Laurier, Léon

Biographie


Né le 7 nivôse an VII à Paris. Homme de lettres. Israélite. La chronique de l’époque rappelait ainsi sa participation aux combats de Juillet : « Plus de distinctions de croyance ! tous les Français se sont montrés frères ! ils étaient tous animés des mêmes sentiments. Plusieurs Israélites se sont distingués d’une manière exemplaire : M. Laurier fils a commandé le feu à la tête d’un groupe de jeunes gens. » Le dossier de ses droits fut instruit par la Commission des récompenses nationales de la mairie du (ancien) Ve arrondissement. Il reçut la médaille de Juillet auprès de la mairie du (ancien) Ve arrondissement. En 1831, à l’occasion des fêtes anniversaires de Juillet, il reçut, auprès de la mairie du (ancien) Ve arrondissement, vingt-cinq francs de gratification, à titre de décoré mais non blessé. On trouve la trace de Laurier, dans les Archives israélites de France, revue mensuelle, religieuse, historique, biographique, bibliographique et littéraire, au sujet de sa participation, comme journaliste, à des périodiques qui reprenaient tout naturellement, comme souvent à l’époque, les attaques contre les Juifs. Par exemple, cette protestation, intitulée Nouvelle attaque du Corsaire Satan et ainsi rédigée : « Un petit journal inconnu en province, et qui s’adresse à Paris principalement aux lorettes, aux légitimistes, aux jésuites et aux coulissiers, le Corsaire-Satan, – puisqu’il faut le nommer par son nom – s’est permis, dans deux numéros successifs, des attaques aussi injustes au fond que peu convenables dans leur forme contre les rabbins français. M. Laurier, notre honorable coreligionnaire, qui écrit dans ce journal, s’est empressé de répudier toute participation à ces articles. Nous le remercions de ce mouvement spontané, quoique sa réclamation fût inutile. Chacun a reconnu la plume à qui ces indignes attaques sont dues, et nous nous sommes rappelé en les lisant cette lettre écrite en 1268 par Charles le Sage, lequel, reconnaissant ce que le zèle outré ou calculé des convertis avait de dangereux, défendait “aux Chrétiens convers qu’auxdits Juifs ils ne méfassent ou médisent en aucune manière.” Nous avions cru devoir protester par quelque mots modérés contre cette injuste agression, mais notre lettre n’a pas été insérée dans ce journal, qui en a pris prétexte pour nous adresser des injures personnelles. Nous prévenons donc le Corsaire-Satan que nous répudions tout éloge qui nous viendrait encore de lui ; nous le prions de nous éviter l’ennui de le lire, en s’abstenant désormais de s’occuper des choses de notre culte, qui en bonne conscience n’ont rien à faire avec la spécialité dans laquelle il se complaît. Nous ajouterons que, si de nouvelles attaques étaient dirigées par lui avec une aussi évidente malveillance contre nos coreligionnaires ou nos dignes pasteurs, nous saurions trouver les moyens de les repousser et d’obtenir la réparation ou la rétractation de ses indignes calomnies et de ses insolentes injures. L’auteur des deux articles dont nous parlons doit savoir par expérience comment les rétractations se font en Allemagne : on pourra lui apprendre comment on les obtient en France. Nous ne dirions pas toute notre pensée si nous ne déclarions ici avec quelle douleur nous voyons de pareils écarts de nos confrères, indignes de la mission élevée donnée au journalisme. Quand de toutes parts dans notre belle patrie la tolérance religieuse est en honneur, et que gouvernement, chambres, magistrats et opinion publique protègent les israélites, qui de leur côté répondent avec patriotisme et dévouement à l’appel de l’intérêt public, quand surtout les hommes éclairés de toutes les croyances s’efforcent de faire disparaître toute distinction de culte pour ne voir en France que des citoyens, enfants de la famille française, il est déplorable que ce soient des soldats (heureusement isolés) de la grande armée de la presse qui tentent de détruire cette harmonie et ces bons rapports, qui, seuls, peuvent assurer la félicité publique. » Enfin cette autre, intitulée : L’intolérance des journaux prétendus du mouvement, et ainsi rédigée : « Il est pénible de voir nos coreligionnaires sans cesse outragés par des écrivains qui s’attribuent le monopole du progrès. Nous ne parlerons pas de ces productions honteuses par lesquelles, spéculant sur le scandale on attaque dans de petits journaux de hautes positions par de basses déclamations. Que des pygmées littéraires placardent sur les murs de Paris des affiches insolentes pour annoncer des diatribes contre les hommes riches nés dans la religion juive; ceux-ci dédaignent d’y répondre, et nous les approuvons hautement. Mais que dire d’un journaliste qui n’a sous sa plume que le mot de Juif toutes les fois qu’il a à déverser le blâme ou l’insulte sur qui que ce soit, et à propos de n’importe quoi ? Ce journaliste, c’est M. A. Toussenet de la Démocratie pacifique. “Je n’ai jamais lu, nous dit notre correspondant de Besançon, une colonne de sa composition sans la trouver émaillée des expressions les plus blessantes pour les juifs. On dirait un parti pris, de rapporter toutes les turpitudes dont notre société a tant à gémir, à l’influence pernicieuse des juifs. Si vous avez lu le numéro de la Démocratie pacifique du 19 juillet, vous avez dû être indigné de la manière dont il apprécie le concours des députés israélites dans les affaires du pays.” Il paraît que notre correspondant ne connaît pas les gentillesses du Corsaire-Satan, que nous avons caractérisées dans notre dernier numéro. Il est triste de dire que des Israélites travaillent à ce journal et n’ont pas, à l’exemple de M. Laurier, rompu avec lui. Des dépits, des intérêts froissés, peuvent-ils ainsi étouffer toute sympathie pour des coreligionnaires dénigrés en masse. Le Corsaire-Satan ne disparaîtra-t-il pas des salons israélites, tant qu’il continuera des attaques aussi injustes qu’insensés ? En attendant, nous partageons hautement le sentiment qui a inspiré la lettre suivante, adressée à l’un des rédacteurs de la Démocratie pacifique, M. Toussenel : Besançon, le 22 juillet 1846. Monsieur A. Toussenel, Votre verve s’est-elle assez longtemps exercée à stigmatiser les juifs, et ne choisirez-vous pas bientôt un autre texte à votre prose de feuilletoniste ? En vérité, vos lecteurs doivent en être rassasiés, et il serait convenable, je crois, que vous leur servissiez enfin un autre plat …].” » Gérant de l’Indiscret, publié à Rouen en 1835, il fut renvoyé le 20 novembre 1835, devant la cour d’assises pour avoir tourné en dérision le roi et le maire de Rouen, et acquitté. Il demeurait 13, rue Beauregard en 1830 ; 18, rue de la Tour en 1831 deux fois in Archives nationales F/1dIII/39 et in Archives nationales F/1dIII/35 B. Histoire de la révolution de 1830 et des nouvelles barricades, par F. Rossignol et J. Pharaon, Paris, chez Vimont, Levavasseur et Urbain-Canel, 1830, nom des personnes qui se sont particulièrement distinguées p. 274, 380 ; La Révolution de 1830, ou Histoire des événements qui ont eu lieu dans Paris, les 27, 28, 29 et 30 juillet, par un témoin oculaire, Paris, Philippe, libraire, 1830, p. 30-31 ; Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la médaille instituée par la loi du 13 décembre 1830 sur les récompenses nationales, Bulletin des lois, 2e partie, ordonnances, n° 104 bis ; Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la médaille instituée par la loi du 13 décembre 1830 sur les récompenses nationales, Le Moniteur universel, 19 juin 1831 ; Archives de Paris VD6 334, liste des médaillés de Juillet du (ancien) Ve arrondissement ; Archives nationales F/1dIII/35 B, Commission des récompenses nationales, état des sommes payées en dépenses diverses pour le compte de cette commission, du 8 octobre 1830 au 31 octobre 1831 par la mairie du (ancien) Ve arrondissement ; Archives nationales F/1dIII/39 Commission des récompenses nationales, noms des citoyens proposés pour la médaille (ancien) Ve arrondissement, noms des citoyens proposés pour la médaille (ancien) VIIe arrondissement (où son nom est rayé avec l’apostille Double emploi) ; Archives israélites de France, revue mensuelle, religieuse, historique, biographique, bibliographique et littéraire, par une société d’hommes de lettres, sous la direction de Cahen, année 1846, tome VII, Paris, pp. 420, 496 ; L’Ami de la religion, journal ecclésiastique, politique et littéraire, Paris, 26 novembre 1835 n° 2581, librairie ecclésiastique d’Ad. Le Clere et Cie, tome 87e, p. 398 ; Le Parquet général de Rouen sous la monarchie de Juillet (1830-1848), par Julien Vinuesa Université de Rouen.

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