Lamé, Aimée, femme Latour
Biographie
Née le 20 nivôse an XII (2 février 1805 ; mais le 10 janvier 1803 in Archives nationales F/1dIII/37) à Couëron (Loire-Atlantique), fille de Lamé, Alexandre, journalier laboureur, et de Viaud, Elisabeth, son épouse. Journalière. Elle s’était réfugiée avec son mari, Latour, et son cousin, Battant ou Batteaux, le 29 juillet, chez un marchand de vins ayant pour enseigne Au bout du monde (sic), en face du bois de Boulogne, sur la route de Neuilly au Roule, au moment de la sortie de la garde royale de Paris. Un détachement de la garde engagea une action avec des personnes qui se trouvaient chez ce marchand de vins. Plusieurs soldats entrèrent dans la boutique et massacrèrent les personnes qui s’y trouvaient. Batteaux fut sans doute tué, Latour reçut un coup de baïonnette dans la tête, Lamé « fut renversée et précipitée dans les escaliers à coups de crosse dans les reins et horriblement maltraitée par la garde royale » ; tous deux ne durent la vie qu’à l’intervention d’un officier qui les retira de la fureur des soldats. Elle fut atteinte de contusions aux reins et à l’occiput. Le dossier d’examen de ses droits fut instruit par la Commission des récompenses nationales du (ancien) XIIIe arrondissement, sous-préfecture de Saint-Denis. Deux certificats médicaux constataient la gravité des coups qu’elle avait reçus. Le premier certificat médical, ainsi rédigé : « Je, soussigné, docteur en médecine, exerçant à Suresnes (Seine), certifie que Mme Latour, âgée de vingt-cinq ans, journalière, a été accablée pendant les événements de Juillet à Paris, de contusions violentes dans les reins et dans le bas-ventre ; elle a été précipitée par les militaires du haut d’un escalier ; elle a vu son mari recevoir à la tête un coup de baïonnette, et un de ses parents, tué devant elle. Il résulte de ces tristes circonstances que cette femme habituellement bien portante est affectée depuis ce temps d’une névrose intestinale et d’un trouble général dans les fonctions nutritives et qu’elle se trouve encore dans l’impossibilité de reprendre le travail, qui est son seul moyen d’existence. » Signé, le 10 septembre 1830 : Rigal, médecin. Le second certificat médical, ainsi rédigé : « Je, soussigné, docteur en médecine, médecin de la faculté de Paris, exerçant à Suresnes (Seine), certifie que, par suite du saisissement et de la frayeur qu’elle a éprouvés le 29 juillet dernier, la femme Latour éprouve très fréquemment de violents accès d’épilepsie, qui la mettent dans l’impossibilité absolue de se livrer à aucun travail, son seul moyen d’existence. Il est malheureusement probable que cette femme est atteinte pour la vie de cette affreuse maladie. » Signé, le 30 janvier 1831 : Rigal, médecin. Le certificat suivant, délivré par le maire de la commune de Suresnes, attestait aussi la gravité de son état : « Je, soussigné, maire de la commune de Suresnes, certifie que ce jour se sont présentés devant nous les sieurs Jean-Pierre Royer, Jean-Baptiste Blondeau et Louis Forquet, tous trois charrons, domiciliés en cette commune, et que je déclare bien connaître ; lesquels nous ont affirmé sur leur responsabilité personnelle qu’il est à leur connaissance, pour en être souvent témoins, que la nommée Aimée Lamé, femme Latour, journalière, demeurant ainsi qu’eux rue Dumoutier n° 8, est atteinte de la maladie épileptique, que les accès qui sont très fréquents proviennent du saisissement et des mauvais traitements qu’elle a essuyés le 29 juillet dernier dans un cabaret, dit le Nouveau Monde (sic), près la barrière du Roule, où elle s’était réfugiée avec son mari, à la sortie de l’ex-garde royale de Paris, plusieurs soldats de cette garde étant entrés dans ladite maison et ayant massacré plusieurs personnes qui y étaient, blessèrent son mari et elle et qu’elle ne fut redevable de la vie qu’à un officier qui l’a soustraite à leur fureur. » Signé, le 30 octobre 1830. Le 8 juin 1831, devant le maire de la commune de Suresnes, comparurent : Fagret, Valéry, ouvrier teinturier, employé chez Rougier, demeurant à Suresnes : Mercier, Edme, teinturier, employé chez Rougier, demeurant à Suresnes. Ils attestèrent « que le 29 juillet dernier, la femme Aimée Latour, se trouvait avec Latour, son mari, Battaut, son cousin, chez le marchand de vin ayant pour enseigne Au bout du monde (sic, en face le bois de Boulogne, sur la route de Neuilly au Roule ; qu’un détachement de la garde royale qui passait, engagea une action avec des citoyens qui se trouvaient chez ledit marchand de vin ; que Batteau resta sur la place, que Latour reçut un coup de baïonnette dans la tête et que la femme Latour, née Aimée Lamé, fut renversée et précipitée des escaliers à coups de crosse dans les reins et horriblement maltraitée par la garde royale ; que depuis lors la femme Latour est affectée, ainsi que l’attestent les certificats de médecins, d’une névrose intestinale qui la met hors d’état de gagner son existence […]. » Le 8 juin 1831, le maire de Suresnes attestait de nouveau que Lamé, Aimée n’avait d’autres moyens d’existence que le travail de ses mains et que l’état continuel de maladie où elle se trouvait la mettait dans l’impossibilité fréquente de travailler, « de telle sorte qu’elle est réellement bien malheureuse ». Le Comité de médecine et de chirurgie près la Commission des récompenses nationales, après l’avoir examiné, donna, le 31 mars 1831, la conclusion suivante : « A été atteint, dans les journées de Juillet, de contusions aux reins et à l’occiput, lesquelles paraissent avoir produit des attaques épileptiques. » Elle fut admise dans la 3e classe des blessés et pensionnée de cinq cents francs. Il lui fut accordé, par la Commission de la souscription nationale en faveur des veuves, orphelins et blessés de juillet 1830, une inscription de rentes, en tant que blessé de la 3e classe. Elle demeurait 8, rue Dumoutier à Suresnes (Seine) en 1831. Liste n° 7, des blessés de Juillet pensionnés, Bulletin des lois, 2e partie, ordonnances, n° 104 bis ; Citoyens blessés pendant les événements de juillet, qui ont obtenu, aux termes de l’article 5 de la loi, la pension de 300 fr. à 1.000 fr., Le Moniteur universel 5 septembre 1831 ; Tableau général et alphabétique des pensions inscrites depuis le 1er janvier jusqu’au 31 décembre 1831, Imprimerie royale, Paris, 1832, p. 81 (sous le nom de Lamé, Anne, femme Latour) ; Compte-rendu des travaux de la Commission de la souscription nationale en faveur des veuves, orphelins et blessés de juillet 1830, liste nominative des veuves, orphelins, ascendants et blessés auxquels il a été accordé des inscriptions de rentes de l’arrondissement de Saint-Denis auxquels il a été alloué des indemnités définitives lu et approuvé à la séance générale du 11 juillet 1832, Paris, Imprimerie de Crapelet, rue de Vaugirard, n° 9, novembre 1832, p. 113 (sous le seul nom de Latour) ; Archives de Paris VK3 46 (couverture du dossier Hardelay, Jean-François) ; Archives nationales F/1dIII/37, Commission des récompenses nationales, (ancien) XIIIe arrondissement, état des sommes payées aux blessés pensionnés pour le compte de cette Commission, du 8 octobre 1830 au 31 août 1831 par la sous-préfecture de Saint-Denis, comprenant les arrérages à partir du 1er août 1830 ; Archives nationales F/1dIII/38 A, blessés admis à la pension ; Archives nationales F/1dIII/60 ; Archives nationales F/1dIII/82 Compte rendu des travaux de la Commission de la souscription nationale en faveur des veuves, orphelins et blessés de juillet 1830, lu et approuvé à la séance générale du 11 juillet 1832, liste nominative des veuves, orphelins, ascendants et blessés auxquels il a été accordé des inscriptions de rentes, (ancien) XIIIe arrondissement, arrondissement de Saint-Denis, blessés de la 3e classe (sous le seul nom de Latour).