Lépine, Ambroise, Julien
Biographie
Né le 21 mars 1797 à Paris. Sortant des pupilles, il incorpora les armées de l’Empire ; il participa aux campagnes de 1814 et 1815 dans le 2e léger, congédié le 31 décembre 1819, comme caporal dans la légion de la Seine, devenu fondeur en caractères chez Firmin-Didot. Il donna le récit suivant de sa participation aux combats de Juillet : « Le mardi 27 juillet, je travaillai encore à ce moment chez M. Firmin-Didot, lorsque tout à coup, d’après les ordonnances, nous fûmes obligés de quitter les ateliers fondeurs et imprimeurs. Alors je dis à plusieurs de mes camarades : “Il faut aller dans les rues de Paris pour voir comment cela va tourner, car cela ne peut durer longtemps comme cela.” Alors nous nous trouvâmes beaucoup ensemble. Il y en avait un parmi nous qui montait sur une borne et qui lisait le National. Nous allâmes comme ça dans bien des quartiers de Paris. Il nous prit dans l’idée, à plusieurs sur le soir, d’aller dans le faubourg Saint-Antoine, pour tâcher de les faire venir avec nous, comme il y en avait encore quelques-uns qui travaillaient. Illisible. Si l’on ferme les ateliers, vous êtes sûrs que nous marcherons avec vous. Alors nous nous en revînmes pour la Bastille, où nous eûmes quelques illisible avec les cuirassiers de la garde ; mais, n’étant pas en force, nous leur criâmes A demain, il fera jour ! Alors je m’en revins chez nous et dit à mon épouse que ça tournait mal, que nous aurions bien sûr quelque chose. Alors, le mercredi 28, je fus trouver des amis et nous allâmes du côté de la place du Châtelet, où nous commençâmes, avec le peuple, à crier Vive la Charte ! et l’on avança sur les quais jusqu’à la place de Grève, où nous nous sommes formés en groupe et emparé de l’Hôtel de ville, où l’on se mit aussitôt à sonner le tocsin. Nous avions le poste. Lorsque vers 10-11 heures, nous fûmes obligés de nous retirer, n’étant pas en force. Je n’avais à ce moment qu’un seul bâton pour arme. Je passai de suite sur le pont nommé depuis pont d’Arcole pour aller dans la Cité. Dans cet endroit, je m’employai alors comme les autres à relever les blessés et les morts, pour les porter à l’Hôtel-Dieu ou à la morgue. Enfin, sur le soir, je crus que ma tâche était aussi bien remplie que ceux qui se battaient ; alors, bien fatigué, je m’en revins chez moi, ayant bravé la mort pour relever mes camarades mais ayant bien l’intention, le lendemain 29, d’avoir un fusil et de faire comme les autres. Je me levai de bonne heure et alla de suite du côté de la Ville (lire de l’Hôtel de ville, N.D.A). Voyant que les troupes étaient retirées, je fus du côté du pont des Arts, vers les Quatre-Nations et, là, j’échangeai, avec un fusil que l’on me prêta, quelques coups de fusil avec les Suisses qui étaient renfermés dans le Louvre. Lorsque tout à coup l’on me dit que l’on donnait des armes au musée d’Arsenal. Alors je rendis l’arme que l’on venait de me prêter et pris ma course par la rue des Saints-Pères et, en effet, y arrivant j’eus un fusil de prix, dont j’ai eu l’honneur de donner le reçu à la Commission des récompenses nationales, avec un autre certificat. Bref, je m’en fus de suite sur la place de l’Odéon où l’on demanda des hommes sur lequel on pût compter pour aller lire des proclamations dans les faubourgs. Alors, des messieurs que je ne connais pas allaient les écrire de suite au café qui fait le coin de la rue de l’Odéon, et je partis alors avec six hommes armés dans le faubourg Saint-Marceau et dans le quartier Saint-Jacques, pour lever tout le monde en masse. Et quand l’on nous demandait des armes, nous envoyions aux casernes Mouffetard, Lourcine, Sainte-Geneviève et, en commençant à Mouffetard, j’eus une paire de pistolets qui fit que je me trouvais bien armé. Alors, revenant à l’Odéon, nous rencontrâmes des jeunes gens de l’Ecole polytechnique qui, tandis que nous lisions la proclamation, avaient été aux casernes qui n’avaient pas voulu donner leurs armes. Nous trouvant tous rassemblés sur la place, il y eut quelques imprudents qui firent partir leurs armes, ce qui donna une certaine émeute sur le moment, car il y en avait qui commençaient déjà à se sauver. Il y eut un homme qui eut un morceau d’oreille d’emportée. Enfin, l’on finit par s’allier, avec bien de la peine, et l’on partit, les uns sur le Louvre les autres sur Babylone. Je fus donc des colonnes qui se portaient sur Babylone et là je fis fonction de sous-officier. Arrivant auprès de la rue Babylone, je prévins les hommes qui se trouvaient de mon peloton de ne pas s’effrayer. Alors arrivant près de la caserne, un jeune homme de l’Ecole (sic à partir de là, N.D.A.) s’avança pour parlementer et il fut la victime une autre qui nous commandait pour dire de tirer deux ou trois cartouches et ensuite d’avancer à la baïonnette. Nous eûmes deux fois la déroute, mais à force de dire à ceux qui se sauvaient de revenir, nous nous alliâmes, On se tirailla mais on ne pouvait les attraper aisément vu qu’ils avaient mis quelque chose devant les croisées. Alors on se décida à mettre le feu à la porte avec de l’esprit et de la paille, ce qui réussit on ne peut mieux. Et moi, en avançant, j’eus du feu dans ma chemise, qui me brûla l’estomac et un mouchoir que j’avais mis pour pomper la sueur, ayant très chaud mais ce fut si peu de choses que je ne m’en plains pas. Mon chapeau fut crevé. Alors le restant des Suisses s’étant échappé, voyant que je n’avais plus rien à faire, je m’en fus par les quais pour voir si je serais utile. Mais le Louvre se trouvait pris, alors je m’en revins sur la place de l’Odéon pour recevoir d’autres ordres, avec le restant des hommes qui m’avaient suivi. » (On trouve aussi les lignes suivantes à la suite de ce récit, écrites d’une autre main et dont on ne sait pas si les faits se rattachent toujours à lui : « A Saint-Cloud, arriva au pont de Sèvres, n’ayant plus qu’un jeune homme avec lui ; le factionnaire lui cria Qui vive ! il répondit Bourgeois ! s’étant trouvé entre deux et a dû s’esquiver pendant la nuit ; le lendemain fit un grand détour pour rejoindre ses compagnons aux Champs-Elysées. ») Le dossier d’examen de ses droits fut instruit par la Commission des récompenses nationales du (ancien) XIIe arrondissement. Le registre des délibérations du jury de la Commission des récompenses nationales, en date du 24 février 1831, contient les indications suivantes sur sa participation aux combats : « Alla avec ses camarades le 27 lire le National dans les rues de Paris. » Le jury de la Commission des récompenses nationales, chargé d’examiner les droits de chacun à une récompense, se prononça, dans sa séance du 24 février 1831, à aucune voix pour la croix, sept voix pour la médaille et une voix pour une mention. Il reçut la médaille de Juillet auprès de la mairie du (ancien) XIIe arrondissement. En 1830, il fut nommé sous-officier dans la garde municipale, puis fut simple garde à la 2e compagnie du 1er bataillon, casernée rue Mouffetard. En 1831, à l’occasion des fêtes anniversaires de Juillet, il reçut, auprès de la mairie du (ancien) XIIe arrondissement, vingt-cinq francs de gratification, à titre de décoré mais non blessé. En 1843, « venant d’être suffoqué par une grande maladie », sans ouvrage, il sollicita des secours. La police donna alors sur lui les renseignements suivants : « […] Cet individu est un ancien garde municipal, renvoyé de ce corps pour insubordination et ivrognerie. Actuellement il est dans un abrutissement complet et personne ne veut l’occuper, aussi est-il dans la plus grande misère. » En 1846, « se trouvant dans la position la plus pénible », il sollicita de nouveau un secours. En 1852, dans une position « des plus pénibles, manquant de l’indispensable [parce que] depuis longtemps ses travaux se sont amoindris et n’ont plus suffi à le faire vivre », il sollicita des secours. La police précisait sur son compte : « […] Cet individu n’ayant jamais eu une conduite régulière n’a fait aucune économie, bien qu’étant sans charge de famille. Il est dans une misère complète, n’a point de vêtement et ne peut même payer le loyer de sa chambre. […] C’est un bavard, qui aime à pérorer lorsqu’il a la tête échauffée mais, en réalité, il est nul en politique. » Il reçut cinquante francs de secours en 1852. Il demeurait à la caserne Mouffetard en 1831 ; 6, rue du Mont-Saint-Hilaire maison Forget, où il travaillait, de 1843 à 1846 ; 13, rue des Trois-Portes, une chambre d’un loyer de six francs par mois en 1852. Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la médaille instituée par la loi du 13 décembre 1830 sur les récompenses nationales, Bulletin des lois, 2e partie, ordonnances, n° 104 bis ; Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la médaille instituée par la loi du 13 décembre 1830 sur les récompenses nationales, Le Moniteur universel, 19 juin 1831 ; Archives de Paris VD3 1-2 in dossier Demandes de récompenses et de secours, et recommandations (1830-1831) ; Archives de Paris VD6 639 n° 5, liste générale alphabétique ; Archives de Paris VD6 682 n° 3 ; Archives de Paris VK3 33 Commission des récompenses nationales, mairie du (ancien) XIIe arrondissement, le 24 février 1831, jury pour l’examen des demandes de récompenses honorifiques, idem états nominatifs et listes de noms soumis à la Commission des récompenses nationales (1830-1831) (XIIe arrondissement ancien), en date du 24 février 1831 ; Archives de Paris VK3 34, liste de 829 noms, accompagnés d’observations sur les exploits des impétrants ; Archives de Paris VK3 47 ; Archives de Paris VK3 54 in dossier Vandershelden, Léonard ; Archives nationales F/1dIII/37, Commission des récompenses nationales, (ancien) XIIe arrondissement, état des sommes payées en dépenses diverses pour le compte de cette Commission, du 8 octobre 1830 au 31 août 1831 par la mairie du (ancien) XIIe arrondissement ; Archives nationales F/1dIII/39 Commission des récompenses nationales, noms des citoyens proposés pour la médaille (ancien) XIIe arrondissement ; Archives nationales F/1dIII/63 ; Archives de la préfecture de police AA 369, Proposition d’accorder à quarante-quatre décorés et veuves de blessés de Juillet 1830 des secours s’élevant ensemble à 2.375 francs, minutes 254-256, en date du 11 décembre 1852.