Leroy, Pierre, Jacques, Charles, Antoine – ou Jacques, Charles, Antoine – ou simplement Charles, Antoine
Biographie
Né vers 1786 à Paris. Militaire depuis 1806, sergent voltigeur au 47e régiment, il participa à la campagne d’Espagne et du Portugal en 1811 sous les ordres du général Junot puis du maréchal Soult, « à Oporto, en 1811, il a traversé la rivière à la nage, pour se saisir de barques qui étaient de l’autre côté et afin que les pontonniers raccommodent le pont volant coupé par le milieu » ; plus tard, il fut blessé à la tête et à la jambe et, fait prisonnier, ne rentra en France qu’en 1814. Le certificat suivant lui fut aussi délivré : « Nous, officiers français prisonniers à La Corogne, attestons et certifions que le sieur Leroy, Antoine n’a cessé pendant tout le temps que nous l’avons connu en cette ville de mériter le nom de Français ainsi que notre estime par les services importants qu’il a rendus à ses compatriotes, soit en argent, effets et surtout par les moyens d’évasion qu’il a procurés à plusieurs officiers, au péril même de sa vie. C’est pour quoi, reconnaissant le prix d’aussi grands sacrifices, nous prions tous nos compatriotes de le considérer et traiter comme un citoyen dévoué à sa patrie. » Signé, à La Corogne, le 11 mai 1813 : Parisot, capitaine ; Legrand, lieutenant ; Héron, capitaine ; Dubois, lieutenant ; Godard, lieutenant ; Lebègue, chirurgien-major ; Dortho, pharmacien ; Chappelard, lieutenant ; Dubuisson, lieutenant ; Bonnenfant, capitaine ; Guenot, lieutenant ; Ertzbiscoff, capitaine ; Cabane, sous- lieutenant ; Bassin, lieutenant. En juillet 1830, ancien tonnelier, il était ouvrier manutentionnaire au dépôt des boissons, entrepôt général depuis le 28 octobre 1829, et touchait environ cinq francs par jour. Il combattit le 28 et eut son fusil coupé, dans la rue Saint-Antoine. Le 29, il se servit d’un pistolet à chevrotines ; il avait confectionné lui-même les chevrotines, le 28 au matin, à l’aide d’un moule qui lui appartenait et avec une livre de plomb qu’il avait achetée chez Huard, plombier 35, rue des Deux-Ponts ; ce pistolet était de gros calibre mais « plus facile de détourner aux yeux de son épouse qui était accouchée un mois avant ». Ce pistolet, qui repoussait beaucoup, lui força les muscles à tel point qu’il ne put, les jours suivants, travailler. Le bras droit endolori, il reçut un secours de cinquante francs en septembre 1830, sur les secours distribués par Le Constitutionnel. Les certificats médicaux suivants constataient ses blessures. Le premier certificat médical, ainsi rédigé : « Je, soussigné, docteur en chirurgie, chevalier de la Légion d’honneur, certifie que le sieur Antoine Leroy, ouvrier tonnelier, rue des Deux-Ponts n° 37, est atteint, à la suite de la pratique occasionnée par les nombreux coups de pistolet qu’il a tirés, d’un engorgement à l’articulation du poignet droit, engorgement qui ne lui permettra pas de se livrer à son travail, avant quinze jours. » Signé, le 5 août 1830 : Thierry, chirurgien. Le second certificat médical, ainsi rédigé : « Nous, soussignés, docteurs en médecine, médecins du bureau de bienfaisance du (ancien) IXe arrondissement, chirurgiens de l’ambulance établie à la mairie dudit arrondissement, certifions que le nommé Leroy, Antoine, exerçant la profession de manutentionnaire au dépotoir des boissons, demeurant rue des Deux-Ponts n° 37, reçoit de nous des soins depuis le 24 août pour une entorse du poignet droit, avec engorgement considérable, qu’il dit être la suite de la commotion occasionnée par le départ d’un pistolet au moment d’une chute qu’il a faite au Louvre, le jeudi 29 juillet ; que ces accidents l’ont empêché de travailler jusqu’à ce jour 27 août et qu’il a besoin de soins pendant quinze jours. » Signé, le 27 août 1830 : Girot (voir Girot, Joseph, Marie), médecin ; Locquet, médecin. Il fut soigné à la maison de convalescence de Saint-Cloud à partir du 13 octobre 1830. Il reçut un uniforme de garde national. Il était porteur de plusieurs certificats qui attestaient sa participation aux combats. Le premier certificat, ainsi rédigé : « Je, soussigné, Barbert, cousin du propriétaire de la maison rue des Deux-Ponts n° 37, île Saint-Louis, certifie, ainsi que plusieurs voisins, que le sieur Antoine Leroy n’a cessé d’entrer et de sortir, plusieurs fois, dans les journées des 27, 28 et 29 juillet, étant armé comme nous nous en sommes aperçu d’un pistolet de gros calibre caché dans son pantalon, afin que son épouse ne s’aperçoive de rien et qu’il nous déclarait, chaque fois qu’il revenait, les endroits où il s’était présenté, ayant fait des chevrotines dans un moule à lui appartenant, avec une livre de plomb achetée chez M. Huard, plombier, rue des Deux-Ponts n° 35, île Saint-Louis, où il les coula le 28 au matin et que depuis quelques jours après ces affaires-là, nous le voyons le bras en écharpe, qu’avant ce temps nous le voyons sortir le matin bien portant, aller à sa besogne et le soir rentrer vers les 6 heures, n’ayant jamais paru en notre connaissance qu’il eut de mauvaise conduite. » Signé, le 26 août 1830 : Colas, propriétaire, demeurant 38, rue des Deux-Ponts ; Millevoie, marchand de vin ; Desomme, Amédée, neveu de M. Colas ; Barbé, préposé aux mouvements ? des garçons boulangers. Le deuxième certificat, ainsi rédigé : « Nous, soussignés, certifions que le sieur Antoine Leroy, ancien ouvrier tonnelier et maintenant ouvrier manutentionnaire au dépotoir des boissons à l’entrepôt général nous a avancé le 29 juillet au matin qu’il avait passé une partie de la nuit à la Bourse, ce qui nous paraît vraisemblable vu qu’il a distribué à 5 heures et demie du matin, aux deux postes de l’île Saint-Louis ainsi qu’à celui de la rue des Fossés-Saint-Bernard et au conservateur de l’entrepôt deux journaux, l’un venant de la rue Montmartre n° 113 et l’autre de la rue Neuve-Saint-Marc n° 10 afin de tranquilliser et donner connaissance tant dans l’île qu’aux alentours de ce qui se passait. » Signé, le 26 août 1830 : Sinoquet fils ; Falaize, qui précisait certifier qu’un exemplaire du National avait été remis au poste du port aux vins, le 29 juillet 1830 ; Dubousquet, conservateur de l’entrepôt. Le troisième certificat, ainsi rédigé : « Nous, soussignés, certifions et attestons que le sieur Leroy, tonnelier, demeurant rue des Deux-Ponts n° 37 à Paris, a passé et repassé devant notre maison plusieurs fois dans la journée du 29 juillet 1830, étant armé d’un pistolet de gros calibre ; ne l’ayant plus aperçu vers les 1 heure de l’après-midi nous avons présumé qu’il lui était arrivé quelque accident ; que nous l’avons vu plusieurs fois empêcher ses confrères d’armes de commettre des bassesses et les inviter à faire face à l’ennemi. L’ayant aperçu depuis porteur d’une blessure, nous croyons pouvoir certifier qu’il l’a reçue à la prise du Louvre. » Signé, le 1er septembre 1830 : Thibault, demeurant 15, rue des Prêtres-Saint-Germain-l’Auxerrois ; Passeret, employé à l’Hôtel-Dieu qui ajoutait avoir vu Leroy « rue des Prêtres-Saint-Germain-l’Auxerrois, qui allait au Louvre avec un pistolet le 29 juillet 1830 ». La Commission des récompenses nationales le classa dans la 1re classe des blessés, lui accorda une indemnité de six cents francs et rejeta ses droits à une pension, faute de preuves absolues (c’est pas plutôt trois cents francs ? son nom n’est pas sur les listes du Bulletin des lois). Leroy avançait, dans une lettre au ministre de l’Intérieur, que si ses droits à une pension étaient rejetés c’était parce qu’il avait « déplu à plusieurs personnes qui sont auprès de monsieur le maire du IIIe ou IXe arrondissement et qui ont fait tout ce qu’ils ont pu pour m’être nuisible, jusqu’à faire disparaître de la Commission tous les doubles des certificats qui sont sous vos yeux ». Il fut cependant médaillé de Juillet. Le 22 septembre 1830, il gagna un procès en diffamation, intenté par lui contre Chatel et Denangis, qui prétendait que sa blessure n’était pas due à sa participation aux combats. Voici comme la Gazette des tribunaux relatait le procès : « Dans le courant du mois d’août, les prévenus se sont permis de répandre dans le public que la blessure que Leroy avait reçue à la prise du Louvre, n’était qu’une feinte pour obtenir des gratifications, parce que cette blessure ne lui provenait réellement que d’avoir tiré des coups de fusil par sa croisée, en réjouissance des événements et que la commotion lui avait blessé la main droite. Chatel s’est encore permis de frapper et injurier Leroy. Leroy se présente au tribunal dans un accoutrement tout patriotique. Il porte un large chapeau d’étoffe cirée, sur lequel se trouvent peints deux drapeaux tricolores en sautoir, surmontés d’un coq gaulois, le tout entouré de cette légende “Ex-sergent voltigeur au 47e régiment 1811” et au-dessous “29 juillet 1830 au Louvre ”. Il porte une cravate tricolore et le bras en écharpe. Le plaignant s’indigne des soupçons dont on a voulu flétrir sa conduite, et déclare qu’il a été diffamé. “Au surplus, ajoute-t-il, après les menteries de ces messieurs, nous nous sommes traités de voleurs l’un et l’autre.” Leroy se plaint encore d’avoir eu les honneurs de la caricature, et accuse les prévenus d’en être les auteurs. Cette caricature passe sous les yeux du tribunal ; elle représente Leroy, remettant à un général une pétition ainsi conçue : Un blessé du vieux Louvre, s’adresse à la souscription. Le général répond : Monsieur, j’ai des renseignements sur votre compte ; votre blessure est ancienne, et comme nous avons de vrais braves, rengainez votre compliment. Ce petit dessin à la plume est intitulé Le faux brave. Tous les témoins attestent avoir entendu les prévenus tenir les propos qu’on leur impute. M. Delanglar, médecin, dépose que dans le courant du mois d’août, Leroy se présenta à l’ambulance, où il prodiguait des soins aux blessés. Il se refusa à le panser plus longtemps, parce qu’il jugeait la blessure bien antérieure aux événements de juillet. Mais Leroy produit un certificat constatant le contraire, et indiquant la nature de la blessure. Me Renaud Lel… avocat de Leroy, expose que son client, par sa bonne conduite, s’est toujours concilié l’estime et la bienveillance de ses chefs, et par conséquent attiré la jalousie de ses camarades, d’où résultèrent mille tracasseries, au nombre desquelles se trouve le procès actuel. L’avocat s’attache à prouver par de nombreux certificats l’état récent de la blessure et partant la diffamation. Après avoir entendu Me Floriot, défenseur des prévenus, le tribunal, attendu, en ce qui touche Denangis, que rien de prouve qu’il se soit rendu coupable de la diffamation, le renvoie des fins de la plainte. En ce qui concerne Chatel, attendu qu’il s’est rendu coupable du délit qu’on lui impute, le tribunal le condamne à 25 francs d’amende et à 5 francs de dommages et intérêts. » En 1832, l’état de Leroy empira et le docteur Dupuytren, médecin à l’Hôtel-Dieu, lui délivra le certificat suivant : « […] S’est présenté souvent depuis juillet 1830 dans cet hôpital, pour y être traité d’un engorgement considérable aux parties molles et d’un gonflement au poignet du côté droit suivies de caries des surfaces articulaires et enfin de fistules, que le mal n’ayant cédé à aucun traitement et ayant même empiré de manière à compromettre l’existence du malade, l’amputation de l’avant-bras a dû lui être pratiquée le 4 août 1832. » Ne pouvant plus travailler, il sollicita une pension et à entrer aux Invalides. Devant le refus, il expliqua, en 1832 dans une lettre au ministère de l’Intérieur, toutes les manigances dont il avait été la victime : « […] On s’en est rapporté à la parole de M. Lenoble, commissaire à ce sujet. Ce dit M. Lenoble fut offusqué parce que ayant déclaré dans ma déposition, d’après les demandes qui m’ont été faites, que j’avais eu un poignard à l’Archevêché le 29 juillet au matin, cette déclaration piqua les quatre commissaires ainsi que monsieur le maire, carliste dans l’âme [allusion à un poignard ou à un stylet et à un livre en latin venant de l’Archevêché et qu’il avait prêtés à Maurice, conducteur de diligence, “afin de le montrer aux personnes à qui il en a parlé et qui ne peuvent pas croire qu’il était possible que des ecclésiastiques se servent de pareils instruments”, N.D.A.]. Ils me firent des reproches, disant que l’archevêque était incapable d’avoir de tels instruments, m’intimèrent l’ordre de le leur remettre ; leur ayant exposé que je ne pouvais m’en dessaisir vu que je l’avais mis à la disposition de monsieur le maréchal Gérard, comme vous pouvez le voir d’après la lettre ci-jointe, ce qui les a offusqué davantage c’est que j’avais loué ma fenêtre pour trois mois, où j’avais mis des drapeaux et des transparents ornés d’inscription contre la famille déchue. Tous les carlistes du quartier me firent chercher querelle et mirent le feu à tout ce qui était suspendu. J’en remis d’autres ainsi que des caricatures. Voyant qu’ils ne pouvaient rien gagner sur moi, ils me firent chercher dispute à l’entrepôt. Ma vie étant menacée, je fis mes plaintes au procureur du roi, qui fit rendre un jugement le 29 septembre 1830 […]. Plusieurs carlistes de haut rang furent près de M. de Saint-Firmin et du général Fabvier pour me nuire, inventant que je recevais des secours dans plusieurs mairies, […] Quoique ayant fourni toutes les preuves, je n’ai pu rien obtenir ; vous pouvez juger qu’étant poursuivi par des traites, je fus obligé de rester tranquille et ils vinrent à bout de me faire retirer ce qui était à mes fenêtres. Je peux aussi vous prouver que depuis le 28 octobre 1829, j’ai travaillé jusqu’au 27 juillet 1830 sans que l’on puisse dire que j’ai été blessé et il n’est pas probable que Monsieur le préfet de la Seine m’aurait délivré ma commission s’il en eût été ainsi car il y avait vingt-sept candidats. » Il était porteur de plusieurs certificats. Le premier certificat, ainsi rédigé : « Nous, soussignés, certifions que le sieur Leroy, demeurant rue des Deux-Ponts n° 37, a sorti dans les journées de juillet 1830, armé d’un fusil le 28, et le 29 armé d’un pistolet de gros calibre qui lui était plus facile de détourner au yeux de son épouse qui était accouchée un mois avant les mémorables journées de Juillet. Certifions en outre que nous ne lui avons pas connu de blessure avant ce temps et que depuis il a toujours eu le bras en écharpe et qu’enfin il a été amputé par suite de cette blessure et qu’il jouit de l’estime et de la considération de toutes les personnes qui le connaissent. » Signé, le 5 octobre 1832 : Dorin ; Colas, propriétaire, demeurant rue des Deux-Ponts ; Baude..., marchand épicier, demeurant 3, quai Bourbon dans l’île Saint-Louis ; Lebrun, boulanger, demeurant 36, quai des Ormes ; Dessomme jeune, neveu de M. Colas ; Dessomme aîné, neveu de M. Colas ; Ravier, ferblantier, demeurant rue des Deux-Ponts. Le deuxième certificat, ainsi rédigé : « Nous, soussignés, certifions que Leroy a quitté son magasin pour entrer au dépotoir le 28 octobre 1829, qu’il n’était nullement blessé, que s’il l’eût été il n’aurait pas été reçu dans un travail aussi pénible, les candidats étant désignés par nous à M. le préfet de la Seine. Qu’étant blessé maintenant, nous ne nous en sommes aperçu qu’après les journées de Juillet. » Signé, le 5 octobre 1832 : suivent une dizaine de signatures illisibles. Le troisième certificat, ainsi rédigé, intitulé Certificat des personnes employée au dépotoir et des ouvriers y étant occupés journellement : « Nous, soussignés, certifions que le sieur Leroy n’avait et n’a reçu aucune blessure depuis qu’il est entré au dépotoir jusqu’au moment des mémorables journées de Juillet et que le 1er août il a essayé de travailler et, ne pouvant résister, il fut obligé de mettre un homme à sa place, jusqu’au moment où il fut amputé ; qu’il s’est toujours comporté avec honneur et probité. » Signé, le 5 octobre 1832 (pour les noms lisibles) : Toisot, Pierre, ouvrier chez M. Galichon ; Boi..., ouvrier chez M. Constant ; Troiswallet, ouvrier à l’entrepôt ; Coquelin, ouvrier chez la veuve Estienne ; Danzoy, ouvrier chez M. Besson aîné ; Detrasse, manutentionnaire ; Bardoux, ouvrier ; Yousse, ouvrier de la maison Berhier frères. Leroy mourut le 27 décembre 1832 à l’Hôtel-Dieu des suites de l’amputation de son bras droit par le docteur Dupuytren, le 4 août. Il laissait une veuve et deux enfants « dans la position la plus défavorable ». Sa veuve sollicita une pension de veuve de Juillet. Il ne savait pas signer. Il demeurait 37, rue des Deux-Ponts en 1830-1832. Troisième et dernier état de distribution des secours patriotiques versés au Constitutionnel ; La Gazette des tribunaux du 29 septembre 1830 ; Archives nationales F/1dIII/63.