Lagarde, Claude, Félix
Biographie
Né le 25 mai 1792 à Saint-André (Meuse). Chirurgien sous-aide dans l’armée d’Italie de 1809 à 1810, puis au 5e régiment des Croates jusqu’en 1814, chirurgien aide-major au 35e régiment d’infanterie légère à partir du 30 mars 1814, licencié le 1er juillet 1814, de nouveau chirurgien aide-major au 107e de ligne de mai jusqu’au 10 août 1815, de nouveau licencié, chirurgien aide-major à la légion des Ardennes de 1816 à 1821, au 1er régiment d’infanterie légère de 1821 à 1823, démissionnaire le 9 juin 1823, ayant participé aux campagnes de 1809 et 1810 dans l’armée d’Italie, de 1813, 1814 et 1815 en France le préfet du Haut-Rhin récapitulait dans ces termes sa conduite à l’occasion de la révolution de Juillet : « Le sieur Lagarde, […a] fixé sa résidence à Munster il y a environ six ans. Il a exercé son art avec un désintéressement digne d’éloges. Le zèle et l’empressement qu’il a mis à prodiguer ses soins aux pauvres, en qualité de médecin gratuit de l’hospice civil, lui ont mérité toute la reconnaissance de l’administration de cet établissement, et les efforts qu’il a faits pour la pratique de la vaccine dans ce canton ont été récompensés par l’administration supérieure par des primes d’encouragement, qui lui ont été décernées pendant plusieurs années ; mais encore, comme citoyen, le sieur Lagarde s’est acquis l’estime et la considération des autorités locales et des habitants de cette ville. Dès les premières nouvelles de notre glorieuse révolution de Juillet, M. Lagarde a puissamment concouru pour en assurer le succès, le 31 juillet il arbora contre l’opinion générale et surtout des autorités, le drapeau tricolore. Dès le 2 août, lors de la formation provisoire d’une garde nationale dans cette ville, ses concitoyens l’ont porté au grade de lieutenant et, en cette qualité, il fut chargé (d’après l’offre généreuse qu’il fit de remplir cette mission à ses propres frais) de chercher quatre cents fusils dans les arsenaux de Strasbourg, pour l’armement de la garde nationale de Munster ; ce service important et l’empressement avec lequel il s’en acquitta furent récompensés par ses concitoyens, qui, lors de l’organisation définitive (5 septembre 1830) de la garde nationale, le nommèrent d’un vœu unanime au grade de capitaine de la compagnie des sapeurs-pompiers, grade qu’il a rempli jusqu’au moment de son départ pour le 14e régiment avec un zèle infatigable, non seulement pour l’instruction de sa compagnie au maniement des armes mais encore par une organisation parfaite du service des pompes à feu de cette ville. » Le 23 avril 1831, Lagarde était nommé chirurgien au 14e régiment de chasseurs à cheval et, la même année, sollicitait dans ces termes la décoration de Juillet, auprès du président du Conseil : « Le docteur Lagarde de Munster (Haut-Rhin), qui a eu l’honneur, à la date du 10 avril dernier, de vous offrir un des premiers de la province, à l’occasion de l’emprunt des cent vingt millions, la faible somme de cinq cents francs, en l’abandonnant entièrement s’il survenait au gouvernement des charges imprévues, et qui est en quelque sorte l’auteur de la mesure prise à l’effet d’accepter jusqu’à dix francs de rente, suivant ce que monsieur le ministre des Finances atteste par sa lettre du 26 avril (n° 290), prend, aujourd’hui qu’il est chirurgien aide major au 14e régiment de chasseurs et au moment où sa majesté veut bien accorder des récompenses à ceux qui ont concouru à notre glorieuse révolution, prend, dis-je, la liberté de vous adresser à cet effet les attestations des autorités du département où il se trouvait alors, constatant sa conduite à l’occasion des immortelles journées. Il y joint un état de ses services et campagnes qui par leur nombre lui donnent déjà des droits à votre bienveillance. Les preuves incontestables du zèle qu’il a apporté dans toutes les occasions, soit dans son service militaire en offrant d’aller à Barcelone [en 1821, à l’occasion de l’épidémie de fièvre jaune, N.D.A.] et plus tard à Varsovie [en 1831, à l’occasion de l’épidémie de choléra, N.D.A] pour y étudier les maladies épidémiques, soit dans le civil comme médecin gratuit de l’hospice et vaccinateur de tout un canton, soit enfin par les mémoires qu’il a adressés en différentes circonstances aux autorités à cet effet et à l’occasion de la variole qui a ravagé en 1825 cette contrée. Les persécutions qu’il a en outre essuyées sous le gouvernement déchu, et qui l’ont forcé d’abandonner sa carrière de 1823 à 1831, et le danger qui a menacé sa liberté et peut-être son existence si l’arbitraire eût triomphé en 1830 sont autant de faits qu’il ose soumettre avec confiance à votre justice et à votre bonté. En conséquence, il ne craint pas de vous prier, monsieur le ministre, de lui octroyer la récompense honorifique que vous croirez due à ses services et à son patriotisme. ». La suite de ses services militaires était ainsi retranscrite : Intégré au 14e régiment de chasseurs à cheval, le 23 avril 1831, comme chirurgien aide-major, au 22e régiment d’infanterie de ligne le 19 avril 1832 comme chirurgien major, chirurgien major breveté le 26 janvier 1834, au 1er régiment d’artillerie le 1er novembre 1834, mis en non-activité pour infirmités temporaires le 30 avril 1836, rappelé le 2 février 1841 au 21e régiment d’infanterie de ligne, chirurgien major de 1re classe le 23 juin 1842, passé au 3e escadron du train des équipages des parcs d’artillerie le 10 juin 1844. Il déposa un dossier devant la Commission des récompenses nationales instituée après la Révolution de Février et donnait les indications suivantes : « J’ai l’honneur de vous adresser l’historique de ma vie politique, avec prière, s’il y a lieu, de me faire rendre justice, en faisant rétablir mon ancienneté sur l’annuaire et obtenir le grade auquel mes services, mon faible mérite me donnent droit et que vous trouverez sans doute consignés dans mon dossier. Depuis 1809 jusqu’à Waterloo, le grand homme fut mon dieu ; son étoile éclipsée, mon cœur se tourna vers la république comme l’aiguille et de la boussole vers le point aimanté. Pendant sept ans, dans la légion des Ardennes, devenue 1er léger, j’opposais des services réels aux persécutions de tous genres ; je fus mis en indisponibilité et réintégré immédiatement sur une demande faite à mon insu par les officiers supérieurs du corps. Mais également cet état de choses ne pouvait durer longtemps. L’affaire du 31 septembre 1821 à Belfort survint ; on m’accusa d’en faire partie parce que l’on trouva chez moi une lettre de feu l’honorable Carrel, qui me demandait des renseignements sur le plus ou le moins de sympathie que l’on trouverait dans le régiment. En 1823, on déclara la guerre à l’Espagne et comme j’avais offert, l’année précédente, mes services à cette nation, à l’occasion de l’épidémie qui moissonnait Barcelone et que d’ailleurs cette agression était entièrement opposée à mes principes politiques, je donnai ma démission ne voulant plus rien avoir de commun avec un tel gouvernement ; j’aurais pu être en disponibilité. Rentré dans la carrière civile, je fis pendant sept ans une opposition constante dans les élections et en 1830, au risque de ma vie, je révolutionnai la contrée que j’habitais et dès le 2 août j’avais armé quatre cents hommes. En 1831, la guerre me paraissant imminente et le choléra décimant la Pologne, j’offris mes services et je rentrai à l’armée, dans le grade que j’avais depuis 1814. En 1832, le choléra, dans sa marche rapide, frappa bientôt Paris. Dès le 28 mars, j’offris au ministre d’y aller à mes frais. Peu après j’assistai au siège d’Anvers, où je fus décoré. En 1836, les affaires publiques n’étant pas ce que nous avions dû espérer, la Pologne et nos amis les Italiens ayant été abandonnés, je sollicitai et j’obtins d’être mis en non-activité pour infirmités temporaires. En 1840, croyant la guerre nécessaire à nos projets, j’offris un cheval d’artillerie (!!), par l’intermédiaire de M. le sous-intendant Gosse de Serlay à Bar-sur-Ornain. A la même époque, j’employais mon influence à l’occasion des élections pour le candidat patriote ; mais aussi peu de jours après, on m’enleva à ma clientèle et à ma famille ; je reçus l’ordre de rejoindre, par urgence, le 21e de ligne à Brest, à plus de deux cents lieues de chez moi. On ajouta à cette colère l’injustice de me placer dans un corps de ligne tandis que je sortais du 1er d’artillerie, position supérieure. Ne pouvant douter que j’étais victime d’une nouvelle persécution, je refusai et je demandai ma réforme ; on me la refusa et j’obtins deux mois pour rejoindre, avec la promesse d’être replacé bientôt dans un corps spécial. Le 16 novembre 1841, on créa des classes dans les officiers de santé ; tous les chirurgiens des armes spéciales furent promus à la 1re classe, je restai oublié et je perdis mon avancement et mon ancienneté. Aux journées de Février, dès le 27, à cent lieues de Paris, j’écrivis au gouvernement provisoire que n’ayant pas été assez heureux de combattre ou de porter des secours aux blessés, je lui offrais cinquante francs mensuellement de ma solde jusqu’à ce que la république soit consolidée. Résumé et conclusion : par ma démission, n’ai-je pas perdu ma carrière puisque ce temps ne me compte ni pour l’avancement ni pour la retraite ? En 1830, ma tête n’a-t-elle pas été sur le billot par ma conduite révolutionnaire ? en rentrant chez moi en 1836, n’ai-je pas fait preuve de bons sentiments patriotiques et en 1840 n’ai-je pas été victime de ma conduite politique ? En 1848, ne suis-je pas le premier citoyen français, à une distance de cent lieues, qui ait fait preuve du plus pur républicanisme ? Enfin, pour l’offre que j’ai faite en diverses occasions de donner mes soins à l’humanité dans des cas où la mort était presque toujours certaine et que chacun fuyait, non seulement en France mais en Europe, n’ai-je pas mérité d’elle ? » Il fut proposé par la Commission pour recevoir le signe honorifique qui devait perpétuer la mémoire de la Révolution de Février mais qui ne fut jamais institué. Il avait été admis docteur en médecine le 26 avril 1823 à l’académie de Montpellier, membre correspondant de la Société chirurgicale d’’émulation de la faculté de Montpellier le 30 avril 1823, et nommé chevalier de la Légion d’honneur le 16 janvier 1833, En 1848, il était chirurgien-major de 1re classe au 3e régiment d’artillerie. Il était marié et père de deux enfants en 1848. Il demeurait à Rennes (Ille-et-Vilaine) en 1848. Archives nationales F/1dIII/60 ; Archives de la préfecture de police AA 396.