Liedot, Antoine, Louis

Biographie


Né le 21 février 1809 à Angoulême (Charente). Elève de l’Ecole polytechnique. Alexandre Dumas fut un des tout premiers combattants de la révolution de Juillet. Il en laissa un récit impartial et bien renseigné. Nous empruntons à ses Mémoires, son témoignage concernant Liedot : « [Le 29 juillet] En même temps que nous, arrivaient sur la place de l’Odéon, d’abord une pièce de canon prise sur la garde, et qu’on amenait par la rue des Fossés-Monsieur-le-Prince. Elle était traînée par cinq hommes, dont trois sapeurs-pompiers ; ensuite, une voiture contenant trois tonneaux de poudre, et venant de la poudrière du Jardin des Plantes ; c’était, je crois, Liédot, devenu depuis capitaine d’artillerie, qui la conduisait. » On trouve dans le dossier de Danré, George, Aimé, la lettre suivante d’Henriot, autre élève de l’Ecole polytechnique, adressée à un élève de l’Ecole polytechnique, sur la conduite tenue par Danré et Heurtebise (voir ces noms) et qui donne quelques indications sur la conduite de Liedot : « Je m’estime heureux, mon cher camarade, de pouvoir signaler à tes recherches deux noms qui assurément méritent une mention particulière. Ce sont ceux de MM. Heurtebise et Danré, deux jeunes employés dans le commerce que leurs occupations étrangères n’ont pas empêché de prendre aux mémorables journées une part des plus vives. Ils étaient entre autres lieux à l’attaque et à la prise de la caserne de Babylone. L’un d’eux, comme pourra te l’affirmer Liédot (sous les ordres duquel ils s’étaient rangés), pénétra un des premiers dans la caserne et fit de sa main deux prisonniers. Dans l’espoir d’une sortie extérieure, ils étaient le lendemain au rendez-vous de la Bourse. Ils firent partie du bataillon dirigé sur les Tuileries, restèrent quatre jours au poste de l’Horloge, participant aux patrouilles et aux factions, veillant à ce que le pillage soit arrêté, l’ordre maintenu, le poste relevé, et ne consentirent à se retirer qu’à la condition qu’on les rappellerait au premier besoin. Prévenus, comme on le leur avait promis, du départ pour Rambouillet, ils accoururent au signal que je leur en donnai, aidèrent à régulariser la Xe légion et furent les premiers à demander le retour sur Paris dès que l’ordre en fut donné. Enfin, dans la matinée du 7 août, ils se joignirent encore à nous pour calmer et dissiper les attroupements auprès de la Chambre des députés, arrachèrent des mains de quelques gens suspects des affiches séditieuses, qu’ils foulèrent aux pieds, et ne se retirèrent qu’après le calme rétabli. Ces faits, personnellement connus de plusieurs d’entre nous et appuyés par un caractère plein de patriotisme et de loyauté me font espérer que tu voudras bien ne pas les oublier dans ton travail. » Il signa, dès le 7 août 1830 et avec Henriot (voir ce nom) et Lacroix (voir Lacroix, Jean, Charles), autres élèves de l’Ecole polytechnique, le certificat suivant afin de faire connaître la conduite qu’avait tenue Mercier, Joséphine pendant les combats : « A une époque où l’on compte pour quelque chose la coopération de l’Ecole polytechnique au grand œuvre du rétablissement de nos libertés, il est de notre devoir, élèves de l’Ecole polytechnique, de signaler une personne qui y contribua plus assurément qu’aucun élève et plus peut-être que qui que ce soit. Dès la journée du 28 parut dans nos rangs un jeune homme annonçant une constitution faible, paraissant âgé de quinze à seize ans, parcourant les divers points de la mêlée au milieu des fusillades et prodiguant aux blessés les soins les plus empressés, au péril vingt fois répété de sa propre vie. Arraché de cette scène par une foule qui avait pitié de sa faiblesse, il s’arme d’un sabre et d’un coutelas et marche contre les ennemis du peuple : mais le peuple encore s’oppose à ses efforts et, malgré ses supplications, le dépouille de ses armes. Son patriotisme ne se refroidit pas pour cela. Il s’introduit dans les rangs ennemis, observe tout avec la feinte apparence de quelqu’un qui cherche un refuge, rapporte à son parti les renseignements qu’il a puisés et marche avec lui à la victoire. L’affaire de Babylone arrive ; ce fut lui qui, avant le feu, pénètre dans la caserne, vient rendre compte aux siens de ce qu’il a vu, engage l’affaire à leur tête, met le feu à la première botte de paille pour s’ouvrir une issue, lui qui, sans égard aux balles qui criblent ses victimes, s’empare des armes d’un garde suisse qu’il a vaincu, fouille la caserne jusqu’aux dernières retraites et ne se retire enfin qu’après d’être assuré lui-même que tout est évacué... Tant d’efforts étaient au-dessus de celui qui les avait tentés. Au sortir de la caserne, il tomba évanoui et les secours qu’on lui prodigua font reconnaître en lui une femme. Cette femme dont nous nous honorons de publier le nom est Mlle Joséphine Mercier, âgée de vingt-cinq ans, sage-femme reçue à la faculté de Paris, directrice du cours pratique d’accouchement de M. Velpeau, demeurant rue Monsieur-le-Prince n° 15. Son évanouissement ne ralentit pas son courage. Le vendredi 30, rendez-vous avait été donné aux hommes armés sur la place de la Bourse. Elle y fut des premiers et fit partie du détachement qu’on envoya aux Tuileries pour y protéger le poste en cas d’attaque. Elle demeura là deux jours et demi participant à toutes les patrouilles et à toutes les factions, admirée de tous mais ignorée de tous (deux de ses amis et un élève de l’Ecole polytechnique exceptés, sous la protection desquels elle s’était placée). Le dimanche 1er août, les choses étaient pacifiées ; il ne restait aucune apparence de danger, Mlle Joséphine Mercier se retira, après avoir toutefois obtenu la promesse qu’on la rappellerait à la première attaque. Cette attaque n’eut pas lieu. Elle se contenta alors, à la faveur du costume de son sexe, de s’introduire dans le fort de Vincennes et d’y observer ses moyens de défense. Telle fut pendant ces derniers jours et sous nos propres yeux la conduite de Mlle Joséphine Mercier. Etre utile à son pays, voilà le seul sentiment qui l’anime. Son courage, son instruction et les fonctions qu’elle remplit la mettent parfaitement à même d’arriver à son but. » Selon le rapport que fit Lannoy (voir Lannoy Raignault de, Camille, François), autre élève de la même Ecole et choisi pour établir les droits de chacun des élèves à une récompense honorifique, en fonction de la part prise aux combats de Juillet, et cette part prise en uniforme ou en habits bourgeois, il était du nombre de ceux dont Lannoy disait qu’ils « ont combattu en uniforme dans les journées de Juillet et me paraissent avoir mérité la décoration spéciale ». Liedot faisait partie lui-même de la sous-commission chargée d’examiner les droits à une récompense honorifique des anciens élèves de l’Ecole, passés depuis sous-lieutenants d’artillerie et de génie de l’Ecole d’application de Metz ; cette sous-commission était composée de, outre lui-même, Lothon (voir Lothon, André, Charles), Charras (voir Charras, Jean-Baptiste, Adolphe), Leymarie (voir Leymarie, Jean, Léonard, Repaire), Lebœuf (voir Lebœuf, Edmond), Forgeot (voir Forgeot, Julien, Etienne), Gouguet (voir Gouguet, Jean, Charles), Guillot (voir Guillot, Léon), Mitrécé (voir Mitrèce, Isidore, Pierre, Charles). Il fut décoré de la Croix de Juillet auprès de la mairie du (ancien) XIIe arrondissement. En juillet 1831, il était élève à l’Ecole d’application de l’artillerie et du génie, à Metz (Moselle). Le 18 juillet 1831, le maréchal de camp, commandant en chef de l’école, après plusieurs démarches restées vaines, demandait au ministère de l’Intérieur qu’on lui fît enfin parvenir, ainsi qu’aux seize autres élèves décorés comme lui, la croix qu’il avait obtenue. Il servit en Algérie de 1832 à 1842, participa à la guerre de Crimée, à la campagne d’Italie et fut tué, le 2 décembre 1870 à la bataille de Sedan selon l’Histoire de l’Ecole polytechnique de Gaston Pinet. Histoire de la révolution de Paris depuis le 26 juillet jusqu’au 31 août 1830, Paris, chez Philippe libraire, rue Dauphine, 20, 1830, p. 212 ; Mes Mémoires, Alexandre Dumas, tome VI, cinquième série, nouvelle édition, Paris, Lévy frères, 1867 ; Ordonnance du roi contenant publication des noms des citoyens qui ont obtenu la Croix de Juillet, Bulletin des lois, 2e partie, ordonnances, n° 104 bis ; Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la Croix de Juillet, instituée par la loi du 13 décembre 1830, sur les récompenses nationales, Le Moniteur universel, 2 mai 1831 ; Archives de Paris VK3 17, Témoignages, rapports, notes sur les élèves de l’Ecole polytechnique ; Archives de Paris VD6 277 in dossier Danré, George, Aimé ; Archives nationales F/1dIII/39 Commission des récompenses nationales, noms des citoyens qui ont mérité la décoration spéciale, (ancien) XIIe arrondissement et lettre en date du 18 juillet 1831 ; Archives de la préfecture de police AA 402 in dossier Mercier, Joséphine ; Histoire de l’Ecole polytechnique, Gaston Pinet, Paris, chez Baudry, 1887, p. 149.

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