Laforest père
Biographie
Ancien directeur des contributions indirectes, ancien officier de paix, ancien commissaire de police, ancien avocat. Le ministère de l’Intérieur et la Commission des récompenses nationales se renvoyèrent sa demande de décoration à tel point que, en 1832, il réclamait encore, dans une lettre adressée au roi, cette dernière pour lui et pour son fils, Laforest, Auguste (voir ce nom) : « Les 30 et 31 juillet 1830, mon dévouement à votre auguste personne se montra d’une manière si éclatante par deux voyages à Neuilly, au péril de ma vie, pour lui faire connaître le vœu des Parisiens et celui de l’assemblée des représentants de la Nation. Cela est prouvé par douze citoyens habitants sur la route de Neuilly et par les concierges de son château. Pendant une année, de quinzaine en quinzaine, je n’ai demandé à Votre Majesté pour récompense que la réparation de l’injustice révoltante commise envers moi, il y a dix ans, par l’ancien gouvernement à cause de mes liaisons avec la famille Perier et de mon intimité alors avec M. Casimir Perier, son président actuel du conseil des ministres, injustice qui m’a totalement ruiné. Dans cet intervalle, je n’ai pas reçu le plus petit mot de réponse de Votre Majesté. Cette circonstance m’a fait changer de marche. J’ai demandé depuis à Votre Majesté, pour le service éminent que je lui ai rendu les 30 et 31 juillet 1831 ainsi qu’à la Nation, réuni à mon deuxième fils, qui s’est signalé par une action d’éclat dans les trois journées précédentes, une récompense provisoire en attendant une pension sur sa liste civile ou une place dans sa maison, que j’ai toujours enviée, que je lui ai demandée en 1816 et qu’elle a daigné me promettre à cette époque par une lettre que je garde soigneusement. J’attends toujours, Sire, avec la patience la plus rare que Votre Majesté ait l’extrême bonté de répondre à mes vœux. » Il était possesseur de deux certificats. Le premier, signé par vingt citoyens, et ainsi rédigé : « M. Laforest, les 27, 28 et 29 juillet 1830, s’est trouvé partout où il y a eu du danger, le long des quais de Notre-Dame, au faubourg Saint-Antoine, à l’attaque de la caserne de la Pépinière et des Ecuries du roi, faubourg du Roule, et à Chaillot. Dans tous ces endroits, il a, par ses conseils sages et légaux, encouragé le zèle des habitants et sauvé plusieurs personnes d’une mort certaine. Les 30 et 31 dudit mois de juillet, au péril encore de sa vie, il s’est rendu au château de Neuilly pour faire connaître au duc d’Orléans le vœu du peuple de Paris et celui du peuple français, représenté par quatre-vingt-neuf députés assemblés extraordinairement, qui était de le mettre à la tête du gouvernement ». Un autre certificat du portier du château de Neuilly, ainsi rédigé : « Je, soussigné, Jean, Charles Chioury, portier du château de Neuilly, certifie que M. Laforest s’est présenté au château le 30 juillet au matin pour me remettre une lettre pour Mgr le duc d’Orléans et une pour madame la comtesse de Montjoie, dame d’honneur de mademoiselle d’Orléans ; qu’il a insisté pour que ces lettres leur fussent portées de suite ; qu’il ne s’est retiré qu’après que le commissionnaire du château l’a assuré qu’il venait le la remettre ; que le lendemain 31 dudit mois de juillet M. Laforest est revenu au château apportant une nouvelle lettre pour Monseigneur et une pour madame la duchesse et mademoiselle d’Orléans ; qu’il a resté quelques instants à cause d’une indisposition qui lui est survenue et qui heureusement s’est passée au moyen d’une cuillerée d’eau des Carmes que je lui ai fait prendre ». Signé, le 1er septembre 1830 : Chioury, Jean, Charles, portier du château de Neuilly. En juillet 1832, il adressait une autre lettre au roi, qui récapitulait ainsi ses demandes : « En défendant les libertés publiques dans les journées des 27, 28 et 29 juillet 1830, où mon deuxième fils, commis négociant, s’est distingué par une action d’éclat, j’ai en même temps défendu la charte à laquelle j’avais prêté serment. En m’exposant bien ostensiblement, les 30 et 31 dudit mois de juillet, par mes voyages au château de Neuilly, j’ai rendu un service signalé à Votre Majesté. Casimir Perier, réuni à ses frères députés et à la députation de l’Isère, s’empressa, le 1er septembre 1830, d’apostiller fortement ma demande au ministère des Finances, tendant à obtenir la place de receveur particulier d’arrondissement, en dédommagement de l’injustice criante dont j’avais été victime le 1er mars 1822 à cause de mon amitié pour lui. Quand Votre Majesté l’eut appelé à la présidence de son conseil, il renouvela plusieurs fois sa recommandation particulière en ma faveur et m’accorda dès ce moment chaque mois une indemnité qui a été portée jusqu’à trois cents francs en considération de mes anciens, bons et loyaux services et notamment en récompense de tout le bien que j’avais fait à la ville de Quimper (Finistère), dans l’espace de six mois comme commissaire de police. Le ministère de l’Intérieur de Votre Majesté, à l’occasion du 11 juin dernier, m’a accordé, en raison de ces mêmes services et de la position cruelle où j’ai été réduit, une indemnité de cent francs par mois à partir du 1er mai. Cette indemnité, qui a de nouveau consacré d’une manière positive mes droits à la réparation qui m’est due depuis dix ans et qui est de rigueur depuis notre heureuse révolution, n’est point en proportion de celle que mon ancien ami, Casimir Perier, avait cru juste de m’accorder mensuellement jusqu’à ce que je fusse replacé. Elle n’est point relative aux considérations sans nombre qui militent en ma faveur, dont une partie n’était point connue du ministre de l’Intérieur, que je lui ai fait connaître immédiatement après sa décision, que je vais lui renouveler et qui, je l’espère, m’obtiendra de sa part une justice complète. Ce n’est, Sire, qu’à l’arrivée de Casimir Perier à la présidence du conseil que j’ai été écouté. Jusqu’à l’époque du 18 mars je m’étais aussi adressé directement à Votre Majesté que pour la déterminer à ordonner la réparation à laquelle j’avais des droits incontestables. Alors, voyant l’oubli que Votre Majesté faisait de moi et ma position devenue très pénible, je dressai de nouvelles batteries en lui demandant pour ce service d’abord une récompense provisoire en argent et ensuite mon admission bien désirée dans la maison de sa liste civile ou une pension sur cette liste. Vingt-cinq suppliques à ce sujet n’ont encore pu m’obtenir de Votre Majesté le plus petit mot favorable, quoique pour l’avoir j’ai plusieurs fois transmis des doubles de ces suppliques à ses augustes fils, les ducs d’Orléans, de Nemours, au général baron Athalin, son aide de camp, au baron Fain, chef de son cabinet. Toujours convaincu que Votre Majesté n’a vu aucune de mes suppliques car il n’en est pas une qui n’eût dû m’attirer sa royale bienveillance d’autant mieux que d’après les déclarations authentiques de trente citoyens recommandables, moi et mon deuxième fils pouvons être des premiers classés parmi les récompensés de Juillet. Nous n’avions fait pour cela aucune réclamation près la Commission, ce qui prouvait que nos conduites franches et légales n’avaient été mues que dans l’intérêt du pays, d’autant mieux que la bonté, la justice, la générosité de Votre Majesté n’ont jamais été en défaut quand on l’a servi et qu’on continue de le servir chaudement et d’autant mieux encore que frappé par la révolution de 1789 je l’ai encore été par celle de 1830, puisqu’elle fait perdre leur état à ma deuxième fille et à trois de mes fils, dont deux, depuis, servent volontairement la patrie. Votre Majesté (j’ai sept enfants, cinq fils et deux filles), toujours, dis-je, convaincu de cette vérité qu’il n’est aucune de mes suppliques qui soit arrivée sous les yeux de Votre Majesté, je prends le parti, pour que celle-ci y arrive, de la livrer à l’impression. » Le 25 février 1847, il adressait la lettre suivante au prince de Joinville, sans qu’on en connaisse la raison : « Prince, le 25 janvier dernier, je transmis à Votre Altesse Royale et à chaque autre membre de l’auguste famille royale copie du certificat de mon médecin, constatant l’état où je me trouvais. Depuis, un mois s’est écoulé et je n’ai reçu de consolation d’aucun côté ; ce qui a donné à mes douleurs une violence que je puis plus décrire. Jamais, bon prince, mes infortunes n’ont eu le degré d’aujourd’hui et n’ont plus mérité d’émouvoir votre compassion pour en arrêter le cours. » Il demeurait 10, rue Servandoni en 1831-1832 ; 24, rue de Lécluse aux Batignolles en 1847. Archives nationales AB XIX 15 papiers des Tuileries, décorés de juillet 1830, citoyens qui ont pris part aux événements de 1830 ; Archives nationales F/1dIII/60.