Lallemant, Julien, François, dit Mazagrand
Biographie
Né le 1er janvier 1797 à Paris. Ancien adjudant de cavalerie pendant dix ans, établi papetier-relieur. Il combattit « à la tête de quatre cents hommes, avec une énergie qui lui a valu les félicitations générales ». Il fit partie avec Bixio Giacomo Alexandro, Brissot-Thivars Louis Saturnin, Campaignac Jean Joseph Antoine, Delaruelle Jean-Jacques Rousseau, Marie dit Aumont Joseph Bonaventure, Manteau Louis François, Rufz Paul Etienne, Plocque Jean Alexandre, Constant Georges Jean Louis, Robinet Stéphane, Montègre Horace, Gravier Jean-Baptiste Adolphe, des quatorze membres composant le jury de la Commission des récompenses nationales pour le (ancien) Xe. Il fut décoré de la Croix de Juillet auprès de la mairie du (ancien) Xe arrondissement (sous le nom de Lallemant, Julien, François et sous celui de Lallemand, Julien, François auprès de la mairie du (ancien) Xe arrondissement, sous celui de Lallemand, Julien, François sur les listes du Bulletin des lois et sur celles du Moniteur universel). Il prêta, dans cette mairie, son serment de décoré de la Croix de Juillet, le 16 mai, reçut sa croix le 10 juillet 1831 et son brevet lui fut transmis par la poste. Il fut nommé sous-officier, sur proposition de la Commission des récompenses nationales et affecté comme sergent au 21e léger, à Toulon (Var). En 1832, alors qu’il était toujours sergent de carabinier au 21e régiment d’infanterie légère, mais ayant obtenu un congé temporaire pour entrer dans un corps de cavalerie, se trouvant à Paris (2, rue du Rocher), il adressa une lettre au ministre de l’Intérieur, expliquant que « décoré de Juillet à la suite de trois blessures reçues dans les journées des 28 et 29 juillet, […], ayant repris du service dans son ancien grade de sous-officier dans le 21e régiment d’infanterie légère », n’étant pas en France » en 1831, quand une gratification fut versée à chaque décoré, il ne put la toucher ; il demandait en conséquence que lui fût fait verser cette gratification. En 1832, il participa à l’insurrection, « pour la cause des Napoléons », dira-t-il en 1849, et bien que, en 1840, dans une demande de secours, il prétendait avoir « tout fait après la révolution pour le rétablissement de l’ordre et l’institution des lois ». En 1839, « depuis six mois sans occupation, réduit à la plus affreuse misère », il sollicita des secours. Sa demande de secours fut appuyée par le maréchal Gérard, qui lui avait déjà proposé son appui en 1830 mais que Lallemant avait refusé, croyant ne pas en avoir besoin. Il obtint pour cette année-là un secours de soixante-quinze francs. En 1840, toujours « réduit à la plus affreuse misère » se présentant comme « sortant des chasseurs à cheval d’Afrique » [sans doute maréchal des logis chef au 2e régiment des chasseurs à cheval d’Afrique, N.D.A.], il sollicita des secours et obtint vingt-cinq francs. Son nom est sur une liste de décorés choisis pour participer à la cérémonie funèbre à l’église Saint-Germain-l’Auxerrois le 28 juillet 1840, à l’occasion de la translation des corps des victimes dans le caveau de la colonne de Juillet, place de la Bastille. En 1841, ayant « servi son pays en Afrique et en Morée », marié, sans enfant, sans ouvrage, soutien de sa sœur infirme, il demanda à travailler aux fortifications ; la police l’indiquait comme « très favorablement représenté sous tous les rapports » et se trouvant dans une position très gênée. Il reçut un secours de soixante-quinze francs en 1841, de soixante-cinq francs en 1842, de vingt-cinq francs en 1843, de soixante-cinq francs en 1844, de vingt-cinq francs en 1845, de quarante francs en 1846, et de vingt-cinq francs en 1847. En février 1848, il combattit au Palais-Royal, à la barricade la rue de Valois, qu’il franchit un des premiers pour faire le coup de feu et incendier le poste du Château-d’eau, place Nationale. Les certificats suivants attestaient la conduite qu’il avait tenue. Le premier certificat, ainsi rédigé : « Julien, François Lallemant est un homme d’exécution. J’ai été témoin de sa conduite en février 1848 à la barricade de la rue de Valois, qu’il a franchi un des premiers pour faire le coup de feu et incendier le poste du château-d’eau, place Nationale. Je puis assurer que des hommes de cette trempe sont rares. » Signé : Lescure. Le deuxième certificat, ainsi rédigé : « Je, soussigné, moi chef du poste des Salpêtres, certifie que le citoyen Lallemant, Julien, François, décoré de la Croix de Juillet, a été depuis minuit jusqu’à 8 heures du matin au poste et qu’il a pris une part active au service du 24 au 25 février 1848. » Signé : Legrand, chef du poste, sergent de la garde nationale, demeurant 2, rue de Sausaye (sic). Le troisième certificat, ainsi rédigé : « Je certifie que Julien, François Lallemant, décoré de la Croix de Juillet, a combattu au Palais-Royal et a incendié la porte du château d’eau, a accompagné la colonne dont je faisais partie, où il s’est distingué et n’a quitté la colonne que pour accompagner le trône pour le faire brûler à la Bastille. » Signé, le 22 mars 1848 : Benoît, garde national à la IIIe légion, décoré de la Croix de Juillet (nom à retrouver). Le quatrième certificat, ainsi rédigé : « Lallemant, Julien, François fait partie de la 3e compagnie des chasseurs. Son empressement à nous offrir son bon concours, que nous avons apprécié dans les différents postes que nous avons occupés tant à Asnières qu’à l’Entrepôt des marchandises. Si ce témoignage d’une bonne volonté puisée dans les habitudes du service militaire peut appeler sur lui votre bienveillante attention, j’en serai d’autant plus heureux qu’il est dans une position intéressante et digne d’intérêt. » Signé : Savary, Ed., lieutenant de la 3e compagnie de chasseurs, demeurant 15, rue de l’Eglise. Le cinquième certificat, ainsi rédigé : « Nous, soussignés, certifions que le citoyen Lallemant, Julien, François, décoré de la Croix de Juillet, profession de papetier-relieur et qui habite cette commune rue Saint-Louis n° 19, s’est toujours bien conduit et est de bonnes vie et mœurs. » Signé, aux Batignolles, le 30 mars 1848 : Nicolas, demeurant aux Batignolles-Monceau ; Cernat, demeurant aux Batignolles-Monceau. Le cinquième certificat, ainsi rédigé : « Je, soussigné, Charles Jourdain, vice-président au tribunal de la Seine, ancien capitaine des grenadiers du 4e bataillon de la Xe légion de la garde nationale de Paris, certifie que le citoyen Lallemant, Julien, François a été pendant trois ans sergent des grenadiers dans ladite compagnie, qu’il s’est toujours comporté en bon et vrai républicain et a toujours fait un bon et actif service. » Signé, le 4 mars 1848 : Jourdain, Charles. Il reçut un secours de vingt francs le 20 juin 1848. En juin 1848, il dit avoir combattu « contre la barricade Saint-Gervais et place Maubert, dans les rangs de la garde nationale pour l’ordre et le respect de la propriété ». Il présentait un certificat ainsi rédigé : « Je certifie que Julien, François Lallemant, appartenant à la 7e compagnie, non seulement a fait son service avec la plus grande assiduité pendant les 23, 24, 25, 26 et 27 juin mais encore qu’il a montré beaucoup de courage et de dévouement dans la journée du 24 à l’attaque de la barricade Saint-Gervais ; il s’est, au milieu de la fusillade, emparé d’un prisonnier qui venait de faire feu sur nous et avec lequel il a dû soutenir une lutte corps à corps. Enfin dans toutes ces douloureuses circonstances, sa conduite a été de nature à lui mériter l’estime toute particulière de ses chefs. » Signé, aux Batignolles, le 5 juillet 1848 : Berru, Camille, secrétaire des combattants de Février à la Commission des récompenses nationales. En octobre 1848, il était « sans emploi depuis le mois de février, réduit à la misère la plus affreuse, malade et à l’hospice de l’Hôtel-Dieu, par suite de longs chagrins atteint d’aliénation mentale depuis le 7 octobre, manquant de tout pour pouvoir se rétablir ». Le 7 février 1849, dans une position tellement nécessiteuse il reçut un secours exceptionnel de soixante-quinze francs ; le ministère de l’Intérieur donna sur son compte les renseignements suivants : « Le sieur Lallemant est dans une position nécessiteuse et, par sa conduite dans les journées de juin, il s’est montré digne de l’intérêt de l’administration. » Mais, en 1850, des renseignements de police le dirent avoir fait partie des ateliers nationaux et avoir combattu dans les rangs des insurgés. En août 1849, il fut détenu à la prison de Versailles, sous l’inculpation de vagabondage. En 1850, les renseignements de la préfecture de police étaient ainsi rédigés : « […] Veuf depuis vingt ans, […], cet individu a quitté Paris depuis six mois et voyage dans le midi de la France. Après la révolution de 1848, il a fait partie des ateliers nationaux et a combattu en juin de la même année dans les rangs des insurgés. Du reste, c’est un homme d’une mauvaise conduite et enclin à la boisson. Ainsi noté aux sommiers judiciaires : Condamné à cinq ans de détention par le 2e conseil de guerre du 1er arrondissement maritime, le 18 octobre 1823 pour insubordination ; écroué à Sainte-Pélagie le 6 juin 1839, comme condamné à trois jours de prison par jugement du 9 janvier précédent pour troubles ; Aux Madelonnettes le 15 février 1845, vagabondage, quinze jours de prison, jugement du 15 mars 1845 ; à La Force, le 17 juillet 1845, pour vagabondage, renvoyé le 10 août ; aux Madelonnettes, le 12 septembre 1846, vagabondage, renvoyé le 2 octobre suivant ; à Sainte-Pélagie, le 16 octobre suivant, vagabondage huit jours de prison, jugement du 6 septembre suivant ; à Sainte-Pélagie, le 8 novembre 1849, pour purger une peine d’un an de prison par défaut, jugement du 14 janvier 1847 pour vol ; à La Force, le 29 août 1847, vagabondage, renvoyé le 26 octobre suivant. » Il fut sergent des grenadiers au 4e bataillon de la Xe légion de Paris puis à la IIe légion de la garde nationale de banlieue. Il demeurait 6, rue de Seine (mais 5, rue de Seine in Archives nationales F/15/2557-2559) en 1830-1831 ; 18, rue Poupée-Saint-André-des-Arts en 1839 ; 10, passage Pecquet rue Saint-Avoye en 1840 ; 25, rue des Vieilles-Haudriettes en juillet 1840 ; 9, rue Neuve-Saint-Martin en 1841 ; 43, rue de Seine en 1842 ; 102, rue Saint-Martin en 1843 ; 18, rue des Lavandières près de la place Maubert en 1845 ; 165, même rue en 1846 ; 19, rue Saint-Louis aux Batignolles, chez sa mère, portière, de 1848 à 1849 ; à l’hôpital Necker en 1851 et Sainte-Marguerite en 1852. Histoire de la révolution de 1830 et des nouvelles barricades, par F. Rossignol et J. Pharaon, Paris, chez Vimont, Levavasseur et Urbain-Canel, 1830, p. 274 (sous le nom de Lallemand) ; Ordonnance du roi contenant publication des noms des citoyens qui ont obtenu la Croix de Juillet, Bulletin des lois, 2e partie, ordonnances, n° 104 bis ; Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la Croix de Juillet, instituée par la loi du 13 décembre 1830, sur les récompenses nationales, Le Moniteur universel, 2 mai 1831 ; Archives de Paris Vbis7K4 1, Commission des récompenses nationales, noms des citoyens qui ont mérité la décoration spéciale, Xe arrondissement ; Archives de Paris Vbis7K4 3 contrôle nominatif des citoyens décorés de la Croix de Juillet du Xe arrondissement ; Archives de Paris VD6 524 n° 3, 1840, 10e anniversaire, exhumation des victimes de Juillet et service funèbre, liste supplémentaire des décorés de Juillet qui ne se sont fait inscrire que le lundi 27 juillet 1840 pour participer à la délivrance des billets ; Archives nationales F/1dIII/33, Commission des récompenses nationales, liste générale de présentation et de nomination de sous-officiers (sous le nom de Lallemant, François, Julien) et aussi Commission des récompenses nationales, deuxième état de sous-officiers (sous le nom de Lallemant, François, Julien) ; Archives nationales F/1dIII/39 Commission des récompenses nationales, noms des citoyens qui ont mérité la décoration spéciale, (ancien) Xe arrondissement ; Archives nationales F/1dIII/60 ; Archives nationales F/9/1156 ; Archives nationales F/15/2557-2559, état nominatif des membres de la Commission des récompenses nationales et des membres des jurys; Archives de la préfecture de police AA 369, décorés de juillet 1830 et blessés de juin 1848, Etat de secours accordés de 1849 à 1853, lettres en date du 7 février 1849, idem Envoi d’un état nominatif de décorés, blessés ou combattants de Juillet, sur le compte desquels il y a lieu de prendre des renseignements, à la date du 27 février 1850, minutes 100-104.