Leconte, Henri, Yves
Biographie
Né vers 1810 à Quimper-Corentin (Finistère), frère de Leconte, Minor, républicain actif jusqu’à la Commune de Paris. Etudiant en pharmacie. Le dossier d’examen de ses droits fut instruit par la Commission des récompenses nationales du (ancien) XIe arrondissement. Il fut décoré de la Croix de Juillet auprès de la mairie du (ancien) XIe arrondissement (sous le nom de Le Conte, Henri sur les listes du Bulletin des lois et sur celles du Moniteur universel). Il prêta, le 8 août 1831, son serment de décoré de la Croix de Juillet, nécessaire pour pouvoir retirer cette dernière ainsi que le brevet qui l’accompagnait, à la mairie du (ancien) XIe arrondissement ; ce serment était ainsi libellé : « Je jure fidélité au roi des Français, obéissance à la charte constitutionnelle et aux lois du royaume. » Il signa, élève en pharmacie, demeurant 84, rue du Faubourg-Saint-Honoré, en face de l’Elysée-Bourbon une lettre envoyée à Boudeville, Adolphe, peu après la révolution et ainsi rédigée : « Ne recevant pas de réponse à la lettre que je vous ai adressée il y a quelques jours, je vous écris encore. Aujourd’hui dimanche, nous ne sommes pas très occupés. Si vous vouliez me donner trois ou quatre minutes de visite, vous me feriez bien plaisir. Les occasions où je vous ai vu ne me permettent pas de vous oublier. Adieu, celui qui envie le titre de votre ami et vous accorde celui de nous avoir guidés à la victoire. » En avril 1831, son nom apparaît à l’occasion de troubles qui suivirent le procès fait contre dix-neuf personnes traduites devant la cour d’assises, le 6 avril 1831, pour une connivence supposée, au moment des émeutes qui avaient entouré, en décembre 1830, le procès des ex-ministres de Charles X entre les artilleurs de la garde nationale et les chefs des sociétés populaires. L’Ami de la religion, journal et revue ecclésiastique, politique et littéraire rapportait à ce sujet : « Le 13 avril dernier, au moment où se terminait le procès des sieurs Cavaignac, Sambuc et consorts, un rassemblement d'environ quatre cents individus se porta du quartier Saint-Jacques à la place de l'Hôtel-de-Ville, en criant : Vive la république ! à bas Louis-Philippe ! vive Napoléon II ! Deux individus très reconnaissables dirigeaient ce rassemblement, et vinrent, au nom du peuple souverain, sommer le poste de l'Hôtel-de-Ville de se rendre; c'étaient les nommés Barbier, lieutenant de marine du commerce, et Lecomte (sic), élève en pharmacie. Ils furent arrêtés au faubourg Saint-Antoine, qu'ils cherchaient à soulever, et ils ont été traduits, le 5, devant la cour d'assises, avec les nommés Bacquot, marinier, et Tixier, paveur. Les deux premiers, assistés de l'étudiant Plocque, se sont défendus eux-mêmes, et ont fait valoir leur conduite dans les événements de juillet ; Lecomte vient même d'obtenir la décoration. Les autres ont avoué avoir crié : Vive la république ! Le jury a répondu négativement aux questions, et les prévenus ont été mis en liberté. » Il reçut, comme décoré de la Croix de Juillet, non blessé, la somme de vingt-cinq francs auprès de la mairie du (ancien) XIe arrondissement, à l’occasion du premier anniversaire de la révolution. Ce fut lui qui, avec Latour (voir Latour de Trie, Jean, Pierre, Auguste), autre élève de l’Ecole de pharmacie, prononça le discours d’inauguration du monument élevé en mémoire des trois élèves de l’Ecole, morts dans les combats de Juillet : Simonneau, Louis (voir ce nom) ; Monsarrat, Frédéric, André (voir ce nom) ; Ader, Pierre, Gentil (voir ce nom). Ce monument fut élevé, par souscription, dans l’ancien jardin des apothicaires, rue de l’Arbalète, puis transporté par la suite à l’Ecole de pharmacie. Le Journal des Débats, en date du 26 juillet 1831, rapportait ainsi : « Le mardi 26 juillet a eu lieu l’inauguration du monument élevé par les élèves de l’Ecole de pharmacie à ceux de leurs camarades morts dans les journées de Juillet. Le rendez-vous était au Panthéon, à onze heures. Bientôt, le cortège s’est mis en marche dans l’ordre suivant : Musique du 8e de ligne, puis une compagnie de grenadiers de la VIIIe légion de la garde nationale, commandée par M. Barbet, chef d’institution (chef d’institution, impasse des Feuillantines dans le faubourg Saint-Jacques). Venaient ensuite les professeurs de l’Ecole, parmi lesquels on a remarqué le doyen de la Faculté de Médecine [Orfila], et M. Boissel (voir Boissel, Jean-Marie, Hercule), pharmacien [rue Saint-Victor, n° 71], adjoint au maire du (ancien) XIIe arrondissement. Une commission d’élèves en pharmacie, revêtue d’une marque distinctive, accompagnait un drapeau porté par un de leurs camarades, sur lequel on lisait d’un côté : “27, 28, 29 juillet, Aux élèves de l’Ecole de Pharmacie morts pour la liberté”, de l’autre : “26 juillet, Souvenir, Reconnaissance.” La marche était ensuite fermée par la députation de différentes écoles, mêlée avec les élèves en pharmacie, et enfin terminée par une compagnie de grenadiers. On voyait le crêpe sur tous les bras, et la cocarde tricolore sur tous les drapeaux. Tous les gardes nationaux assistant à, la cérémonie étaient sans armes. Le cortège a pris la rue Mouffetard ; il est arrivé à l’Ecole de pharmacie dans le calme le plus religieux. On s’est rendu près du monument sur la cime duquel a été planté le drapeau tricolore ; une couronne de lauriers sculptée en haut de la colonne et au dessous : “Simonneau, de Cerny ; Montsarrat, de Loubens ; Ader, de Bayonne, élèves en pharmacie, morts pour la liberté. A leur mémoire, par leurs camarades, les pharmaciens et les élèves de l’Ecole de pharmacie. M. Boissel (voir Boissel, Jean-Marie, Hercule), pharmacien, adjoint au maire, M. Laugier, directeur de l’Ecole de pharmacie, MM. Latour (voir Latour de Trie, Jean, Pierre, Auguste) et Lecomte (voir sans doute Leconte, Henri, Yves ?), tous deux élèves de pharmacie et décorés de Juillet, ont prononcé chacun un discours accueilli par des applaudissements prolongés. Après chaque discours, la musique exécutait des airs funèbres. La cérémonie se termina par une collecte faite en faveur des Polonais et qui produisit 140 francs 60 centimes. Puis le cortège revint au Panthéon, où, après quelques airs patriotiques, on se dispersa. Un banquet fut offert à la délégation de l’Ecole vétérinaire d’Alfort. » Leconte reçut, en juillet 1833 à l’occasion des fêtes anniversaires de la révolution, un secours de vingt-cinq francs, à titre de décoré de Juillet. Il fut arrêté le 20 décembre 1833, pour provocation à commettre des crimes et des délits. Son arrestation fut l’objet du procès-verbal suivant : « Ce matin, en l’absence du nommé Leconte, Henry, qui se trouvait à l’Hôtel-Dieu pour son service d’élève en pharmacie interne et pour l’exécution d’une commission rogatoire de M. Zangiocomi, juge d’instruction, le commissaire de police du quartier des Lombards a saisi dans la chambre réservée audit Leconte, Henry chez ses père et mère et en leur présence : 1°) Une brochure intitulée Société des Droits de l’Homme. 2°) Un cahier manuscrit de six pages ayant pour titre sur la couverture Projet de la société juvénile. 3°) Un imprimé intitulé Société des Droits de l’Homme et du citoyen. 4°) Deux grandes feuilles imprimées intitulées Association libre pour l’éducation du peuple. 5°) Une lettre à l’adresse de Leconte, Henry, 6°) Deux listes d’adresses. 7°) Une carte au nom de Delseriès et une chanson manuscrite commençant par les mots Républicains, l’avenir est à nous, que le sieur Leconte père a dit être sa propriété personnelle, s’obligeant dès à présent à se représenter à toute réquisition de la justice pour s’expliquer sur cette saisie. Le nommé Leconte, Henry ayant été arrêté à l’Hôtel-Dieu, en vertu d’un mandat d’amener décerné par le juge d’instruction déjà nommé, a reconnu les pièces saisies pour lui appartenir, excepté la chanson commençant par les mots Républicains, l’avenir est à nous. Aucun papier susceptible d’examen n’a été trouvé dans la chambre occupée par le sieur Leconte, Henry à l’Hôtel-Dieu. » Il fut de nouveau arrêté le 19 mars 1834 pour complot. Membre de la Société des Droits de l’Homme (section Marius Brutus n° 119), il fut compromis dans les affaires d’avril 1834. Pepin lui rendait visite à Sainte-Pélagie : « [...] Je suis allé deux fois à Sainte-Pélagie, dans le courant de cette année, avant l’ouverture des débats du procès d’avril : c’était pour y voir le nommé Henri Leconte, élève en pharmacie, qui m’avait été recommandé par un ouvrier honnête. J’ai même eu la faiblesse de lui remettre cent francs après son évasion ; mais j’affirme ne lui avoir jamais parlé, à Sainte-Pélagie, ni à lui ni à d’autres, de Fieschi. » Et encore : « – Pouvez-vous dire quel est le motif du vif intérêt que vous portiez à Henri Leconte, que vous avez visité si souvent ? Pepin. – Par cela même qu’il était dans le malheur et la misère [...]. D. – Henri Leconte, après qu’il eut manqué à sa parole, en se joignant aux accusés d’avril qui se sont évadés, lui qui avait eu une permission de sortir [...]. Pepin.– [...] J’ai versé cent francs à sa mère pour venir à son secours [...]. D. – Savez-vous où demeurait Henri Leconte avant son arrestation ? Pepin. – Non Monsieur ; je sais cependant qu’il était employé comme pharmacien à l’Hôtel-Dieu [...]. » Et enfin : « A l’égard d’Henri Leconte, je le connaissais avant son arrestation, et il suffisait qu’il fût dans le malheur, sans fortune, réduit aux vivres de la prison, pour que je vinsse à son secours, d’autant plus que je savais qu’il avait aussi bon cœur, et qu’il avait rendu la vie et la santé à une dame que je connaissais. » « Je me rappelle, maintenant, avoir connu Henri Leconte longtemps avant son arrestation, il était domicilié rue de la Vieille-Monnaie […]. » Interrogée, la mère de Henri Leconte, décédé, apporta les précisions suivantes : « J’ai connu l’accusé Pepin à Pélagie, mais je ne le connaissais pas avant ; c’est lui qui portait des secours à mon fils. » Les révélations de Pepin précisèrent à son sujet : « – Ne connaissez-vous pas d’autres sociétés secrètes que celle dont vous venez de parler [la Société des Familles] ? – Il a bien été question dans le temps d’organiser un bataillon révolutionnaire, mais je n’ai pas voulu en faire partie. – Qui est-ce qui vous avez proposé d’entrer dans ce bataillon, et qui est-ce qui en faisait partie ? – Je crois que c’était l’œuvre d’Henri Leconte et de quelques autres personnes détenues à Sainte-Pélagie ; je sais bien que c’est Henri Leconte qui m’a parlé de cela. » Leconte était en correspondance avec Quetin puisqu’on trouve une lettre de lui à Quetin au sujet d’un secours à Villain. Leconte sortit sur parole, le 11 juillet 1835 mais ne retourna pas à Sainte-Pélagie. Pepin lui rendait visite à La Force et à Sainte-Pélagie : « Je vais toutes les semaines à Sainte-Pélagie, avec une permission sous un autre nom, car à moi on ne me l’aurait pas donnée. » Pepin dit avoir été à La Force avec une permission, sous un autre nom et à Sainte-Pélagie voir Henri Leconte, mais ce n’est pas Pepin qui l’a demandée car on ne lui aurait pas donnée mais Leconte qui l’a demandée. Le 4 novembre 1835, il dit n’avoir été qu’une fois à La Force sous un faux nom et pour voir Leconte ; à Sainte-Pélagie, c’était sous son nom. Le 9 novembre 1835 : « Je n’ai jamais pris de permission, sous un faux nom. Environ en juin 1834, un ouvrier m’ayant fait part qu’un de ses collègues était dans la misère, je demandai une permission à la Cour des pairs, cette permission m’ayant été refusée, cet ouvrier me prêta la sienne. » Cet ouvrier s’appelait Chavautré, il était tanneur, voir ce nom. Il fut l’un des prévenus du procès d’avril 1835 qui s’évada de la prison de Sainte-Pélagie, en juillet 1835, avec la complicité du mouvement républicain. Son signalement fut ainsi communiqué par les autorités pour faciliter sa recherche et son arrestation : « Agé de 24 ans, taille 1,68 m, nez long et fort, bouche moyenne, cheveux et sourcils châtain-foncé, menton rond, visage ovale, front grand et plat, teint clair, yeux bruns. » Il mourut en exil en Suisse. Le préfet de police, Gisquet, écrivit à son sujet dans ses Mémoires : « […] Le sieur Leconte mourut à l’hôpital de Genève. Il m’avait écrit le 10 juillet pour me demander la permission de sortir librement de Sainte-Pélagie pour affaires de famille très urgentes, me donnant sa parole d’honneur de rentrer le même jour. Ayant obtenu de moi ce qu’il désirait, Leconte profita de ma confiance pour préparer les moyens de fuite en faveur de ses codétenus et ne retourna point à la prison. » Devant la Commission des récompenses nationales instituée après la Révolution de février, Billoret, Hyacinthe expliqua qu’il avait aidé à cacher Leconte après son évasion : « […] En 1835, j’ai contribué à sauver deux de nos frères en politique, échappés de Sainte-Pélagie ; ils m’avaient été amenés dans une petite maison barrière Monceau, que j’occupais à cette époque, par le citoyen Plocque, avocat, et Barra (sic), maintenant chef d’atelier au chemin de fer de Sceaux. Je les ai gardés quinze jours, jusqu’à ce que le citoyen Plocque vînt les prendre pour les faire passer en Suisse […]. » L’avocat de Leconte, Plocque, délivra, à ce sujet, un certificat à Billoret, Hyacinthe : « Je, soussigné, avocat à la cour d’appel de Paris, certifie que le citoyen Billoret a donné, en 1835, asile pendant plus de quinze jours à deux accusés d’avril, évadés de Sainte-Pélagie, et que pendant tout le temps qu’il les a gardés chez lui, il a veillé avec la plus grande attention, à assurer leur bien-être et leur sûreté. La conduite du citoyen Billoret, à cette époque, a été digne d’éloges et lui a concilié l’estime des républicains qui l’ont connu. L’un des citoyens accusés d’Avril, recueillis par Billoret, était mon pauvre client, Henri Leconte, qui avait contracté dans la prison une maladie de poitrine, dont il est mort à Genève après l’évasion. La position de Leconte exigeait des soins tout particuliers, qui ne lui ont pas manqué chez le citoyen Billoret. L’autre évadé réfugié chez Billoret était Rosière. » Signé, le 4 août 1848 : Plocque, Al., avocat. Dans le récit que Dumont, Jean, Désiré, Antoine fit, devant la Commission des récompenses nationales instituée après la Révolution de Février de sa propre conduite pendant les luttes républicaines, il donnait les indications suivantes sur Leconte : « […] Je fus me réfugier en Suisse. Je me trouvais à Genève avec Pakau, Vincent et autres proscrits. Vivant ensemble du produit de notre travail, et, après avoir rendu les derniers devoirs au citoyen Leconte, mort à l’hôpital des suites de ses blessures, nous attendîmes des jours plus heureux pour revoir notre patrie. Il demeurait 143, rue Saint-Jacques puis 3, place Maubert en 1831 ; 5, rue de la Vieille-Monnaie en 1833-1834 ; sa mère, 89, rue d’Enfer en 1835. Etat supplémentaire et définitif des citoyens auxquels sera décernée la Croix de Juillet, instituée par la loi du 13 décembre 1830 sur les récompenses nationales, Bulletin des lois, 2e partie, ordonnances, n° 104 bis ; Etat supplémentaire et définitif des citoyens auxquels sera décernée la Croix de Juillet, Le Moniteur universel 2 mai 1831 ; Journal des Débats, 26 juillet 1831 ; Revue d’histoire de la pharmacie n° 6, février 1931, Il y a cent ans, les pharmaciens dans la bataille des rues en juillet 1830 ; Archives de Paris VD3 8 ; Archives de Paris VD6 3, liste des médaillés de Juillet du (ancien) XIe arrondissement (sous le nom de Leconte, Henri et où il est inscrit par erreur dans la liste des médaillés alors qu’il a été décoré de la croix) ; Archives de Paris, VD6 631 n° 1, mairie du (ancien) XIe arrondissement, état nominatif des citoyens décorés de la Croix de Juillet non blessés, auxquels il a été payé une gratification de vingt-cinq francs ; Archives de Paris VD6 633 n° 1, convocations des décorés à la mairie, idem cahier vert des prestations de serment ; Archives de Paris VI1, liste des décorés de Juillet, qui ont reçu un secours de vingt-cinq francs les 27 et 28 juillet 1833 ; Archives de Paris VK3 19, Mairie du (ancien) XIe arrondissement de Paris, état des citoyens décorés de la Croix de Juillet non blessés auxquels il a été payé une gratification de vingt-cinq francs ; Archives nationales F/1dIII/37, Commission des récompenses nationales, (ancien) XIe arrondissement, état des sommes payées en dépenses diverses pour le compte de cette Commission, du 8 octobre 1830 au 31 octobre 1831 par la mairie du (ancien) XIe arrondissement ; Archives nationales F/1dIII/39 Commission des récompenses nationales, noms des citoyens qui ont mérité la décoration spéciale, (ancien) XIe arrondissement et liste supplémentaire des décorés de Juillet et liste supplémentaire des décorés de Juillet ; Procès de Fieschi et de ses complices, chez A. E. Bourdin, Paris, 1836, tome 3 p. 162 ; interrogatoire Pepin du 5 octobre 1835 p. 229 ; Attentat du 28 juillet 1835, Cour des pairs, volume 1, Paris, 1836, pp. 269-270, déclaration du 10 novembre 1835, et la déclaration de Fieschi concernant Pepin le 4 novembre 1835 et BHVP p. 198. Voir Maitron (2 tomes) ; Mémoires de M. Gisquet, ancien préfet de police, écrits par lui-même, Marchant, Paris, 1840 ; L’Epopée des régicides. Passions et Drames. 1814-1848, Louessard, l’Insomniaque, Paris, 2000 ; Archives nationales CC 672 D 3 p. 80, p. 277, lettre du 14 novembre 1835 de Pepin, p. 292 ou CC 674 dossier Pepin p. 148, révélations Pepin du 11 février 1836, CC 677 dossier Quetin, CC 674 dossier Pepin p. 135, CC 709 dossier Floriot ; Société d’histoire de la Révolution de 1848, p. 61, article de Jean Bossu De l’épicerie aux barricades. Il existe dans Archives nationales CC le billet de visite de Pepin à Leconte cf. iconographie CC 687 D 3 pièce 41 ; Archives de la préfecture de police AA 372 in dossier Billoret, Hyacinthe ; Archives de la préfecture de police AA 387 in dossier Dumont, Jean, Désiré, Antoine ; Archives de la préfecture de police AA 422, année 1834, dossiers individuels A à Z ; Archives de la préfecture de police AA 374 dossier de Boudeville, Adolphe ; L’Ami de la religion, journal et revue ecclésiastique, politique et littéraire, samedi 7 mai 1831, n° 1785, p. 45. Nous donnons pour indication les indications biographiques suivantes sur son frère, Leconte, Minor, dont aucun indice n’a été trouvé sur sa participation éventuelle à la révolution de Juillet : Leconte, Christophe dit Minor : Né en 1813, à Quimper (Finistère), fils d’Armand Leconte et de Thérèse Legros. Ouvrier peintre, il était le frère de Leconte, Henri, Yves. Venu à Paris, il s’affilia à la Société des Droits de l’Homme. Il fut poursuivi, en mars 1836 pour rébellion, et en novembre pour association. Il fut l’une des quatre personnes arrêtées en février 1836, au cimetière du Montparnasse pour avoir déposé des couronnes sur les tombes des régicides Morey et Pepin. Ces quatre personnes étaient : Leconte, Minor, né vers 1813 à Quimper (Finistère), peintre en bâtiments, demeurant 6, petite-rue du Bac ; Jardy, Désiré, né vers 1813 à Paris, chapelier, demeurant 12, rue Baillette ; Guyonin, Jean-Baptiste, né vers 1815, commis négociant, demeurant 23, rue de la Corderie ; Vallière, François, né vers 1812 à Issoire (Puy-de-Dôme), imprimeur, demeurant 7, rue Montorgueil. L’arrestation donna lieu au procès-verbal suivant, en date du 1er mars 1836, pour provocation au désordre : « Ces jeunes gens ont été arrêtés hier à 4 heures au cimetière du Montparnasse pour avoir déposé des couronnes sur la tombe des suppliciés Pepin et Morey. Les trois premiers ont déclaré n’être ni parents ni alliés des suppliciés et avoir agi à titre de simple particuliers. Vallière a dit qu’étant lui-même républicain il venait offrir une couronne à Morey, qui avait professé les mêmes principes. On a saisi chez Leconte et Guyonin des brochures et des écrits qui ne laissent aucun doute sur la nature des sentiments de ces deux inculpés. » En 1837, le jour anniversaire de l’exécution de Morey et de Pepin, il fut à l’initiative d’un service funèbre à la mémoire « du citoyen Pepin, décapité par les thermidoriens l’an 44 de la république ». Il fut arrêté, au cimetière du Montparnasse, alors qu’il déposait une couronne sur la tombe de Pepin : « Le 20 février dernier, jour anniversaire de l’exécution de Pepin, les nommés Leconte, Prosper Magny et le sieur Grandcollot, accompagnés de la fille de Pepin, furent arrêtés au cimetière du Montparnasse, au moment où ils venaient déposer des couronnes d’immortelles sur la tombe de ce supplicié [...]. Des poursuites furent dirigées contre les susnommés, à l’exception de la jeune fille de Pepin, qui fut aussitôt rendue à sa famille. Précédemment, Magny s’était adressé à M. Auzou, prêtre de l’Église française, pour obtenir la célébration [de l’anniversaire de la mort de Pepin]. [...] Leconte fut seul renvoyé devant la cour d’assises, sous la prévention d’avoir par un emblème déposé dans un lieu public, commis un outrage à la morale publique [...]. L’année dernière, au mois de juillet, Leconte a comparu devant la cour d’assises, sous le coup d’une semblable prévention et [...] il fut acquitté. » Une nouvelle fois, Leconte expliqua la nature de son geste : « –Le président. Leconte, le 20 février dernier, vous avez été au cimetière du Montparnasse, là vous auriez pris des mains de la jeune fille de Pepin, une couronne d’immortelles, et vous l’auriez placée sur la tombe de Pepin. Reconnaissez-vous la vérité de ces faits ? – Leconte. La fille de Pepin venait au cimetière pour déposer sur la tombe de son père une couronne. L’entourage d’un tombeau voisin l’empêchant de s’approcher, elle m’a prié d’attacher cette couronne à un arbre. [...] Je croyais alors en déposant ces couronnes [cette année et l’année passée] accomplir un devoir, et je le crois encore aujourd’hui. […] C’est un devoir que mon frère m’a légué en mourant sur sa terre d’exil [...]. Mon frère qui a été compromis dans les affaire politiques, s’est évadé de Sainte-Pélagie ; il s’est réfugié à Genève où il est mort aussitôt son arrivée ; il avait été de la même loge que Pepin, qui lui avait rendu les plus grands services ; avant de mourir, il m’a écrit une lettre dans laquelle il me demanda de témoigner à Pepin et à sa famille, la plus grande reconnaissance : j’ai accompli le vœu d’un mourant. » Il fut déclaré non coupable et acquitté par le jury, après quelques minutes de délibérations. En 1839, il se remaria avec la veuve de Pepin. Ce n’était pas là un peu turbulent bonhomme que la veuve Pepin avait choisi, mais sans doute fut-elle touchée par la fidélité qu’il témoignait à la mémoire de son défunt mari. La veuve Pepin connut avec Leconte des démêlés avec la justice au moins aussi nombreux qu’elle en avait connus avec Pepin. Leconte s’établit épicier et marchand de couleurs dans l’ancienne épicerie de Pepin. Compromis dans l’affaire du premier Moniteur républicain. Reconnu coupable d’offenses au roi ayant pour but d’exciter à la haine et au mépris de sa personne et de son autorité constitutionnelle, d’attaques contre les droits du roi dans le but d’exciter à la destruction et au changement du gouvernement, de provocations non suivies d’effet à un attentat contre la vie ou la personne du roi et des membres de la famille royale et à un attentat ayant pour but de détruire le gouvernement et d’exciter les citoyens à s’armer contre l’autorité royale, il fut condamné pour attentat à la sûreté de l’Etat par voie de presse, à cinq années de prison et cinq années de surveillance. Voir Vallière. Il fut emprisonné au Mont-Saint-Michel, le 28 octobre 1839. Il était, au dire du directeur de la prison, très tranquille, fréquentant peu ses compagnons, s’occupant de travaux mécaniques et paraissant bien décidé à ne plus faire de politique. Il fut libéré le 11 juin 1844. Il participa aux combats de février 1848 et à la fondation du club des Quinze-Vingts, où le 16 mars il présidait la séance. Il fut sans doute pour beaucoup dans la décision de la Commission des récompenses nationales de verser une pension à chacun des enfants de Pepin. A la manifestation du 15 mai 1848, il vint accompagné de nombreux ouvriers des ateliers nationaux qu’il avait débauchés du chantier des Partants, à Belleville. Il signa, le 31 mars 1848, le certificat suivant en faveur de Calmus, Jean : « Nous, soussignons et attestons que le citoyen Jean Calmus, domicilié rue Saint-Nicolas-d’Antin n° 51, s’est montré avec zèle et courage en juillet, 27, 28 et 29, qu’il a combattu avec courage et sans crainte d’exposer ses jours pour notre liberté et qu’il a été blessé d’un coup de baïonnette au front droit et un coup de pointe au bras droit. De plus en 1832, il s’est montré avec la même ardeur et a été, cette fois encore, victime d’un coup de feu à la main droite, qui l’a privé de deux doigts. » Il signa, le 20 septembre 1848, le certificat suivant en faveur de Simond, Joseph, François, quand celui-ci déposa un dossier devant la Commission des récompenses nationales instituée après la Révolution de Février : « Les soussignés, ex-détenus politiques et républicains ayant travaillé depuis 1830 au renversement de la royauté, certifient que le citoyen Simond, Joseph, François, rue des Promenades à Montmartre, serrurier-mécanicien, s’est toujours trouvé dans leurs rangs lorsqu’il y avait du danger à courir, qu’il fut toujours sincèrement dévoué à la cause de la liberté et du progrès, pour lesquels il a souvent eu à souffrir dans ses intérêts, ce qui le rend d’autant plus recommandable qu’il est père de sept enfants en bas âge. Nous, soussignés, le recommandons donc à la Commission des récompenses nationales comme un bon citoyen digne de toute sa sollicitude. » Si sa participation à l’insurrection de juin 1848 n’est pas sûre, on sait du moins qu’il aida les insurgés. Le 23 juin, de retour d’une démarche qu’il avait faite en faveur des anciens détenus politiques, dont il était le délégué, il avait trouvé une barricade formée devant sa maison. Comme en juin 1832, l’ancienne épicerie de Pepin se trouva être au beau milieu des combats et soupçonnée d’être un lieu où on appuyait les insurgés. Leconte prétendit avoir quitté Paris, dès le 23 juin, pour sa maison de campagne de Belleville puis pour la Seine-et-Marne. Il n’est pas impossible, qu’en fait, il soit resté à Paris jusqu’au 25, et ce qui est sûr c’est qu’il avait donné l’ordre à son commis, aux premiers signes des troubles, d’ouvrir aux insurgés pour qu’ils n’enfoncent pas la devanture et de leur donner ce qu’ils demanderaient (ils reçurent ainsi une grande quantité d’essence, d’huile, d’alcool, de soufre et de salpêtre). Arrêté à Melun, le 29 ou le 30 juin, porteur d’une somme de cinq mille francs et de papiers, il déclara ne pouvoir fournir aucun renseignement sur les événements et fut libéré au début de septembre, sa participation à l’insurrection n’ayant pas été réellement prouvée. Par la suite, délégué du VIIIe arrondissement au Comité démocrate socialiste il en démissionna, et son domicile devint un des lieux de rendez-vous de la Chaîne des Martyrs, organisation secrète ouvrière, républicaine et socialiste qui groupait les victimes de la répression et plus particulièrement les anciens transportés de juin 1848. Au moment du coup d’État de Louis-Napoléon Bonaparte, il fut, avec soixante-dix-sept autres, arrêté par mesure de précaution, le 2 décembre au matin. Sans doute l’énergie de ses convictions républicaines était connue puisque Victor Hugo, dans son Histoire d’un crime, voulant souligner la valeur d’un combattant de décembre échappé aux fusillades de l’École militaire, écrit : « C’était un des plus hardis combattants de la rue Pagevin, ami de Leconte Minor. » Le 10 janvier 1852, il était parmi les 467 républicains promis à Cayenne et entassés dans les flancs de la frégate le Canada. Il bénéficia, comme la plupart de ses compagnons, d’une commutation de peine et put se réfugier en Suisse, à Genève très probablement d’après le témoignage de Saint-Ferréol. Mme Leconte continua de gérer son magasin jusqu’en 1855. A cette date, elle vendit son fonds à l’épicier Querey, et son nom cessa de figurer à l’annuaire du commerce. Franc-maçon depuis longtemps, il appartenait à la loge du Globe et réapparut, le 29 avril 1871, à la manifestation maçonnique de soutien à la Commune et au cours de laquelle plusieurs milliers de manifestants, porteurs de dizaines de bannières maçonniques, se rendirent à l’Hôtel de Ville, où quelques-uns furent reçus en délégation, puis à l’Arc de Triomphe et enfin aux remparts pour envoyer une délégation auprès de Thiers. Si les autorités maçonniques furent circonspectes par rapport à la Commune et paralysèrent les initiatives, Leconte passa outre et força le soutien. Il contresigna l’appel du 5 mai qui se terminait par ces mots « Vive la république ! Vive les communes de France fédérées avec celle de Paris ! » et, alors qu’il se trouvait des francs-maçons pour commander « non seulement le feu sur le peuple mais les exécutions sommaires », le garde national Leconte, lui, défendait la Commune. Le 2 mai 1871, les FF. Prost, lieutenant d’artillerie, Levacque et Leconte Minor, revêtus de leurs insignes maçonniques et le fusil en main, allaient relever à la porte Maillot les bannières de l’Ordre déchiquetées par les balles. Plus tard, le 9 mai, les FF. Levacque, Leconte Minor et Chéramy, toujours ceints du cordon de maître, inspectèrent les batteries échelonnées de la porte Maillot et constatèrent qu’elles manquaient de munitions de 12 ou de 24. Ultime témoignage de sa présence et de ses activités, le Bulletin de la Société des amis du vieux Montreuil nous révèle : « Minor Leconte, ex-président du conseil administratif de la commune et caporal au 99e bataillon de la garde nationale, habitait 37, rue de Paris et était propriétaire d’un manège de chevaux de bois installé sur le cours Marigny, en face du restaurant Hulin. Toujours vêtu de rouge de la tête aux pieds, il avait un passé plutôt orageux. Accusé de complicité dans l’affaire de l’attentat perpétré par Orsini, le 14 janvier 1858 (?), il avait épousé la veuve de Pepin, le complice de Fieschi, et à la suite des élections du 21 mai 1871, il fut élu... maire de la commune de Vincennes [...]. Quelques jours après [l’entrée des Versaillais donc et sous l’instigation de ceux-ci] une centaine de gamins prirent d’assaut le manège du maire et l’incendièrent. Minor Leconte disparut dans la tourmente, déporté avec un certain nombre de gardes nationaux du 99e bataillon [plus sûrement fusillé, puisque son nom n’apparaît pas dans les listes de déportés] et sa femme disparut de notre région, avec le souvenir déjà lointain de l’attentat du boulevard du Temple. » «Après quoi c’est le grand silence définitif. Le classement défectueux des archives des conseils de guerre ne permet pas de retrouver un dossier parmi les milliers d’autres. M. Minor Leconte ne figure pas sur les listes de déportés données par Da Costa. Enfin l’état civil parisien reconstitué ne mentionne pas le décès de Minor Leconte. Par contre nous avons trouvé trace, grâce à l’obligeance de M. Bailhache, archiviste adjoint du département de la Seine, d’un fils de Minor Leconte. Il s’agit d’Alexandre Minor Leconte, né à Paris, le 9 mars 1839, portefeuilliste, marié en 1865 à Ernestine Joséphine Lecoq et mort veuf à 47 ans, le 12 octobre 1886. A cette date ses père et mère étaient décédés. Il ne fut pas souscrit de déclaration de succession, ce qui nous empêche de connaître ses descendants ou héritiers. » La Gazette des tribunaux, 23 février, 27 mai 1837 ; Amnistie ! Plus d’état de siège ! Thirifocq, Bruxelles 1872 ; Bulletin de la Société des amis du vieux Montreuil n° 9 décembre 1952 ; 1848 et les révolutions du XVIIIe siècle, article de Jean Bossu p. 61 ; Arrêt rendu par la cour d’assises de la Seine, qui condamne les accusés Boudin, Fombertaut, Guillemin, Lecomte et Joigneau, comme auteur, éditeur et imprimeur de deux journaux intitulés le Moniteur républicain et l’Homme libre ; L’Épopée des régicides. Passions et Drames. 1814-1848, Louessard, l’Insomniaque, Paris, 2000. Archives nationales BB 22 83-100 dossier S-5791 ; Archives nationales CC 709 dossier Floriot ; Histoire des sociétés secrètes et du parti républicain, Delahodde, chez Julien, Lanier, Paris, 1850 ; Archives nationales CC 796 note de police du 24 avril 1846 ; Archives de la préfecture de police AA 376 in dossier Calmus, Jean ; Archives de la préfecture de police AA 414 in dossier Simond, Joseph, François ; Archives de la préfecture de police AA 423 Affaires diverses 1836 ; l’Ami de la religion, journal ecclésiastique, politique et littéraire, tome cent trente-huit, Paris, librairie ecclésiastique Le Clère et Cie, n° 4604, 16 juillet 1848, p. 168. Voir Maitron tome 2, 7 et Cabanié dit Carcassonne l’Ami des arts, Thirifocq.