Laffitte, Jean-Baptiste
Biographie
Né le 23 janvier 1775 (mais le 22 janvier 1775 in Les Ministres des Finances de la Révolution française au Second Empire) à Bayonne (Pyrénées-Atlantiques) ; il était le frère du banquier Laffitte, Jacques (voir ce nom). Administrateur des Messageries générales de France. On trouve les indications suivantes le concernant dans Les Ministres des Finances de la Révolution française au Second Empire : « Il entra dans la banque Perrégaux, auprès de son frère Jacques. A la fin de l’Empire, Vincent Caillard, désireux de créer une entreprise de transport, sollicita Jacques Laffitte, qui accepta de participer au capital de l’affaire et y plaça son frère Jean-Baptiste comme associé. Ainsi furent créées les Messageries générales de France, rue Saint-Honoré, dans l’ancien hôtel Verthamont, concurrentes des Messageries royales, rue Notre-Dame-des-Victoires. » Dans le récapitulatif que rédigea Barthe, Charles, Laurent, Emile (voir ce nom) sur sa propre conduite pendant les trois journées de Juillet, afin de faire valoir ses droits à une récompense honorifique, ce dernier nous apprend que, près de l’hôtel des gardes du corps au 7, quai d’Orsay, dont on avait réussi à s’emparer et dont la garde lui avait été confiée à lui et à ses hommes, « deux barricades furent construites, la nuit, par ses soins, et avec la coopération de M. Caillard (des messageries Caillard-Laffitte) ou de M. Lecomte, qui amena une troupe de travailleurs ». On trouve dans la narration de sa propre participation aux combats que fit Morlot de Wengy, Alexandre, des indications sur la participation de Laffitte : « […] M. Torran illisible, capitaine de la garde nationale (rue du Mont-Blanc, n° 13) commanda le 29 juillet (entre 11 heures et midi) un petit détachement composé de six hommes et dont M. de Wengy faisait partie. Ils se rendirent sur la place Vendôme, avant la prise des Tuileries et fraternisèrent avec deux bataillons du 53e de ligne qu’ils conduisirent dans la cour de M. Laffitte en marchant devant leurs tambours. La conduite de ces deux bataillons détermina celle du 5e régiment de ligne qui se trouvait vis-à-vis le pâté des Italiens qui se joignit à eux pour parcourir tout le faubourg Saint-Denis, ayant toujours à leur tête ce petit détachement de garde nationale, qui s’augmenta en route et dont alors M. Jean-Baptiste Laffitte prit le commandement. » Sur ces mêmes faits, un rapport, signé de Marly, expliquait : « Cette défection n’a été opérée que par l’influence et la présence de M. Jean-Baptiste Laffitte sur la place Vendôme dans la matinée du 29 et c’est lui qui a pu seul offrir aux chefs de corps des garanties suffisantes pour déterminer leur neutralité. » Alexandre Dumas fut un des tout premiers combattants de la révolution de Juillet. Il en laissa un récit impartial et bien renseigné. Nous empruntons à ses Mémoires, son témoignage concernant Laffitte : « [Le 29 juillet après la prise du Louvre et quand tout est terminé, chez Laffitte] Derrière La Fayette, un sergent du 53e de ligne avait si bien fait des pieds et des mains, qu’il avait pénétré dans le salon ; là, il avait déclaré que le 53e de ligne était prêt à fraterniser avec le peuple. Les officiers demandaient seulement qu’on leur envoyât quelque personnage considérable, afin que leur passage à la cause de la révolution n’eût pas l’air d’une défection pure et simple.
On leur envoya le colonel Heymès, habillé en bourgeois, M. Jean-Baptiste Laffitte (voir ce nom) et quelques gardes nationaux que l’on venait de recruter sur le boulevard.
Comme j’arrivais, le régiment arrivait aussi. Cinq officiers entrèrent dans la salle des délibérations, j’entrai avec eux.
M. Laffitte était près de la fenêtre du jardin, qui était ouverte, mais dont les persiennes étaient fermées ; il se tenait assis dans un grand fauteuil, la jambe étendue sur un tabouret.
Il s’était foulé le pied la veille au matin.
Derrière lui était Béranger, appuyé sur le dos de son fauteuil ; à l’un de ses côtés, le général La Fayette, lui demandant des nouvelles de sa santé. Dans l’embrasure d’une seconde fenêtre, Georges La Fayette causait avec M. Laroche, neveu de M. Laffitte
Trente ou quarante députés, s’entretenant par groupes, encombraient le reste du salon.
Tout à coup, une effroyable fusillade se fait entendre, et ce cri retentit :
– La garde royale marche sur l’hôtel !...
J’ai vu bien des mises en scène depuis celle de Paul et Virginie, à l’Opéra-Comique, la première que j’aie admirée, jusqu’à celle de La Barrière de Clichy, au Cirque, une des dernières que j’aie dirigée, mais jamais je n’ai été témoin d’un pareil changement à vue !
On eût dit que chaque député était sur une trappe, et avait disparu à un coup de sifflet.
Le temps de tourner la main, il ne restait absolument dans le salon que Laffitte, toujours assis, et sur le visage duquel n’apparut pas la plus légère émotion : Béranger, qui demeura ferme à sa place ; M. Laroche, qui se rapprocha de son oncle ; La Fayette, qui releva sa noble et vénérable tête, et fit un pas vers la porte, c’est-à-dire vers le danger ; Georges La Fayette, qui s’élança vers son père ; et les cinq officiers, qui firent de leur corps un rempart à M. Laffitte.
Tous les autres avaient disparu par les portes de dégagement ou avaient sauté par les fenêtres. M. Méchin s’était distingué parmi ces derniers.
Je voulus profiter de l’occasion qui m’était donnée de présenter mes compliments au maître de la maison ; mais le général La Fayette m’arrêta en route.
– Que diable est-ce cela ? me dit-il.
– Je n’en sais rien, général, lui répondis-je mais, à coup sûr, j’affirme que ce ne sont ni les Suisses ni les gardes royaux... Je les ai vus partir des Tuileries, et, du train dont ils allaient, ils doivent être maintenant plus près de Saint-Cloud que de l’hôtel Laffitte.
– N’importe ! tâchez donc de savoir ce qu’il en est.
Je m’avançais vers la porte, lorsqu’un officier entra.
Il apportait le mot de l’énigme.
Les soldats du 6e de ligne avaient rencontré ceux du 53e ; à l’exemple de ceux-ci, ils avaient fait cause commune avec le peuple, et, en signe de joie, ils avaient déchargé leurs fusils en l’air.
Cette explication une fois donnée, on se mit en quête des députés, et l’on finit par les retrouver, les uns de-ci, les autres de-là. » Le 14 septembre 1830, il signa en tant que capitaine des grenadiers, 1er bataillon de la Ire légion de la garde nationale, le certificat suivant en faveur de Demonval, Augustin : « Je déclare que, le jeudi 29 juillet 1830, M. Augustin Demonval s’est joint à mon peloton au coin de la place Vendôme et en a fait partie, d’abord pour conduire les 53e et 5e de ligne auprès des députés afin de faire ratifier les conditions que j’avais consenties et ensuite pour leur servir de sauvegarde jusqu’à leur caserne. » La relation que fit devant la Commission des récompenses nationales Augustin Demonval nous donne quelques indications sur la participation de Laffitte aux événements. Cette déclaration était ainsi rédigée : « […] Ainsi que le prouve un certificat dont je suis porteur et qui m’a été délivré par M. Lafitte (sic), j’ai fait partie du détachement de gardes nationaux qui, le 29 juillet, se porta au-devant du 53e de ligne dans le dessein de provoquer sa reddition par la force ou par la persuasion. Nous n’avons pas eu besoin de faire usage de nos armes grâce à l’influence et aux prières de M. Lafitte (sic) qui nous commandait et qui s’avança vers le colonel pour l’engager à retirer l’ordre de faire feu sur nous, ordre qui était sur le point d’être exécuté puisque le 1er peloton de grenadiers du 53e de ligne se disposait à nous coucher en joue. Enfin, une convention provisoire fut arrêtée entre le lieutenant-colonel et M. Lafitte (sic) ; mais une grande difficulté se présentait, c’était de la faire ratifier par les députés assemblés ; pour arriver jusqu’à eux, il fallait traverser au milieu des feux de peloton que ne cessait de faire le 3e régiment de la garde placé sur les boulevards ; enfin le colonel l’exigeait, il fallait y souscrire pour prévenir l’effusion du sang. M. Lafitte (sic) me donna l’ordre de placer nos hommes en tête du régiment ; comme sergent, je commandai ce mouvement ; plusieurs des nôtres ne voulurent pas nous suivre, surtout lorsqu’ils entendirent le peuple menacer de désarmer les soldats que nous allions conduire ; je parvins cependant à réunir dix-huit hommes habillés ; nous marchâmes ainsi, flanqués d’une foule immense ; nous arrivâmes auprès des députés, que nous trouvâmes assemblés ; nos conventions furent ratifiées et nous reçûmes l’ordre de reconduire ce régiment à sa caserne afin de lui servir de sauvegarde. Le peuple, qui comprenait toute l’importance de notre démarche, nous porta presque en triomphe jusqu’à la caserne de la Pépinière ; sur notre route, on jetait des fleurs ; des applaudissements unanimes nous accueillaient ; enfin, il semblait que la victoire avait été décidée par nous. Il est vrai que la reddition du 53e régiment peut bien être comptée pour quelque chose dans les résultats de cette journée, car c’est en nous voyant passer que le 3e régiment de la garde a jugé prudent de prendre la fuite. Au surplus, je m’étayerai ici des paroles de M. Lafitte (sic), qui en me délivrant le certificat dont il s’agit me dit : “On n’a pas assez parlé de cette circonstance ; nous avons risqué beaucoup et nous avons peut-être décidé la question, en forçant par notre attitude les 53e et 5e régiments de ligne à se rendre.” La modestie de M. Lafitte (sic) ne lui a pas permis de faire ressortir dans le certificat qu’il m’a délivré l’importance de ce fait et les dangers que nous avons courus (il était à notre tête) mais comme il s’agit pour moi d’établir un titre, je suis obligé, Messieurs, de le livrer à votre discussion ; et j’invoque au besoin son témoignage. » Le dossier d’examen de ses droits fut instruit par la Commission des récompenses nationales du (ancien) IIe arrondissement. Laffitte fut décoré de la Croix de Juillet auprès de la mairie du (ancien) IIe arrondissement. Il signa un certificat de notoriété en faveur de Notin, Pierre, attestant qu’il avait vu, dans les journées de Juillet, ce dernier en armes à la porte Saint-Denis. En 1831, à l’occasion des fêtes anniversaires de Juillet, il reçut, auprès de la mairie du (ancien) IIe arrondissement, vingt-cinq francs de gratification, à titre de décoré mais non blessé. Il avait épousé Lefebvre-Desnouettes, Antoinette, Louise et était père de trois enfants, dont Laffitte, Charles, Pierre, Eugène (voir ce nom). Il demeurait 23, rue de Choiseul en 1831 ; 19, rue de la Chaussée-d’Antin en 1835. Les Ministres des Finances de la Révolution française au Second Empire, Antonetti, Comité pour l’histoire économique et financière de la France, 2007, p. 268 ; Mes Mémoires, Alexandre Dumas, tome VI, cinquième série, nouvelle édition, Paris, Lévy frères, 1867 ; Ordonnance du roi contenant publication des noms des citoyens qui ont obtenu la Croix de Juillet, Bulletin des lois, 2e partie, ordonnances, n° 104 bis ; Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la Croix de Juillet, instituée par la loi du 13 décembre 1830, sur les récompenses nationales, Le Moniteur universel, 2 mai 1831 ; Almanach des 25 000 adresses des principaux habitants de Paris pour l’année 1835, contenant les noms et demeures de tout ce que Paris renferme de personnes distinguées par leur rang ou par leurs fonctions… 21e édition, Dulac, Paris, chez Panckoucke éditeurs ; Archives de Paris VK3 41 in dossier Barthe, Charles, Laurent, Emile ; Archives de Paris VK3 43 in dossier Demonval, Augustin ; Archives de Paris VD6 3, liste des décorés de la Croix de Juillet du (ancien) IIe arrondissement ; Archives de Paris VD6 91 in dossier Morlot de Wengy, Alexandre ; Archives nationales F/1dIII/34, Commission des récompenses nationales, état des sommes payées en dépenses diverses pour le compte de cette commission, du 8 octobre 1830 au 31 octobre 1831 par la mairie du (ancien) IIe arrondissement ; Archives nationales F/1dIII/39 Commission des récompenses nationales, noms des citoyens qui ont mérité la décoration spéciale, (ancien) IIe arrondissement ; Archives nationales F/1dIII/69 in dossier Notin, Pierre.