Letenneur aîné, Jean, Cyprien
Biographie
Né vers 1798. Ancien militaire. En octobre 1830, il écrivit la lettre suivante (qu’il signa bien du nom de Letenneur, à condition que ce fût sa signature) à la Commission des récompenses nationales : « Le nommé Jean, Cyprien Tenneur (sic), âgé de trente-deux ans, ancien militaire et voltigeur de la Ire légion, 4e compagnie, demeurant à Chaillot, n° 67, a l’honneur de vous représenter qu’il a été assez heureux pour sauver la vie au sieur Mutelle (voir Mutelle, Hippolyte), le 29 juillet, au moment qu’un officier allait lui porter un coup de sabre, il a tué ce dernier d’un coup de fusil et ledit Mutelle en fut quitte pour une contusion très grave au bras droit. Le requérant n’a cessé de donner des preuves de son patriotisme pendant tout le temps du danger, ainsi que le prouvent les certificats qu’il a produits ; depuis il a continué à faire le service dans la garde nationale, malgré son peu de moyens. Il croit devoir espérer quelques secours pour le dédommager du temps qu’il a perdu et avoir quelque droit à la récompense nationale. » Sa lettre était apostillée par : Mutelle, Antoine, Jacques (voir ce nom) ; Dufils ; Génot, blessé (lequel ?) ; Cicon ; …ommyner illisible ; Laurent, capitaine au 4e bataillon ; Canuet fils, sous-lieutenant des voltigeurs du 4e bataillon de la Ire légion de la garde nationale. Il était porteur de plusieurs certificats. Le premier, ainsi rédigé : « Les soussignés, connaissant Jean, Cyprien Le Tenneur (sic), ancien militaire, depuis fort longtemps, attestent qu’il a pris les armes pour la défense des libertés les 27, 28 et 29 juillet dernier, que, pendant le combat qui a eu lieu à Chaillot le 29 entre l’ex-garde et les bourgeois, le sieur Le Tenneur a déployé un courage énergique, au-dessus de tout éloge, et que le fait suivant peut seul expliquer en sa faveur. Le nommé Mutel, habitant dudit Chaillot, se trouvait menacé d’une mort certaine par un officier supérieur de l’ex-garde, qui allait lui plonger son sabre dans le corps lorsque au contraire il vit tomber celui-ci mort à ses pieds et frappé d’un coup de fusil dudit sieur Le Tenneur, qui brava le danger de la mousqueterie pour atteindre le chef et sauver la vie d’un défenseur de la cause nationale. Nous ajoutons que c’est autant au même courage que l’on doit la fuite de Chaillot de l’ex-garde que le sieur Mutel la conservation de ses jours. » Signé, à Chaillot : Tranchant ; Mutelle, Hippolyte ; Génot, blessé ; Grivel ; François ; Langlois. Le deuxième, ainsi rédigé : « Je, soussigné, ancien commissaire des guerres, membre de la commission du Constitutionnel pour la délivrance des secours aux blessés, certifie que les faits ci-contre se sont passés tels qu’ils sont énoncés, qu’il est vrai que le sieur Letenneur a vaillamment combattu dans la matinée du 29 juillet et qu’enfin il a préservé un de ses camarades d’une mort certaine. » Signé à Chaillot, le 31 août 1830 : Vallade (voir ce nom). Le troisième, ainsi rédigé : « Je, soussigné, ex-commandant de la force armée à Chaillot, certifie que le nommé Letanneur (sic), Jean, Cyprien, s’est conduit ici en homme vraiment brave pendant la journée du 29. […] C’est lui qui tua d’un coup de baïonnette le capitaine Lemotheux, qui persistait à se défendre. » Signé Destains (voir Destains, Victor). Dans les Mémoires d’outre-tombe, Chateaubriand donne une version différente de la mort d’Armand-Philippe Lemotheux, né en 1795 et capitaine au 1er régiment d’infanterie de la garde. Le capitaine Lemotheux avait démissionné lorsque avaient paru les ordonnances mais repris du service quand la révolution avait éclaté « pour partager les dangers de ses camarades ». Chateaubriand rapporte que Lemotheux « fut frappé d’une balle par un enfant qu’il s’était plu à ménager » et une note rectifie qu’il fut tué « par un jeune homme qu’il avait voulu ménager ». Louis Blanc, dans son Histoire de dix ans, 1830-1840, donnait son avis que Lemotheux écrivit sa démission mais pour ne la notifier qu’après les combats. Letenneur sollicitait une place de garçon de bureau. Le dossier d’examen de ses droits fut instruit par la Commission des récompenses nationales de la mairie du (ancien) Ier arrondissement. Son dossier est apostillé de l’observation suivante : « Mérite à juste titre la faveur qu’il sollicite. On devra le recommander à divers ministères pour un emploi de garçon de bureau. » Il demeurait 67, grand-rue de Chaillot en 1830. Archives de Paris VK3 47 ; Archives de Paris VD6 91 (sous le nom de Tenneur, Jean, Cyprien) ; Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, tome 3, p. 198 ; Histoire de dix ans, 1830-1840, Louis Blanc, Paris, Pagnerre, 1841, tome I, p. 211. Il semble ne rien avoir obtenu.