Laujoulet

Biographie


Licencié en droit, commis de Marchand (voir Marchand, Louis, François), maire du (ancien) VIIe arrondissement. Le 20 mai 1831, il adressa au roi la lettre de réclamation suivante : « Je viens réclamer contre la clôture de la liste ouverte pour la distribution des croix spéciales. J’ai quelques droits à faire valoir. Que jusqu’alors j’ai négligé de les signaler c’était moins par le sentiment de leur importance que parce que j’avais cru n’avoir fait que mon devoir. J’y suis d’autant plus déterminé aujourd’hui qu’il m’est prouvé que déjà la décoration a été affectée pour une mission que moi seul ai remplie. Le mercredi 28 juillet, la nécessité d’organiser la résistance contre les intentions du gouvernement parjure avait rallié les citoyens du (ancien) VIIe arrondissement. La garde nationale fut mise sur pied et prit possession de l’Hôtel de ville, où furent arborées les trois couleurs. Mais il ne suffisait pas à ces citoyens d’avoir donné la véritable impulsion de la révolution de Juillet pour rendre inutiles les tentatives de l’ennemi. Il fut résolu que l’autorité serait avertie de leur unanime résolution d’abord de faire maintenir l’ordre, deuxièmement de conserver les libertés que dès ce moment ils avaient acquises, troisièmement d’arrêter, s’il était possible, par des représentations sages, l’effusion de sang. M. Marchand L. (voir Marchand, Louis, François) adressa deux lettres à ce sujet, l’une au préfet de police, l’autre au commandant de la place. La seconde de ces missions étant la plus délicate, on me demande si j’oserais m’en charger. Sur ma réponse affirmative je reçus la lettre des mains de M. A. Cordier, qui, en l’absence de M. Marchand, son beau-frère qui commandait le poste de l’Hôtel de ville, devait les faire parvenir à leur destination. J’arrivai sans accident à la place Vendôme, par la rue Neuve-des-Petits-Champs. Quelques heures auparavant, le peuple s’étant présenté avec des bâtons, il avait été désarmé et la circulation, par ordre supérieur, avait été interdite. Ici se présentèrent quelques événements. Je fis vainement mes efforts pour percer les rangs de la garde royale. Une heure était écoulée dans de vaines démarches lorsque, sentant la nécessité pour moi et pour tous que ma mission fût remplie, je forçai les rangs qui m’étaient opposés. Je fus poursuivi à la baïonnette et atteint près de la colonne. J’éprouvais déjà quelques mauvais traitements et j’allais être inévitablement incarcéré lorsque je ne vis d’autre moyen pour donner suite à ma mission que de dire que je venais rendre compte au commandant d’un ordre qu’il m’avait confié. Je montai à l’état-major et remis ma missive à M. D. D., qui en l’absence du commandant de la place en remplissait les fonctions. Je dois à cet officier la justice de dire qu’il déplora la conséquence des événements qu’elle annonçait. Il me répondit que l’affaire était trop importante pour qu’il pût rien prendre sur lui. Je lui demandai de m’indiquer le chef à qui je devais m’adresser. Il me signala le général qui inspectait dans ce moment sur la place Vendôme. Je fus conduit vers lui par un officier d’état-major qui fut détaché par M. D. et qui s’avance, me témoigne quelques doute sur le succès de la mission que je tenais. J’abordai le général, après lui avoir fait prendre lecture de la lettre. J’insistai pour qu’il prît promptement une décision. Il s’y refusa, invoquant son incompétence. Ma tâche était remplie mais je voulais épuiser tous les moyens que les événements pouvaient mettre en mon pouvoir. Je demandai à mon conducteur s’il ne serait pas possible d’aborder une autre autorité. Il n’osait m’indiquer le maréchal. A ma sollicitation cependant il me conduisit vers le général, qui me donna l’autorisation de me présenter aux Tuileries. Je n’aurais pu le faire seul. L’officier qui me conduisait, vu l’importance de cette seconde mission, après m’avoir circonvenu pour s’assurer si par hasard je n’étais pas un espion du peuple, me dit qu’en raison des circonstances il n’était pas prudent pour lui de conserver son uniforme. Il monta et je le suivis à l’état-major de la place. Je ne crus pas que ma mission se bornait seulement à obtenir une simple réponse. Il était de mon devoir de faire connaître à l’Hôtel de ville l’esprit et les intentions du gouvernement de Charles X. J’aperçus dans la salle où j’attendais mon conducteur un groupe d’officiers. Je m’en approchais. L’un disait Dans une heure on ne plantera pas des choux dans Paris ! l’autre que Les mutins la danseraient belle ! l’autre que L’affaire serait plus chaude que celle de la rue Saint-Denis ! un nouvel officier arrive à la hâte et annonce tout haletant que la résistance s’organisait partout, que toute la garde royale était sur pied et qu’on allait balayer ces b...-là. Tous ces officiers étaient en bourgeois. Dans ce moment, la difficulté des événements m’apparut tout entière. Mon conducteur paraît, nous partons à la hâte. Pendant tout le temps du trajet, il me pressa de questions et me demanda si je savais que celui à qui l’allais parler représentait alors le gouvernement. Je le rassurai contre ses craintes et lui fis sentir que malgré les circonstances j’aurais assez de sang-froid pour remplir convenablement ma mission sans me compromettre. Nous étions arrivés aux Tuileries, lorsque mon conducteur m’arrête. Jusque-là, il n’avait cessé de me questionner sur mon nom, ma famille, ma profession, les intentions et la position sociale des personnes qui m’envoyaient. Il me demanda la permission de retourner encore à l’état-major, prétendant que sa position était trop difficile. Je le suivis à regret, pensant qu’à chaque instant le péril augmentait. Je ne pouvais du reste deviner le motif de cette décision. Arrivé à la place Vendôme, il s’avance avec moi vers le général et lui dit Vous m’avez permis d’accompagner monsieur voir le maréchal ; je désire que vous m’en donniez l’ordre. Je vous le commande, répond le général, et nous partons. Je glisse sur les difficultés que nous éprouvâmes pour pénétrer jusqu’à l’appartement qu’occupait le maréchal dans le pavillon Marsan. Nous entrâmes par le guichet de la rue de Rivoli. J’attendais un instant dans l’antichambre où m’avait précédé mon conducteur. Il m’introduisit. Je fus invité à m’asseoir sur un sofa qui était à gauche. Mon conducteur me fit distinguer le maréchal dans un groupe d’officiers supérieurs avec qui il était en conversation. Je m’approchai et lui remis la lettre. Après en avoir pris connaissance, il me répondit qu’il était là pour faire exécuter les ordres du roi et qu’il n’avait pas reçu celui d’organiser la garde nationale. Je répondis que pour le moment une autorisation écrite suffirait. Non, dit-il, il faut une ordonnance. J’allai insister lorsque mon conducteur crut prudent de me faire savoir qu’ayant entendu la réponse du maréchal je n’avais qu’à me retirer, me recommandant de conseiller à ceux qui m’avaient envoyé de rentrer dans leurs domiciles. Je me retirai avec cette réponse lorsque j’appris que le commandant de la place n’était pas loin de nous. Je m‘adressai à lui, toujours suivi par mon conducteur. Il me répondit que je devais aller trouver le maréchal. Je venais d’entendre sa réponse. Je portai ces divers détails à l’hôtel de ville et en fis part moi-même à M. Marchand après les avoir communiqués publiquement rue de la Verrerie dans le café Boucheron, où était réunie l’élite des négociants du quartier. Dès ce moment, le signal de la résistance fut donné. Je crois, Sire, avoir fait preuve dans cette circonstance dé dévouement et de courage. Ma mission auprès d’un gouvernement sage eût complétement réussi et si les ordres du maréchal eussent été moins sanguinaires j’épargnais par le seul fait de mon instance les massacres qui ont ensanglanté nos immortelles conquêtes. Je crois voir bien mérité de la patrie et c’est sur ces motifs que j’attends avec confiance la décision de Votre Majesté au sujet de ma réclamation. Je demande la décoration spéciale. Sire, après l’enquête que je sollicite pour constater la légitimité de ma demande, Votre Majesté me jugerait digne de cette faveur mais ma mission a été une, à moi seul en appartient tout le mérite. Votre bienfait serait donc incomplet si je n’obtenais de votre bienveillance la communication du dossier que j’ai demandé et qui contre toute justice m’a été refusée. Que si des considérations que je ne puis prévoir venaient s’opposer à l’ouverture d’une liste supplémentaire, tant en mon nom qu’au nom de ceux qui comme moi ont été frustrés de leurs droits, je demanderais à titre de récompense la publication officielle des divers motifs admis par la Commission, heureux que j’en serais de voir en cette circonstance connus de l’opinion publique la plupart de ceux qui ne parlent que de désintéressement, de loyauté et de patriotisme. » Suivait cette note, rédigée par Laujoulet : « M. F... (ou J...), G..., G..., locataire de M. Marchand, ex-officier de santé de la VIIe légion, a obtenu la croix spéciale (le seul trouvé à peu près approchant serait Gervais, François, Guillaume...) pour avoir, de son propre aveu, rempli la même mission que moi. En cela, il s’est attribué un mérite que l’opinion publique et les raisons que je développe ci-dessous tendent à lui refuser. Le jour où j’ai rempli ma mission, le seul jour où elle pouvait être remplie, M. G... ramena la famille de M. Marchand des environs de Paris. Arrivé à 1 heure, il était une demi-heure après à l’hôtel de ville, au moment où j’y apportai la réponse du maréchal. Cinq minutes après, les fusillades avaient commencé. Ce qui d’ailleurs indépendamment de ses aveux, me porte à penser que c’est là le seul ou du moins le principal motif qu’il a fait valoir et qui a été récompensé c’est que dans le mois de décembre, au moment où il fut question de décorations, M. G, connaissant ma répugnance à m’occuper de sollicitation vint à moi et me fit raconter jusqu’aux moindres détails de ma mission. Je les lui donnai sans défiance, présumant qu’ils m’étaient demandés pour le procès des ministres car mon témoignage pouvait à ce sujet être invoqué en raison de ce que j’avais fait et entendu. M. G. peut-il alléguer avoir rempli une mission semblable quand les débats de la Chambre des pairs n’ont fait connaître que la mienne, celle de M. Arago et celle de MM. Laffitte, Perier etc. Quelle aurait pu être d’ailleurs l’utilité d’une mission semblable à la mienne après les massacres qui la suivirent immédiatement ? (En marge de la note : En consultant les témoignages entendus dans le procès des ministres on y peut voir qu’un jeune homme se présenta au maréchal, chargé d’une mission). Quand j’ai demandé à la Commission des récompenses communication du dossier de M. G., je n’avais d’autre but que d’examiner les motifs qu’il avait fait valoir et de m’assurer si les certificats dont il s’appuyait n’étaient pas des certificats de complaisance. » Il précisait dans sa signature qu’il était « allié de M. J. Porne, colonel du 1er régiment de hussards ». Laujoulet demeurait 11, rue de la Grande-Truanderie en 1831. Archives nationales F/1dIII/61.

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