Laugier, Martin, Joseph dit Cambronne

Biographie


« Attaché toute sa vie aux principes constitutionnels et à la cause libérale », il sollicita une récompense nationale. Le dossier d’examen de ses droits fut instruit par la préfecture des Bouches-du-Rhône, au nom de la Commission des récompenses nationales. Il joignait à sa demande le certificat suivant : « […] A peine les nouvelles de Paris étaient-elles parvenues et jaloux par affection de suivre l’exemple de la capitale, Martin, en compagnie de M. le docteur Labat (voir Labat, Pierre, Auguste, Léon) et autres, résolurent d’aller au-devant du 40e de ligne qui arrivait dans nos murs, le drapeau tricolore à la main, ce qui fut exécuté, Martin Laugier portant le drapeau. Accueillis avec enthousiasme par ce régiment, ils le précédèrent dans la ville et ils donnèrent l’élan au patriotisme, par la vue des couleurs nationales déployées qui, toujours portées par Martin, sont promenées en triomphe dans toutes les rues et après arborées sur le cours, sans que la tranquillité publique souffre la moindre atteinte. Le lendemain, le drapeau tricolore, encore dans les mains de Martin, est de nouveau promené dans les rues, au milieu des acclamations et suivi d’une foule nombreuse. Arrivé sur le cours, le sieur Jauffret, étudiant, fils du conseiller d’Etat de ce nom, sort du café, criant que c’étaient des brigands, qu’il fallait les assassiner (ceux qui célébraient le triomphe de la cause nationale) et, arrivé dans la foule, sort un énorme poignard dont il s’efforce de frapper ceux qu’il rencontre devant lui ; mais son mouvement avait été suivi et on lui saisit le bras en lui enlevant le poignard. La foule profère des cris de mort contre lui. Un grand nombre s’élance à cet effet, les magasins, les cafés se ferment aussitôt. On aurait cru voir se renouveler la terreur de 1815. Non messieurs s’écria Martin qui tenait dans les bras le sieur Jauffret montrons que le vrai patriotisme, que les vrais libéraux ne veulent ni sang ni pillage ; la justice seule nous fera raison. A l’aide de quelques-uns de ses compagnons, ils se frayent un passage jusqu’à la maison la plus voisine et enferme le sieur Jauffret, après avoir reçu plusieurs coups de bâton qui étaient dirigés sur ce dernier. Tout devient calme, des cris de joie seuls se font entendre, les magasins et les cafés se rouvrent et la promenade du drapeau se continue, sans que rien ne vienne plus la troubler. Quelque temps après, un sieur Leydet, forcené royaliste disait publiquement, en s’élevant contre les libéraux, qu’il fallait les détruire, qu’il se chargeait lui de Martin contre lequel il criait le plus. Martin le rencontra un jour dans un café et l’approcha, en lui reprochant les propos qui lui étaient attribués, en lui disant Nous voulons l’ordre et la tranquillité ne cherchez point à les troubler par des menaces. Leydet les répète de nouveau pour les confirmer et s’élance sur Martin un poignard à la main. Martin le saisit et le lui enlève ; on le sépare aussitôt de Leydet, que l’on fait évader par une porte de derrière. Quelques instants après Martin sort du café et, au coin d’une rue voisine, il retrouve Leydet qui l’attendait muni d’un fusil, qu’il dirige aussitôt sur sa poitrine. Martin est assez heureux pour s’élancer à temps sur lui et lui enlève son arme mais pour ne point troubler la tranquillité dans un moment où il fallait si peu de chose pour amener le trouble il remet Leydet entre les mains de la justice, en calmant l’exaspération de ses amis, fatigués de tant de scènes. Nous attestons enfin qu’il est mille autres petits faits lors des événements de Juillet qui lui ont fait honneur, qu’après avoir beaucoup contribué à donner l’élan au patriotisme et s’être exposé à bien des dangers, toute sa conduite a été digne d’éloge, qu’il a contribué de tous ses efforts au maintien de l’ordre et qu’il a bien mérité de la patrie. » Suit un très grand nombre de signatures, dont le commissaire de police, des conseillers municipaux, le président de la cour royale, le substitut du procureur, plusieurs avocats, des gardes nationaux, des anciens militaires. En janvier 1832, la commission pensa que les faits sur lesquels le pétitionnaire se fondait ne constituaient pas un droit suffisant à une récompense. Laugier demeurait à Aix en 1831. Archives nationales F/1dIII/79, dossier Bouches-du-Rhône.

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