Lavilletelle (Marien dit Lavilletelle), Louis, Marie

Biographie


Né le 9 avril 1792 (le 19 avril 1792 in Archives nationales F/1dIII/39) à Saint-Priest (Creuse). Docteur en médecine. Le récit de Duplessis (voir Duplessis, Jean-Baptiste) mentionne ainsi sa présence dans les combats : « [Le 28 juillet] A 10 heures, une bande immense, mieux armée, commandée par un homme que je n’ai distingué que par son audace, nommé Versigny, François, Michel, s’élance sur le même poste [de la place des Innocents], lui arrache armes et vêtements, fait crier Vive la liberté, vive la charte, mort aux tyrans ! A ce cri unanime, gendarmes et assaillants se prennent aux bras, s’embrassent et, soutiens mutuels les uns des autres, ils partent pour leur caserne de la rue Saint-Martin ; d’autres événements les y attendaient. Un seul gendarme de ce poste (de l’ex-garde impériale) opposa de la résistance. Il allait succomber quand je m’élance sui lui, livre ses armes et son fourniment aux assaillants et l’entraîne chez moi. En un instant mon habit et mon chapeau le rendent méconnaissable. A la faveur de déguisement il se mêle à la foule, et la vie lui est conservée. Son nom est Bladier. Le départ de la gendarmerie est le signal du saccage du poste et des bureaux du commissaire. Ce pillage affreux a eu cela d’inconcevable que rien n’a pu être emporté ou conservé. Nous ne sommes pas des voleurs, s’écriaient-ils, nous voulons la liberté ! Au feu tout ce qui a servi à la tyrannie. La halle aux draps et tout le quartier peut-être auraient été réduits en cendres si je ne me fusse précipité pour arrêter les progrès de l’incendie qui venait de se manifester dans le poste. Aussitôt j’entends proférer des menaces terribles et j’aurais certainement été immolé à la fureur populaire (on me prenait pour un agent de police) si je ne me fusse emparé moi-même d’un meuble et ne leur eusse crier Brûlons mes amis, mais au milieu de la place Les cris de mort contre moi sont aussitôt remplacés par des vivats. Et un instant après, les livres noir et rouge de deux dynasties de commissaires, purifiés par le feu s’élançaient dans les airs. Ren n’a été épargné. L’écharpe brillante du commissaire et un drapeau tout brodé d’or que les forts de la halle avaient acheté à grand prix et qui les précédait à ces royaux galas de Saint-Cloud. Tout enfin a été consumé. Dans l’ardeur qui anime non plus les braves qui étaient venus désarmer les gendarmes et qui volaient à de nouveaux désarmements combinés mais bien une multitude guidée par des sentiments moins honorables que ceux qu’inspirait la soif de la liberté, pénètre au sommet de la halle aux draps et les excès du bas se renouvellent. Ils allaient piller la propriété d’estimables négociants de la capitale. Cette idée m’a transporté d’indignation. J’endosse mon habit de garde national et m’élançant au milieu de cette foule exaspérée, je leur demande quel est leur but. Vive la garde nationale, ! Vive notre caporal ! est leur seule réponse. Qui commande ici ? Personne que vous caporal !! Moi ? m’écriai-je, Commander à ses voleurs ! A des gens qui incendient la propriété de négociants qui vous nourrissent et dans ce moment meurent en braves, du Louvre à la Grève ? Jamais ! Commandez et vous serez obéi !! Retirez-vous donc et prouvez que le désir de secouer le joug du tyran a pu seul vous mettre les armes à la main. Eteignons l’incendie et sauvons le quartier. Aussitôt on se rend à mes ordres ; en une minute l’ordre renaît, les postes de la halle évacués se ferment et je me trouve seul maître du poste, où je suis rejoint par mon ami Mandosse (voir Mandosse, Antoine) et Reusse, marchand d’œufs, rue de la Poterie, en costume de gardes nationaux. Nous jouissions depuis quelques instants du plaisir d’avoir conservé cet édifice à Paris. La foule qui nous environnait semblait attendre de nouveaux ordres quand le 3e régiment de la garde, un régiment suisse, deux pièces de canon, leurs caissons, environ quatre-vingts gendarmes des chasses à cheval envahissent la place des Innocents par la rue de la Lingerie. Nous avions déjà fait heureuse contenance devant le régiment de la garde qui se rangeait en bataille, les pièces au centre, quand un chef qu’on dit être Marmont m’appelle à l’ordre Que faites-vous ici caporal ? J’y combats pour la liberté et j’y fais respecter la propriété. L’habit dont vous êtes revêtu est révolutionnaire, il vous expose. Pris les armes à la main, je regarde ce mot du traître comme un arrêt de mort. Je me disposais à la venger en le frappant de ma baïonnette quand un mouvement imprimé à son cheval et pour se parer et pour m’écraser me força à la retraite. Abandonné de tous ceux qui m’avaient promis obéissance, à l’exception de mes deux amis Mandosse et Reusse, je vis bientôt cinquante royales baïonnettes dirigées sur notre sein, Mandosse, les écartant d’un bras vigoureux, s’écrie, en lançant son fusil à la poitrine du maréchal Le nombre nous accable, à la force point de résistance, vous avez pu nous désarmer. En voici d’autres qui vont nous venger ! Déjà la fusillade avait commencé : de la halle au beurre elle se croisait avec celle de la rue de la Poterie. Nous lui devons la vie. Le maréchal et ses sbires regagnent, épouvantés, l’un le milieu de la place les autres les colonnes. Profitant de leur mouvement, je m’élance dans ma boutique par la rue de la Poterie. Aussitôt trois balles traversant ma porte, me confirment dans l’idée que les royaux assassins ne nous avaient laissé la vie que pour sauver la leur. La rage dans le cœur de me voir désarmé, je jette loin de moi mes inutiles cartouches, je me vois forcé de remplir le rôle d’observateur. A la faveur des nombreuses guirlandes de plantes qui garnissent mes croisées, je pouvais sans être aperçu admirer d’un côté les prodiges de valeur des assaillants retranchés dans la halle au beurre et aux pommes de terre, de l’autre la poignée de braves, qui, commandée par Poirier (presque sûrement Poirier, Adolphe, Joseph), marchand de sangsues, a soutenu si vaillamment l’attaque de la rue de la Poterie par les piliers de celle de la Tonnellerie. D’un autre enfin, je comptais les victimes d’un poste de la rue Saint-Honoré faisant face à des Suisses qui occupaient l’angle de la place qui y correspond. La manière savante avec laquelle ce poste envoyait la mort m’avait fait lui porter le plus grand intérêt. Les balles de l’arrière-garde sifflaient donc encore quand j’y vole porter non plus les secours de mon bras mais ceux de mon art. A l’ardeur de lancer la mort avait succédé le désir d’y soustraire mes camarades blessés. J’y trouve l’intrépide Outin (voir Outin, Jean-Pierre), négociant de la rue des Bourdonnais. Depuis le lundi son magasin n’était plus qu’un arsenal d’armes et un club où venaient se concerter les vengeurs de la liberté. Le mardi, il avait vaincu à la place la Bourse et ce jour l’avait vu combattre rue des Prouvaires et de la Monnaie ; près de lui avait déjà succombé une foule de braves, entre autres Miel, dentiste (voir Miel, Edme, Marie), D’Hallu (voir D’Hallu, Nicolas, Honoré) et Léon Tarin d’Angers (voir Tarin, Léon, Joseph) avaient été atteints d’un coup de feu. Revenu dans la rue des Bourdonnais, il ne cessait d’inquiéter par les tirailleurs qu’il avait adroitement posté rue Bétisy, rue Boucher et rue Saint-Germain-l’Auxerrois, le 5e stationnant depuis la rue des Prouvaires jusqu’au Pont-Neuf. Sa cour était devenue succursale de mon ambulance et sous les yeux des soldats auxquels toutes les dames de la maison qu’il habite prodiguaient les soins les plus généreux, il faisait fondre des balles et fabriquer des cartouches qui devaient coopérer le lendemain à la prise du Louvre, du Palais-Royal et des Tuileries. C’est lui qui a arboré le modeste drapeau qu’on remarque au coin du palais aux fenêtres de la Bibliothèque du duc de Chartres. Son courage enflammait une petite troupe qui l’a suivi jusqu’à Rambouillet. Des concitoyens lui ont décerné la plus flatteuse des récompense, en le proclamant premier lieutenant de la 2e compagnie de chasseurs. Son petit bataillon était intact et mes soins lui furent heureusement inutiles. Des cris suspendent nos mutuelles félicitations sur les premiers résultats de cette journée (mercredi), c’était ceux d’un soldat suisse blessé, dépouillé jusqu’à la chemise ; il allait expier les forfaits de ses chefs. Déjà le cri de Mort aux Suisses ! s’était fait entendre quand je m’élance au secours de cet infortuné qui se signait aux enfants de la veuve (signe maçonnique, N.D.A.). Il est le premier de cette foule de victimes auxquelles j’ai indistinctement prodigué mes soins dans ces trois affreuses et admirables journées. Je l’entraînai chez moi et posai le premier appareil sur sa blessure qui n’était que légère (Depuis le lundi j’en en ai pansé plus de 80. Les premiers sont les gendarmes et le commissaire de police Fouqueré, refoulés au poste par une grêle de pierres ; les derniers, ceux qui revenaient de Rambouillet et qui n’avaient d’autres blessures que celles (très douloureuses) occasionnées par de mauvaises chaussures et une marche forcée. Bouillons, vin, bas blancs, rien ne leur a manqué). Cependant ce théâtre de carnage faisait horreur ; le danger me donne de nouvelles forces et, en quelques instants, aidé de bons voisins, le poste des pompiers de la rue de Poterie devient un vaste tombeau de combattants, de femmes, d’enfants odieusement assassinés par les soldats du 3e de la garde. Au deuxième étage, M. Cavé (rue de la Ferronnerie) (voir Cave, Aimé, Théodore). Il était assis à son secrétaire. Au 3e étage, la fille de boutique de M. Masson rue de la Lingerie. Elle a eu la joue et l’œil droits emportés par une balle (voir Louchelart, Marie, Françoise, Augustine). Jusque dans les mansardes. Les feux de bataillon et les canonnades de la Grève au Louvre, le tocsin de toutes les cloches de la capitale nous indiquaient assez que nos pénibles travaux n’étaient que commencés. Loin donc de profiter des ténèbres pour nous dérober à nous-mêmes les horreurs de la glorieuse journée, nous en profitons pour fabriquer nos barricades de la rue Lenoir, de celle de la Lingerie et surtout pour faire disparaître les toits mobiles du marché de la halle, toits auxquels ces combattants dénaturés ont dû d’avoir un lendemain. Ce lendemain venait de poindre, le 30, mon premier soin fut de visiter mon prisonnier suisse ; il avait peu souffert, toujours pleuré ; de nombreuses larmes lui restaient cependant au moment où je lui annonçais que le reste de ses camarades, retranchés dans le Louvre, avaient déjà commencé l’attaque et que mes bouillants amis m’y attendaient pour combattre et qu’il fallait l’un et l’autre nous rendre à nos postes. Protestations, sanglots, tout fut inutile, ma patrie avant tout. J’avais un projet, Je voulais qu’il vît nos forces, nos moyens de résistance et qu’il allât rejoindre les siens et leur faire part des traitements qu’ils avaient à espérer de gens tels que nous. Bien recouvert de mes habits, je lui fis donc visiter ma maison garnie de pavé jusqu’au sixième, mon arsenal. Enfin, appuyé sur le bras de M. Fassy, fleuriste rue aux Fers, il est conduit dans le corps de garde où les cadavres des victimes et de leurs assassins entassés pêle-mêle offraient un spectacle d’horreur. Enfin, elle était pour lui au comble quand à travers vingt barricades, il aperçoit le Louvre. A nos bontés outrées se joignent quelques libéralités ; il couvre nos maisons de larmes et de baisers et nous le voyons disparaître. Son bonnet de police resté chez moi portait le nom de Muller, voltigeur au 2e bataillon n° 4195. Cependant il m’avait dit se nommer Jacob Thonen, 2e compagnie, 7e régiment suisse. Nous allons de la rue du Coq à la place du Palais-Royal ; la manière avec laquelle assaillants et assaillis se mesuraient déjà nous indiquait assez qu’il fallait nous préparer à vaincre. Il devait pour moi être autrement : à mon retour, je trouve mon dépôt de morts triplé. Aidé de quelques hommes obligeants, je m’empresse de garantir la santé par plusieurs appareils à la Guiton Morveau. Je place des militaires dans un coin, mes malheureux amis dans un autre. Si ce travail a été pénible, j’en ai été bien dédommagé par la satisfaction que j’ai éprouvée à faciliter la reconnaissance de beaucoup d’entre eux. Cependant le poste devenait insoutenable, les blessures étaient profondes et le ciel des 28, 29 et 30 enflammé. Barricadé de toute part, je ne pouvais éloigner ce foyer ; je consulte quelques voisins, MM. Mottay, Jacob, Maurice, Brulé, qui se plaignaient déjà et, ensemble, nous décidons la fosse de la place que cent bras terminent à l’instant (Cette fosse a dix-huit pieds de largeur sur huit à neuf de profondeur. Rien n’a été négligé pour que cette inhumation soit convenable. Les ouvriers ont tous été payés, nourris par moi. Tous ont été contents (extrait des procès-verbaux de la mairie du [ancien] IVe arrondissement). C’est en ce moment que s’est présenté M. Troche aidé de M. Lavilletelle (voir Lavilletelle, docteur en médecine ; il avait pouvoir de M. Guiton de constater les décès. Je suis heureux de trouver ici l’occasion de leur prouver combien ma tâche est devenue facile par le courage et la persévérance avec lesquels ils se sont acquittés de leurs pénibles fonctions le 30 au tombeau des Innocents et le 31 à celui du Louvre, où j’ai réitéré mes précautions sanitaires. J’en avais besoin, car aux blessés des 28 et 29 s’en joignaient de nouveaux et je voulais tout faire. J’ai soigné le plus que j’ai pu de ces malheureux. J’ai fait partout un peu de bien, celui cependant dont mon cœur est fier, c’est d’avoir improvisé un modeste monument sur les cendres de nos martyrs et d’avoir donné l’exemple et provoqué un des riches dons en faveur des veuves et orphelins de nos braves citoyens morts pour la liberté de notre belle et glorieuse patrie le 30 juillet 1830. » Il signa le certificat suivant : « Ville de Paris, mairie du [ancien] IVe arrondissement, copie du procès-verbal d’inhumation des victimes des journées de juillet 1830, place du Marché-des-Innocents et de la colonnade du Louvre, dressé par MM. les maires et adjoints du [ancien] IVe arrondissement municipal de Paris. Inhumation de quarante-huit cadavres place du Marché-de-Innocents. L’an mille huit cent trente, le jeudi 29 juillet, 10 heures du matin. Nous, Barthélemy Guiton, régent de la Banque de France, maire du [ancien] IVe arrondissement de la Ville de Paris, Georges Champion, notaire, et Marie, François Jannon, ancien négociant, ces deux derniers adjoints de la même mairie, tous, en raison des circonstances, constitués en permanence à l’hôtel de la mairie, place du Chevalier-du-Guet, n° 4, avons ouvert le présent procès-verbal, destiné à constater les inhumations dans un lieu convenable des individus tués dans les combats qui ont eu lieu à Paris, hier et aujourd’hui, ainsi que des personnes décédées à domicile, déclarant ici que nous sommes forcés d’ordonner les inhumations dont il s’agit sans l’autorisation du procureur du roi avec qui il ne nous est plus possible de communiquer, et ce dans l’intérêt de la salubrité publique et attendu que le transport des cadavres dans l’un des cimetières de Paris est devenu impraticable à cause des barricades établies dans les rues sur toutes les directions et nous avons arrêté qu’un de nous se transporterait immédiatement place du Marché-des-Innocents en cet arrondissement pour faire procéder en sa présence aux inhumations dans une fosse que nous avons fait ouvrir depuis quelques heures sur ladite place. Signé : Guiton, Champion, F. Jannon. En conséquence, nous Georges Champion, adjoint au maire dudit quartier, officier de l’état civil, accompagné de M Lavilletelle, Louis, Marie), docteur en médecine, attaché à ladite mairie pour constatation des décès, de M. Troche, chef du bureau de l’état civil en cette mairie, de M. Agy (voir Agÿ, Louis, Nicolas ?), ordonnateur des inhumations de cet arrondissement, nous sommes transportés dans le corps de garde des sapeurs-pompiers par l’entrée sur la rue de la Poterie et faisant partie du bâtiment de la halle aux draps, à l’effet de pourvoir à l’inhumation des cadavres déposés dans ledit corps de garde. Etant arrivés dans le bâtiment de la halle aux draps accompagnés comme dessus nous avons trouvé gisant dans ledit corps de garde des cadavres pour la plupart nus ou n’ayant que des fragments de vêtements lesquels cadavres avaient été ramassés sur le champ de bataille par Duplessis, ci-après nommé et qualifié et dont plusieurs étaient morts entre ses mains malgré ses soins et ceux de son épouse. Nous avons ordonné leur inhumation dans une fosse ouverte entre la partie de la place des Innocents qui se trouve entre la fontaine et les abris du marché du côté de la rue de la Lingerie, laquelle fosse a été ouverte en ce lieu sur la demande du sieur Duplessis, qui avait consulté à ce sujet MM. Brulé, Jacob et Motbay, ses voisins et sous la direction de M. Troche. Nous proposant de prendre tous les moyens possibles au milieu de circonstances difficiles actuelles pour rechercher et découvrir l’identité des individus décédés. Nous nous sommes rendus ensuite avec MM. Lavilletelle et Agy (voir Agÿ, Louis, Nicolas ?) sur ladite place des Innocents auprès de la fosse ouverte sur une étendue de douze pieds de long sur sept de large et à une profondeur d’environ dix pieds et nous y avons fait transporter successivement du corps de garde sus-désigné les cadavres à inhumer. Et attendu qu’il est impossible d’établir aucun ordre ni série dans une aussi grande quantité d’individus dont les cadavres déjà en dissolution plus ou moins avancée menacent la salubrité publique, nous avons procédé immédiatement aux inhumations de la manière suivante : N° 1. Un individu d’environ cinquante ans, coup d’arme à feu à la poitrine et d’un autre à la cuisse gauche. N° 2. Un autre d’environ quarante ans ayant une plaie d’arme à feu à la poitrine ; N° 3. Un autre d’environ quarante ans, portant un bandage inguinal droit ayant une plaie d’arme à feu à l’épigastre. N° 4. Un autre d’environ vingt-cinq ans, ayant une plaie d’arme à feu à la poitrine. N° 5. Un autre, déclaré être M. Perin, commis, porteur d’une médaille numérotée 9273, ayant une plaie feu du côté droit de la poitrine. N° 6. Un autre, déclaré être Vidalin (voir ce nom), garçon d’hôtel, rue de la Bibliothèque, âgé d’environ trente ans, ayant une plaie d’arme à feu. N° 7. Un autre déclaré être François Durand (voir Durand, François) rue de la Poterie n° 5, âgé d’environ soixante-trois ans, ayant une plaie au dos. N° 8. Un autre âgé de trente-trois ans, ayant une plaie au côté gauche du ventre. N° 9. Un autre d’environ trente ans ayant une plaie d’arme à feu à l’aisselle gauche, qu’on nous a déclaré se nommer Joseph Brossolette (voir Brossolette, Joseph), être marchand de friture et demeurer rue de la Bibliothèque n° 16. N° 10. Un autre déclaré être Georges Germain Chaudey (voir Chaudey, Georges, Germain), âgé de quarante-trois ans, ouvrier cordonnier, rue Tirechappe n° 15, ayant une plaie d’arme à feu à la figure, duquel individu l’acte de décès a été dressé la mairie du (ancien) IVe arrondissement, à la date de ce jour. N° 12. Un autre déclaré être François Fourcaud (voir Fourcault, François), âgé de trente-quatre ans, ouvrier typographe, demeurant à Paris, rue des Grands-Degrés n° 14. N° 13. Un militaire d’environ trente ans, portant à son linge le n° 3663, ayant une plaie d’arme à feu au crâne. N° 14. Un autre d’environ vingt-huit ans, ayant une plaie d’arme à feu à la figure et paraissant être militaire. N° 15. Un autre d’environ vingt-huit ans portant sur un fragment de linge le n° 2740 ayant une plaie d’arme à feu à l’œil gauche. N° 16. Un autre d’environ vingt-cinq ans paraissant être un militaire, ayant une plaie d’arme à feu au ventre. N° 17. Un autre d’environ trente-six ans portant sur un fragment de linge le n° 3737, lettre U, ayant une plaie d’arme à feu à l’épaule. N° 18. Un autre d’environ vingt-cinq ans, portant à son linge le n° 4650, et au revers d’un col en étoffe noire le nom de Lombardigny, ayant une plaie d’arme à feu au crâne. N° 19. Un autre d’environ vingt-quatre ans portant sur un fragment de ligne le n° 3977, ayant une plaie d’arme à feu à la hanche droite. N° 20. Un autre déclaré être un soldat du 15e régiment d’infanterie de ligne, âgé d’environ vingt-huit ans, ayant une plaie d’arme à feu à l’abdomen. N° 21. Une femme déclarée être Anne, Adélaïde Flizé (voir Flisé, Anne, Adélaïde), demeurant rue Saint-Honoré n° 197, dont l’acte de décès a été dressé à la mairie du (ancien) IVe arrondissement hier 28 juillet. N° 22. Un individu déclaré être le sieur Aimé, Théodore Chamot (voir Cave, Aimé, Théodore), âgé de trente-quatre ans, marchand place des Innocents n° 2, dont l’acte de décès a été dressé à la même mairie aujourd’hui. N° 23. Une femme déclarée être Marie, Eléonore, Julie Langlantier (voir Langlantier, Marie, Eléonore, Julie), veuve de Jean-Pierre Augé, demeurant rue des Fossés-Saint-Germain-l’Auxerrois n° 22, dont l’acte de décès à la même mairie hier 28 juillet. Nous en étions à ce nombre vers 7 heures du soir lorsqu’il nous a été amené une voiture de la boulangerie mécanique venant du dehors du (ancien) IVe arrondissement et contenant seize cadavres en dissolution fort avancée, pour la plupart nus et quelques-uns ayant des fragments de vêtements en lambeaux chez lesquels on n’a pu fournir aucune espèce de renseignement parce qu’ils avaient été recueillis en différents lieux. Nous avons reconnu, attendu l’heure avancée et le danger pour la salubrité publique, de prolonger trop longtemps l’opération des inhumations qu’il était urgent de la faire continuer immédiatement. Nous avons été forcés de renoncer à prendre des renseignements et des notes qui d’ailleurs auraient été trop vagues pour être d’aucune utilité et nous avons fait placer dans la fosse les seize cadavres contenus dans ladite voiture. Pendant cette dernière opération, on a successivement apporté des cadavres nus ou n’ayant que des lambeaux de vêtements, au nombre de neuf parmi lesquels s’en trouvent sept provenant de l’ambulance établie dans l’église Saint-Germain-l’Auxerrois, lesquels ont été pareillement inhumés dans ladite fosse. Nous constatons ici que nous avons trouvé sur le bord de la fosse un grand nombre d’ossements qui en avaient été extraits avec les terres lors de la fouille opérée dans la matinée ; que nous avons d’abord fait recueillir avec beaucoup de soins tous les ossements et les avons fait placer au fond de la fosse ; qu’ensuite et avant de commencer les inhumations nous avons fait jeter au fond de ladite fosse une quantité assez considérable de chaux sèche, sur laquelle nous avons fait verser de l’eau pour en opérer la dissolution ; que nous avons aussi fait verser une grande quantité de chlorure désinfectant de Labarraque ; que les corps ont été placés à côté les uns des autres par lits dans toute l’étendue de la fosse et qu’entre chaque lit de corps nous avons fait répéter l’opération de dissolution de chaux, qu’enfin nous avons fait étendre sur toute la surface de la fosse un dernier lit de chaux également mise en dissolution et fait rapporter une partie des terres pour recouvrir le tout. Tout ce qui dessus a été fait en présence M. Jean-Baptiste Rodrigue Duplessis, pharmacien-herboriste, demeurant à Paris rue de la Lingerie au coin de la rue de la Poterie ; M. Etienne Roger, maître serrurier, demeurant rue de la Limace n° 20 ; M. Antoine Mandosse de Riom, propriétaire, demeurant rue de la Lingerie n° 15 ; M. Joseph François, Edouard Fassy, fleuriste, demeurant rue aux Fers n° 22 et M. Pierre Laforgue, tailleur, demeurant rue Saint-Honoré n° 4. Nous avons suspendu la présente opération vers les 10 heures du soir et avons arrêté le présent procès-verbal constatant l’inhumation des quarante-huit cadavres. Signé après lecture faite par MM. Roger, Troche, Agy (voir Agÿ, Louis, Nicolas ?), Lavilletelle (voir Lavilletelle (Marien dit Lavilletelle), Louis, Marie), Mandosse, Duplessis, Fassy, Laforgue, Champion. Signé : Troche, Lavilletelle (voir Lavilletelle (Marien dit Lavilletelle), Duplessis, Agy (voir Agÿ, Louis, Nicolas ?) et Mandosse, Boger, Fassy, Champion. » Et cet autre : « Dès notre arrivée au bord de la fosse et pendant qu’on a procédé aux inhumations on a apporté également sur la place du Marché de divers points de l’arrondissement d’autres cadavres de personnes mortes en différents lieux et attendu qu’il n’est impossible d’établir ni ordre ni série dans une aussi grande quantité d’individus, cadavres déjà en dissolution plus ou moins avancé menaçant la salubrité publique, nous avons procédé immédiatement aux inhumations de la manière suivante (ici se trouvent détaillés au n° 23 les individus inhumés dans ladite fosse. Nous en étions à ce nombre (n° 23) vers 7 heures, lorsqu’il nous a été annoncé une voiture de la boulangerie venant du dehors du [ancien] IVe arrondissement et contenant seize cadavres en dissolution fort avancée, pour la plupart nus et quelques-uns ayant des fragments de vêtements en lambeaux chez lesquels on n’a pu fournir aucune espèce de renseignement parce qu’ils avaient été recueillis en différents lieux. Nous avons reconnu, attendu l’heure avancée et le danger pour la salubrité publique de prolonger trop longtemps l’opération des inhumations qu’il était urgent de la faire continuer immédiatement. Nous avons été forcés de renoncer à prendre des renseignements et des notes qui d’ailleurs auraient été trop vagues pour être d’aucune utilité et nous avons fait placer dans la fosse les seize cadavres contenus dans ladite voiture. Pendant cette dernière opération on a successivement apporté des cadavres nus ou n’ayant que des lambeaux de vêtements, au nombre de neuf parmi lesquels s’en trouvent sept provenant de l’ambulance établie dans l’église Saint-Germain-l’Auxerrois, lesquels ont été pareillement inhumés dans ladite fosse. Nous constatons ici que nous avons trouvé sur le bord de la fosse un grand nombre d’ossements qui en avaient été extraits avec les terres lors de la fouille opérée dans la matinée ; que nous avons d’abord fait recueillir avec beaucoup de soins tous les ossements et les avons fait placer au fond de la fosse ; qu’ensuite et avant de commencer les inhumations nous avons fait jeter au fond de ladite fosse une quantité assez considérable de chaux sèche, sur laquelle nous avons fait verser de l’eau pour en opérer la dissolution ; que nous avons aussi fait verser une grande quantité de chlorure désinfectant de la barraque ; que les corps ont été placés à côté les uns des autres par lits dans toute l’étendue de la fosse et qu’entre chaque lit de corps nous avons fait répéter l’opération de dissolution de chaux, qu’enfin nous avons fait étendre sur toute la surface de la fosse un dernier lit de chaux également mise en dissolution et fait rapporter une partie des terres pour recouvrir le tout. Tout ce qui depuis a été fait en présence M. Jean-Baptiste Rodrigue Duplessis, pharmacien-herboriste, demeurant à Paris rue de la Lingerie au coin de la rue de la Poterie ; M. Etienne Roger, maître serrurier, demeurant rue de la Limace n° 20 ; M. Antoine Mandosse de Riom, propriétaire, demeurant rue de la Lingerie n° 15 ; M. Joseph François, Edouard Fassy, fleuriste, demeurant rue aux Fers n° 22 et M. Pierre Laforgue, tailleur, demeurant rue Saint-Honoré n° 4. Nous avons suspendu la présente opération vers les 10 heures du soir et avons arrêté le présent procès-verbal constatant l’inhumation des quarante-huit cadavres. Signé après lecture faite par MM. Roger, Troche, Agy (voir Agÿ, Louis, Nicolas ?), Lavilletelle, Mandosse, Duplessis, Fassy, Laforgue, Champion. L’ordre de réquisition le concernant fut signé par le maire du [ancien] IVe arrondissement : « Le maire du [ancien] IVe arrondissement de Paris commet le sieur Troche, chef des bureaux de l’état civil de cet arrondissement, pour faire enlever d’un endroit en dedans des palissades qui ferment les constructions commencées à l’entrée de la rue Froidmanteau, vis-à-vis la maison du sieur Michel, restaurateur, les corps qui y sont déposés et pour les faire conduire et inhumer dans le grand carré au-devant de la colonnade du Louvre, du côté du quai, ou, depuis ce matin, on a déjà ouvert des fosses et inhumé un certain nombre de corps. A Paris, en mairie le 30 juillet 1830. Signé : champion adjoint. le 31 juillet 1830 j’autorise monsieur Troche chef de bureau de l’état-civil du [ancien] IVe arrondissement municipal à faire les perquisitions sur cet arrondissement pour reconnaître les inhumations provisoires qui auraient été faites par les particuliers, assurer qu’elles ne compromettent point la salubrité publique et dans le cas où elle se trouverait compromise à employer promptement les moyens plus efficaces pour y remédier ; à faire ensevelir les corps morts qui n’auraient pas encore reçu la sépulture. M. Troche se fera insister dans ce travail important par M. le docteur Lavilletelle (voir Lavilletelle (Marien dit Lavilletelle) et par M. Duplessis pharmacien herboriste, qui, en ces dernières circonstances, a déjà donné des preuves si éclatante de dévouement. Signé : Cadet de Gassicourt, premier adjoint du maire. » On peut lire aussi l’ordre de réquisition suivant : « L’an 1830, le 31 juillet à 3 heures un quart de relevée. Nous, Claude, Jacques, Philippe, François, ancien avocat et avoué au tribunal de première instance du département de la Seine, actuellement officier de police judiciaire, auxiliaire de M. le procureur du roi et commissaire de police de la ville de Paris, spécialement du quartier Saint-Honoré sur la réquisition de M. Troche, chef du bureau de l’état civil du (ancien) IVe arrondissement municipal de Paris, porteur d’une délégation l’autorisant à faire les perquisitions nécessaires sur cet arrondissement pour reconnaître les inhumations provisoires qui auraient été faites par les particuliers et s’assurer qu’elles ne compromettent point la salubrité publique et, dans le cas où elle se trouverait compromise, à employer promptement les moyens les plus efficaces pour y remédier, nous sommes transportés du côté de la rue Froidmanteau à un endroit où vingt-cinq personnes ont été inhumées dans la journée d’hier. Nous étions assistés de M. Lavilletelle (voir Lavilletelle (Marien dit Lavilletelle), docteur médecine, demeurant rue des Deux-Boules n° 7, qui accompagnait monsieur Troche, sus-dénommé. Nous avons fait une enquête auprès des voisins et des assistants les sieurs Félix, Charles cuisinier demeurant rue des Petits-Pères n° 3, Pouillot, François marchand de meubles, rue Froidmanteau n° 1, et Rass, André Henry professeur de dessin demeurant rue Froidmanteau n° 25 nous ont donné les renseignements desquels il résulte que la fosse où a eu lieu l’inhumation était un ancien four à chaux de douze pieds de profondeur et qu’il y avait au moins quatre pieds de terre au-dessus des corps morts. Néanmoins voulant nous assurer d’une manière plus exacte s’il n’y avait point d’inconvénient et s’il n’échappait pas de la fosse des miasmes insalubres, en faisant enlever une partie de la terre qui recouvrait les morts, nous avons fait creuser la terre. jusqu’à deux pieds de profondeur sans qu’aucune odeur ce soit fait sentir. Sur quoi M. Lavilletelle (voir Lavilletelle (Marien dit Lavilletelle), M. Troche et nous avons été d’avis qu’il n’y avait aucun danger d’insalubrité à craindre et toutefois, pour plus de sûreté, nous avons engagé les ouvriers présents à faire tomber sur la fosse une plus grande quantité de terre des environs où le terrain se trouvait, élevé de beaucoup au-dessus du niveau de ladite fosse. De tout quoi, nous avons fait et dressé le procès-verbal dont nous avons donné lecture à MM. Troche, Lavilletelle (voir Lavilletelle (Marien dit Lavilletelle), Pouillot et Rass lesquels y ont reconnu vérité et ont signé le présent procès-verbal dressé pour être remis à M. Troche et servir à valoir ce que de droit. Signé : Troche, Lavilletelle (voir Lavilletelle (Marien dit Lavilletelle), Pouillotte, Félix, Rass et François. » Le dossier de ses droits fut instruit par la Commission des récompenses nationales de la mairie du (ancien) IVe arrondissement. Il fut décoré de la Croix de Juillet auprès de la mairie du (ancien) IVe arrondissement (sous le nom de Lavilletelle, Louis, Marie). Si la loi du 13 décembre 1830 instaura les récompenses de Juillet, une ordonnance, en date du 30 avril 1831, voulut changer les règles de la distribution et stipuler, entre autres, que la Croix de Juillet porterait gravée la légende Donné par le roi des Français, que la couleur du ruban serait bleue avec des lisérés rouges et que les citoyens décorés de la Croix de Juillet prêteraient serment de fidélité au roi des Français, et d’obéissance à la charte constitutionnelle et aux lois du royaume. Cette nouvelle ordonnance souleva des protestations chez les décorés de Juillet. Ces derniers trouvaient en effet cocasse de prêter serment à un roi qui, lui, n’avait pas combattu sur les barricades ! Et le journal la Révolution de demander : « Que parlez-vous donc de serment à des gens qui vous ont fait ce que vous êtes, et qui seraient plutôt en droit de vous demander compte de vos promesses...? » Alexandre Dumas, quant à lui, dans ses Mémoires, ajoutait la précision suivante : « Le droit acquis à la place de Grève, au Louvre et à la caserne de Babylone, est antérieur à tous autres droits : on ne peut, sans tomber dans l’absurde, supposer la décoration donnée par un roi qui n’existait point à cette époque, et pour la personne duquel, nous l’avouons hautement, nous ne nous battions point alors. » Une réunion eut lieu, à ce sujet, le 6 mai 1831, dans la salle de la Grande Chaumière, passage du Saumon, qui réunit un millier de décorés. Elle fut présidée par Garnier-Pagès (voir Garnier dit Pagès, Etienne, Joseph, Louis), avocat et qui représentait le (ancien) VIIe arrondissement. Avec au bureau : Lamoure (voir Lamoure, Auguste), représentant le (ancien) Ier arrondissement ; Arago (voir Arago, Etienne, Vincent), représentant le (ancien) IIe arrondissement ; Trélat (voir Trélat, Ulysse), représentant le (ancien) IIIe arrondissement ; Moussette (voir Moussette, Paul, Benoît), représentant le (ancien) IVe arrondissement ; Higonet (voir Higonet, Guillaume, Philippe, Joseph), représentant le (ancien) Ve arrondissement ; Bastide (voir Bastide, Jules), représentant le (ancien) VIe arrondissement ; Garnier-Pagès (voir Garnier dit Pagès, Etienne, Joseph, Louis), représentant le (ancien) VIIe arrondissement ; Villeret (voir Villeret, Antoine, Médéric ), représentant le (ancien) VIIIe arrondissement ; Gréau (voir Gréau, Anne, Louis), représentant le (ancien) IXe arrondissement ; Cavaignac (voir Cavaignac, Godefroy, Jacques, Eléonore), représentant le (ancien) Xe arrondissement ; Raspail (voir Raspail, François, Vincent), représentant le (ancien) XIe arrondissement ; Bavoux (voir Bavoux, François, Nicolas), représentant le (ancien) XIIe arrondissement ; Geibel (voir Geibel, Antoine, Benoit), représentant le (ancien) XIIIe arrondissement (arrondissement de Saint-Denis) ; Dumas (voir Dumas, Alexandre), représentant le (ancien) XIVe arrondissement (arrondissement de Sceaux). Voici comment Le Constitutionnel, du 7 mai 1831, rapporta le déroulement de cette réunion : « Les citoyens désignés pour la décoration de Juillet avaient été invités à se rendre aujourd’hui à la Grande-Chaumière, passage du Saumon, pour délibérer sur plusieurs questions relatives aux dispositions de l’ordonnance du 30 avril, qui détermine la couleur du ruban, décide que ces mots donné par le roi seront inscrits sur la décoration et prescrit un serment aux citoyens désignés. La réunion était très nombreuse. Un projet de résolution a été mis aux voix, article par article, et adopté sans discussion et sans réclamation. Voici l’acte proposé à l’approbation de l’assemblée : “Considérant que le serment en France ne peut être demandé que par une loi ; que nul article de la loi du 13 décembre 1830, qui a institué la décoration de Juillet, ne prescrit de serment ; que reconnaître au gouvernement le droit d’imposer une condition quelconque en dehors de la loi du 13 décembre 1830 ce serait lui reconnaître celui de modifier arbitrairement cette loi, et par conséquence de refuser les décorations acquises ou d’en distribuer de nouvelles sans le concours de la Commission ; que le roi, comme représentant de la nation, peut remettre aux décorés de Juillet, qui alors la recevraient de sa main, l’étoile qu’ils doivent porter mais que rien de l’autorise à la donner en son nom ; que ces mots donné par le roi, changeraient la nature de la récompense, qui cesserait d’être une récompense nationale, pour devenir une faveur royale ; que les faits à raison desquels la décoration a été instituée sont antérieurs à l’existence même du gouvernement du roi ; que le seul serment à exiger, en ce cas, serait celui de fidélité aux principes qui ont mis les armes à la main et valu la décoration nationale. Par ces motifs, les citoyens présents à la délibération s’engagent à ne pas se soumettre à la condition du serment, qu’ils considèrent comme illégale. Ils s’engagent, en outre, à porter immédiatement, après la décision prise par l’assemblée, la décoration spéciale, telle qu’elle a été fabriquée sur le modèle donné par la Commission.” La commission qui avait rédigé cette déclaration étant d’avis qu’il ne convenait pas à des citoyens, surtout à des citoyens de Juillet, d’attacher de l’importance à la couleur d’un ruban, le premier article a été adopté à la presque unanimité. Sur la question de l’inscription Donné par le roi, il a été clairement expliqué qu’il ne pouvait être dans la pensée d’aucun des patriotes de Juillet de refuser la décoration de la main du roi, et que la résolution n’était proposée que dans l’intérêt des principes et de la loi. La troisième question, celle du serment, a été résolue pour des motifs semblables. L’ordre le plus parfait a été observé dans cette délibération. Parmi cette élite des patriotes de Juillet, plusieurs portaient des marques glorieuses de leur courage. On a distingué avec intérêt un vieux citoyen (voir Decombis, Antoine) blessé une première fois, le 14 juillet 1789, devant la Bastille, et blessé de nouveau, le 28 juillet 1830, devant l’Hôtel de ville. Il avait obtenu la médaille commémorative de la victoire du 14 juillet 1789. Toute l’assemblée s’est empressée de rendre honneur à ce vétéran de la liberté. La séance levée, plusieurs des assistants se sont empressés de se séparer du ruban bleu bordé de rouge. Une quête a été faite au profit des détenus politiques. » Il fut l’un des signataires, comme « chirurgien du 2e bataillon de la IVe légion », (voir la liste des signataires à Fribourg, François) de la pétition suivante, qui protestait contre les différentes contestations qui repoussaient les délais de remise des décorations : « Sire, les combattants de Juillet s’attendent depuis longtemps à voir briller sur leur poitrine un signe de liberté et d’honneur. La Commission des récompenses nationales avait arrêté le modèle des décorations et même le ruban, il était rouge avec deux raies noires. Elle avait voulu sans doute, par un signe perpétuel de deuil, rappeler le souvenir de nos braves camarades qui ont succombé dans la glorieuse lutte de la liberté contre le despotisme. Cette décision a reçu son exécution, la croix et le ruban ont été fabriqués et, la Commission ayant terminé son travail, rien ne s’oppose à ce que les décorations soient distribuées dans les premiers jours de mai et que cette distribution soit l’épisode le plus glorieux de la fête de Votre Majesté. Mais, Sire, il n’en n’est pas ainsi : on croit aujourd’hui devoir ôter de la décoration les mots qui la caractérisent, la date de nos immortelles journées, changer la couleur du ruban et prolonger ainsi indéfiniment l’exécution des promesses sacrées. Les blessés et tous les combattants de Juillet sont persuadés, Sire, que vous ignorez ces misérables tracasseries et que jamais vous n’avez eu l’intention de déprécier une récompense acquise au prix de leur sang et d’empoisonner ainsi la joie qu’ils éprouvent de recevoir de votre main un signe si glorieux. Ils vous supplient, Sire, de donner des ordres pour que rien ne soit changé aux dispositions arrêtées par la Commission et déjà exécutées et de fixer le jour le plus prochain pour cette distribution. Ils sont, Sire, de Votre Majesté, les très fidèles sujets. » Il prêta son serment de décoré de la Croix de Juillet, le 17 mai 1831 à la mairie du IVe arrondissement, reçut sa croix le 21 juin et son brevet le 18 août 1831. Il apostilla ainsi un certificat signé en faveur de Blas, Nicolas : « Je certifie que M. Blas était avec moi au feu rue des Prouvaires dans la journée du 28 juillet. » En 1830, il était chirurgien au 2e bataillon de la IVe légion de la garde nationale. Il demeurait 7, rue des Deux-Boules en 1830 ; 11, rue Bertin-Poirée en 1831. Bibliothèque historique de la Ville de Paris, ms 1028 ; Ordonnance du roi contenant publication des noms des citoyens qui ont obtenu la Croix de Juillet, Bulletin des lois, 2e partie, ordonnances, n° 104 bis ; Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la Croix de Juillet, instituée par la loi du 13 décembre 1830, sur les récompenses nationales, Le Moniteur universel, 2 mai 1831 ; Archives de Paris Vbis1K4 1 Département de la Seine, IVe arrondissement, contrôle nominatif des citoyens décorés de la Croix de Juillet, 1831 ; Archives de Paris VD6 3, liste des décorés de la Croix de Juillet du (ancien) IVe arrondissement ; Archives de Paris VD6 277 in dossier Blas, Nicolas ; Archives nationales F/1dIII/39 Commission des récompenses nationales, noms des citoyens qui ont mérité la décoration spéciale, (ancien) IVe arrondissement ; Le Constitutionnel, 7 mai 1831 ; Mes Mémoires, Alexandre Dumas, huitième série, nouvelle édition, Paris chez Lévy frères, 1869, pp. 162-166 ; Archives nationales F/9/1154 Protestations.

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