté et l’honneur de laquelle vous avez tant fait, de nous tous, vos amis ; et, s’il faut le dire, laissez-vous toucher en faveur de la liberté et de la paix du monde : si la paix et la liberté sont bannis de la France, elles ne subsisteront pas dans le monde. Les principes d’ordre public et de liberté sont aimés et accrédités ; mais ce n’est pas par la violence et le trouble des guerres civiles et étrangères qu’ils s’établiront et s’affermiront ; c’est par la félicité des peuples qui sauront en jouir en paix et donner ainsi à la fois deux exemples utiles : celui de vivre libre et heureux. Je dirais à tous les hommes honorables qui se trouvent dans l’opposition : il y a un symptôme qui doit vous en détacher sur-le-champ, c’est que vous y marchez de front avec les ennemis acharnés du bien public, avec les partisans de la race déchue, de la royauté. Dès lors que vous êtes au même rang qu’eux, n’en doutez pas, vous êtes dans une voie de malheurs et d’injustice. A côté de vous, dirais-je encore à ces hommes de bonnes intentions, ne voyez-vous pas et, toujours dans le corps de bataille, et acharnés de même à détruire notre royauté constitutionnelle ; ne voyez-vous pas les hypocrites [illisibles, fauteurs ?] de la république qui ne font de son projet qu’un marchepied à leur orgueil et à leurs ambitions ? Mais, vous, vous nous avez dit, en embrassant Louis-Philippe : « Voilà la république qu’il nous faut. » Vous ne l’auriez pas dit, général, que nous l’aurions dit nous-mêmes. La république qu’il nous faut, c’est la royauté constitutionnelle, portée par un prince excellent. Et quoi ! un an à peine écoulé, on veut nous jeter dans la république, malgré nous, sans repos, au profit des intrigants que nous voyons, à Paris et dans toutes nos villes, impatients d’un pouvoir dont ils ne sont ni dignes ni capables ! Général, ne les honorez pas de l’accession de votre grand nom. Rendez-en l’appui glorieux au roi, que le premier vous avez nommé, que la France a reconnu. Nous ne sommes pas des enfants ; nous ne changerons pas de gouvernement comme de joujoux. Si cette jeunesse, qu’on égare et qu’on ose bien mêler dans les attaques contre le roi, aux hommes les plus souillés et les plus immoraux qui infectent les rues de Paris, pouvait à l’avenir être conduite à de nouvelles agressions, montrez-lui que c’est contre toutes vos intentions ; réclamez d’elle l’étude et le respect des droits de l’autorité. Vous n’auriez jamais pensé qu’on la munît d’armes cachées pour venir à l’improviste, à l’occasion d’une cérémonie funéraire, s’élancer en assassins sur les troupes et les gardes nationales ; vous n’auriez jamais cru que dans ces diaboliques saturnales se trouvassent sur la même ligne et en triomphateurs les rebuts de la police et des bagnes, souillant de leurs acclamations votre nom glorieux, vous adressant à vous, homme si honorable, les propositions les plus odieuses et les plus coupables. Restez avec nous, général, j’ose vous en prier, au nom de l’amitié et du bien public. Nous voulons toute la liberté que l’humanité comporte ; nous la voulons noble d’émeutes, soumise au droit, respectueuse envers le pouvoir, sans laquelle il n’y a pas de société ; nous la voulons amie de la paix et du bonheur de la France et des autres nations. N’est-ce pas là ce que vous avez toujours demandé ? Ne voulons-nous pas ce que vous avez toujours voulu ? Dans vos résistances à l’autorité injuste, avez-vous jamais manqué de décence et de respect envers cette autorité injuste ? Votre opposition a-t-elle jamais été méprisante, irrespectueuse, insultante ? Et n’est-ce pas aujourd’hui le ton des journaux de l’opposition ? N’est-il pas poussé jusqu’au dégoût et à la dégradation ? Et devant cette forme un seul gouvernement pourrait-il subsister ? L’effet de tous ces mépris, de ces outrages quotidiens versés par les journaux sur la majesté royale, quel est-il en effet ? Nous venons de le voir, la guerre civile, le meurtre des concitoyens, des pères de famille par une jeunesse égarée et par des scélérats qu’on trouve toujours nombreux à Paris, et la défaite et la mort que cet jeunesse intéressante et digne d’un meilleur emploi. Ah ! Voilà bien du sang répandu par l’opposition, car ce sont ses paroles et celle de ses journaux qui le font couler. N’est-ce rien non plus que cette désunion dans les familles, cette rupture entre les pères et les enfants, cet abîme placé entre leurs opinions, si profond déjà qu’on ne peut s’empêcher de prévoir que, produit par les dissensions civiles, il peut les conduire aux plus déplorables excès ! Tout le bien que l’on peut désirer ne peut se faire à la fois. Si l’on veut l’obtenir par la violence, les méchants affluent, s’en emparent, la souillent et l’anéantissent. Vous l’avez vu de vos yeux, l’emploi des méchants est funeste. Il ne faut jamais l’accepter. Il ne faut jamais faire le bien par les méchants ; cela ne se peut pas. Tout ce qu’il y a de corrompu et de vicieux et de méchant, même le carlisme, est dévoué à l’opposition et marche avec elle. Que les hommes de bien la quittent. Leur intégrité, leur honneur, leur réputation l’exigent. La royauté constitutionnelle doit réunir tous les hommes amis de la justice, de la liberté, de l’ordre et des lois. Que je m’estimerais heureux, général, si je puis trouver mes sentiments en accord avec ceux d’un homme que je vénère et chéris aussi profondément que vous. Je suis avec respect et affection, votre dévoué Camille Teisseire. »
Et la réponse, en date du 12 juillet 1832, du général Lafayette : « […] Pendant le cours de ma longue vie, étant entré dans le monde sous le règne de Louis XV, mes compatriotes ont passé par tant de conditions, de préventions et d’opinions différentes, que pour mériter l’éloge ou le blâme d’être toujours resté le même, il a bien fallu me résigner à des critiques successives, contradictoires, et quelquefois à une sorte d’isolement où l’on venait ensuite à grands flots me retrouver. C’est ainsi qu’après que mon dévouement à la cause américaine eut excité la plus vive irritation du gouvernement, d’une partie de ma famille, deux années ne s’étaient pas écoulées avant que cette cause fut devenue celle de la France, et le jeune insensé, l’objet d’un enthousiasme exagéré et d’une confiance sans bornes. C’est ainsi que lorsque mes professions républicaines et mes desseins, réalisés en 89, avait été regardés dans le beau monde, dans les cours de France et autres, nommément celle du grand Frédéric, comme des utopies assez plaisantes et inapplicables à l’Europe, il se trouva dès 93, beaucoup de gens qui, avant la révolution ne s’était pas doutés de la liberté et pourtant ne proscrivent pour avoir voulu m’arrêter, dans ma prévoyance, à la monarchie populaire de 91. C’est ainsi qu’à ma prison, au lieu de m’extasier avec les républicains de l’Europe, sur le beau coup d’état du 18 fructidor, j’aimais mieux rester proscrit que d’accorder mon approbation à cette violation des droits politiques et civils qui, sous prétexte de sauver la constitution de l’an III, lui porta un coup mortel. C’est ainsi que lorsque le premier consul, dont je reconnaissais le génie et dont j’étais l’obligé, s’avançait vers le despotisme et la destruction graduelle de toutes les libertés de 89, en profitant des affreux souvenirs de 93, et lorsque mes amis constitutionnels, mes adversaires jacobins, mes ennemis aristocrates des salons, et rois et grands de l’Europe, blâmèrent à l’envi mon obstination républicaine, je suis resté ferme, seul debout devant le colosse, sans pourtant me jeter avec la France dans les espérances de la charte octroyée et les nouveaux dévouements à la monarchie légitime ; de même que dans l’épisode des Cent-Jours je me suis mis avec Bonaparte pour défendre notre indépendance et contre lui pour résister à l’attentat de la dissolution des représentants. Et vous-même, mon cher ami, pendant heureuse visite de l’Isère et du Rhône, ne m’avez-vous pas trouvé un peu trop antirépublicain lorsque, le premier parmi les patriotes, je rendais un hommage public à l’insurrection lyonnaise contre la tyrannie conventionnelle, tout en convenant que, ne trouvant plus les chefs de 89 pour se rallier à eux, les Lyonnais avaient eu le malheur de tomber dans des mains royalistes, mais restant fidèle à mon principe de résistance à l’oppression, sous quelque dénomination que celle-ci soit déguisée ou soufferte ? Eh bien ! lorsqu’à notre belle révolution de juillet 1830, la majorité des combattants qui m’entouraient auraient préféré la proclamation de la république, que le bonapartisme en eût adopté le nom sous une présidence impériale, que les propositions henri-quinquistes très libérales arrivaient jusqu’à moi, et que l’hôtel de ville était plus fort que la Chambre, je préférais rester avec elle dans une combinaison orléaniste, tout en souhaitant que la lieutenance générale, une fois nommée, la constitution fût faite par une assemblée constituante et vraiment nationale. J’ai même sacrifié ce vœux à la volonté de mes collègues, au besoin de l’union intérieure et de la paix étrangère, mais après avoir mis hors d’atteinte de la royauté et des Chambres le principe de la souveraineté du peuple et l’armement de la nation entière. Et avant de donner mon assentiment à l’érection du trône de 1830, j’ai voulu dans une explication avec le duc d’Orléans et au nom du peuple vainqueur savoir à quoi m’en tenir. Une monarchie républicaine, un trône populaire entouré d’institutions républicaines, tout à fait républicaines, se rapprochant autant que possible de ce que lui-même nommait le gouvernement modèle, voilà ce que je rapportais à l’Hôtel de ville. Louis-Philippe ne m’a aucune obligation je n’avais ni engagement ni liaison avec lui. Loin d’aider son père à se faire roi, j’avais causé sa sortie de France, et si sa nomination avait mieux satisfait les espérances patriotiques, on pouvait me reprocher de m’être opposé en 89 à la faction des orléanistes. L’amitié que j’ai éprouvée depuis pour lui et sa famille est postérieure au parti que je pris en juillet et août 1830, uniquement parce que j’y vis la combinaison la plus favorable aux intérêts de la liberté et de la patrie, mais sous la condition que ce qu’on n’a depuis appelé le programme de l’Hôtel-de-ville. Lorsque, immédiatement après avoir dépassé le seul danger sérieux pour l’ordre public, les puissances étrangères, la chambre et la cour se hâtèrent de satisfaire leur impatience d’être débarrassées de moi, je dis au roi que j’y voyais une occasion de retirer sans nous brouiller, cette espèce de corps opaque placé par un mandat invisible mais réel entre le public et lui et qui m’associant aux déviations réelles et projetées de la révolution de juillet, aurait donné une position trompeuse. Comme celle-ci n’avait rien changé à mes opinions et à mes manières, je n’ai qu’à continuer à la tribune mon rôle patriotique. J’avais été autorisé à prendre moi-même, et les communications publiques et soi-disant confidentielles un ton diplomatique honorable pour la France, plus propre à rendre les étrangers craintifs d’une guerre que les soumissions subséquentes. Mon système de non-intervention, proclamée trois fois à la tribune avait été avoué par les ministres et personnellement par le roi ; on a changé de direction. Nous avons perdu au-dehors notre considération, nos auxiliaires naturels, tout en conservant nos dépenses de guerre et l’incertitude de la paix. C’est peut-être fort bien ; mais comme je suis resté dans mon avis et dans les plans de notre début, je continue à défendre les Espagnols, les Italiens, les Polonais, comme je vais, par les seuls moyens en mon pouvoir, défendre l’indépendance germanique. Nos institutions républicaines se réduisent à deux cent mille électeurs pour trente-deux millions d’âmes, tandis que l’aristocratique monarchie britannique en aura douze cent mille pour vingt millions d’habitants. Nous attendons depuis deux ans les attributions des communes, les conseils électifs, la liberté de l’éducation, l’instruction primaire, la responsabilité des agents. On conserve, on exhume les vieilles lois illibérales et immorales. Vingt-deux Français ne peuvent pas légalement se réunir. Les accusés sont détenus pendant quatre ou cinq mois avant un jugement qui n’emporterait pas huit jours de prison. L’initiative des chambres est sans cesse contrariée. On voit évidemment l’intention de revenir à une quasi-légitimité, quasi-restauration, à la charte de 1814. On ne s’en cache pas, comme vous savez. Votre pauvre beau-frère me disait encore quelques jours avant sa maladie que la nomination des officiers de garde nationale par les citoyens ne pouvait pas durer. […] Vous dirai-je toute ma pensée, mon cher ancien collègue ? J’ai la conviction qu’on est convenu avec les cabinets étrangers d’amortir en France l’esprit de liberté et de ne pas contrarier les projets des gouvernements absolus dans le reste du continent européen. L’erreur du système et de croire que la coalition liberticide n’ira pas plus loin. Je pense que lorsque nos auxiliaires extérieures auront été désarmés, découragés, et même irrités contre nous, on se dira que la turbulence française, la presse de Paris et des départements, l’usurpation d’une branche cadette exige une répression qu’on croira plus facile alors. Je puis me tromper, mais avec mes convictions je dois m’opposer au système du gouvernement. Si la nation en est satisfaite, si des patriotes plus nombreux et plus éclairés que moi trouvent que nous sommes en bonne route de la révolution de Juillet lorsque ceux mêmes qui nous gouvernent ne se cachent pas d’une autre tendance, je pense que le roi n’a que faire de mes amis politiques et de mes conseils. Mais il serait étrange qu’on exigeât que je disse qu’il a raison quand je crois qu’il a tort, et plus étrange encore que lorsqu’il nie des engagements pris avec moi, je me crusse obligé, par ce que nous nous sommes embrassés il y a deux ans, de me donner à moi-même un démenti. Quant à la malheureuse journée du 5 juin [1832, N. D. A.], je ne suppose pas que le proscrit du 10 août pût être taxé d’intelligence pour le bonnet rouge par les amis qui ont traversé toutes les phases républicaines, et par le prince qui lui fut soumis jusqu’en avril 1793. Et quant au prétendu couronnement de ce bonnet par mes mains, je vous renvoie à l’explication provoquée par une lettre de mon collègue Nadier de Montjau et par la publication d’un journal de son département. Il serait commode d’attribuer les acclamations dont je fus l’objet à des rebuts de police et des bagnes mais vous apprendrez avec plaisir que ces témoignages d’affection et d’assentiment ne furent donnés par plus de cent mille citoyens qui n’avaient rien de commun avec les folies, les intrigues et les complots de cette déplorable soirée. Quelques propos très ardents me furent adressés lorsque je me retirai ; mais je dois dire que le mouvement qui m’accompagna, comme l’année dernière à la sortie du Panthéon, et malgré quelques cris dont l’intention m’est assez suspecte, n’avait rien de commun avec l’émeute, les charges de cavalerie et les combats sur lesquels le ministère public et des débats des assises donneront sans doute de nouvelles lumières. J’ai lieu de croire, par les renseignements qui me sont parvenus, que sur les huit à neuf cents combattants, vaincus par cinquante à soixante mille hommes et six pièces de canon il y en avait plus de la moitié qui ne se doutait pas plus que vous et moi, le matin du 5, de la funeste échauffourée dans laquelle ils se sont trouvés engagés, Dieu sait comment. Les malveillants eux-mêmes, car sans doute il y en avait, et le groupe du bonnet rouge en est un indice, n’auraient su comment engager une affaire si l’apparition des troupes (sans vouloir décider d’où vint l’attaque), n’en avait pas donné l’occasion. Eh bien ! Nous avons le grand tort, mes collègues d’opinion et moi, de penser que le lendemain du jour où tout était fini, où il n’était plus question ni possibilité d’émeute, où la désapprobation publique s’était prononcée, il était ni loyal ni politique de proclamer l’état de siège, d’enlever les citoyens à leurs juges naturels, de chercher dans une ordonnance de 1666 contre les sorciers un appel à l’immoralité que les médecins et chirurgiens ont repoussée avec mépris, en un mot de violer les articles et les garanties de la nouvelle charte pour être obligé de céder ensuite à l’opinion publique, appuyée par la Cour de Cassation, aussi complaisamment qu’on l’avait fait dans la minime défense des fleurs de lys. J’ai voulu, mon cher ancien collègue et constant ami, répondre à fond aux observations que vous m’adressez je les ai reçues avec une tendre reconnaissance ; mais je me sens, comme ont fait bien d’autres, prédestiné à une vocation particulière dont je ne puis m’écarter, dussé-je resté seul et grâce à Dieu, je ne suis pas seul ! Heureusement pour mon repos, ma situation personnelle et mon âge m’exemptent de toute agitation. Me voici uniquement fermier. Je redeviendrai député en novembre, dit-on ; mais jusqu’à mon dernier soupir la liberté, la vraie et pure liberté me trouvera toujours prêt. […] Encore un mot, mon cher collègue, puisque vous craignez tant la république, priez Dieu qu’elle ne soit pas faite par les doctrinaires, la cour et ce que nous appelons le juste-milieu ; car elle ne peut venir que de là. Ce ne sont pas les émeutes, le bonnet rouge et de jeunes égarements qui la feront, bien au contraire car ils en font peur et dépopularisent jusqu’à son nom. Mais comme la France veut avant tout la liberté, l’égalité, l’honneur national, les principes de 89 et les conséquences de la grande semaine ; et comme d’un autre côté ce n’est pas chose facile et sûre dans nos pays européens que l’arrangement d’un directoire ou d’une présidence, il est évident que si notre combinaison de trône populaire entouré d’institutions populaires réussit on ne pensera pas à une autre sorte de pourvoir exécutif. Si, au contraire, la monarchie citoyenne manque son coup, comme on déjà fait dans l’expérience de 89 et 91, on sera obligé d’en revenir à d’autres combinaisons secondaires car ces variations ne sont pas l’essentiel de l’état social ; et ces combinaisons, il faudra les demander à la nation elle-même. Ce n’est personne qui fera cela, c’est la force des choses. De même que si le gouvernement nouveau, à l’exemple des anciens, craignait trop la nation pour l’appeler en toute confiance, en cas de guerre, à la défense de l’indépendance nationale, on se jetterait bon gré mal gré dans d’autres moyens de résistance : vous voyez que c’est de la monarchie de Juillet et d’elle seule qu’il dépend de maintenir ou républicaniser tout à fait l’ordre actuel. »
Dans deux lettres adressées à Cabet, en date du 4 août 1832 et du 15 avril 1833, Lafayette donnait les explications suivantes sur la réalité du programme de l’Hôtel de ville : Lafayette relatait qu’alors Marchais écrivait, que Thomas était présent et que lui, Lafayette, dictait quelques « notes, têtes de chapitre, objets d’explication, comme vous voudrez les appeler mais qui n’ont pas eu le positif de ce que j’ai peut-être mal nommé programme », « un programme en règle, rédigé comme une pièce diplomatique. […] Il ne m’appartenait plus que de m’assurer de l’adhésion du lieutenant-général au système républicain, surmonté d’une couronne citoyenne. […] Que j’ai eu tort de ne pas faire plus et mieux, on peut le penser et par conséquent le dire, car ce n’est pas un intérêt d’amitié mais de vérité et de liberté qu’il faut chercher. […] Mais tout le monde, dans toutes les nuances, était si pressé ! » Ces notes étaient en tout cas « un engagement positif dont les conséquences, claires comme le jour, ont été reniées et violées ». « Ce programme se borne à quelques notes écrites pour moi-même, en présence de deux amis, […] Je ne puis pas voir démentir la version que j’ai donnée […] et sur laquelle est fondée ma brouillerie avec le roi. Ce programme écrit dont vous parlez, qui me l’a remis ? qui m’a chargé d’en faire lecture, de le faire signer, etc. et comment puis-je laisser ma mémoire chargée d’un si grave reproche ? C’est bien alors que le roi a raison de regarder l’histoire du programme comme une fable, tandis que mon accusation contre son manque de foi porte sur les paroles précises dont j’ai rendu compte. » André Marchais, quant à lui, dans une lettre adressée le 29 juillet 1832 au général Lafayette, nous laisse le témoignage suivant des circonstances de la rédaction des notes qui furent présentées comme le programme de l’Hôtel de ville : « Le 31 juillet ou le 1er août […], M. Lafayette me dicta en présence de Joubert et de Thomas une sorte de bill (projet législatif en Angleterre, N.D.A.) de droits et une série de conditions mises à l’acceptation d’une royauté ; il prit ensuite la copie de ce bill et, partant pour le porter au lieutenant général, il nous dit : « Cinquante ans de ma vie consacrée au service de la France, ces exclamations, ce pouvoir remis le 29 en mes mains, me donnent, je crois, le pouvoir et le devoir de stipuler en son nom. Je vais donc dire au lieutenant général Voici l’ultimatum de la France ! » Marchais détaillait ainsi les notes qui avaient été prises sous la forme de ce programme : « Programme écrit de l’hôtel de ville. Deux chambres non héréditaires et directement électives. Une avec condition d’âge et de cens l’autre sans condition d’âge ni de cens. Cens électoral à cinquante francs. Justice de paix directement élective. Administrations municipale, départementale, garde nationale directement et complétement électives. Jury au grand et au petit criminel et en matière de presse, exempte du timbre, du cautionnement et des frais de poste. Plus de religion d’État. Complète égalité des cultes. Suppression du salaire des prêtres. Défense de prendre dans les actes aucun titre nobiliaire. Suppression des corps militaires privilégiés. Refonte totale de la magistrature et du conseil d’Etat. Responsabilité effective des ministres et de tous les agents du pouvoir. Attributions et modes de procéder des cours chargées de cette poursuite. Abolition à cet égard de l’autorisation du Conseil d’Etat voulu par la constitution de l’an VIII. Liberté complète de l’enseignement. Etablissement aux frais de l’Etat d’une école par commune. Déclaration de la Chambre, qu’elle reconnaisse ne représenter que quatre-vingt mille Français mais qu’elle croit avoir exprimé l’opinion de la majorité. Acceptation de l’acte constitutionnel par le peuple. Déclaration du monarque élu qu’il ne tient ses droits que du peuple. Porter la frontière au Rhin et continuer par la guerre le mouvement national. Effacer par là les quinze années de la Restauration. Annuler tout ce qui s’y rattache. Que le lieutenant général propose de suite à la seule Chambre des députés une constitution républicaine avec forme royale ; que la chambre soit immédiatement après son acceptation, dissoute. Appel à la nation. A ce prix des républicains engagent au service du gouvernement leurs personnes, leurs capacités et leurs forces et répondent de la tranquillité intérieure. » Odilon Barrot laissa ce jugement suivant sur la conduite de Lafayette pendant les trois jours de Juillet : « Ce n’est, en effet, ni par faiblesse, ni par entraînement, et encore moins dans une vue d’ambition personnelle, que le général Lafayette s’était décidé en faveur de la royauté constitutionnelle confiée à la branche cadette des Bourbons ; c’était sous l’impulsion des sentiments les plus nobles et les plus désintéressés qu’il avait pris cette détermination, et il m’appartient, peut-être plus qu’à personne, de lui en donner le témoignage. En effet, dans les jours qui avaient précédé cette scène de l’Hôtel de ville que nous venons de décrire, le général était à chaque heure assailli par de nombreuses députations qui s’efforçaient de l’entraîner vers la république, en réveillant ses vieux souvenirs de 1789 et ses vives sympathies pour les formes du gouvernement américain. Les amis du duc d’Orléans le pressaient, de leur côté, de se prononcer, car chaque instant perdu pouvait amener une grande perturbation. Dans cette situation, sentant le poids de la responsabilité qui pesait sur lui, Lafayette me fit l’honneur de m’appeler à en conférer avec lui : notre conversation fut longue, aussi calme que s’il se fût agi de résoudre une simple question de philosophie ou d’histoire. J’ai un souvenir encore très présent de cette conversation. Le général, un peu indisposé, était couché et j’étais assis près de son lit. Nous discutâmes tout : la forme du gouvernement, le choix des institutions et celui des personnes. Je peux dire que la conclusion définitive qui sortit de cette conférence répugnait aux sentiments intimes du général, mais était conforme à sa raison ; ses sympathies personnelles étaient pour la république ; il en avait vu en Amérique les admirables résultats. Ses souvenirs les plus récents lui retraçaient la puissance colossale, l’extrême liberté et la richesse immense que ce peuple, en moins d’un siècle, avait dues à ses institutions républicaines, tandis que les souvenirs de toute sa vie, depuis son extrême jeunesse jusqu’à l’âge où il était parvenu, ne lui rappelaient de la royauté que des perfidies et des corruptions. D’un autre côté, il avait conservé, lui dont le cœur était si bienveillant, un profond sentiment de mépris et même de haine contre le père de celui qu’il s’agissait actuellement de faire roi, le duc d’Orléans, dit Egalité ; il avait dû, en 1792, signifier à ce prince un ordre d’exil que ses intrigues avaient rendu nécessaire, et ce sentiment rejaillissait en partie sur son fils. Mais la raison et le patriotisme si pur et si vrai du général triomphèrent de ces sentiments. […] Le général Lafayette, l’homme de la liberté régulière et qui, s’il n’avait pas conservé une trop bonne opinion de la royauté, haïssait bien plus encore le jacobinisme, ne pouvait hésiter ; s’il pouvait oublier que c’était devant la proscription des jacobins qu’il avait été obligé de quitter son pays, il n’oubliait pas de combien de ruines et de sang ce détestable parti avait couvert la France : il se prononça pour la monarchie constitutionnelle. » Sur les raisons du retournement de Lafayette dans les premiers jours d’août 1830, Auguste Fabre, dans La Révolution de 1830, et le véritable parti républicain, écrit : « Les mêmes patriotes se sont plaints avec bien plus d’amertume de la conduite de M. de Lafayette, en qui ils avaient mis tant d’espérance. […] On prétend, d’une part, que Lafayette n’aurait pas pu établir le gouvernement républicain de l’autre, que rien ne lui était plus facile. Ces deux opinions sont également fausses. Lafayette, fort de son immense renommée, du souvenir de tant de services rendus à la cause des peuples, du respect concilié à son nom par tant de vertus publiques et privées connues de tous les citoyens, de l’ascendant non moins important qu’ajoutait à tant de moyens d’autorité le charme de son esprit et de ses manières ; Lafayette pouvait, en employant à l’instant même toutes les forces que la confiance publique mettait dans ses mains, en se hâtant de tout organiser avec l’assurance d’une nation qui se personnifiait, pour ainsi dire, en lui, frapper de stupeur quelques hommes convaincus au fond de leur conscience qu’ils n’étaient forts que de l’appui des coteries, grands que par échasses placées sous leurs pieds ; il pouvait prévenir les intrigues de la Chambre en déclarant, dès le premier moment, qu’il n’y avait plus en France d’autorités politiques que le gouvernement sorti de l’insurrection. En commandant sur tout, il aurait été obéi ; en faisant tout promptement et hardiment, il n’aurait trouvé d’opposition sérieuse à aucune de ses œuvres. Mais on devait penser cependant que, combien qu’on pressât les opérations électorales, elles seraient encore assez longues pour qu’un gouvernement, ayant pour lui la raison et disposant d’immenses moyens de publicité, eût le temps de désabuser bien des citoyens. Ainsi donc, il était, non pas facile comme quelques-uns le croient, mais possible, quoique d’autres le nient, à M. de Lafayette de donner à son pays le gouvernement qu’il a toujours considéré comme le meilleur. Puisque cela lui était possible, il a eu tort de ne pas le faire. Il n’a pas eu assez de confiance dans ses forces. […] Cette faute funeste dans un politique, l’avait entraîné dans une autre erreur ; il ne savait pas tout ce qu’il y avait de distingué parmi les patriotes tenus dans l’ombre par les orléanistes autrement dit libéraux. […] [Par peur ou par ambition ?] Lafayette s’est exagéré la puissance des ennemis du système républicain ; il n’a pas vu comment il pourrait faire entendre raison à cette bourgeoisie nourrie quinze ans dans l’adoration de la Charte, et dans l’admiration des héros de l’opposition orléaniste ; il a craint que l’influence de ces députés n’amenât des troubles, des déchirements dont l’étranger saurait profiter. […] Il a failli ; car la première qualité dans un politique est que ceux qui marchent avec lui soient sûrs qu’il ne transigera jamais, du moins sans leur aveu. […] Lafayette lui-même a cru devoir par patriotisme ne pas donner à sa patrie le gouvernement qu’il regarde comme le meilleur. Pourquoi ? Parce que la nation s’était laissé imposer des réputations de coterie, parce qu’elle avait accepté comme patriotes et habiles des hommes qui n’avaient donné aucune preuve de talent, et en avait donné mille de tiédeur ou même de haine pour la liberté […] » Mazas, dans ses Mémoires pour servir à l’histoire de la révolution de 1830, porta sur Lafayette le cruel jugement suivant : « Vendredi 30. M. de Lafayette, de son autorité privée, rétablit la garde nationale parisienne : c'est la plus grande faute qu’il put commettre comme chef du parti républicain ; car il est incontestable que la garde nationale de Paris a été l’obstacle le plus direct à l’enfantement de la république. M. de Lafayette disposant des faubouriens, des élèves des écoles, de tous les combattants enfin pouvait sans obstacle, le vendredi matin, donner la vie à cette chère république qu’il couve dans son sein depuis quarante ans (i). Il perdit un jour, et le lendemain on lui dit à son tour, c'est trop tard, comme on l’avait dit la veille au ministre de Charles X. Ainsi, pour 24 heures, la légitimité et la république manquèrent leur existence. » Mazas ajoutait la note suivante : « Toutes les fois que M. de Lafayette s’est trouvé mêlé à quelque convulsion politique, il n’a cessé de montrer de l’audace pour provoquer le mouvement, mais il a constamment manqué d’énergie pour en déterminer les résultats ; c’est ce qui lui arriva en cette circonstance : il agit d’une manière si molle au milieu de ses immenses succès, qu’il inspira des soupçons, même à ses plus chauds partisans. Il paraît constant qu’une réunion de cinq ou six républicains exaltés mirent en délibération, dans la journée du vendredi, s’ils brûleraient la cervelle à M. de Lafayette, persuadés qu’il n’agissait pas franchement dans les intérêts révolutionnaires, et qu’au moment d'assurer un triomphe définitif au parti populaire, il reculait devant un tel résultat, en réminiscence de son origine féodale, dont le souvenir ne s’éteint jamais entièrement dans le cœur d’un gentilhomme français. » A l’occasion du procès des ministres, Lafayette renouvela sa pusillanimité. Le 23 août 1832, Lafayette écrivait à Jacques Laffitte la lettre suivante, pour qu’il intercédât auprès d’Aubernon, alors préfet de Seine-et-Oise et son parent, en faveur des prisonniers politiques, et plus spécialement de Raspail, alors emprisonné Versailles : « Je vous ai parlé plusieurs fois mon cher collègue, de la situation des prisonniers politiques de Versailles, dans la pensée que votre neveu, détaché de votre opinion mais non sans doute de ses liens de famille et d’amitié avec vous, serait sensible à vos représentations. On m’a dit que déjà le ministère public avait cru, il y a quelque temps, devoir mettre un adoucissement à ses rigueurs. Vous vous rappelez avec quelle indignation notre collègue Arago nous parla de la manière dont il avait vu conduire à Paris un jeune savant à qui le progrès des connaissances avait, nous dit-il, de véritables obligations, que je sais être bon époux, mon père, bon ami et d’un caractère sincère et élevé. On m’assure (et la fierté même exagérée de M. Raspail vous répond que ce n’est pas lui qui provoque ma démarche) ; on assure, dis-je, qu’il est traité avec une malveillance propre à exaspérer la tête la plus froide, et je conviens que la sienne n’est pas de cette nature. Vous ne savez que trop qu’en général, outre les désappointements dont nous avons tous à nous plaindre, on semble prendre à tâche de provoquer jusqu’à l’excès peut-être l’irritation de la jeunesse qui pourtant ne tardera pas être la France, et dont ces ignobles persécutions ne ramèneront ni les idées ni les affections. Il y a donc autant de maladresses que d’iniquité dans ces traitements, et je suis bien trompé si Versailles n’en offre pas un révoltant exemple. Pressez donc votre neveu de changer ce régime, ne fût-ce que dans l’intérêt de ce qu’on appelle le juste milieu. J’ai visité beaucoup d’amis prisonniers politiques, sous la Restauration ; ils n’étaient pas traités avec cette barbarie. M. Raspail aurait eu sa chambre et toutes les facilités pour se livrer à l’étude ; quels que soient les diversités d’opinion et de profession politique, il n’y a pas trop de prétention à vouloir que la monarchie doctrinaire, car ce n’est plus la monarchie républicaine, ne soit pas plus tracassière et barbare que la monarchie de l’étranger et du droit divin. Ecrivez donc à votre neveu préfet ; répétez ce que vous lui avez sans doute déjà dit, ce que je lui dirais si je croyais que cela fût utile ; assurez-vous que le traitement des prisonniers dont il dispose n’est pas tel qu’on le dépeint de tous les côtés, et dans le cas contraire, déployez toute l’autorité de vos rapports avec le préfet de Seine-et-Oise pour obtenir l’amélioration de leur sort. » On trouve dans les archives de Lafayette, cette lettre adressée, le 8 février 1832, par Auguste Blanqui (voir ce nom) : « Monsieur, je me souviens toujours avec émotion que j’ai vécu trois jours à Lagrange sous le même toit que vous et notre glorieux général. Depuis ce temps, bien des joies et bien des peines ont agité mon âme ; car la France a été tour à tour pleine de gloire et de deuil. J’ai pris part aux triomphes de notre révolution et nul n’a eu le cœur plus froissé que moi des misères qui ont succédé à ce triomphe d’un jour. Maintenant, comme il y a quatre ans, vous êtes à la tête de ceux qui ne désespèrent point de la patrie. J’ai essayé le peu que je pouvais pour protester contre l’ignominie et je serai content si vous trouvez que j’aie fait acte de citoyen dévoué. Agréez, Monsieur, l’expression de mes sentiments respectueux. » Sur l’activité de Lafayette pendant le procès des ministres, en décembre 1830, le récit que fit Boulanger, Emile, François de son activité pendant le règne de Louis-Philippe nous donne quelques indications : « […] Au procès des ministres, dans la compagnie de grenadiers à laquelle j’appartenais, VIe légion, j’avais formé un noyau d’hommes d’action devant agir de concert avec ceux des autres compagnies. Malheureusement celui qui nous avait donné la meilleure des républiques nous traqua, nous divisa tellement que, Cavaignac et Guinard ayant été enfermés dans le Louvre sans pouvoir agir, la conspiration échoua […]. » Sur son attitude pendant le procès des ministres, on trouve aussi le témoignage suivant de Dalmont, François, Michel, Elisabeth, quand ce dernier tenta de faire valoir ses droits auprès de la Commission des récompenses nationales instituée après la Révolution de Février : « […] Au procès des ministres, partie du manuscrit brûlée, ou un moment après que les ministres étaient partis, leur procès fini, je parvins, aidé de mes camarades, à calmer les plus exaspérés et les faire rentrer dans l’ordre. Un instant après, nous fûmes passés en revue par le général Lafayette, qui a fini par apaiser l’effervescence des plus exaltés et nous fûmes remplacés à 2 heures du matin par un bataillon de la XIe légion et nous avons eu bien du mal à traverser une population furieuse, qui s’était ameutée aux abords du Luxembourg […]. » Sur ses derniers jours : « Malade depuis trois semaines, il touchait à sa dernière heure ; ses enfants et sa famille entouraient seuls son lit ; il ne parlait plus ; on ne savait s’il voyait encore. Son fils George s’aperçut que, d’une main incertaine, il cherchait quelque chose sur sa poitrine ; le fils vint en aide à son père, et lui mit dans la main un médaillon que M. de La Fayette portait toujours suspendu à son cou. M. de La Fayette le porta à ses lèvres ; ce fut son dernier mouvement. Ce médaillon contenait le portrait et des cheveux de madame de La Fayette, sa femme, qu’il avait perdue depuis vingt-sept ans. Ainsi, déjà séparé du monde entier, seul avec la pensée et l’image de la compagne dévouée de sa vie, il mourut. Quand il s’agit de ses obsèques, c’était un fait reconnu dans la famille que M. de La Fayette voulait être enseveli dans le petit cimetière adjoint au couvent de Picpus, à côté de madame de La Fayette, au milieu des victimes de la Révolution, la plupart royalistes et aristocratiques, dont les parents avaient fondé ce pieux établissement. Ce vœu du vétéran de 1789 fut scrupuleusement respecté et accompli. » In Mémoires pour servir à l’histoire de mon temps, François Guizot, Les Grands Moments de l’Histoire, Robert Laffont, le Club français du livre, 1971. Lafayette était franc-maçon ; l’article du journal L’Aigle, journal de la liberté patriotique et littéraire, en date du 8 octobre 1830 en témoigne : « Les francs-maçons de toutes les bannières doivent célébrer une grande fête maçonnique et patriotique, dimanche prochain 10 octobre, à l’Hôtel de ville, en l’honneur du général Lafayette, leur frère. Cinquante blessés dans les mémorables journées de la liberté, seront invités au banquet. On souscrit chez les FF. Saunière (voir Saunière, Jean-Louis), rue des Mauvaises-Paroles n° 17. Lowasy, rue du Gros-Chenêt n° 23. Astier, rue Saint-Louis (Marais) n° 47. Boissage, rue du Sentier n° 3. » Lafayette passa souvent pour un niais aux yeux des républicains du règne de Louis-Philippe, ou pour être passablement infatué de sa personne ; Chateaubriand, dans ses Mémoires d’outre-tombe, devait, à la mort de Lafayette, donner sur son compte le jugement suivant : « M. de La Fayette s’est élevé parce qu’il a vécu : il y a une renommée échappée spontanément des talents, et dont la mort augmente l’éclat en arrêtant les talents dans la jeunesse ; il y a une autre renommée, produit de l’âge, fille tardive du temps ; non grande par elle-même, elle l’est par les révolutions au milieu desquelles le hasard l’a placée. Le porteur de cette renommée, à force d’être, se mêle à tout ; son nom devient l’enseigne ou le drapeau de tout : M. de La Fayette sera éternellement la garde nationale. Par un effet extraordinaire, le résultat de ses actions était souvent en contradiction avec ses pensées ; royaliste, il renversa en 1789 une royauté de huit siècles ; républicain, il créa en 1830 la royauté des barricades : il s’en est allé donnant à Philippe la couronne qu’il avait enlevée à Louis XVI. » Dans son Histoire de Louis-Philippe, roi des Français, Boudin donne les explications suivantes sur Lafayette : « [Dans une lettre à Joseph Bonaparte, le 26 novembre 1830] Je connaissais à peine le duc d’Orléans, disait-il. De vives inimitiés avaient existé entre son père et moi. Quelques rapports de parenté et de bons procédés ne m’avaient pas même conduit jusqu’à l’entrée du Palais-Royal, et néanmoins je savais, comme tout le monde, qu’il y avait dans cette famille des vertus domestiques, des goûts simples, peu d’ambition, et un sentiment français auquel l’empereur lui-même avait rendu justice. Je me rappelai le jeune républicain de 89, le soldat de Valmy et de Jemmapes, le professeur de Suisse et le voyageur aux Etats-Unis. Il s’appelait Bourbon, et c’est un nom fâcheux ; mais le nom même était plus que le vôtre, plus que celui de république, une garantie contre la guerre. Il n’empêchait point de constater, d’exercer le principe de la souveraineté du peuple, de mettre des armes aux mains de trois millions de citoyens nommant leurs officiers, de rendre complète la liberté de la presse, et d’avoir des institutions populaires. Il m’a donc paru utile, dans les circonstances où nous étions, pour la paix du dedans et du dehors, que les diverses nuances d’opinions politiques, à l’exception du parti de Charles X, se réunissent sur cette combinaison. Mon adhésion n’a pu être l’effet d’aucune prévention ou affection antérieure. Je dois dire aujourd’hui qu’après quatre mois d’intime connaissance, des sentiments de confiance, d’amitié et de cause commune, sont venus se joindre à mes considérations primitives. Quant à l’assentiment général, ce ne sont pas seulement les Chambres et la population de Paris, quatre-vingt mille gardes nationaux et trois cent mille spectateurs au Champ-de-Mars, ce sont toutes les députations des villes et villages de France que mes fonctions me mettent à portée de recevoir en détail ; en un mot, un faisceau d’adhésions non provoquées et indubitables, qui nous confirment de plus en plus que ce que nous avons fait est conforme à la volonté actuelle de la très grande majorité du peuple français. » Et : « Le 6 octobre 1831, il s’écriait à la tribune : “Je suis loin de dire que ce qui s’est passé ait été le produit de la force. La nécessité de réunir les esprits, une foule de circonstances dont il est plus commode de juger après les événements, les assurances que le peuple vainqueur avait le droit et le devoir de demander, et qu’il reçut franchement, tous ces motifs nous rallièrent tous autour de l’ordre de choses qui est adopté. Et je dois ajouter que, de toutes les parties de la France, personne plus que moi n’a été à portée d’en juger ; il nous arriva les témoignages les plus unanimes et les plus satisfaisants d’adhésion complète à ce que nous avions fait, au trône que nous avions élevé, au monarque que nous avions choisi. Cette adhésion fut une véritable sanction de l’opinion de la presque totalité de la France.” » Souvenirs d’un médecin de Paris, Dr Poumiès de la Siboutie, Plon et cie, Paris, 1910, p. 230 : « Il avait, dans ses dernières années, perdu beaucoup de sa popularité. On se plaignait des fausses démarches que lui faisait faire la faiblesse de son caractère. Aussi disait-on à son convoi, qui était très nombreux : “Vive La Fayette mort !” » Les prisonniers illuminent à Sainte-Pélagie, à l’annonce de sa mort. Sarrans lui a consacré un ouvrage, Lafayette et la révolution de 1830, Histoire des choses et des hommes de Juillet, paru chez Thoisnier-Desplaces, à Paris, en 1832. Il demeurait rue 6, d’Anjou-Saint-Honoré en 1831. Mémoires de Marchand, premier valet de chambre de l’Empereur et exécuteur testamentaire de l’Empereur, Taillandier, 1985, p. 186 ; Le Comte Molé, 1781-1855, sa vie, ses Mémoires, éditions Champion, 1922, tome 1, p ; 255 ; Les Derniers Jours de l’Empire, Lachouque, Arthaud, Paris, 1965, p. 45 ; Souvenirs historiques sur la révolution de 1830, Bérard, Paris, Perrotin, 1834, p. 15, 114-117, 128-130 ; Mémoires pour servir à l’histoire de la révolution de 1830, Mazas, seconde édition augmentée, chez Urbain-Canel et Adolphe Guyoy, Paris, 1833, pp. 136-137 ; Histoire de Louis-Philippe, roi des Français, Boudin, Amédée, Paris, au bureau de la publication, 1847, tome Ier p. 417-427 ; Souvenirs de J. Laffitte, racontés par lui-même, et puisés aux sources les plus authentiques, tome deuxième, Bruxelles et Leipzig, Muquardt, tome deuxième, p. 85 ; Mémoires posthumes de Odilon Barrot, tome premier, deuxième édition, Paris, chez Charpentier, 1875, p. 126-129 ; Mémoires de madame la duchesse d’Abrantès ou souvenirs sur Napoléon, la Révolution, le Directoire, le Consulat, l’Empire et la Restauration, tome troisième, 4e édition, Bruxelles, Société belge de librairie, p. 563 ; 1787-1831, Souvenirs du comte de Montbel, ministre de Charles X, publiés par son petit-fils Guy de Montbel, deuxième édition, Paris, Plon-Nourrit, 1913, p. 333 ; Souvenirs du baron de Frénilly, pair de France, Paris, Plon, 1909, p. 42 ; Mémoires pour servir à l’histoire de mon temps, Guizot, Paris, Lévy, 1858, tome premier, p. 238 ; Ordonnance du roi contenant publication des noms des citoyens qui ont obtenu la Croix de Juillet, Bulletin des lois, 2e partie, ordonnances, n° 104 bis ; Histoire politique des écoles et des étudiants depuis le Moyen Age jusqu’à 1850, Watripon, Paris, chez Michel et Joubert, 1850, tome I, p. 145 ; Mémoires, correspondance et manuscrits du général Lafayette, publiés par sa famille, tome sixième, Paris, Fournier, 1838, p. 421-422 ; Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la Croix de Juillet, instituée par la loi du 13 décembre 1830, sur les récompenses nationales, Le Moniteur universel, 2 mai 1831 ; Archives de Paris VD6 173 n° 1 in dossier Lavenant, Willem, Louis, Henri (un billet signé du 29 juillet 1830 par lequel Lafayette confie le commandement du Louvre et des Tuileries au baron Lavenant, Ambroise, Louis ; Archives de Paris VK3 17, Témoignages, rapports, notes sur les élèves de l’Ecole polytechnique ; Archives de Paris VK3 45 in dossier Godron, Auguste ; Archives nationales F/1dIII/39 Commission des récompenses nationales, noms des citoyens qui ont mérité la décoration spéciale, (ancien) IIIe arrondissement ; Archives nationales F/1dIII/71 in dossier Petit, Jean-Baptiste ; Archives nationales F/1dIII/88 in dossier Floriot, Pierre, Nicolas, Marie (une lettre de recommandation en faveur de ce dernier) ; Archives nationales MI 217 23 ; Archives nationales MI 217 24 copie d’une lettre de M. Camille Teisseire au général Lafayette, et de la réponse 19 juin 1832 et 12 juillet 1832, lettres à Cabet, lettres de Marchais, dossier Raspail (François-Vincent), lettre de Blanqui ; Archives nationales F/1dIV/B/3 in dossier Barré, Jean, Joseph, Josse (où il apostille la demande de nomination comme officier dans l’ordre de la Légion d’honneur, présentée par ce dernier) ; Archives de la préfecture de police AA 371 in dossier Barbier, Jean, Joseph (un billet dans lequel il remercie ce dernier de son offre de services, en tant que président du Comité de soutien aux Polonais) ; Archives de la préfecture de police AA 374 in dossier Boulanger, Emile, François ; Archives de la préfecture de police AA 376 in dossier Campagne, Pierre, François (un certificat qu’il signe en faveur de ce dernier pour avoir été accompagné par lui le 29 juillet de chez Laffitte à l’Hôtel de ville), idem in dossier Capron, Pierre, François (pour lequel il signe un certificat) ; Archives de la préfecture de police AA 382 in dossier Dalmont, François, Michel, Elisabeth ; Archives de la préfecture de police AA 385 in dossier Devilleneuve, Jean, Quérémont (pour lequel il signe un certificat pour attester sa participation au bon maintien de l’ordre au château de Saint-Cloud) ; Archives de la préfecture de police AA 392 in dossier Henault, René (où il apostille un certificat) ; L’Aigle, journal de la liberté patriotique et littéraire, 8 octobre 1830 ; Réponse aux outrages et aux calomnies dirigés contre moi par M. Bigrel et consorts, chez Auffray, 1832 ; La Révolution de 1830, et le véritable parti républicain, Thoisnier-Desplaces, 1833, p. 140 ; Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, Le Livre de poche, Paris, 1973, tome 3, p. 205, 670-671. Sur Lafayette, on lira son portrait in Le Parti libéral sous la Restauration, Thureau-Dangin, Plon, Paris, 1888, p. 41-47.