Lamarque, Constant, Célestin
Biographie
Né le 3 octobre 1795 à Sauveterre (Pyrénées-Atlantiques). Avocat. La Gazette des tribunaux relata à son sujet : « Plusieurs personnes nous rapportent que parmi les avocats qui ont concouru à la défense de nos droits, elles ont vu Me Lamarque, demeurant rue de l’Ouest, n° 5 (ancienne partie de l’actuelle rue d’Assas, N.D.A). Ce jeune homme a combattu dans les journées des 28 et 29 en avant de la rue Dauphine, au Louvre et au château des Tuileries. Son arme et son fourniment lui avaient été prêtés par M. Couturier, limonadier, rue de la Harpe, et il avait pris des cartouches au corps de garde de la place Saint-Michel. Le soir du 29, il a remis les armes et le fourniment au limonadier, qui en avait besoin lui-même pour monter la garde ; mais il a conservé un sabre de la garde royale qu’il a pris au Louvre. » En septembre 1830, alors qu’il était parti à Salies-de-Béarn (Pyrénées-Atlantiques), il adressa, pour être compris dans la liste des décorés, à la Commission le récapitulatif sur la conduite qu’il avait tenue pendant les journées de Juillet : « J’ai fait mon devoir de citoyen dans les journées des 27, 28 et 29 juillet. Je désire que ma conduite soit connue et constatée. Journée du 27. Je n’étais pas encore armé mais je ne cessai de parcourir les rues qui, de la rue Dauphine, aboutissent à la rue Saint-Honoré en criant Vive la Charte ! Vive la liberté ! J’achetai pour dix francs une pioche dans la troisième maison qui se trouve à quelques pas de l’encoignure de la rue Dauphine, en remontant le quai. Je travaillai immédiatement à dépaver cette partie du quai avec un autre jeune homme, que je ne connais pas de nom et que je n’ai pas revu. Dès l’entrée de la nuit, je me promenai sur toute la longueur du Pont-Neuf, en chantant la Marseillaise, en présence des officiers du 15e, qui bivouaquait en cet endroit. Mon enthousiasme se communiqua insensiblement et bientôt quelques-uns de ces officiers vinrent me parler et me dire qu’ils désiraient comme moi le renversement de l’absolutisme. Ils mirent leur main sur leur cœur et me dirent que c’était là. Ils m’assurèrent qu’ils ne tireraient jamais sur le peuple. Je parlai même d’un gouvernement provisoire qui venait de s’établir. Je nommai Lafayette. Ils me parurent électrisés. Je me retirai chez moi, fort avant dans la nuit. Journée du 28. J’activai de grand matin le dépavage d’une partie de la rue Dauphine. Je fis élever les barricades. J’arrêtai les fiacres et autres voitures qui passaient dans les environs, pour les placer en travers des rues adjacentes. Plus tard, quelques citoyens armés s’étant emparés de la rue Dauphine et fermé la grille du passage n° 32, où ils s’étaient renfermés, je me tins devant la grande grille, au milieu de la rue, avertissant lorsque les gardes royaux ou même la ligne faisait quelque démonstration. Bientôt nous fraternisâmes avec la ligne. Alors il était 1 heure. Je courus chez moi, dans l’intention de me porter aux casernes pour avoir une arme. J’entrai dans un café de la rue de la Harpe, tenu par un nommé Couturier, n° 112, je crois (en fait 115, N.D.A.). Je parlai de mon projet. Ce brave citoyen, qui était garde national, m’offrit son costume, son fusil, son sabre et son fourniment. Je partis à l’instant pour me rendre soit à l’Hôtel de ville soit dans la rue Saint-Honoré mais les gardes royaux qui bivouaquaient encore sur le quai du Louvre et des environs m’empêchèrent d’aller plus loin. Je revins sur mes pas. Je me postais à la nuit tombante sur le péristyle de l’Institut, d’où je tirais dix-neuf coups de fusil sur la garde royale, qui était de l’autre côté de l’eau. J’oubliais de dire que du moment où j’eus les armes et le costume du limonadier, je me rendis au corps de garde de la place Saint-Michel, qui est tout près de là, pour y prendre des cartouches. On m’en donna une vingtaine. D’autres personnes que je rencontrai dans les rues en ajoutèrent quelques autres. Vers minuit, je me retirai de dessus le quai qui conduit à l’Institut et je rentrai chez moi. Journée du 29. J’étais levé à 3 heures du matin. Je partis, armé. Je me rendis sur la place de l’Odéon. Là, il se formait de petits corps qui se portaient les uns aux casernes, les autres sur divers points. Pour moi, je me dirigeai vers le Louvre, par la rue Dauphine. Je passai sur le Pont-Neuf. Le feu commençait à s’engager. Je courus me placer en tirailleur derrière cette petite maison qui est en face d’une rue qui conduit en détournant à gauche dans l’intérieur du Louvre. De là, je fis plusieurs décharges sur les Suisses, qui tiraient de derrière la colonnade. Bientôt la foule des assaillants augmenta considérablement. Enfin, une cohorte de gardes nationaux et de peuple s’avança intrépidement vers le Louvre. Arrivés devant la grille, ils semblèrent hésiter. Alors, je courus prendre rang parmi les assaillants et après quelques moments d’hésitation de la tête de la cohorte, après qu’elle fut entrée et sortie une ou deux fois sans que j’en connaisse la cause, nous avançâmes, nous pénétrâmes dans le Louvre. Nous y arborâmes le drapeau national, et comme il n’y avait que quelques Suisses blessés nous marchâmes vers les Tuileries. Nous y pénétrâmes après une courte résistance. J’entrai avec quelques personnes en costume bourgeois dans les appartements du gouverneur, il n’y avait personne. Je trouvai dans une chambre du premier et sur un bureau une proclamation du duc de Raguse lithographiée et un sabre d’un militaire du 6e d’infanterie de la garde royale, dont je m’emparai. De là, j’avançai vers une maison tout près du château où quelques Suisses paraissaient s’être réfugiés. Mais après quelques coups de fusil de part et d’autre, le combat finit complétement. Je parcourus le château des Tuileries par curiosité et je me retirai vers 5 heures, en passant par le Pont-Neuf et la rue Dauphine. Il m’est impossible d’indiquer par leur nom les personnes qui étaient avec moi aux diverses attaques mais je connais pourtant quelques individus qui m’ont vu armé et habillé, qui m’ont aperçu au feu. En voici la liste : M. Galmiche, demeurant rue de l’Ouest, n° 5 ; Mme Galmiche ; M. Louis, Grouette, idem ; M. Camu, idem ; Mme Camu, idem ; les deux marchands de vin qui sont aux encoignures de la rue de l’Ouest ; MM. Béteuil père et fils, loueurs de cabriolets dans la même rue ; les habitants de la maison sise à côté vers le Luxembourg ; ceux de la maison où se trouve l’institution de M. Prusse, rue de Vaugirard, qui étaient souvent aux fenêtres quand je passais ; M. Dufrenoy, restaurateur, et sa femme, en face le théâtre de l’Odéon ; M. Couturier, limonadier, qui m’a prêté son costume et son arme ; Mlle Sophie, qui demeure dans la même maison ; Castro, Portugais, qui demeurant rue des Francs-Bourgeois-Saint-Michel, n° 8 ; le marchand de vin qui donnait à boire gratis en face de la maison derrière laquelle j’étais embusqué le 28, il ne me connaît pas par mon nom mais en lui rappelant qu’il ne voulait pas de mon argent et qu’il me donnerait du vin à boire tant que je voudrais, il se rappellerait sans doute le fait ; celui qui me donnait à boire par une espèce de lucarne au-dessus de la porte me parut n’avoir qu’une vingtaine d’années, il recueillit à ma prière deux Suisses blessés. Je n’indique pas d’autres témoins mais si les témoignages de ceux dont les noms se trouvent sus énoncés n’étaient pas suffisants, je prie la Commission de proroger l’enquête afin que je puisse lui amener, à mon retour, ceux que je ne connais que de vue et que je n’ai plus revus depuis la grande semaine. P.S. Autres témoins : Heret, perruquier, 81, rue Saint-Jacques (en fait 98, rue Saint-Jacques, N.D.A) ; Gérardi, idem ; Pillon, rue de la Harpe, n° 113 ; Divinède Ririac illisible rue des Francs-Bourgeois-Saint-Michel, n° 8 ; Pilippescoid illisible ; M. Paivu illisible, idem ; Bourgeois et sa femme, rue 10, rue des Francs-Bourgeois. » Il joignait à sa demande une attestation ainsi rédigée : « Les soussignés certifient que M. Constant Lamarque, avocat à la cour royale, rue de l’Ouest, n° 5, actuellement dans le département des Basses-Pyrénées, s’est signalé par son dévouement à la cause de la liberté, en combattant dans les journées des 27, le 28 et le 29 juillet ; d’abord en habits bourgeois, ensuite en costume de garde national qui lui avait été prêté par M. Couturier, l’un de nous, en avant de la rue Dauphine, sous le péristyle de l’Institut et aux assauts du Louvre et des Tuileries, où il s’empara des armes d’un garde royal. Et nous n’hésitons pas à déclarer que, par cette belle conduite, il s’est acquis des droits incontestables à la reconnaissance de la nation. » Signé Couturier, limonadier, 115, rue de la Harpe ; Pillon, 100, rue de la Harpe ; Heret, 98, rue Saint-Jacques ; Bourgeois, 12, rue des Francs-Bourgeois-Saint-Michel ; Grouette, 5, rue de l’Ouest ; J.-B. Gérardi, 98, rue Saint-Jacques ; Genti, maître entrepreneur 20, rue des Grès. Un mois plus tard, pour permettre à la Commission de se fixer sur ses droits, il faisait une liste de témoins, avec les questions à leur poser pour prouver la véracité des faits qu’il avait avancés. Cette liste et les questions à poser étaient ainsi rédigées : « Témoins : Louis Grouette, rue de l’Ouest, n° 5 ; Galmiche et sa femme, idem ; Camu et sa femme, idem ; Couturier, marchand de vins, rue de l’Ouest ; Dufrénoy et Reine, sa femme, rue Corneille, n° 3, au restaurant ; Joséphine, fille de salon, idem ; le commandant Lemaire, rue Cassette, n° 17 ou 58, chez l’épicière ; Soton ou Solon illisible, docteur en médecine, rue des Mathurins-Saint-Jacques, n° 13 (pas vu ce nom dans aucun des Archives de Paris VD4 11) ; Couturier, limonadier, rue de la Harpe, n° 115 ; Pillon, marchand de fromages, en face le café Couturier ; Bourgeois, bottier, 8, rue des Francs-Bourgeois-Saint-Michel ; Heret, perruquier, rue Saint-Jacques, n° 98 ; Gérardi, idem ; Castro, rue des Francs-Bourgeois-Saint-Michel n° 8 ; Philiperco, idem ; Trez et sa femme, ancien concierge de M. Darragon, idem ; Sansot, chapelier, 5, rue Monsieur-le-Prince ; Genti, entrepreneur de bâtiments, 24, rue des Grès (lire 20, rue des Grès) ; D’Herbelot, juge d’instruction ; enfin le marchand de vin qui est en face la maison où il y a une fontaine à laquelle on puise de l’eau avec des pompes, laquelle maison sise sur le quai est vis-à-vis le Louvre. La question à poser à Louis Grouette : Est-il vrai que Louis Grouette, concierge de la maison où je demeurais au mois de Juillet m’ait vu partir le 26 dès le matin pour combattre ? Ne m’a-t-il pas vu aussi le 27, le 28, me rendre au feu, armé ? Ne m’a-t-il pas vu le 28 et le 29, en costume de garde national, ayant un fusil et un sabre, ainsi que des cartouches ? N’est-il pas vrai que je lui ai dit, le 28, en partant, que si je ne rentrais pas avant minuit, il vînt me chercher au corps de garde de l’Odéon, où il me trouverait blessé ? Ne m’a-t-il pas vu levé dès le point du jour, le 27, le 28, le 29 et ne l’ai-je pas appelé une fois dans ma chambre pour m’aider à m’habiller parce que n’allais pas assez vite ? Témoins M. Galmiche et sa femme, Camu et sa femme. Ces quatre témoins ne m’ont-ils pas vu aussi en costume de garde national et armé aller au feu ? Ne m’ont-ils pas vu revenir le 28, tout en sueur et couvert de poudre. Ne m’ont-ils pas vu le 29, à 4 heures du soir, un peu pris de vin, revenant du combat des Tuileries et n’est-il pas vrai que la servante ayant ri de ma mise négligée ou plutôt du désordre de mes vêtements, je lui ai parlé un peu durement au point que M. Galmiche a été obligé de me faire des excuses pour elle, afin de me calmer ? Enfin, ne leur ai-je pas montré un sabre d’un soldat de la garde royale que j’avais pris au Louvre ? Témoins, Dufresnoy, Reine sa femme, la demoiselle Joséphine, le commandant Lemaire, Solon, docteur en médecine. Ces témoins ne m’ont-ils pas vu armé, revenir du combat, couvert de sueur et de poussière, et le 29 même un peu pris de vin ? N’est-il pas à leur connaissance que j’ai combattu le 28 et le 29 ? Ne leur ai-je pas montré comme un trophée le sabre que j’avais pris ? Témoins Couturier, Heret, Gérardi, Pillon. N’est-il pas vrai que M. Couturier m’a prêté son costume de garde national, son fusil, son sabre, son fourniment le 28, que je me suis habillé chez lui, que je suis allé prendre des cartouches au corps de garde de la place Saint-Michel ? qu’on m’en a donné vingt-deux, qui m’ont été remises par un enfant de douze à quinze ans qui en faisait ? que le soir du 28, je n’ai rapporté que deux cartouches ? Témoins M. Philiperco, Trez et sa femme, Bourgeois. N’est-il pas vrai que ces quatre témoins m’ont vu babillé en costume de garde national et allant au feu le 28 et le 29 ? Ne m’ont-il pas vu aussi revenir du feu ? N’est-il pas vrai qu’une de mes anciens mais, que je ne dois point nommer ici, faisait quelque effort pour m’empêcher d’aller au feu, lorsque je passai dans la rue des Francs-Bourgeois ? Trez et sa femme étaient présents et peuvent attester le fait. Témoins D’Herbelot, 8, rue de l’Observance. N’est-il pas vrai qu’il m’a rencontré le 27 au milieu des officiers qui étaient sur le Pont-Neuf ? Qu’il leur a parlé avec moi dans le but de les détourner de tirer sur le peuple ? M. D’Herbelot, revenait de la campagne avec un de ses amis, ils me laissèrent au milieu du groupe. Je ne puis m’empêcher d’exprimer le regret que le 15e régiment ne soit plus ici. Je rappellerai à un officier de ce régiment qui était au milieu du Pont-Neuf le 28 à midi, que je le pris à part, que je lui appris l’établissement du gouvernement provisoire, la déchéance de Charles X et que je l’engageai fortement à passer du côté du peuple. Il me répondit qu’il ne demandait pas mieux, que les autres officiers étaient animés du même esprit. Il me dit même de ne pas parler trop haut, de peur que quelque espion ne m’entendît. Je lui répondis que j’étais avocat, que je n’avais aucun emploi à perdre, que d’ailleurs je ne craignais rien. Cet officier me dit qu’il allait souvent chez M. Casimir Perier. Si la Commission écrivait au colonel de ce régiment et que les officiers fussent interrogés sur ces faits, on se convaincrait qu’ils sont vrais. L’officier dont il s’agit m’assura qu’il avait dix-sept ans de service. Témoins Genti, Sansot, Couturier et Castro (ne pas confondre Couturier, marchand de vin rue de l’Ouest, n° 5 avec Couturier, limonadier). Est-il vrai que ces témoins m’aient vu au feu, faisant le coup de fusil, le 27, le 28 et le 29, ou bien à la tête des groupes le sabre en main ? Le garçon marchand de vin Couturier ne m’a-t-il pas vu passer chez lui à cause de la barricade en costume de garde national, le 27, le 28 et le 29 ? N’est-il pas venu me trouver le 28 à minuit près de l’Institut, où je venais de déposer mon arme entre les mains de M. Fournier, qui voulait y passer la nuit et me la remit le lendemain ? Nous nous sommes même retirés ensemble. J’avais tiré vingt coups de fusil sur la garde royale qui était sur le quai du Louvre ? » Il joignait à sa demande le numéro de la Gazette des tribunaux qui avait rendu compte de sa conduite et « une brochure écrite et publiée dans un temps non suspect et où j’ai fait ma profession de foi politique ». Le dossier d’examen de ses droits fut instruit par la Commission des récompenses nationales de la mairie du (ancien) XIe arrondissement. Il fut décoré de la Croix de Juillet auprès de la mairie du (ancien) XIe arrondissement (sous le nom de Constant, Lamarque, Célestin sur les listes du Bulletin des lois, sur celles du Moniteur universel et sur celles de la Commission des récompenses nationales in Archives nationales F/1dIII/39). Si la loi du 13 décembre 1830 instaura les récompenses de Juillet, une ordonnance, en date du 30 avril 1831, voulut changer les règles de la distribution et stipuler, entre autres, que la Croix de Juillet porterait gravée la légende Donné par le roi des Français, que la couleur du ruban serait bleue avec des lisérés rouges et que les citoyens décorés de la Croix de Juillet prêteraient serment de fidélité au roi des Français, et d’obéissance à la charte constitutionnelle et aux lois du royaume. Cette nouvelle ordonnance souleva des protestations chez les décorés de Juillet. Ces derniers trouvaient en effet cocasse de prêter serment à un roi qui, lui, n’avait pas combattu sur les barricades ! Et le journal la Révolution de demander : « Que parlez-vous donc de serment à des gens qui vous ont fait ce que vous êtes, et qui seraient plutôt en droit de vous demander compte de vos promesses...? » Alexandre Dumas, quant à lui, dans ses Mémoires, ajoutait la précision suivante : « Le droit acquis à la place de Grève, au Louvre et à la caserne de Babylone, est antérieur à tous autres droits : on ne peut, sans tomber dans l’absurde, supposer la décoration donnée par un roi qui n’existait point à cette époque, et pour la personne duquel, nous l’avouons hautement, nous ne nous battions point alors. » Une réunion eut lieu, à ce sujet, le 6 mai 1831, dans la salle de la Grande Chaumière, passage du Saumon, qui réunit un millier de décorés. Elle fut présidée par Garnier-Pagès (voir Garnier dit Pagès, Etienne, Joseph, Louis), avocat et qui représentait le (ancien) VIIe arrondissement. Avec au bureau : Lamoure (voir Lamoure, Auguste), représentant le (ancien) Ier arrondissement ; Arago (voir Arago, Etienne, Vincent), représentant le (ancien) IIe arrondissement ; Trélat (voir Trélat, Ulysse), représentant le (ancien) IIIe arrondissement ; Moussette (voir Moussette, Paul, Benoît), représentant le (ancien) IVe arrondissement ; Higonet (voir Higonet, Guillaume, Philippe, Joseph), représentant le (ancien) Ve arrondissement ; Bastide (voir Bastide, Jules), représentant le (ancien) VIe arrondissement ; Garnier-Pagès (voir Garnier dit Pagès, Etienne, Joseph, Louis), représentant le (ancien) VIIe arrondissement ; Villeret (voir Villeret, Antoine, Médéric ), représentant le (ancien) VIIIe arrondissement ; Gréau (voir Gréau, Anne, Louis), représentant le (ancien) IXe arrondissement ; Cavaignac (voir Cavaignac, Godefroy, Jacques, Eléonore), représentant le (ancien) Xe arrondissement ; Raspail (voir Raspail, François, Vincent), représentant le (ancien) XIe arrondissement ; Bavoux (voir Bavoux, François, Nicolas), représentant le (ancien) XIIe arrondissement ; Geibel (voir Geibel, Antoine, Benoit), représentant le (ancien) XIIIe arrondissement (arrondissement de Saint-Denis) ; Dumas (voir Dumas, Alexandre), représentant le (ancien) XIVe arrondissement (arrondissement de Sceaux). Voici comment Le Constitutionnel, du 7 mai 1831, rapporta le déroulement de cette réunion : « Les citoyens désignés pour la décoration de Juillet avaient été invités à se rendre aujourd’hui à la Grande-Chaumière, passage du Saumon, pour délibérer sur plusieurs questions relatives aux dispositions de l’ordonnance du 30 avril, qui détermine la couleur du ruban, décide que ces mots donné par le roi seront inscrits sur la décoration et prescrit un serment aux citoyens désignés. La réunion était très nombreuse. Un projet de résolution a été mis aux voix, article par article, et adopté sans discussion et sans réclamation. Voici l’acte proposé à l’approbation de l’assemblée : “Considérant que le serment en France ne peut être demandé que par une loi ; que nul article de la loi du 13 décembre 1830, qui a institué la décoration de Juillet, ne prescrit de serment ; que reconnaître au gouvernement le droit d’imposer une condition quelconque en dehors de la loi du 13 décembre 1830 ce serait lui reconnaître celui de modifier arbitrairement cette loi, et par conséquence de refuser les décorations acquises ou d’en distribuer de nouvelles sans le concours de la Commission ; que le roi, comme représentant de la nation, peut remettre aux décorés de Juillet, qui alors la recevraient de sa main, l’étoile qu’ils doivent porter mais que rien de l’autorise à la donner en son nom ; que ces mots donné par le roi, changeraient la nature de la récompense, qui cesserait d’être une récompense nationale, pour devenir une faveur royale ; que les faits à raison desquels la décoration a été instituée sont antérieurs à l’existence même du gouvernement du roi ; que le seul serment à exiger, en ce cas, serait celui de fidélité aux principes qui ont mis les armes à la main et valu la décoration nationale. Par ces motifs, les citoyens présents à la délibération s’engagent à ne pas se soumettre à la condition du serment, qu’ils considèrent comme illégale. Ils s’engagent, en outre, à porter immédiatement, après la décision prise par l’assemblée, la décoration spéciale, telle qu’elle a été fabriquée sur le modèle donné par la Commission.” La commission qui avait rédigé cette déclaration étant d’avis qu’il ne convenait pas à des citoyens, surtout à des citoyens de Juillet, d’attacher de l’importance à la couleur d’un ruban, le premier article a été adopté à la presque unanimité. Sur la question de l’inscription Donné par le roi, il a été clairement expliqué qu’il ne pouvait être dans la pensée d’aucun des patriotes de Juillet de refuser la décoration de la main du roi, et que la résolution n’était proposée que dans l’intérêt des principes et de la loi. La troisième question, celle du serment, a été résolue pour des motifs semblables. L’ordre le plus parfait a été observé dans cette délibération. Parmi cette élite des patriotes de Juillet, plusieurs portaient des marques glorieuses de leur courage. On a distingué avec intérêt un vieux citoyen (voir Decombis, Antoine) blessé une première fois, le 14 juillet 1789, devant la Bastille, et blessé de nouveau, le 28 juillet 1830, devant l’Hôtel de ville. Il avait obtenu la médaille commémorative de la victoire du 14 juillet 1789. Toute l’assemblée s’est empressée de rendre honneur à ce vétéran de la liberté. La séance levée, plusieurs des assistants se sont empressés de se séparer du ruban bleu bordé de rouge. Une quête a été faite au profit des détenus politiques. » Il fut cependant l’un des signataires (voir la liste des signataires à Fribourg, François) de la pétition suivante, qui protestait contre les différentes contestations qui repoussaient les délais de remise des décorations : « Sire, les combattants de Juillet s’attendent depuis longtemps à voir briller sur leur poitrine un signe de liberté et d’honneur. La Commission des récompenses nationales avait arrêté le modèle des décorations et même le ruban, il était rouge avec deux raies noires. Elle avait voulu sans doute, par un signe perpétuel de deuil, rappeler le souvenir de nos braves camarades qui ont succombé dans la glorieuse lutte de la liberté contre le despotisme. Cette décision a reçu son exécution, la croix et le ruban ont été fabriqués et, la Commission ayant terminé son travail, rien ne s’oppose à ce que les décorations soient distribuées dans les premiers jours de mai et que cette distribution soit l’épisode le plus glorieux de la fête de Votre Majesté. Mais, Sire, il n’en n’est pas ainsi : on croit aujourd’hui devoir ôter de la décoration les mots qui la caractérisent, la date de nos immortelles journées, changer la couleur du ruban et prolonger ainsi indéfiniment l’exécution des promesses sacrées. Les blessés et tous les combattants de Juillet sont persuadés, Sire, que vous ignorez ces misérables tracasseries et que jamais vous n’avez eu l’intention de déprécier une récompense acquise au prix de leur sang et d’empoisonner ainsi la joie qu’ils éprouvent de recevoir de votre main un signe si glorieux. Ils vous supplient, Sire, de donner des ordres pour que rien ne soit changé aux dispositions arrêtées par la Commission et déjà exécutées et de fixer le jour le plus prochain pour cette distribution. Ils sont, Sire, de Votre Majesté, les très fidèles sujets. » Il refusa de prêter le serment demandé à tous les décorés de la Croix de Juillet ; ce serment était ainsi libellé : « Je jure fidélité au roi des Français, obéissance à la charte constitutionnelle et aux lois du royaume. » En 1831, il ne put retirer ni son brevet ni les vingt-cinq francs qui étaient alloués à chaque décoré, attendu qu’il avait refusé de porter ce serment. Il protesta auprès du maire : « […] Privé ainsi par la haine ou le caprice d’un ministère expirant de la récompense la mieux méritée, je crois devoir protester, entre vos mains, contre l’injustice que j’éprouve pour la conservation de mes droits. » En 1834, il n’avait toujours pas retiré son brevet. Il dépendait de la mairie du (ancien) XIe arrondissement. Il déposa un dossier devant la Commission des récompenses nationales instituée après la Révolution de Février, lui adressant la lettre suivante, le 9 juin 1848 : « Je combattis en 1830 pour le principe qui a triomphé en 1848. On me décerna par la suite la Croix de Juillet mais mon refus de prêter serment à Louis-Philippe ne me permit pas de porter cette décoration. Plus tard, ma conduite politique me rendit suspect au gouvernement déchu et m’attira de sa part des persécution de plus d’un genre. Je ne citerai qu’un fait. En 1833, pendant les débats de l’affaire de Lyon à l’ex-Chambre des pairs, les parents et amis de certains accusés vinrent réclamer mes conseils et soumettre à mon examen leur système de défense. L’ex-préfet de police en fut informé et voulut connaître l’objet de cette conférence. En conséquence, dès le lendemains, deux sergents de ville déguisés, qui, en exécution de ses ordres, s’était attachés à mes pas, se ruèrent sur moi, place de l’Odéon, et après m’avoir saisi à la gorge et frappé à la tête jusqu’à effusion de sang, ils me signalèrent à la foule, indignée de leur brutalité, comme un républicain, comme un homme dangereux et m’entraînèrent au poste voisin, où je fus gardé à vue depuis 8 heures du matin jusqu’à 2 heures de l’après-midi. De là, on me ramena à mon domicile, où l’on se livra, en ma présence, à des perquisitions qui furent sans résultat. On me conduisit ensuite à la préfecture de police, où je fus écroué. Trois mois après, le tribunal de police correctionnelle, saisi de l’affaire, condamna les deux sergents de ville, qui avaient attenté à ma liberté, à trois mois d’emprisonnement et à une forte amende. Ils interjetèrent appel mais la cour confirma la décision des premiers juges. Une circonstance que je ne dois pas omettre, c’est qu’à cette époque j’étais l’avocat de la Compagnie royale d’assurance contre l’incendie, dont je recevais un traitement annuel de six mille francs. M. Fleuri de Chaboullon, directeur de cette compagnie et qui était fort lié avec le préfet de police Gisquet, vint m’offrir de sa part, si je voulais consentir à me désister des poursuites, une satisfaction honorable. Il me menaça en cas de refus de me retirer la clientèle de la compagnie. Je rejetai bien loin la proposition de M. de Feuri et j’aimais mieux perdre ma position de six mille francs que de renoncer à la réparation éclatante qui m’était due. Tous ces détails, du reste, ont été recueillis et publiés par les journaux. Si toutefois on doutait de leur exactitude, je pourrais invoquer et produire à cet égard le témoignage du citoyen Ledru-Rollin, qui, en me prêtant avec la bienveillance et le désintéressement qui le caractérisent, l’appui de beau talent, contribua puissamment au triomphe de ma cause. A la révolution de Février, je n’ai pas combattu il est vrai ; mais j’ai présidé à la construction des barricades et j’ai fraternisé avec les officiers des régiments qui passaient sur les boulevards. Le 24, je dis au citoyen Laprée, que je rencontrai en face du café Tortoni : “Voilà le moment de crier Vive la république ! Oui sans doute, me répondit-il, mais n’allons-nous pas effrayer la garde nationale ?” A 1 heure, j’étais à la Chambre. Le soir, accompagné du citoyen Plon, blessé de Février, je me rendis à l’Hôtel de ville où je passais la nuit. Citoyen maire, voilà la part que j’ai prise aux événements politiques qui se sont accomplis en 1830 et en 1848. Je crois avoir droit, soit comme combattant de Juillet, soit comme détenu politique, soit comme homme de février, à une récompense nationale. Ancien avoué, avocat inscrit au tableau de Paris depuis vingt ans, ayant fait, en outre, de la science du droit en général et de la législation française en particulier, l’étude de toute ma vie, je suis capable de remplir convenablement des fonctions administratives telles que celles de préfet et sous-préfet et des fonctions judiciaires telles que juge de paix, de juge de première instance à Paris. Je pourrais encore diriger le contentieux d’un ministère ou d’une grande administration. C’est dans l’un de ces postes que je m’estimerais heureux de devenir le serviteur de la république. » Il fut recommandé par la Commission pour une préfecture. Il est l’auteur d’une Considération sur l’acte d’émancipation de Saint-Domingue, sur la nature et l’étendue des droits qu’il confère aux anciens colons dépossédés, et sur le mode de d’accomplissement des obligations correspondantes, parue chez de Guiraudet en 1828 à Paris. Il demeurait 8, rue de l’Ouest en 1830-1831 (mais 5, rue de l’Ouest dans une lettre qu’il adresse à la Commission des récompenses nationales en septembre 1830 ; et son cabinet 22, rue des Grès sur un papier à en-tête ; bien qu’il donne comme adresse actuellement 8, rue de l’Ouest en novembre 1830 et que son papier commercial porte en en-tête le 8, rue de l’Ouest, et la mention Décoré de Juillet) ; 47, rue des Martyrs en 1848. La Gazette des tribunaux, 2 et 3 août 1830 ; Ordonnance du roi contenant publication des noms des citoyens qui ont obtenu la Croix de Juillet, Bulletin des lois, 2e partie, ordonnances, n° 104 bis ; Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la Croix de Juillet, instituée par la loi du 13 décembre 1830, sur les récompenses nationales, Le Moniteur universel, 2 mai 1831 ; Archives de Paris VD6 3, liste des décorés de la Croix de Juillet du (ancien) XIe arrondissement ; Archives de Paris, VD6 631 n° 1 ; Archives de Paris VD6 633 n° 1, Etat des citoyens décorés de la Croix de Juillet, dont la décoration n’a pas encore été retirée (sous le nom de C. Lamarque), prestations de serment et autorisations de retirer des brevets, reçus de brevets, correspondance générale, demandes de décorations et médailles, idem liste des décorés qui n’ont pas retiré leurs croix ; Archives nationales F/1dIII/39 Commission des récompenses nationales, noms des citoyens qui ont mérité la décoration spéciale, (ancien) XIe arrondissement ; Archives nationales F/1dIII/50 in dossier Constant, Antoine, Jean-Baptiste ; Archives nationales F/9/1154 Protestations ; Archives de la préfecture de police AA 366, Condamnés politiques sous la Restauration qui résident à Paris, état des secours accordés pour le mois de septembre 1848 ; Archives de la préfecture de police AA 396 ; Le Constitutionnel, 7 mai 1831 ; Mes Mémoires, Alexandre Dumas, huitième série, nouvelle édition, Paris chez Lévy frères, 1869, pp. 162-166.