Larival, Arnaud
Biographie
Né vers 1766 à Bordeaux (Gironde). Ancien sous-lieutenant de la compagnie de carabiniers au 1er régiment d’infanterie légère, nommé par décret de la Convention en fructidor an III, démissionnaire en l’an IV parce que se trouvant surnuméraire par suite des nouveaux embrigadements, rentré dans le civil, installé à Paris et devenu garçon de magasin depuis plusieurs années chez Gally, marchand bottier, 18, rue du Faubourg-Poissonnière. Il s’illustra au Louvre et au Palais-Royal. Il ne fit aucune demande devant la Commission des récompenses nationales. Il déposa un dossier à la Commission des Réclamants ([ancien] VIIe arrondissement), sise 10, rue Bourg-Labbé puis 6, rue Dalayrac, afin d’obtenir la Croix de Juillet. Il adressa, le 14 septembre 1831, la lettre suivante à cette dernière Commission : « […] A l’honneur de vous exposer qu’il a participé aux glorieuses journées de juillet 1830, notamment à la journée du 29 dudit mois et qu’il n’a fait à l’époque aucune réclamation. Mais d’après les nouvelles réclamations qui ont lieu en ce moment il réclame non des secours ni récompenses pécuniaires mais l’honneur de la décoration des braves de Juillet. Conduite tenue par moi Larival dans la journée du 29 juillet. Vers les 9 heures du matin, je me rendais vers le Louvre. Je rencontrais une forte colonne d’attaque dans la rue de la Monnaie. Etaient en tête plusieurs jeunes gens de l’Ecole polytechnique, lesquels firent diviser la colonne en deux parties par la rue des Prêtres et partie par le quai de l’Ecole de laquelle j’étais malgré la grêle de balles. Nous arrivâmes par la rue du Petit-Bourbon en face Saint-Germain-l’Auxerrois, où nous restâmes un moment à essuyer le feu de l’ennemi. Aussitôt les portes ouvertes avec précipitation, nous eûmes bientôt balayé le Louvre. Nous nous rendîmes ensuite en nombre vers les Tuileries. Arrivés dans la rue du Carrousel, à la hauteur de la rue Saint-Thomas-du-Louvre, des coups de feu partent de l’intérieur du Louvre et nous aperçûmes un homme tombé sur la place du Musée, la face contre terre et sans mouvement, lequel paraissait être un vieillard, homme de campagne, vêtu d’une veste bleue, ayant un petit bâton à la main. Aussitôt ce coup de fusil parti du Louvre, nous revînmes sur-le-champ en bon nombre dans le Louvre, craignant nous trouver entre deux feux. Après de vives recherches, nous ne pûmes découvrir d’où venaient ces coups qui avaient été tirés. Etant dans le Louvre, du côté de la rue du Coq, nous entendîmes vers la barrière des Sergents, une forte fusillade. Nous y accourûmes. Là, nous trouvâmes une diligence renversée, laquelle servait de retranchement. Après avoir échangé plusieurs coups de fusil avec les gardes royaux de la place du Palais-Royal et sans succès, je traverse le cloître Saint-Honoré et vins à la rue des Bons-Enfants pas plus grands succès (sic). Car la plus grande partie de ceux qui se sont trop découverts pour tirer ont été blessés. Ne voyant pas là une bonne réussite, je courus avec un bon nombre de braves par la cour des Fontaines et nous parvenons par la petite grille en face la cour des Fontaines à entrer dans la grande cour du Palais-Royal, nous aperçûmes dans la galerie de pierre du côté du Théâtre-Français, une colonne de Suisses très serrée qui se sauvait du côté du Théâtre. Je tire sur eux deux coups de fusil, qui ne durent pas être sans effet étant aussi serrés. Au même instant, passe à mes côtés un officier suisse qui se sauvait par le vestibule du côté et en face du grand escalier de Sa Majesté. Je cours sur lui, l’attrape au collet, aussitôt un autre citoyen accourt et veut le percer de son sabre. Je l’empêche et après avoir fait de vifs reproches audit officier, je lui arrache sa contre-épaulette, en lui disant qu’il n’était pas digne de la porter, laquelle contre-épaulette je suis porteur comme trophée du jour et l’autre citoyen lui arrache également l’épaulette qui se trouvait être de son côté et nous l’abandonnons à son sort. Au même instant, au même lieu et place se présente un garde royal, lequel j’arrête, désarme de son sabre et de ses cartouches, un autre citoyen lui prend son fusil et sa giberne. Je me rends ensuite sur la grande porte d’entrée du côté de la rue Saint-Honoré. J’y ai échangé plusieurs coups de fusil avec ceux qui tiraient par les croisées de la place. Etant à jeun, non faute de moyens mais quand on s’occupe de cette manière et pour une pareille cause on ne pense ni à boire ni à manger, la fatigue et le besoin m’obligèrent vers les 3 heures et demie de l’après-midi de me retirer pour me reposer et prendre quelques aliments. D’après l’exposé de la conduite que j’ai tenue dans les mémorables journées, je m’en réfère aux membres de la Commission des récompenses pour l’obtention de la décoration des braves. » Il était porteur du certificat suivant : « Nous, soussignés, citoyens patentés, déclarons avoir connaissance que le sieur Arnaud Larival, garçon de magasin de M. Gally, marchand bottier, faubourg Poissonnière 18, (ancien) IIIe arrondissement, a été le 29 juillet 1830 à la prise du Louvre et qu’il s’est ensuite rendu au Palais-Royal, où il est entré et avait arrêté un officier suisse qui se sauvait sous le vestibule, vis-à-vis le grand escalier de Sa Majesté. Après lui avoir fait de vifs reproches, il lui arracha sa contre-épaulette et l’abandonna à son sort. Au même instant et aux mêmes lieu et place parut un garde royal, auquel ledit Larival désarma de son sabre et de ses cartouches et un autre lui prit son fusil et sa giberne. Voici ce que nous savons sur le sieur Larival. Nous certifions en outre que depuis plusieurs années que ledit sieur est dans le magasin de M. Gally sa conduite et sa moralité ont été exemptes de reproche. » Signé, le 14 septembre 1831 : Gally, marchand bottier, demeurant 18, rue du Faubourg-Poissonnière ; illisible, marchand charcutier, demeurant 18, rue du Faubourg-Poissonnière ; Mauger, marchand épicier, demeurant 18, rue du Faubourg-Poissonnière. Il était indiqué sur les fiches de la Commission comme sans fortune. Il demeurait 9, rue Simon-le-Franc en 1831. Archives de la préfecture de police AA 397.